Mr Paul, comme d’hab ?

Affiche poissonnerie_creation de Barrere

Affiche poissonnerie_creation de Barrere

Timide et introverti par l’essence même de ma personnalité, j’avais la prétention, ce jour-là, d’aborder la blonde vendeuse de la poissonnerie de mon quartier, en ce matin de soleil gonflé d’ardeur. En fait, depuis plusieurs mois, je la désirais tel le beignet frétillant d’orgasmes poêlés dans un bain d’huile à la noix de macadamia. C’est dire avec quelles vibrations j’en pinçais pour ma future femme. Et oui, j’avais des visions de mariage au bord d’une oasis ; de chevauchées à cru sur le dos d’un namibien ; de repas en amoureux entre « le tatin de canard au caramel de Guérande » et des « aumônières de crêpes aux poires »; de langoureux regards ruisselants de cette fièvre du désir… Bref, j’étais à attendre mon tour de client pour un filet de … morue. J’avoue un penchant relativement élevé pour le cabillaud accompagné d’une sauce blanche et d’une purée de pommes de terre. Rien à voir avec ma blonde vendeuse, quoique j’apprécierais sa texture en … bouche. D’ailleurs, je me surpris à penser : « ma », ce possessif me fit sourire, d’un sourire heureux, de bienheureux, mais … intérieurement.

— Mr Paul, comme d’hab ? De la morue ?

Elle venait de s’adresser à moi. Je sursautai. Elle me souriait de ses lèvres fines, d’un rose carmin, dessinées comme une vague de tentation … à l’embrasser … par la pensée.

— Non … pas aujourd’hui … je prendrais bien du … maquereau.

Mais quel idiot, pensais-je, il y a de quoi se donner des coups de pied aux fesses. Du maquereau ! Et pourquoi pas de la raie ! Je me giflais intérieurement.

— Bonne pioche, Mr Paul, cela vous changera et de plus, il y a de l’oméga-3.

— Ah ?

— Oui, un acide eicosapentaénoïque. En vérité, « il s’agit d’acides gras mono-insaturés et quand plusieurs de ces anneaux n’ont pas de breloques, ce sont alors des acides gras poly-insaturés ».

— Euh … impressionnant, dis-je l’air benêt, n’osant pas demander à quoi ces acides avaient d’effets sur le bien-être, moi qui suis dans un état de mal-être constant. De toute façon, le mot acide me remonte dans l’œsophage …

— Combien en voulez-vous ?

— Euh … mettons … trois.

— Bien ! Va pour trois ! Et trois maquereaux pour Mr Paul !

J’étais un massif de coquelicots à moi tout seul à ressentir ces mots hautement insufflés à la cantonade. Et puis, je ressentis mon sang se glacer qui courait dans mes veines, genre cryogénisation. Je rentrai au plus profond de ma coquille ; les écoutilles, blindées, bien fermées.

— Mr Paul ? Mr Paul ? J’entends sa voix, douce et ferme. Ma blonde poissonnière a métamorphosé son intonation. Je respire son souffle. Elle est là, devenue fée.

Les yeux à demi ouverts puis complètement, son visage m’apparaît, d’une inquiétude ravissante. Qu’il est toujours bon de se sentir réconforté dans les moments de houle.

A ce moment, allongé sur le carrelage de la poissonnerie, entouré comme jamais je ne l’avais été auparavant, j’ose une réplique tellement répétée, jouée dans tous les tons.

— Je vous ai …

Et patraque, surgit tel un ouragan ma possessive, outrageante, humiliante … maman.

©Max-Louis MARCETTEAU

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