La sonnette tinte un air de glacier

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz - 1986

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz – 1986

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 18.20


Le temps d’ouvrir une boîte d’haricots verts, de rincer, de verser dans un bain-marie, que la sonnette tinte un air de glacier qui se détache d’un pôle arctique qui de nue terre va bientôt se retrouver.

Est-ce que l’on vient m’annoncer une nouvelle à enflammer mon cœur ou à le détruire … moi qui n’attends rien ?

Je n’ose m’aventurer dans le vestibule, ouvrir la porte et regarder en face les propos grandeur nature … que je grossisse l’importance comme une montagne … possiblement.

Trêve de radotage ! je m’élance ! le courage en main et les jambes toutes à mon ordre de marche, je déclenche la poignée de la porte, le grand jour m’éclaire … il n’y a personne … c’est un lapin, une farce de garnements … sans doute …

Je reviens à ma chère cuisine quand une nouvelle fois la sonnette reprend sa formule glaciaire. Est-ce l’effet de mon troisième whisky de la matinée, consommation quotidienne, qui me joue ce tour de cochon ? Est-ce la chaleur ambiante de mon fourneau et les émanations de mes plats en préparation ? Est-ce le moite de mon rhume qui m’embrume et fait bourdonnement à l’oreille droite ?

D’un questionnement à un autre, ma main tourne la poignée … elle me reste dans la main. Quel est ce mauvais tour que l’on me joue ? Et une voix forte se fait entendre … derrière ma porte :

— Ouvrez-moi ! Ouvrez-moi !
— Mais … mais c’est moi qui suis enfermé chez moi !
— Prenez un marteau, une masse … n’importe quoi mais ouvrez cette porte !
— Vous êtes un dingue, un dérangé du ciboulot… j’appelle la police !
— Il n’y aura personne à arrêter !
— …
— Ouvrez-moi !
— Comment personne ? Je vous entends, moi, donc vous êtes bien présent !
— Oui et … non.
— Comment : oui et non ?
— Cela va être difficile à croire.
— Je craque maintenant, ou j’attends ?
— Attendez.
— J’écoute.
— Je suis vous…
— …
— Je sais c’est difficile à croire.
— J’ai un don d’ubiquité ?
— Non.
— Alors !
— Vous devez m’ouvrir absolument la porte !
— Et pourquoi ?
— Eh bien, pour effectuer …
— Effectuer ?
— Effectuer le transfert ! Dépêchez-vous !
— Le transfert de qui ?
— De vous … de toi …
— De moi ? Mais … vous me tutoyez, là !
— Oui, et si tu tardes, nous allons errer pendant un certain temps !
— Je peux me réveiller, là ? Ou je rêve ?
— Non, hélas !
— Et pourquoi ?
— Tu es … mort !

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

36 réflexions sur “La sonnette tinte un air de glacier

    • Bon jour Dan,
      Entre ceux qui entendent la sonnette (et pas les trompettes de Jéricho) et ceux qui voient la lumière… y en a pour tout le monde 🙂
      Merci de tes mots et passage.
      Max-Louis

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  1. Ben, heu, comment dire, sans s’épancher plus longuement sur les chutes diverses, de rein (voir Muriel), et variées, je trouve que la « Chronique’ (de celle-ci) est » annoncée »depuis qu’on la voit cousue de fil blanc (d’haricot mon coco), au tout début donc.
    Sinon bel ouvrage du lexique que vous savez tricoter prestement, on en redemande !

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    • Bon jour,
      Il est possiblement vrai que la « Muriel » a encore une chute de rein (avantageuse?) (et je sais que vous faîtes référence aussi à « la porte »). Mais je m’égare (et pas sur le premier quai, je sais elle est facile (pas Muriel, hein !)) Et donc rien n’est aussi simple qu’il paraît même à coudre avec du fil blanc.
      Merci de vos mots, passage et … compliment 🙂
      Max-Louis

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      • En fait, comme je vous avais taquiné avec Philip Roth (dont les préoccupations de l’homme cinquantenaire m’intéressent sacrément), j’essayais de ré-équilibrer vaille que vaille avec Gabriel García Márquez et sa « Chronique d’une mort annoncée ». Merci infiniment de me découvrir Madga Szabo: si j’ai foulé la ville de sa naissance vers 1984 (une lubie pas si vaine de ma mère géographe qui souhaitait nous montrer la réalité des pays satellites; à 15 ans, après « 1984 », ça marque…), je ne la connaissais pas -après, ma « culture littéraire » est toute petite, contrairement à ce que l’usage que j’en fais laisse peut-être supposer-.
        Bonne journée !

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        • Vous avez là des auteurs (e), pour moi, inconnus(e) et je suis allé voir sur le web … et effectivement, ils ont de la « carrure » 🙂
          Donc vous êtes (si n’est pas à « la recherche du temps perdu ») aux « préoccupations de l’homme cinquantenaire » … et pour ma part, je me dis que j’ai gagné encore un jour de plus à vivre … nous somme aux antipodes (sans avoir froid, il est vrai 🙂 ) Mais à chacun, chacune, ses motivations, n’est-ce pas ?:) C’est là, l’essentiel et … je vous sais taquin.
          Bonne journée, également 🙂

          Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Les Plumes Chez Emilie 18.20- Les textes | LES PETITS CAHIERS D'EMILIE

    • Bon jour,
      En fait, j’ai arrêté les orties avec le caramel en bouillon du soir, juste après l’écriture de ce texte 🙂
      Merci de vos mots, passage et compliment 🙂
      Max-Louis. xoxox

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