Paul le Bienheureux … Chapitre I

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Agenda Ironique mars 2018  pour ce mois hébergé par Jobougon.


Jour J

« Il est l’or. L’or de se réveiller. Mon seignor. Il est huit or. » Cette fameuse réplique est de 1971, j’avais vingt-huit ans à l’époque. J’en ai soixante-quinze et il est huit heures. Une jeune du quartier vient me chercher. « J’habite seul avec maman / Dans un très vieil appartement » mais maman est partie depuis peu à quatre-vingt-quinze ans au… cimetière.

En ce matin, je suis triste, très triste. Je regarde sans regarder ce quartier d’immeubles, je ne me retourne pas. Je ne veux pas mourir de suite. J’ai encore la flamme de vie dans mes yeux.

Je monte dans la voiture. La jeune a placé mes quelques valises dans son « espace ». Une assistance sociale a fait le nécessaire. Mon notaire prend les choses en main et moi je me laisse embarquer comme un môme vers l’inconnu… enfin, en direction de la maison de retraite… à dix kilomètres de là. J’y suis allé plusieurs fois en accueil de jour. J’avais aimé… je crois… parce que là, ça va être tout différent… je pense.

J’ai des larmes. Oui. Des larmes discrètes qui me font souffrir. Des brûlures incontrôlables que j’essaye tant bien que mal de cacher en prétextant une poussière dans l’œil.

— Ça va monsieur Paul ?
— Ça va bien, merci…
— Hum…

Elle n’est pas dupe. Elle reste à distance de mon mal être et je préfère.

Il fait beau et je me mets à sourire. Après tout, il faudra bien que je m’habitue à cette nouvelle vie.

Jour +1

Premier réveil, première surprise. Il y a un ancien militaire qui nous fait le réveil au clairon : 6 heures. Branle-bas de combat. Un aide-soignant d’une bonne constitution s’emploie à me faire sortir du lit : “presto presto” dit-il d’une voix de baryton et agrippe drap et couverture d’un seul tenant me découvrant en pyjama une pièce.

— Qu’est-ce ?
— Mon pyjama…
— Votre pyjama ? Une combinaison de plongée ?
— Comme ça, je n’ai pas froid… j’ai le drap en évasion… dans la nuit…

Je ne suis pas très rassuré sur l’expression de son faciès. Et à mon bon étonnement, il consent à ce que je m’habille de nuit tout ainsi. Je suis tout rassuré.

Le petit déjeuner est copieux, trop d’ailleurs : un thé, une demi-baguette de pain, beurre, biscottes, confiture abricot, un fruit (une poire), un jus d’orangeade. Après ça une petite douche bien tiède d’une quinze de minutes, le rasage de près… bref j’ai l’impression d’être un coq en pâte.

Allons découvrir mon nouvel environnement…

(à suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

15 réflexions sur “Paul le Bienheureux … Chapitre I

  1. Une combinaison pour plonger dans les rêves les plus fous ?
    Dans quel magasin on trouve ça ?
    J’aimerais bien essayer, moi. Pourquoi on me dit jamais rien, pffff !
    Bon, en attendant la suite je vais aller interroger internet pour me la dégoter.
    Merci Max-Louis, je suis aux anges de votre particulière excellence en matière d’inventivité.
    Ben vraiment quoi.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: L’agenda est là | L'impermanence n'est pas un rêve

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