Eau douce

Photo de Lucien Clergue - 1963

Photo de Lucien Clergue – 1963

Aude est gentille, sourire de Salerne.

Ses lèvres de Messine conjuguent

Le soleil de Parme et de Ravenne,

A celui de Calliope, elles subjuguent !

Aude est douce, regard de Venise.

Elle est gondole sur l’océan de la Vie.

Son horizon est une psyché soumise

Aux mille facettes de ses rêves, folies !

Aude est sage, visage de Toscane.

Œuvre des mains des Grand-ducs

Son histoire se décrypte en filigrane

Quand les lumières en sortent le suc !

Aude est modeste, corps de l’Etna.

Fusionnel intérieur, ses fumerolles

De désir dansent comme les auras

Des toiles du Quattrocento, charnelles.

Aude navigue dans les eaux troubles

D’un monde habillé en arlequin, faquin.

Elle traduit à sa cour martiale en double

Peines, qui tente de la croquer pour festin !

©Max-Louis MARCETTEAU

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Domination

Oeuvre de Ira Tsantekidou

Oeuvre de Ira Tsantekidou

Deux amies, passagères en transit, égarées dans l’aéroport

De l’amour fané, croisent, un bel aérostier aux bagages

Affamés de trophées inédits, émoustillent leur corridor,

Effeuillent impudiques leurs fantasmes jusqu’à l’outrage !

Elles l’abordent. Il se laisse prendre aux filets des sourires,

Des cambrures, des nuages bleus d’un futur septième ciel.

L’attelage se forme. Les mots sont absents, seul le plaisir

Du silence complice cimente le trio, aux pensées charnelles !

Une chambre d’hôtel, parloir de l’indécence, les accueille,

Somptueuse, prête et soumise à ses nouveaux arrivants !

Comme un rituel, les premiers gestes d’amants se cueillent

A la lumière voluptueuse et déshabillent, l’encombrant !

Les corps bouillonnent, les esprits frissonnent de désir,

A l’approche du premier amarrage dans la baie Eros !

L’une tigresse, l’autre biche, l’homme se sent fléchir

Par la première, dominé comme le mouton mérinos !

Sourire de vainqueur de la tigresse sur ces deux proies.

L’homme est pris en main. La biche recule, déplaisir

De l’instant, elle est dépassée, submergée. Ses doigts

Sur ses lèvres, assèche sa jouissance, sa seule lyre !

©Max-Louis MARCETTEAU

Ah ! Les casseroles !

Oeuvre de  Guillaume GRIMAUD

Oeuvre de Guillaume GRIMAUD

Je traîne des casseroles usagées dans la cuisine de ma vie.

Je n’ai pas de poudre à récurer assez puissante, pas de lave vaisselles industrielle pour nettoyer ces souvenirs écorcheurs d’âme, accrochés au fond de chacune d’elles (et ne parlons pas de l’huile de coude.) Je ne peux pas m’en séparer, tout juste les gommer pour quelques-unes. Il reste, pourtant en filigrane des effets qui font mal au cœur. Les envoyer à la première déchetterie venue m’est impossible. Je suis attaché à elles comme le ciel aux nuages. J’ai enfermé certaines dans un placard de ma cuisine à double tour (imaginez la cuisine d’un homme, si le confort est présent, l’entretien laisse à désirer). Elles sortent à un moment inattendu, par une nuit bien noire, un style de noir que même le fantôme de service n’ose pas s’y aventurer, et viennent frapper aux portes de mes rêves pour créer un champ de cauchemars, d’angoisses qui me réveillent couvert d’une sueur qui ressemble à de l’huile de friture.

C’est pour cela d’ailleurs que je dors seul. J’ai du mal à concevoir qu’une femme puisse supporter une telle odeur de cuisine dans une chambre à coucher, même si je devais l’équiper d’une hotte aspirante hyper puissante (la chambre pas la femme). Autant une vie est longue, autant elle apporte de casseroles. Ce qui présage une suite aléatoire de mauvaises nuits. Ce qu’on appelle couramment une nuit blanche. D’ailleurs je ne vois pas le rapport, si seulement la lampe de chevet est blanche. La mienne est rouge. Oui, cela permet lors du réveil de ne pas être ébloui. Cette atmosphère est propice au calme. Et ne me dites pas que cela énerve. Le taureau, par exemple, est insensible au rouge. Il l’est, part l’ondulation du rideau rouge du torero comme je le suis de ces souvenirs qui écorchent mon âme.

Un homme a une âme, mesdames, un cœur et le reste qui va avec. Ce n’est pas simplement qu’une mécanique qui pavoise et sert d’ustensile (pas de cuisine). D’ailleurs en écrivant cuisine, je viens de m’acheter une nouvelle casserole. J’espère qu’elle ne rejoindra pas ma collection de casseroles usagées.

Pour cela j’ai pris la précaution d’appliquer un adhésif spécial anti-souvenirs cuisants.

©Max-Louis MARCETTEAU

La Mort se brûle

Oeuvre de Leonid Afremov

Oeuvre de Leonid Afremov

Deux amants d’argent,

Brigands des fols ans

Du bonheur rassurant,

Vivent d’insouciants

Moments pénétrants !

Au jour attirant de l’An,

Fête religieuse de croyants

Aveuglés de mots confiants

De l’Eglise aux mille brillants,

S’avance le coup du Satan !

D’un trait de fer-blanc,

Est coupé le lien diamant

Des amants ruisselants

Du sang du déchirement !

Séparation et abattement

Bercent les deux gémissants

Qui tiennent très fortement

Les mains à la Mort, rigolant.

Pourtant, elle se brûle les pans

De phalanges, criant, déclinant

L’offre de l’ange noir trident

De les recevoir dans son champ !

Les amants vrais, fécondant

L’AMOUR du lever au couchant,

Seront des immortels rayonnants !

©Max-Louis MARCETTEAU

Liaison intime

Oeuvre de Brian McCarthy

Oeuvre de Brian McCarthy

Douche de caresses, mousse de plaisir,

Les corps en haute tension, s’empalent :

Sein sublime en bouche, membre à occire,

L’évasion de la jouissance attend les râles !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Main dans la main

Oeuvre de Yuliya Vladkovska

Oeuvre de Yuliya Vladkovska

Main dans la main, le vertige soude les cœurs,

Pieds sur terre d’amour, les rimes déforment

La réalité, construisent notre monde de bonheur

Qui se lie à notre Temps sublimé, multiforme !

Viens ! Viens ! Dégrafe ton corsage, prenons

A témoin les herbes folles, roulons nos corps

Sur ce tapis offert, soyons ses derniers flocons

D’amour vrai dans ce monde de croque-morts !

Bâtissons nos vies d’une seule trame, courons

A perdre le souffle jusqu’à nos sierras bleues,

Enfantons nos rêves sous l’édredon, au biberon

Cocktail pétillant de passion, en un ciel radieux!

Viens ! Viens ! Nageons dans nos caresses,

Brûlons nos tabous sur la plage de l’audace,

Mourons ensemble pour ne pas fracturer,

Même un seul instant, notre union sacré !

Le corps déshabillé de ses fournitures habituelles,

Le tissu à la coupe érotique, émerge de son sommeil !

Femme, tu éclos telle une fleur aux pétales flanelle,

Telle une constellation mystérieuse, tu m’émerveilles !

©Max-Louis MARCETTEAU

Pardonner ?

Image du film la nouvelle Babylone Kozintsev et Trauberg 1929

Image du film la nouvelle Babylone Kozintsev et Trauberg 1929

Je tremble de tous mes os !

Je suis ce squelette oublié,

En cette terre de faits atroces,

Le jour de saint Timothée !

Rappelles-toi mercenaire,

De mon visage d’enfant,

De mon appel perçant,

A ne pas tuer ma mère !

J’ai erré plusieurs nuits,

Parmi des corps mutilés !

J’étais couvert de moisi

De sang comme écorché !

J’ai pleuré, ma seule étoile,

Maman, dans le silence vif

Comme ton épée, ce récif

Qui a percé ce ventre familial !

Je suis mort le cœur crucifié,

Un matin, au levé d’un soleil

Triste, voilé de nuages vermeils.

J’avais huit ans, ignoble guerrier !

Un vagabond ivre m’a inhumé,

Au pied d’un jeune marronnier !

Pour toute croix, il m’a planté

Des jonquilles tel un emblème !

Je suis face à toi, à ton requiem,

Barbare, tu viens pour la millième

Fois me visiter, exposer le diadème

De ton pardon, te sortir de ton enfer, terrifié !

©Max-Louis MARCETTEAU