Entre sourires tristes

Photographie - Anna_Nahowski

Photographie – Anna_Nahowski

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Il est midi cinquante-six depuis dix minutes déjà… étrange. Je prends mon sceau après avoir soigneusement plié ma lettre de… démission et j’estampille… et je remets à la directrice du personnel toute triste de me voir partir avec ce sourire que nous échangeons…

Oui, je pars, je pars, je pars… cela fait du bien de le dire.

Tout me devient indifférent, si ce n’est une assuétude. Je n’ai plus d’envie et l’assaut d’un nouveau projet me laisse froid, comme un rond-point planté dans son sens giratoire. Je tourne en rond-moi.

J’ai pourtant ce sursaut d’instinct de survie, un canot de sauvetage à la Bombard, une phrase du genre « qui n’attend rien, peut tout se permettre »… tout cela dans le même seau de pensées, bien agité, un cocktail, et même si la vie est un cerceau, voire plus justement un carcan… j’ose me bouger pour le partir…

Je pars… définitivement de ma vie d’aujourd’hui, pour une vie de demain, et vais m’inscrire à une asso nommée : « bien rire, bien vivre ». J’ai fait le saut. J’en ai le cafard, mais je souris à l’inscription et m’engage à faire des efforts.

J’ai les zygomatiques frileux, et mon réchauffement climatique perso va être difficile. Je m’arc-boute, et tiens l’arceau de mes efforts comme un haltérophile…

Mais, à l’évidence de quelques semaines, je rends mon tablier-visage-sourires pour celui de tristesse engagée. Suis-je un sot ? Suis-je incurablement triste de vivre que je continue de porter ma carcasse… Si j’étais un triste heureux. Mais non, je suis un triste triste… Alors, je reviens d’où je suis parti et reprends ma vie d’avant qui a toujours été ce monde à moi… en attente du sourire triste de joie de mon retour de la directrice du personnel…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Publicités

Rhum arrangé

Oeuvre de Sergio Pezzutti

Oeuvre de Sergio Pezzutti

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Aujourd’hui, je bois. Rhum, sur rhum et que l’on ne vienne pas me mettre le bouchon sur cette noble et libidineuse bouteille.

Le goulot me pénètre comme une verge dans l’anal de mon palais comme un bouche à bouche de délice, à l’ivresse honnête d’un jus qui m’allaite jusqu’à la garde…

Je suis malade et je bois pour oublier une autre souffrance qui m’assassine chaque jour mielleuse, elle ronge l’enjôleuse, la nébuleuse, l’odieuse, la vénéneuse… Je rage comme un ver de terre empalé, entortillé sur un hameçon rigolard de me faire prendre le bain d’eau froide violemment, agressivement, brutalement…

Je ris de ma victoire quand je ressens le brouillard de douleurs qui s’estompe comme essoré par l’alcool expert en anesthésie locale. Je me montre guilleret et l’énième cigarette de lèvres à doigts j’humecte ma joie de vivre et attend presque un vagin bien mouillé… et c’est le goulot de ma bouteille qui m’introduit… de nouveau au plaisir sans faim qui s’impose en des larmes de résignation, et ma soumission pleure avec moi de cette dégradation de jour en jour qui effiloche ma crainte de la mort comme une possible bienvenue, comme une alternative…

— Vous avez là un drôle de paroissien cafetier…
— A qui le dites-vous ! C’est un ancien curé de Rome, au chômage, c’est dire…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

La puissance du Rien

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je viens de m’acheter une nouveauté. Un pripalin à double entrée. Une innovation dégottée sur une plateforme dit financement participatif ou le crowdfunding.

Après quelques mois d’attente, j’ouvre enfin le résultat, l’aboutissement d’une idée. Elle est là-devant moi, dans cette boîte. L’exploration d’un monde inconnu… tant attendu est enfin à m’a portée.

J’ouvre la boîte que vient de me remettre la factrice au succulent sourire. D’un mouvement d’émotion, je plonge ma main dans les flocons de polystyrène expansé. Mes doigts en tentacules cherchent dans… l’obscur blancheur. Mais rien. Rien ? N’y tenant plus, je verse la boîte d’emballage sur le carrelage de la cuisine.

J’ai comme un mouvement de peur. Une douleur dans le cortex infiltré par le regard d’une appréhension et puis par un dérapage de mon pied droit étourdit involontairement sur le froid carrelage et je me casse en deux les os de l’avant-bras… l’apothéose est dans ce cri qui sort de ma gorge trop souvent frileuse d’émotion qu’elle est d’autant fortement soumise que je ne me reconnais pas…

— Alors ?
— Alors ! Puissant… c’est renversant, incroyable, on m’a vendu ce que j’attendais… le Rien.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Dernier repas

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


A l’ultime, nous sommes tous, un jour ou l’autre, tenu et “les jeux sont faits, rien ne va plus,” et “le vin est tiré, il faut le boire”… n’ont pas d’échappatoire. Nous sommes sur le fil du rasoir et chaque blessure nous délie de la chair et d’os nous engrossons à nourrir grassement, à l’exemple, une vivace desmodium gyrans en terre exotique…

J’entends au loin le hautbois de ma dernière ligne… mais j’en ai rien à vibrer, j’avance à contre-courant comme déphasé à la ligne d’un destin déjà aiguillé à la va-vite, aux desseins à la sanguine marinée au nébuleux d’une bonne étoile qui s’essouffle comme un coureur de fond qui a usé sa volonté, limé son espoir, déshabillé ses dernières larmes sur le col de la souffrance tout là-haut à la gamme finale sans trophée…

J’ai le tantrique et les glanduleuses Skene insensibles et mon corps sur miroir déforme ma réalité d’être. Je ressemble à une pomme de terre filiforme déformée aux fibres d’un arbre trop souvent foudroyé. Je prends mes derniers médicaments poisons avec une autre bouchée de tagliatelles comme si je dévorais mes derniers liens…

Je m’allonge et attends le terminal d’un regard de Mort harmonique… qui sait ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ne décide pas qui veut

Oeuvre de Kiyotaka Hashimoto

Oeuvre de Kiyotaka Hashimoto

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Il est neuf heures et je prends le chemin des Quatre Vies qui mène directement à la Forêt du Seuil. Une dernière promenade matinale.

Le soleil est levé, cyclope brumeux, j’entends firguloter à l’avance des premiers pas chaussée de brodequins, la dure réalité se déterre aux muscles citadins et les semelles piochent le terrain et les souffles criards s’éprennent à cajacter sur le paravent gauche de la lisière…

J’entends à miauler les efforts, à hennir les pensées… prisons. Mon dernier pèlerinage ne sera pas pour me cajoler… Je connais toute ma souffrance à glousser d’indécence, et je prie mortellement… à mon pas d’oraison, je me cause du souci et m’embarque lourdement sans espérance…

Je m’invite à cacarder, à résister… et à me tracer une ligne de sauvetage…

Alors, pourquoi je jase à m’affirmer mon échec et entreprendre l’impensable marche vers le néant ?

Je suis au seuil du Seuil. Il me faut l’ultime pas franchir sans réveiller le geai, gardien du lieu, mais, j’hésite, le pied d’appel en suspension à ma demande, je le retiens et puis… le repose en… arrière. Non, ce n’est pas aujourd’hui que je franchirais… il me reste encore une dernière vie à consommer…

— Mon ami, vous allez être gâté… vous l’oiseleur… me dit le geai, qui me surprend…
— Ah, oui ?
— Vous allez vivre en oiseau
— Quelle poisse…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je traverse le temps liquide

 

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°21  le mot : liquide


Je traverse le temps liquide
De larmes galères possessives
Jette mes derniers cris livides
Toi société impassible rétive

L’essentiel de moi s’est rompu
Mes chaînes enlisées s’étirent
Et s’ensablent dans ma crue
De dépression à m’occire

Je résiste à mon sang colère
A la poussée de conquérir
Mon échec beau vulgaire
Mais tu es là compagnon  … à tenir !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

La recette du Rire

Film extrait Spiderman avec Peter Parker

Film extrait Spiderman avec Peter Parker

Défi de lateliersouslesfeuilles : A vos claviers #7 :


En fait, depuis un certain temps, je joue à l’apprenti sorcier, à l’alchimiste en chambre… dans ma cave aménagée à cet effet. Je suis à la recherche de la recette du Rire. Le vrai ! Pas celui qui vient comme un quidam du dimanche, voir fleurir les fleurs de campagne et hop hop, une photo et hop, un instant frigorifié qui va rejoindre le Grand Tout du Néant.

Je suis à la quête du Rire, ce Graal franc, incontestable, éclatant de sincérité qui dilate les neurotransmetteurs, qui délient l’épigastre, le diaphragme, les zygomatiques… les larmes et la vessie… mobilise les fluides positifs d’une réaction en chaîne (le nucléaire du Rire)… immobilise les armes de la mélancolie, de la peine, de la morosité, les bourdons du string, la lassitude en résille… Le rire édifiant par l’écho renvoie sa nature au profil de son onde authentique…

Cette recette du Rire perdue depuis… on ne sait vraiment plus et d’ailleurs qu’importe, elle n’a jamais été inscrite que dans les mémoires des anciens qui hélas par un effet non attendu ont égaré par des rires à mourir la fameuse recette…selon la légende…

Par prudence, il faut quand même une posologie adéquate selon l’état de tristesse de l’individu concerné (pour les femmes doubler les quantités) et espère ne pas avoir fabriqué un insecticide du Rire. Donc vous notez :

Vous prenez de dix gammes de chant, soixante grammes de notes et un huit grammes d’air et vous mélangez le tout dans un bain de foule de… naturistes, auparavant épilés de près… À boire sans modération le matin…avant tout autre breuvage. L’effet est garanti sur facture… sans bourse déliée… et je peux vous affirmer que ce n’est pas du vent. Une telle recette vaut son pesant de cacahuètes et ainsi croquez la vie à plein bras (et si vous en avez deux, c’est d’autant mieux).

© Max-Louis MARCETTEAU 2018