Au mot sensible

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S’il a bavé le salmigondis des rumeurs au cours des dernières années dans mon oreille de journaliste de quartier, il n’en reste pas moins que ce brave indicateur avait de bonnes sources. Mais, hier il s’est fait mordre par une pipistrelle et il dit n’importe quoi. Je suis resté une petite demi-heure à son chevet. Son état est grave, mais il survivra… enfin j’espère.

Je ne me suis pas esbaudi à l’annonce de son état. Il buvait comme un entonnoir depuis trop longtemps et je suis étonné que la chauve-souris n’ait pas été retrouvée sur le dos.

Pourtant cette histoire de morsure me laisse perplexe. Je me demande si le gang de Palingredelle n’aurait pas eu la malencontreuse idée de pratiquer ce genre de meurtre par l’influence du frère de la victime spécialiste en chiroptères. L’homme navigue dans les eaux troubles de l’import export…

Je suis en train de réfléchir au bar du coin devant ma blonde de bière quand un individu étrangement étrange s’assoie à ma table. Au premier abord, je vois qu’il est atteint d’impétigo ce qui n’est pas très courant à notre époque.

— Vous voulez un tuyau concernant votre indicateur à l’hosto ?
— Dites toujours
— Il est triskaïdékaphobique
— Et ?
— Réfléchissez.
— Je ne vois pas
— Il ne va pas survivre. Il est dans la chambre 13.
— Pour une info, c’est une info pour sûr. Mais vous savez il a été atteint par la rage et il devrait quand même s’en sortir.
— Et savez-vous…
— Quoi encore ?
— Qu’il a participé au cambriolage de la rue des Écureuils Volants ?
— Non ?
— Si, si…

J’ai eu un moment de surprise qui s’est traduit par une gêne au niveau du poplité gauche (il me reste des séquelles footballistiques). À ce moment-là, il sort de son sac un hamamélis que je reconnais comme une digitale pourpre…

— Voyez cette fleur, il suffit que je la cueille pour qu’elle m’appartienne, mais elle est aussi toxique et votre ami peut … vous être toxique… je me fais comprendre.
— Une menace comme une autre…
— Ne faites pas le blasé… alors, il ne vous a rien dit ?
— N’inversons pas les rôles.
— Je préfère être dans le mien que dans le vôtre. Vous êtes seul. Votre journal de quartier ne vous soutiendra pas…
— Quand savez vous ? Nous avons une solidarité genre sororité
— Vous ?

Il se mit à rire, un rire irrespectueux, blessant, offensant, mortifiant… C’est à ce moment-là, que j’utilise mon décadotron miniature qui le frigorifie instantanément et je demande au patron de le transporter au premier vide néant. Je suis sensible et ne supporte pas la moquerie sur ma différence en ce début de l’année… 2069.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

5 réflexions sur “Au mot sensible

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