La formule mV

Blog de Carnets Paresseux contrainte d’écriture. Et voici le texte 🙂

Je reproduis, ici, le fragment vendu par un voyageur de passage au notaire de Coupiac, grand chambellan des collectionneurs de fragments fragmentés fragilisés français, (le GCC4F pour les puristes) et qui concerne en tout premier lieu cette façade, retrouvée après le chambardement de l’an 2017bis sur le parallèle du temps incertain (voir photo ci-dessus) :

-Messieurs, bien le bon jour !
-Monsieur Verlaine, vous ici ?
-C’est moi, en effet.
-Et quel bon vent vous amène en ce lieu propice à la couleur locale ?
-Une Gentiane !
-Une Gentiane ? Et en quel honneur ?
-Servez-moi, cafetier et écoutez-vous autres.
-On vous écoute !
-Je viens d’inventer une nouvelle teinte ?
-Non ?
-Si !
-Et de quelle nature est cette nouvelle teinte ?
-Je l’ai nommée : la teinte poétique !
-Poétique ? Vous êtes un jean-foutre, Verlaine !
-Votre langage est insupportable, cafetier !
-Possible mais il n’est pas verbeux !
-J’entends, j’entends, cependant vous fîtes défaut à la bienséance envers un consommateur de renommée cantonale.
-Vous parlez de vous en version libre.
-En version libre, certes, ma seule ma teinte comme la teinte poétique…
-La pureté de cette teinte nouvelle, me laisse de marbre.
-Vous avez le carafon de la même consistance…
-Vous insinuez que j’aie mal verni votre personne ?
-Non, vous verrouillez verticalement la discussion, c’est quand même fort !
-Sans doute, sans doute, n’empêche que vous êtes qu’un jean-foutre
-Et vous un paltoquet !
-Pignouf !
-Ne jouons pas à ce jeu ou je vais vous poudrer quelque chose sur votre face de vermisseau.
-Je jette l’éponge, mais je vois en votre annonce un mensonge de teinturier !
-“Homme d’une foi incertaine” version Matthieu Verlaine, vous êtes un benêt et ouvrez vos oreilles, car voici ce que j’énonce en cette nouvelle teinture poétique :
Le temps presse les feuilles
Couleurs des sangs de l’automnal
La Vie se crie, se jouit, se scie,
Mille morts suspendus en goutte à goutte
Pile le grain de l’humeur
Jauni le vomi de la Terre mâle
Remue les viscères de l’angoisse
Avec un couteau de cuisinier anorexique
Tousse la mort par les narines
Mélange le tout à la toux graveleuse
-Dis-moi Verlaine, faut arrêter la Gentiane ou la consommer directement au pied.
-C’est la recette en poésie, ignare, inculte, analphabète…
-Le ver est dans ta caboche, mon pauvre. D’ailleurs, à qui tu vas vendre cette nouvelle teinture ?
-A la foire de Brousse-le-Château…
-Y a que des vachers, tête de mule…
-Et le cuir on le teinte, tête d’urinoir…
-Tu vas tâter de mon nerf de bœuf…

Il va sans dire que ce fragment trône en bonne place dans le musée café-tabac de Brousse-le-Château, seul vestige et témoignage que ce Matthieu Verlaine a bien existé.

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

10 réflexions sur “La formule mV

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  2. Pingback: M. Verlaine à Coupiac (lectures et votures) | Carnets Paresseux

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