Nom d’une pipe …

Oeuvre de Vladimir Kush

Oeuvre de Vladimir Kush

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— Nom d’une pipe en bois …
— Qui y a-t-il ?
— Je viens de m’apercevoir que j’ai oublié mon gourdin à la maison
— Pas grave
— Pas grave ? Et si l’on rencontre un ragondin
— Je sais un bon coup de gourdin sur le museau
— Tout à fait
— N’empêche qu’un coup de pioche, c’est bon aussi
— Ce n’est pas pareil. C’est plus propre avec le gourdin
— C’est vrai, c’est plus aplati
— On évite l’éparpillement
— Alors ?
— Alors, on ne va pas retourner ?
— Non, tant pis et puis cela n’empêchera pas la chatte du Père Marcel de se régaler, hein ?
— Tout à fait. N’empêche que sur ce coup-là, t’es un peu gland
— Possible mais pas plus toi, avoue
— J’avoue rien du tout, C’est toi le responsable de cette expédition
— Vrai, mais à quoi cela sert d’avoir un bras droit ?
— Un bras droit ? T’es un comique, franchement
— Quoi comique ? Tu as perdu ton bras gauche à cause d’une rondelle
— Eh oui, une rondelle plate au lieu d’une rondelle … une rondelle ?
— Une rondelle grover … oui, je sais … mécaniquement c’est impardonnable
— Pour sûr, que c’est impardonnable et pourtant je t’ai pardonné et tu me balances en comique que je suis ton bras droit
— Mais c’est le bras gauche que tu as perdu
— C’est vrai, mais tout de même t’avoueras que c’est un peu fort tout de même
— Tu prends la mouche
— Mais non, mais il ne faut toucher le bouton qui fait mal, c’est tout, je te le dis en toute amitié
— Je sais parfois je suis un vrai con
— Mais complètement, et il ne faut te retirer cette qualité
— Tu ne veux pas m’astiquer non plus par ce compliment
— Ce n’est pas un compliment c’est un constat
— Bon alors, on y va à cette chasse aux papillons ?
— Certainement mais ne vient plus me pomper avec cette histoire de bras
— Promis … mais cela risque de te coûter … un bras … je rigole … allons, allons …

Info locale : un meurtre peu commun a eu lieu cette après-midi à la campagne des Sept Brassières. Un homme a été « piocher » littéralement …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je regarde

Oeuvre de James Watson - Sirène

Oeuvre de James Watson – Sirène

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Je regarde cette immense image affichée sur l’un des nombreux faux murs de l’exposition. Je suis vraiment impressionné par ce faux océan qui s’imprime sur ma rétine non marine mais terrestre jusqu’à la moelle. Je prendrais bien un bain avec cette fausse sirène que je viens d’apercevoir, là, à deux pas de moi. Une brune aux cheveux à la coupe Cléopâtre, lunette à reflet vibrant méthylène, habillée en salopette couleur chair que l’on devine toutes les saillies et les courbes et beaux et faux plis …

Je ressens des rouleaux en vague d’érotisme me submerger et mon rouleau de printemps surgir de sa torpeur. Mais est-elle le simple vernis de mon imaginaire ? un soleil fantasmé par le reflet d’un banc de sable égaré sur une étendue ambrée d’un désir violent ? … jouer les amants de remplacement, oui, mais gare aux tritons jaloux, une mauvaise pluie de chants n’est pas recommandé pour le commun des mortels.

Mais, j’ai comme une envie d’épopée en moi qui s’étend entre deux rives de posséder l’éternité dans mes bras en deux ailes de soie marbré, je vole, je m’irradie, je la séquestre à sa cambrure et l’enlace dans un mouvement radical à la hauteur d’une cime offerte et puis d’un élan incontrôlé la mutine me pique d’un regard … et je tombe, tombe, tombe …

— Monsieur ? Monsieur ? … N’appelez pas le SAMU, il vient de faire un faux malaise … dit la fausse sirène aux faux plis de grimaces des personnes présentes …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

La pointe de la lame défie à chaud

Oeuvre de Joe Benitez - Lady Mechanika - La Belle Dame Sans Merci

Oeuvre de Joe Benitez – Lady Mechanika – La Belle Dame Sans Merci

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°36 le mot : lourd


La pointe de la lame défie à chaud
La chair fébrile au shampoing froid
De la peur à sourire de mourir vrai
Dans le bain noir de l’œil de la faux

D’un filet de sang tiède de vie de go
La peau écartèle du millimètre voit
Le centimètre sourire large du trait
De profondeur surpasser par défaut

Le pas lourd, regard feutré humain,
S’écrouler le triomphe d’une réalité
Le sang à flot dévoiler d’un chagrin
De partir complètement d’une … infidélité !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je me suis, ce jour-là, fait servir

Photographie de André Kertész - Terrasse de Café - Paris 1928

Photographie de André Kertész – Terrasse de Café – Paris 1928

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Je me suis, ce jour-là, fait servir une menthe à l’eau. J’avais décidé d’arrêter de boire pour le bien commun avec moi-même et d’un soi-disant corps en passe de couler en haute mer de souffrance dans l’indifférence totale, à étreindre dans l’enfer des draps spongieux de l’écœurement. D’alvéole en alvéole mon épiderme s’offrait une nouvelle peau au contact d’une nouvelle pinte en pinte de retour. Bref je devais lâcher prise avant qu’il ne fût trop tard.

Mais il était trop tard. Au fond de mon être enceinté d’alcool il savait que la dernière ligne droite était là. Il allait arriver le premier pour une seconde fois de sa modeste enveloppe teintée d’un espoir irrépressiblement dévolue à vivre comme un héritage insoumis, insécable, indécent, incohérent, indispensable pourtant la mort devait me prendre par l’organe le plus sensible à la cuisson d’un haut degré de l’alambic à la fois à hanter par mes générations de cellules et poser mes premiers mots sur le possible asticot dont je devenais le garde-manger …

Je n’étais ni sucré, ni salé mais d’un goût entre la jacinthe et l’absinthe, nectar peu compréhensible, mais la chimie a des dons insoupçonnés pour faire avaler bien des choses, nous en avons des exemples concrets dans nos frigos … et moi, j’y étais depuis un bon moment …

Ce premier verre de menthe à l’eau m’avait dépossédée par effet, de bonté, la vie ; j’étais tombé comme une fleur coupée sur la terrasse de mon café tant aimé et la serveuse avait par état de choc changé de couleur de cheveux. Je fus transporté directement à la morgue après constat d’un décès en bonne et due forme par un homme digne d’avoir reçu le saint sacrement de décider si un homme était mort ou pas et la chambre froide me pollinisa l’entité et mon identité remis aux autorités compétentes. J’étais bon pour l’effacement.

Mais personne n’avait soupçonné une soudaine et brutale narcolepsie … Je me réveille … d’humeur sombre et froide …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Tu te rappelles ? dit ? de ce chemin

Photographed by Greg Kadel - Lais Ribeiro in “Fasten Your Seatbelt” for Vogue Brazil - February 2017

Photographed by Greg Kadel – Lais Ribeiro in “Fasten Your Seatbelt” for Vogue Brazil – February 2017

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Tu te rappelles ? dit ? de ce chemin qui menait nulle part et pourtant qui nous a conduit naturellement à une… impasse éclairée d’un amour aussi grand qu’il nous a détruit par ce manque de confiance qui nous a fait alliance pour nous séparer comme un delta nous restons liés noyés par nos ressemblances…

Tu te rappelles ? dit ? ce coquelicot dessiné sur ton sein droit, je tétais le pistil au moment même où un autre permanent de l’orgasme dont tu n’avais en vérité que l’usufruit pincé en étau entre mon index et pouce souffrait la volupté à une autre tu me possédais d’une tentative de m’embrocher la bouche avec ta langue bachique tu me pénétrais enfin…

Tu te rappelles ? dit ? de ce vide qui entourait notre peau et qui prenait de la morphine pour déposséder le mensonge d’enfler dans nos gorges et ce train de vie en pointillé aux aiguillages incertains nous menaient dans les lieux les plus inattendus de nos personnalités dégoulinantes de Nous tout en Ego…

Tu te rappelles ? dit ? de ce quai sur notre… route dont j’ai pris le premier appel tu es devenue orpheline et ton incompréhension a été notre fin la mienne de colère et ce Nous huis clos nous a transfiguré en statues ennemis…

Tu te rappelles ? dit ?… on ne s’est jamais pardonné…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ton cosmos a envahi ma galaxie

Photographie d'un inconnu présentement

Photographie d’un inconnu présentement

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Ton cosmos a envahi ma galaxie un soir de pleine Lune.

J’étais aveuglé comme un chat errant au milieu d’une route de campagne à l’affichage filigrané glyphosate. Devais-je y voir un signe du destin qui se moque comme de son premier cercueil du tracé hypothétique de l’humain multivore ? Non, non. En fait, tu étais une comète et j’étais une planète à fort pouvoir de ne rien faire devant une telle apothéose d’énergie. Ma parole était une danse sans air à la chorégraphie d’aphone et j’ai réalisé que je n’avais plus aucun ressort pour continuer à marcher sur la terre pleine de féconde.

J’ai ressenti un battement différent dans ma poitrine de petit homme et d’un rien d’un tout, je suis devenu un tout vivant sur un nuage d’amour en numérique 4K, voire 8K, 16K, 32K … J’étais heureux dans ma vie d’urbain entre quatre murs édifiés dans le quartier de l’épine dorsale d’une ville fromagée tel un gruyère de ghetto…

J’étais tout à la fois malheureux comme les yeux d’un basset et ma frontière dépressionnaire prenez de l’envol à me pendre au premier lampadaire dans l’impasse de continuer à éclairer un morceau de territoire aride. Ma brume pleureuse est venue arroser ma triste vie.

Je suis sorti de l’épicerie, ébloui et misérable. Caissière, mon Amour, j’aurai jamais le courage de te dire : je t’aime et vais finir ma énième bouteille de vin dans l’espace infini de ma solitude.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018