Tel qu’on est…

Oeuvre de Charles Dana Gibson

Oeuvre de Charles Dana Gibson

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Tout ça c’t’y du sens ? Je vous l’demande. Bon sang bois. La Marie est partie en goguette avec la Martine. À la pouilleuse ! À la gueuse ! J’ai plus de bergère, à c’te heure. Faut-il du sans-gêne ? Faut-il cent sous de plus dans son escarcelle pour qu’elle reste la ribaude ? Quel mariage à trente ans, je vous jure. A peine consommée que la v’là déjà courir dans les champs d’été à retrousser les gousses. J’ai l’air finaud, je vous dis.

Je suis décent à ne point faire du raffut et rameuter toute la famille. Vrai, j’ai la dot et point de scandale. Et je rage tout de même et puis ne peut être absent avec excuses, à mes journaliers payés à l’heure mais aussi au un pourcent au-delà du quintal ramassé, la rumeur s’est confirmée que si je cours ma mie, suis un mauvais parti et un mal dégrossi.

Je vais rester sagement à me ronger les sangs et qu’elle revienne, la rosse. Je ne prendrais pas mon nerf de bœuf comme le père Gouffier. Non, non. Il est récent qu’il ait corrigé sa moitié aux fesses qu’elle n’avait pu s’asseoir d’ici quinzaine, la garce ! Mais suis point un violent. Faut-il de la main d’œuvre travailleuse et soumise au mieux. Et rien ne sert de tabasser la chair si l’esprit est ailleurs mais une bonne raclée à la ceinture devrait la ramener à la réalité.

Tiens, v’là t’y pas le jeune branleur de vingt piges qui m’épie de sa chariote.

— Qu’est-ce t’as à me z’yeuter le gringalet ?
— Vous êtes bien mis à ce que je vois !
— Quelle outrecuidance jeune blanc-bec…
— Suis bien à votre aise de vous voir en ce chaud moment en torse nu et poilu.
— Mais vas-tu te taire bougre d’âne…
— Qu’est-ce à faire ? On n’est’y pas seuls ?
— Qu’importe, je ne veux pas me faire importuner le nœud par toi vil coquin.
— Tu disais pas ça lors de la foire avec le doux débranché Paulo ?
— L’efféminé ?
— Tout juste…
— C’est du racontar…
— Racontar ? Je vois bien une belle bosse, là… ton gourdin à l’air de prendre du mouvement… est-ce moi ?
— J’ai d’autres chats à fouetter… et arrête de sourire béatement.
— Ah la Marie avait raison… vaut mieux qu’elle se fasse butiner et toi piper… tu aurais meilleure mine et plus jovial tu serais…

Et ce jeune trou, me ressent et d’un coup de fouet remet sa monture au trot et v’là t’y pas qu’il trace et rit comme un damné.

J’ai quelques larmes et pense amèrement : “faire contre mauvaise fortune bon cœur” tel va être mon lot quotidien… ou me pendre.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

 

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