T’as pas grossi ?

 

Les protagonistes : une Jarre et un Chat


— Dis-moi ?
— Oui ?
— T’as pas grossi ?
— …
— Hein ?
— « La critique est aisée, et l’art est difficile »(1).
— Ah ! T’avoues ! T’as grossi !
— J’ai pris des hanches … mais tu peux causer …
— Je suis naturellement hanchée, moi.
— Hummm … tu me cherches là ?
— Je m’ennuie.
— …
— Et toi ?
— J’attends.
— T’attends quoi ? Le déluge ?
— Marre-toi !
— Dis-moi ?
— Qu’un pot de fleur te fracasse.
— C’est pas bien aimable, ça !
— Normal.
— Comment normal ?
— T’as pris ma place.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

(1) : attribuée à Philippe Néricault Destouches

Les nuages saoulés au whiskey sour sur ce tout enfariné

Film Dr Jekyll et Mr Hyde 1931- Acteur Frédric March

Film Dr Jekyll et Mr Hyde 1931- Acteur Frédric March

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


… la folie, la folie, la folie … le faux de la vraie faux se lit sur le champ de blé perdu dans une campagne aux horizons multiples et au temps suspendu comme un jambon de Bayonne au marché branché de Saint-Jean-du-Corail-des-Bois et puis la ténèbre prend acte à la dernière signature d’un soleil rougeoyant par erreur dans un ciel speedball délirant sur les couleurs de l’overdose neuronal et les nuages saoulés au whiskey sour sur ce tout enfariné d’un regard humain qui ne comprend pas encore le mot folie car dans le creux de sa main sa mémoire l’appelle à boire sa propre lie qui constituée d’âmes anciennes aux cris de rédemption les miroirs sourient à son désespoir attaché à l’encre de sa respiration enveloppée par une apnée chronique …

Il est allongé sur l’herbe de son jardin… le leitmotiv en langue de bouche à lèvres : la folie, la folie … il se roule, puis s’époumone … se déshabille de tout … s’éparpille … puis se lève prêt à partir pour l’inconnue rencontrée entre réalité absolue et relative il court il court il court la langue coupée en deux la tête renversée en arrière il crie il crie … la folie vient …. d’un balancé de faux de le fendre puis de le broyer par effet ….

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Mille omelettes et un poussin

Du blog : Mil et une => écriture conviviale : sujet 16 et origine


— Quelque mille omelettes et un poussin ! Qu’est-ce que cette forme ?
— Quelle forme, quelle forme ! Œuf de Dragon, Sir.
— Quelle découverte !
— Quelle œuvre, Votre Bonté.
— Quel âge ?
— Quelle importance Votre Grandeur.
— Quelle impertinence en ton propos !
— Quelle question Votre Gloire.
— Quelle cruciale question, oui.
— Quelle appréciation si ce n’est sept mois, sept jours, sept heures … Votre Sagesse.
— Quelle précision !
— Qu’elle permet de savoir exactement qu’il va naître maintenant, Votre Majesté.
— Quelle envergure ?
— Quelconque, Votre Pompeuse Personne.
— Quelconque ?
— Quelle étrange redondance, Votre Sublimité.
— Qu’elle est ta réponse ?
— Qu’elle sera à la hauteur de Votre Élévation.
— Quelle destinée ?
— Qu’elle aura de la profondeur, Votre Éminence.
— Quel lien de parenté avec moi ?
— Quelle interrogation ! … mais vous êtes le père, Votre Énormité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Arrête de jouer l’apprentie désœuvrée

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Yiiiii haaa !
— Pas la peine de crier si fort ! Nos vies ne tiennent qu’à un fil …
— Ça pince foutrement dur !
— Si t’avais mis ta main ailleurs, patate.
— Patate, patate … purée quelle affaire !
— Faut assumer …
— Assumer, assumer …
— T’arrêtes de répéter, hein ? … parce que je commence à voir rouge.
— Rouge ? T’as attrapé la myxomatose ?
— Tu vas pas tarder à goûter aux saveurs de ma main sur ta gueu…
— Pas de grossièreté, mon lapin.
— Je ne suis pas d’humeur
— Alors, fais le vide ..
— Le vide ? T’es pas un peu bizarre ? Comment utiliser cette expression dans notre situation toute périlleuse …
— Tu ne me comprends pas …
— Enfin, ce n’est pas le lieu d’une discussion de couple …
— Pas le lieu, pas le moment …
— T’es pénible, là …
— Et voilà …
— T’es pathétique …arrête de jouer l’apprentie désœuvrée, larguée …
— Ok, ok … tu vois la corde ?
— Et ?
— Tu vois le vide sous nos yeux ?
— Et ?
— Et là, je te largue …

Dernière info TV 24/24 : un alpiniste a fait une chute de quatre cents mètres après avoir dévissé dimanche après-midi … sa veuve a révélé aux gendarmes que son compagnon était depuis plusieurs semaines, suicidaire … une enquête a été ouverte …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Ses yeux noirs et profonds comme deux puits en prolongement

Participation à Agenda Ironique d’Avril 2019


Rien n’est moins sûr que la certitude.

Un jour des épis de pereskia se présentent à une heure tardive à l’entrée de ma hutte d’hôtes au bord du fleuve. J’ai cru à quelques graines sans importance qui demandent asile pour la nuit toute fraîche de nos contrées. Je ne vais pas germer longtemps dans cette fameuse certitude qui taraude même les meilleurs. Elles s’installent comme des habituées et réclament audacieuses et en chœur un spectacle à casser la graine. Jean Fu serveur de bons vins, de mes employés fidèles et intéressé par la prime du quintal de blé de l’année, outré du ton et de la couleur des propos, s’oppose tout de go avec le jeu de ses yeux noirs et profonds comme deux puits en prolongement verticaux d’une telle demande qui n’est pas de belle facture.

Elles s’opposent, crient, s’excitent, glapissent, s’égosillent, tempêtent, meuglent, tonnent et enfin protestent fermement au rempart en seuil déposé comme un bouclier tenu courageusement par Fu qui tient haut sa position comme une graine de champion. Il n’est pas dit que son dernier mot prennent le chemin le plus court pour porter l’estocade à ces mégères qui s’étalent, de-ci de-là aux tables conquises telles des Amazones contre Priam. Et pourtant, à l’évidence, elles s’égrainent tant et si bien qu’il perd patience, affronte son désarroi et passe au travers d’un doute, d’un flottement, d’un embarras, d’une incertitude et flanche comme une flèche qui n’atteint pas sa cible.

Et, là, défiant l’impensable situation, l’abdication de Fu, je m’interpose et menace, j’exhorte à la raison et la dignité du lieu. Ici, on respecte la coutume et l’ordre. Ne vient pas en repos repas par des impositions, des exigences, des revendications. Les mauvaises graines, par ce coup, deviennent migraineuses, se figent comme dans une gélatine refroidie à fort tempérament. Et puis par un élément déclencheur dont je n’ai toujours pas compris l’once d’une logique graineuse, un grain de folie s’empare des épis comme un enchantement maléfique, dans un tohu-bohu, saccage ma hutte.

Alors, une graine de moutarde me monte au nez, je fais intervenir sur-le-champ les gardes : des fourmis tambocha, qui sont du genre à vous piquer de hannetons si vous prenez latitude d’un maître de céans alors que vous êtes désigné gueux par effet de caste, d’obligation, de résignation ou par convenance personnelle, voire par déplaisance d’attitude. L’épicentre fait onde de choc sur la totalité des épis qui s’éparpillent comme un coup de vent, balaie mon plancher, vers une direction dont la rosace conductrice sait m’éloigner de ces hôtes indésirables.

Rien n’est moins sûr que la certitude.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Un épiderme sensible a l’ambition d’être aimé

Oeuvre de René Magritte – Le miroir vivant

Du blog : Mil et une => écriture conviviale : sujet 15 et origine


personnage éclatant de rire… édenté de l’espoir qui se moque de sa ligne de vie brisée à l’adolescence par effet d’un excès de pouvoir… dont l’horizon c’est ouvert un matin au chant d’un rêve qui avait perdu son chemin entre les arbres d’une réalité reconstituée et d’une langue rose bonbon d’un tableau de maître excentrique et perfectionniste possédé de l’art comme un épiderme sensible a l’ambition d’être aimé… pour s’ouvrir à l’armoire des secrets, à l’alcôve d’une femme qui a posé un regard bienveillant sur les stigmates qui suintent l’angoisse, la peur… brille le chemin de la rédemption comme un trophée… quand les cris d’oiseaux poussiéreux réveillés par les démons des mots heureux, à l’échine courbée, au visage des lettres enfoncées… un melon de belle cuisine surgit, roulé par le mot inadvertance aux pieds du personnage… personnage éclatant de rire…

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Il s’assoit une fois de plus sur son insomnie

Personnage Corrin ou Kamui de Fire Emblem Fates – héros ou héroine – jeu vidéo de rôle tactique

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 08 au 13 avril 2019


L’oiseau emplumé de sa robe ténébreuse n’est pas d’humeur à écouter la fanfare des cui-cui au soleil levant défrisé par une nuit dépossédée par un vol de jour qui se rit chaque jour du rideau noir de sa sœur. En effet la combinaison est inattendue : le jour, la nuit, nés d’une même entité et pas sur la verdure d’un champ campagnard de luzerne qui s’ébroue à la moindre gifle de vent qui n’entend rien à son souffle … l’oiseau le sait et s’en bat l’aile …

Et puis l’oiseau va prendre son café sur son balcon. Il défait son déguisement. Le spectacle du jour de la nocturne tournée est fini. Il s’assoit une fois de plus sur son insomnie. Pas de renouveau possible. La vie comme une échelle à gravir sans fin, la faim d’une mort attendue qui n’a d’yeux que pour les autres … et lui, le velours de l’attente du sommeil sur le parvis d’un paradis éternel de non vie comme une source d’envie de ne pas renaître …

Et puis, à cet instant, il va sursauter sur sa chaise Ikéa en promo en bois collé de copeaux souffreteux devant une corneille qui l’appelle par son prénom. Elle lui demande de sortir de son rêve et de prendre sa clé de bagnole pour celle de la clé des champs et enfin savourer son avenir qui lui tend la joue pour l’embrasser goulûment … et il se réveille …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019