Je me suis, ce jour-là, fait servir

Photographie de André Kertész - Terrasse de Café - Paris 1928

Photographie de André Kertész – Terrasse de Café – Paris 1928

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Je me suis, ce jour-là, fait servir une menthe à l’eau. J’avais décidé d’arrêter de boire pour le bien commun avec moi-même et d’un soi-disant corps en passe de couler en haute mer de souffrance dans l’indifférence totale, à étreindre dans l’enfer des draps spongieux de l’écœurement. D’alvéole en alvéole mon épiderme s’offrait une nouvelle peau au contact d’une nouvelle pinte en pinte de retour. Bref je devais lâcher prise avant qu’il ne fût trop tard.

Mais il était trop tard. Au fond de mon être enceinté d’alcool il savait que la dernière ligne droite était là. Il allait arriver le premier pour une seconde fois de sa modeste enveloppe teintée d’un espoir irrépressiblement dévolue à vivre comme un héritage insoumis, insécable, indécent, incohérent, indispensable pourtant la mort devait me prendre par l’organe le plus sensible à la cuisson d’un haut degré de l’alambic à la fois à hanter par mes générations de cellules et poser mes premiers mots sur le possible asticot dont je devenais le garde-manger …

Je n’étais ni sucré, ni salé mais d’un goût entre la jacinthe et l’absinthe, nectar peu compréhensible, mais la chimie a des dons insoupçonnés pour faire avaler bien des choses, nous en avons des exemples concrets dans nos frigos … et moi, j’y étais depuis un bon moment …

Ce premier verre de menthe à l’eau m’avait dépossédée par effet, de bonté, la vie ; j’étais tombé comme une fleur coupée sur la terrasse de mon café tant aimé et la serveuse avait par état de choc changé de couleur de cheveux. Je fus transporté directement à la morgue après constat d’un décès en bonne et due forme par un homme digne d’avoir reçu le saint sacrement de décider si un homme était mort ou pas et la chambre froide me pollinisa l’entité et mon identité remis aux autorités compétentes. J’étais bon pour l’effacement.

Mais personne n’avait soupçonné une soudaine et brutale narcolepsie … Je me réveille … d’humeur sombre et froide …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

4 réflexions sur “Je me suis, ce jour-là, fait servir

  1. c’es malin, ça m’a fait remie en tête cette vieille rengaine :

    Je demande à un joueur d’orgue
    S’il connaît la Chaussée d’Antin.
    Il me dit je connais l’endroit
    Suivez la Seine jusqu’à la morgue
    Et après c’est toujours tout droit.
    Je suis la Seine jusqu’à la morgue
    et après, je perd mon chemin,
    Je demande à un joueur d’orgue
    S’il connaît la Chaussée d’Antin.
    (etc etc)

    🙂

    Aimé par 2 personnes

    • Bon jour,
      Effectivement, c’est assez … imprévu et tout à fait dans le ton .. (et pas tom-beau) 🙂
      Cette « Chaussée d’Antin » fait aussi un clin d’oeil à une autre époque fort sympa que je ne connais pas (trop jeune, encore) 🙂
      Merci de ces mots … 🙂
      Max-Louis

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