La mort n’est pas frileuse – Chapitre 4/4

Lune_fevrier_Iotop_2019

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(Sur une idée de Carnetsparesseux … une suite de l’Agenda Ironique Décembre 2019 Chapitre 3/4)


La dame de compagnie et la Dame, se regardèrent comme si pour une première fois, il y avait une consistance de l’autre qui apparaissait comme une évidence, une interconnexion humaine de confiance :

— Un rat, c’est commun, mais à cet endroit précis, à ce moment de notre existence …
— Je ne comprends pas vos propos. Je suis parcourue de cette incrédulité qui me fait frissonner.
— Ma Dame, ce rat n’est pas n’importe qui, c’est possiblement un espion.
— Vous délirez, il se fait tard, prenez du millepertuis en infusion et reprenez votre esprit en main.
— …
— Allons, allons ! Priez et faites pénitence, ce rat a faim et en cette époque c’est tout naturel.
— Ce rat n’est pas là par hasard…
— Enfin, ne soyez pas tête de mule, je vous dis que ce rat n’a pas d’importance.
— Bien, ma Dame … je pensais …
— Ne pensez plus. Il est tard. Laissez moi.

La dame se retira, désolée, inquiète comme si elle avait perdu de son assurance. Elle fit mander la femme de chambre. Puis elle sortie, en tenant ferme son chandelier à deux bougies, pour rejoindre l’aile nord de la forteresse, sa suite, mais en cours, elle bifurqua à sa gauche, pris le grand escalier pour se diriger vers la chapelle, pour prier.

La fraîcheur constante de ce lieu lui rappela que la mort n’est pas frileuse. Il y avait une résonance particulière qui martelait le sol, ses pas, le frottement de son manteau sur le dallage qui se paraît du vivant, les ombres diffuses maniaqueries d’exister par contradiction à la lumière, l’odeur insondable des âmes qui couraient sur les vitraux presque invisibles, les prières qui s’échappaient par effet d’être nées une seule fois soulevaient une poussière de mots, les cierges éteints droit dans leur foi à la mèche noire comme l’encre de l’enfer par dérision…

La dame sensible ressentait tout cela comme une vague déferlante dans son âme épouvantée qui par la main droite enserrait le chandelier comme un étau de forgeron. La dame, eut un serrement au milieu du ventre, à l’ombilic, et une brûlure au bas-ventre qui l’a fit s’arrêter net. Une angoisse se serra à l’intérieur de son corset, l’enserra brutalement. Elle avala sa salive. Respira fortement. Toussa. S’écroula dans un étranglement mêlé à un râle bruyant indécent dans ce lieu sacré.

— Alors ?
— Elle est bien morte, dit le Rongeur, à l’amant de la maîtresse du Seigneur.
— Vous êtes sacrément malin.
— Elle était fragile du cœur..
— Vous l’avez un peu aidée, quand même.
— Oui, c’est vrai. Son corset est imprégné d’un subtil mélange de poudre de plantes diverses et variées, triturées finement à la belladone, qui ne laisse aucune trace sur le corps …
— … pas à l’intérieur.
— Ne riez pas, bêtement.
— Vous êtes redoutable.
— Non pas, j’ai comme maîtresse la Dame.
— La Dame ?
— Elle-même.
— Mais … elle est l’instigatrice de l’affaire des Sacs…
— Et ?
— Sa dame avait des soupçons …
— Vous y êtes.
— Ainsi, il faut craindre pour ma vie … et le gardien ?
— Votre compère est en train de pourrir dans un cul-de-basse-fosse.
— Et moi ?
— Vous y êtes presque …

Et le Rongeur lui sauta à la gorge violemment…

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

13 réflexions sur “La mort n’est pas frileuse – Chapitre 4/4

  1. « La fraîcheur constante de ce lieu lui rappela que la mort n’est pas frileuse… » tellement beau, tout ce paragraphe…

    et, ah, le corset qui tue… c’est donc mieux d’être nue… sauf si que l’on préfère d’être la maîtresse de la Mort…

    bien construit 👌👏❤︎

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  2. Les lamentations des entrailles du cul-de-basse-fosse résonnent encore longuement aux oreilles des assassins. L’affaire des sacs restera donc une affaire sainte, « mi-touche » du côté de l’obscurantisme de la chapelle bien que deux chandeliers l’éclairent, « mi-coucoulier » du côté fruité de la poudre d’épicéas du Japon. Max-Louis, j’admire ostentatoirement le style ouvertement plein qui vous est propre et vous remercie de la délectation que sa saveur prit à mon palais.

    Aimé par 2 personnes

    • Bon jour Jo,
      Et en effet quoi qu’il advienne entre les différents protagonistes dont la personnalité n’a pas eu le temps d’émerger dans les méandres de cette histoire qui les uns assassines les autres pour une cause quand l’autre cause est mise en danger par un effet de ce prémunir d’un néfaste possible … le Rongeur est la main armée (voir les dents bien acérées), ce qui est toujours étrange, d’un pouvoir obscur … je ne vais pas ronger plus avant un commentaire qui ne peut s’aligner sur le vôtre, Jo, car je suis au matin comme le café sans le lait dans le brouillard de la chapelle neuronale qui fricote avec l’orgue et mon entendement me laisse choir au milieu d’une nef qui n’est pas celle d’un navire, quoi que, en déroute …. 🙂
      Merci de vos mots dont je louange les reliefs.
      Max-Louis

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  3. « Et le Rongeur lui sauta à la gorge violemment… » ! Voilà la fin, c’est bien écrit, j’admire la construction de vos phrases littéraires, jongler avec les mots c’est un art! Écrire c’est un don, c’est merveilleux, c’est une liberté sans limite! Merci Max-Louis pour ce conte, cette histoire qui m’a tenu en haleine! Bon samedi ツ

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    • Bon jour Stéphane,
      Diantre, la photographie est un art dont la liberté est sans limite, puis-je dire en retour et le don, de part et d’autre, une forme d’obsession salutaire qui permet d’avancer et de créer de nouveaux espaces … mais, je ne puis accepter ce mot : don, car, il y a 99% de travail et 1% de cet effet « don » 🙂
      Merci de vos compliments, mots et passage 🙂
      Bonne journée.
      Max-Louis

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