L’empreinte d’Anna

Oeuvre de 1913 de Philip Alexius de László - Anna de Noailles

Oeuvre de 1913 de Philip Alexius de László – Anna de Noailles

Une fois n’est pas coutume, je me suis exercé à un « exercice de style » avec les derniers vers du fameux poème « L’EMPREINTE » de Anna de Noailles (1876 – 1933) sur l’avis d’Ibonoco  🙂


«

 la vie,
tel serrement
ravie
mon enlacement.

le monde étalé,
de son eau
âcre et salée
roule comme un bateau.

le pli des collines
ont vu fleurir
aux branches de l’épine
mon désir.

la verdure nouvelle
des fossés
comme des ailes
tant pressés.

mon domaine
ma persistante odeur
de la tristesse humaine
de mon cœur…

»

6 réflexions sur “L’empreinte d’Anna

  1. C’est une bien merveilleuse poétesse que vous nous faites découvrir là.
    Je viens de trouver ce poème-ci sur babelio, quelle grande dame.
    Pour trouver des mots pareils, elle devait être d’une immense sensibilité.
    Merci Max-Louis. Comme vous avez bien fait de relayer la parution chez Ibonoco.

    Anna de Noailles
    Il N’EST PAS UN INSTANT

    Il n’est pas un instant où près de toi couchée

    Dans la tombe ouverte d’un lit,

    Je n’évoque le jour où ton âme arrachée

    Livrera ton corps à l’oubli. […]

    Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute

    S’apaiser le feu du combat,

    Et que ton sang reprend paisiblement sa route,

    Et que tu respires plus bas,

    Quand, lassés de l’immense et mouvante folie

    Qui rend les esprits dévorants,

    Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie

    Le veilleur las et le mourant,

    Je songe qu’il serait juste, propice et tendre

    D’expirer dans ce calme instant

    Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre

    Que la paix de son coeur content.

    Ainsi l’on nous mettrait ensemble dans la terre,

    Où, seule, j’eus si peur d’aller ;

    La tombe me serait un moins sombre mystère

    Que vivre seule et t’appeler.

    Et je me réjouirais d’être un repas funèbre

    Et d’héberger la mort qui se nourrit de nous,

    Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,

    L’emmêlement de nos genoux…

    Aimé par 4 personnes

    • Bon jour,
      Et je lui avais répondu :

      Elle — Tu pars ?
      Lui  — Au jour qui s’essouffle, la nuit s’impose.
      Elle — Tu m’imposes ton partir comme une goutte qui déborde d’un vase.
      Lui —  Je pars renversé par tes mots trop souvent pleins d’amertume.
      Elle — Mon amertume fleurit à ton terreau et son parfum t’indispose.
      Lui — Je préfère disposer avant d’imposer le socle de ma personnalité sur ta terre.
      Elle — Je n’aurai eu l’occasion de devenir ta statue soumise à tes regards indécents.
      Lui — Mon indécence est mon admiration pour toi.
      Elle — De moi rien n’est admirable, et le désirable est enfoui au cœur de ma tombe.
      Lui — Ton cœur, à ne jamais se dévoiler, pourrira dans le flot de tes larmes.
       Elle — Mes larmes, ma source, me font renaître à chaque instant, revivifiant mon désir de vivre.
      Lui — Et ma vie ? Une simple trace sur la ligne de ta vie, effacée à la gomme de ton indifférence.
      Elle — Tu es l’encre qui n’a pas su marquer les traits de ton amour.
      Lui — L’amour n’est qu’une vague qui s’épanche sur une plage.
      Elle — Ton écume est un sperme froid qui recouvre les galets stériles.
      Lui — Enfanter le néant, tu n’as que cela à m’offrir et tes ombres d’angoisse pour me punir.
      Elle — Mes angoisses sont aussi les tiennes, des linceuls qui m’étouffent.
      Lui — Nous sommes identiques et autres choses, ensemble nos mondes s’entrechoquent.
      Elle — Le soleil est toujours identique mais ses couchers sont toujours différents.
      Lui — Nos mots nous embrochent, nos différences nous brûlent, nous sommes devenus cendres.
      Elle — J’ai besoin de ces brûlures pour exister, j’ai besoin de ces cendres pour renaître.
      Lui — Tu as consumé tous les impossibles de notre passion, les possibles sortent cuirassés.
      Elle — Défais ton habit de mâle, ouvre les vannes de tes mots vrais, de cet amour qui t’enchaîne.
      Lui — Enchaîné à tes barbelés, je suis griffé de toutes parts, mon sang n’est pas le tien. 
      Elle — Mon sang est ton eau de vie, tu es celui qui en moi vit par moi et seulement moi.
      Lui — Tu aboies comme une chienne enragée, tes crocs s’émoussent sur mon cœur.
      Elle — Tu es pathétique comme un timbre-poste qui vient de faire le tour du monde.
      Lui — Ton rictus pourrait servir d’appât à un autre homme, ton sourire est une fosse.
      Elle — Reste !
      Lui — Trop tard ! 

      Max-Louis

      Aimé par 3 personnes

  2. Je trouve votre texte très délicat ; d’une belle sensibilité. J’aime le rythme serré; et j’y trouve une fine mélancolie. La troisième strophe, que je trouve pourtant particulièrement belle, a toutefois fait butée dans mon esprit ( je lis plusieurs fois avant de trouver ce qui me « chiffonne » vaguement ) ; ce n’est qu’un détail qui n’enlève rien a la subtilité du poème : il n’y a qu’un pli ; donc lui seul « a vu fleurir « 

    Aimé par 1 personne

  3. Contrainte qui, appliquée à un poëme pris au hasard dans le corpus de mon pote MALLARMUCHE, donne:

    Leur Onyx
    lampadophore,
    le phénix
    cinéraire amphore.

    Nul ptyx
    Inanité sonore
    pleurs au Styx
    néant s’honore

    un or
    le décor
    une nixe

    miroir, encor
    se fixe
    le septuor.

    Très bonne journée à toute zet à tous.

    Aimé par 1 personne

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