Une belle lumière codée soleil du matin

Agenda Ironique Janvier 2021


Il est 17/h/07. Je consulte ma liste de mes courses :

1) Un Pain à l’Épicae à point
2) Un trois-tiers de Débleurre à la Plolette
3) Une carlte billate
4) Un gloutbile bien vert
5) Trois juhloites pour le potage
6) Une voufloute
7) Un quart dupdelpite

Je vais essayer de retenir cette liste dans mes quelques neurones encore valides. Pas simple. Je suis surveillé. On est surveillé … tous épiés, espionnés, pistés, inspectés, guettés… les qualificatifs ne manquent pas. La liberté est surveillée dans toutes les villes et on nous fait croire que c’est pour notre sécurité. La sécurité de qui ? De Perlimpinpin ou des Sept Nains ?

Si j’arrive à apprendre cette liste, j’ai de quoi participer à la compétition clandestine des Alaxes qui a lieu dans un tiers de la semaine trois quarts et possiblement remporter une délivrance vers le monde des Limeurs. Bien sûr, tout cela est contraire à la Loi du Grand Tout qui nous guide dans nos décisions même les plus minimes et intimes …

Pour retenir cette liste, je vais me déconnecter du Système Primaire par le procédé Miroir, mis au point par la célèbre hackeuse Duananïs surnommée la Baigneuse. Ce procédé permet de délocaliser les nanocorrecteurs intégrés sur des points centraux du tronc cérébral et de les dupliquer pour les enfermer dans la partie profonde du cervelet. Il y a un risque : se griller totalement le cerveau par échauffement ionique dû à ces fameux nanos. Donc, il y a un temps limite avant de finir en légume (et pas dans l’assiette).

Le jour du dilun, je me suis déconnecté trois fois deux tiers de moitié pleine pour m’instruire de ma liste. Le dimar, un peu plus sans plus. Le dicreme j’ai fait une pause. Le dijeu j’ai augmenté ma déconnexion d’un plein demi-tiers cinq quarts de moitié et le divendre j’ai osé une part entière en deux fois trois quarts. De fait le disame repos et le dimanche je pouvais réciter sans une seule erreur la liste. Je suis heureux comme un poisson dans l’eau.

Cette première étape acquise, même difficile, il faut un passeur pour entrer en ville, incognito. Il est bien entendu qu’aucun déplacement physique n’est possible à ce stade. Tout cela se passe bien sûr dans le virtuel lié à d’autres connexions diplupolaires. Je le souligne au cas où il y aurait des candidats potentiels qui me lisent.

Aussi, je vais me faire aider par Onésime, le Passeur, l’idéal et l’incontournable, pour arriver à destination. Son prix : un déjacutoire fabriqué avec une amphibole commune. Celui-ci récupéré sur une vente en digit sur une ancienne station orbitale désaffectée et cédée à un consortium.

A la première du quart du dixième, Onésime m’embarque virtuellement dans son véhicule deux places demi-lunes au pied d’un réverbère irradiant une belle lumière codée soleil du matin ce qui me fait sourire, car je sais qu’à cet instant précis, je suis un clandestin … gagnant …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’indifférence neigeuse de mon intérieur

Doris Day – lapin et œufs de pâques

Blog Émilie : récole 21.01

«… la découverte fondamentale du blanc et pas de l’œuf, n’a d’égale que la complexité de sa structure entre la géométrique et la prétopologie …» les mots du conférencier me laissent transparent sur le siège de l’indifférence neigeuse de mon intérieur.

Alors, «on rigole, on rigole, mais on ne voit pas le fond du bol», mais je viens de me réfugier dans cette salle presque vide de participants et l’animateur me paraît chauffé … à blanc par son sujet.

Je suis poursuivi depuis l’après-midi … par un œuf. J’ai toute ma tête, faites-moi confiance !

Un œuf de Pâques et pas à croquer sous les dents gourmandes ! Non, non ! Un œuf très grand, genre Gulliver, pas très naturel. Cet œuf qui me paraissait inerte comme un décor entre plâtre et métal, devant une chocolaterie, m’a interpellé par mon prénom. J’ai sursauté. Je me suis arrêté et il m’a menacé de me supprimer stricto sensu. Et là, j’ai décampé illico presto.

Mais il m’a poursuivi en déboulant, roulant, secouant toute son «anatomie» pour se déplacer et guidé par on ne sait quelle haine, il me piste comme un animal enragé d’une rue à une autre, d’un boulevard à une place … et pas une âme qui vive pour m’aider… chacun dans sa bulle à se dévoiler enfin comme lâche.

Le temps s’est arrêté dans cette salle par le ronronnement de l’orateur. Et l’œuf de Pâques … ne m’a pas encore retrouvé. Je culotte ma pipe, les doigts un peu tremblants. Que me veut-il ? J’ai la tête qui se farcit d’une question à une autre telle une cascade et leurs bruits se déposent dans le fond de mes yeux comme s’ils voulaient sortir pour exploser en feux d’artifices…

J’ai de plus en plus froid. Étrange sensation d’une panique qui s’installe à l’intérieur de mes fibres musculaires et au foyer de mon sixième sens la ma perception du danger imminent quand le baratineur sur l’estrade se transforme, fusionne sous mes yeux … en œuf de Pâques …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les sourcils bien taillés dans l’épaisseur

Volute spatial de Magali Landry

Blog de Marina


Le sapin de Noël aux clignotements erratiques trône dans la chambre de tante Gertrude tout aussi seule que le résineux même avec un chat nommé mendiant qui se frotte à ses jambes aux beaux reliefs variqueux accompagnés d’affluents bleu roi.

Mendiant miaule et ses quelques croquettes au fond de son bol font grise mine tout autant que tante Gertrude dans son lit l’âme tourmentée de ne s’être rien offert cette année.

Il faut dire que le porte-monnaie de tante Gertrude est un lâche et qu’il n’est pas de cette culture de rébellion comme un certain président dont le nom ne me revient pas.

Dans la chambre tante Gertrude s’ennuie ferme quand un tintement dans la cheminée éteinte se fait entendre inattendu et irrégulier.

Deux espaces-temps ont lancé un défi, une course, avec la Dame Lumière contre une bouteille de champagne.

Tante Gertrude qui n’est pas une illuminée du cerveau à part pour le tricot dont le dernier a fini dans la poubelle par erreur se rend bien compte qu’il y a un souci dans l’âtre qui ne semble pas s’inquiéter même si le chat dresse ses poils en pelote devant elle.

Tante Gertrude fronce les sourcils bien taillés dans l’épaisseur quand surviennent les deux espaces-temps brillants comme des cadeaux de Noël devant sa bouille éblouie qu’elle ne perd pas le nord en développant une paire de baffes à chacun des espaces-temps.

Tante Gertrude est bien contente et sourit largement… de beaux cadeaux de Noël ces deux-là.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Mes livres … me dévisagent …

Heart Ring de Frederico Santos

J’ai un dictionnaire, qui depuis une semaine, à la même minute, tombe de son étagère et s’ouvre toujours aux pages quatre-vingt-quatre, quatre-vingt-cinq.

Bonjour la frayeur à deux heures et deux minutes du matin et bonsoir l’ambiance d’un rêve qui avait l’objectif non avoué de m’apporter une sensuelle rencontre dans une forêt … de femmes lettrées ….

Alors, même si ma vie me paraît à peine concevable, pertinente, intéressante, valable … que ce dictionnaire ait un objectif dont je ne discerne pas les contours ni même la consistance … devrait respecter mon sommeil de juste.

Ce dictionnaire est-il possédé ? C’est la question que je me suis posée par une nuit délavée d’étoiles et pourtant tendrement éclairée par une lune tout aussi seule que moi-même qui ne suis pas lunatique même avec ma paire de lunettes …

Aussi, je décide de l’enchaîner (le dictionnaire, pas la lune) à son étagère.

Dans la nuit en cours, un fracas suivi d’un grondement puis d’un tohu-bohu … me déboussole le réveil créant un tourbillon d’angoisses à la limite des contraintes acceptables pour un esprit sain…

Je me lève tant bien que mal que mes draps veulent me retenir que je les traîne à mes jambages vers ma bibliothèque à la valeur de la faire vivre … de toute une vie…

Je n’en crois pas le tréfonds de mes pupilles. Ils sont là, sur le parquet, froissés, tordus, dévisagés, dépliés … mes livres … me dévisagent … de couvertures …

Je suis détroussé de mon sang. Ma liberté d’agir est clouée. La tétanie est maîtresse de mon corps et ma raison est en déphasage. Un appel de loin se déploie dans mes neurones. Des douleurs intercostales m’envahissent, je plie moi aussi et mes genoux font de même. Me voilà une sculpture organique marbrée de la panique «clouteuse».

La voix se fait plus précise. Une verve que je crois comprendre et qui m’échappe comme du sable dans un sablier. Et au moment le moins propice à comprendre mon état … une lueur d’une diode mille watts me flash.

Je suis dans le vortex des livres. Impressionnant à me faire éclater les veines du cœur. A m’estampiller d’une malédiction jusqu’à la génération de la dernière lettre de notre alphabet.

Et là, j’entends, telles des cascades :

— JOYEUX NOËL!!! ON T’AIME !!! s’exclament tous les livres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’alcôve de l’amour nous met en branle

Photo de Philippe Images – Grâce

Blog oulimots contrainte écriture


Toute femme est une eau vive … faut-il trouver sa source. Et je n’ai pas scrupule à vous écrire que j’ai découvert des eaux vives à des endroits bien différents …

Si toutes les femmes sont belles quand on les aime … il y a une part de moches même si le cœur est paraît-il beau, ça n’illumine pas le désir soyons honnêtes devant la glace qui nous sourit …

L’alcôve de l’amour nous met en branle pour tenir les promesses sensuelles et les succulents moments qui se tiennent pour ardents comme le feu attise l’appétit d’un sirocco …

Et le rustique s’éprend de la chair devenue animale par effet dévorant l’oxygène développant des audaces des ardeurs des tentations dépossédées de la pudeur qui se découvre en ses retranchements comme tout … le monde …

La poésie s’épanche de sa coloration naturelle, et les onomatopées prennent toutes leurs places …

La prose, elle, bouillonne au parfum vétiver dans son coin … à écrire ce qu’elle ne connaît pas… s’écrit-elle par élégance

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Ce vaisselier centenaire me scrute

Ce vaisselier centenaire me scrute

Oeuvre de David-Germain Nillet – La soupe.jpg

Blog oulimots contrainte écriture


A l’heure de mon repas journalier ce vaisselier centenaire me scrute de ses yeux vitreux … et ce canapé… je l’entends crier à chaque fois que les griffes du chat lui triture la caouane couleur bleue de son teint …

Ma soupe est chaude et je réfléchis la tête … de la cuillère dans le bouillonnement … elle ne souffre pas … elle …

La lampe du plafond, allumée, la vague d’un tungstène dans l’âme :

— T’as un souci, Paul ? me dit-elle.
— Je souhaite l’oubli.
— Tu souhaites de l’aide ?
— Non.

Et ma cuillère fait dos rond… c’est louche …

— Tu fais ta forte tête ?
— …
— Ne me réponds pas !
— J’en ai ras la soupière …
— Et moi ras l’assiette creuse de tes bouderies …
Cesse ! .. de me mordre les rebords !

Cela dit, elle n’a pas tort. J’ai le dentier du haut qui racle et qui râle en fond de gorge comme un écho.

— Je te côtoie tous les jours et …
— Précise, dit la cuillère en se retournant et me fixant le plein de son questionnement à ras le bord.
— Tu vas retourner au tiroir.
— Tu es abject !
— Laisse-moi exister au lieu de te plaindre chaque jour.
— Tu vas fricoter avec une autre…
— C’est sûr !
— Goujat !

Et … je l’ai noyée dans sa jalousie pour l’éternité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Un dernier vœu avant le premier saut ?

Lac_Abraham Photo de Luis Arevalo

Blog Sabrina (j’ai fait le choix d’une des trois consignes )


 

Deux hommes en haut d’un pont entre deux montagnes, et un lac en contrebas.

— Tu sais quoi ?
— Non ?
— Je me demande si l’eau est froide.
— Ce n’est pas de l’eau, c’est du méthane.
— Ah ? C’est un nouveau procédé ?
— Tu pouvais choisir.
— Momifié à vif ou gelé et réchauffé par intermittence jusqu’à ce que tous les membres tombent comme de la lèpre … quelle importance.
— Rien ne sert de courir, il faut mourir à point !
— Ça te faire rire ?
— Pardon.
— Tu es le bourreau officiel sur ce territoire, alors je comprends que tu n’es pas là pour verser des larmes.
— Un dernier vœu avant le premier saut ?
— Tu sais pourquoi je suis méchant ?
— Non ?
— Parce que la vie a été injuste avec moi.
— Cela m’étonne.
— Je suis né avec une «cuillère en argent», je n’ai pas eu à traverser la rue pour trouver un job, tout le monde m’aimait, même la mamie que j’ai ébouillantée avec sa marmite de soupe…
— Et ?
— C’est devenu au fil du temps insupportable … adolescent, avec ma tête d’ange, le mot amour se collait sur la langue des filles qui voulaient s’approprier mon corps comme d’une marchandise, comme un caprice…
— Être aimé, c’est beau non ? Quand une partie de l’humanité se demande si l’amour n’est pas une arnaque.
— C’est là que j’ai commencé à tuer. La première, dans le sous-sol de la maison de mes parents.
— Pourquoi n’as-tu pas simplement refusé ses avances ?
— Beaucoup d’autres avant… avaient essayé de m’embobiner. J’avais lutté. Mais celle-ci m’avait carrément joué une grande scène du genre guet-apens…
— Elle était moche ?
— Non, non …
— Une erreur de jeunesse …
— Oui. Je n’ai pas été soupçonné.
— Comme quoi, tu as été verni.
— Les années ont passé. Je cédais aux femmes qui avaient de l’argent. J’en tuais quelques-unes quand elles étaient pots de colle.
— Pourquoi tu me dis ça ? Ta condamnation n’a rien à voir avec ces femmes.
— Il m’aimait, je l’aimais, il m’a trahi … je l’ai tué…
— Et d’une manière moyenâgeuse …
— On ne fait pas mieux, actuellement.
— C’est vrai mais c’est pour la bonne cause, l’exemple.
— J’avoue … à cet instant …. que … je n’ai jamais su aimer. Pour moi … c’est une révélation.
— Trop tard.
— Oui, trop tard…

Et le solide bourreau le prend à bras-le-corps, et le jette, par-dessus le garde-corps du pont, dans le lac de méthane en ébullition à moins 161°.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Le Bonheur, le cœur bien propre sur lui


Teille Mouzeil sculpteur Jean-Claude Lambert
Photo ©Iotop2019

Agenda Ironique Décembre 2020 : Flyingbum (Merci à Laurence de l’idée d’écrire un dialogue)


Il sonne : je n’ouvre pas. Il sonne : je reste muet. Il sonne : il m’énerve. Il sonne : je fais la sourde oreille. Il sonne : je prends l’apéro…

Le Malheur est à ma porte (à ne pas confondre avec Mahler). Il souhaite être invité. Je dis : non. Qu’il aille voir si j’y suis… ailleurs. Il me harcèle tous les jours du calendrier Grégorien.

Le Bonheur est chez moi et nous prenons le bon temps, foutre-Dieu ! Et cette calamité qui vient vers moi.

— Ouvre-moi !!! crie-t-il
— Rien à faire ! Va te faire embaucher ailleurs !
— Tu es sur ma liste !
— Sûr que ce n’est pas une liste de courses ! répond le Bonheur qui sirote quelques plaisirs de ma table.
— Tu ne peux pas passer ton tour !
— Et pourquoi pas ? réponds-je
— Le Bonheur, il le sait, lui !
— C’est vrai que tu le sais, toi ? Rétorque-je au Bonheur les yeux malicieux.
— Sûr que je sais !
— Alors ?
— Pour faire court, depuis la mise en ménage de la Béatitude et du Désastre on a décidé de couper la poire en deux comme on dit par chez nous. Chacune de nos obédiences se devait de réagir. Ainsi, il n’y a pas embarras de choix, sauf exceptions, les hommes se soumettraient au même poids de malheurs et de bonheurs, tout cela ratifié avec le Destin et son épouse la Fatalité.
— Dites-moi que je rêve ?
— Non ! s’exclame le Malheur qui tambourine à ma porte. (la sonnette ayant rendu l’âme… c’est un signe).
— Il va me bouillonner ma journée, dis-je en marmonnant, me tartinant une crêpe de confiture à l’abricot.
— Il va sans dire que je dois courber l’échine, m’avoue le Bonheur avec une moue qui n’est pas s’en rappeler les heures graves de l’épi de pain durcissant dans la huche du même nom.
— Tu veux faire mon malheur, c’est ça ?
— Non, non, répond le Bonheur, le cœur bien propre sur lui.
— Tu me condamnes !
— Ne soit pas si futile dans ton discours. Ce moment passé avec moi est à garder précieusement dans ton âme. Et puis, un petit malheur, ce n’est qu’une petite dose d’arsenic à digérer.
— T’es un comique, Monsieur Bonheur, ça fait plaisir à entendre, dit le Malheur qui vient d’entrer portant la Détresse en bandoulière.
— Mais …mais comment … ? dis-je au Malheur, avec toute la surprise, la déconvenue cousue sur mon visage.
— Tu sais, je reste poli en sonnant ou frappant à la porte, mais les gens ne veulent pas me voir, m’ignorent comme la Misère qu’il croise et tourne le regard vers l’autre trottoir ou font semblant de zyeuter leur téléphone portable.
— Alors, tu entres par effraction !
— Holà ! Doucement ! Je préviens, j’annonce, j’avise, j’informe, j’alerte, il m’arrive même de mettre la puce à l’oreille …
— Eh oui, il est honnête, le Malheur, concède le Bonheur qui vient de se lever et de boucler son baluchon.
— Je t’en conjure, Bonheur, reste !!! crie-je
— Allons, un peu de courage … que diable, souris béatement Bonheur.
— Et si vous restiez tous les deux ? Hein ? Avec moi, là … c’est une solution convenable.
— Tu tentes de négocier l’innégociable ? me répond Malheur qui dépose son sac de poisons à ma table que le pain se rassit à vue d’œil …
— Bon jour chez toi, me lance euphorique, Bonheur en franchissant ma porte.
— «Retenez-moi… ou je fais un malheur !»

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Une voix posée sur un écho de montagne

Bâtiment photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je viens de franchir un cap (il n’est pas vert, ni d’espérance). Nuit noire d’été et peur bleue. Un feu rouge à ma gauche. Je marche au-delà de ma nuit blanche. Je viens de traverser la ligne jaune de mon destin. Ici, rue Magenta. Le trottoir fait une vague. Je tousse. Paris comme un fond d’estomac. Je vomis. Rien de bien méchant. Les bières me font pisser au pied de mon néant et le lampadaire approuve en des clignotements intempestifs. Tout est là. Ma vie ne se retourne pas. Je suis né à Lorient, je vagabonde dans la capitale … les odeurs de la misère sont les mêmes.

Il me semble que je lévite au-dessus d’une voiture.

Une église. Saint-Laurent. Cause à effet ? Je suis devenu un saint ? Je suis navigateur, boussole déboussolée, toute vie est insalubre et l’on passe son temps à se nettoyer ou pas. Se laver l’intérieur, je n’ai que mon whisky. Mes pas sont onduleux, mes jambes dépossédées de la gravité, mes yeux déambulent dans mes orbites molles, mes cheveux se hérissent, se mettent en boules difforment, l’intérieur de mon ventre est un sauna effervescent … et puis tout vibre en moi tel un orgasme incontrôlé, le merveilleux me possède totalement, entièrement … je hurle à la damnation …

— Avez-vous un briquet pour m’allumer ?

Une voix posée sur un écho de montagne me fait sursauter.

— Qu’est-ce que c’est ?
— Je suis la Bougie des Marais …
— Une Bougie ? … des Marais ? …
— Oui, tout à fait.
— Je … je crois …
— Ne bougez pas.
— Oui … c’est ça…

A présent, je vois une bougie scintiller qui se dandine devant moi. Je me dis que nous sommes bien allumés tous les deux.

— Ohé Ohé ? Eh Eh ? Monsieur ?
— C’est … c’est vous la bougie ?
— Non, non, je suis un sauveteur, il y a eu un séisme…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille

Photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je navigue à vue. Le penon en berne, les rames sur la grève, le moral dans les chaussettes … trouées … ma vie est un brouillard enflammé qui ne s’est jamais dissipé.

Le verbe éclore est absent de ma vie … je suis momifié avant d’être mort … aucun souvenir même nacré d’un amour perdu…

Ce soir, je suis devant mon velouté de potiron bergamote. Il est vingt heures. Je regarde une chaîne d’info historiquement grabataire, perclus de ses mauvaises nouvelles, figurée d’un buste, d’une voix … mille ans … et pourtant je m’accroche à ce rituel …

Le téléphone sonne (rien à voir avec l’émission de radio quadragénaire). Je décroche.

— Allô ?
— C’est Paul ?
— Lui-même.
— Je me présente, Paula …
— Stop ! Je ne suis pas intéressé par votre pub téléphonique interdite selon l’article L. 223-1 du code de la consommation…
— Mais je suis Paula, Paul ! tu ne me remets pas ?
— …
— Paula ! nous étions tous les deux en intérim dans une boîte de fournitures de bureau au sud de la ville.
— Oui, possible … et que puis-je pour vous ?
— Tu me vouvoies ?
— Je ne suis pas très frénétique, ce soir…
— T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille, Paul ?
— Pourquoi riez-vous ?
— Fais pas l’innocent de celui qui ne me connaît pas, hein ! T’as peur ?
— Ce mot m’est inconnu…
— Vantard !
— Demain tu seras morte, tu le sais ?
— …
— Tu ne dis rien ?
— …
— Tu vas mourir d’une occlusion … et tu auras le choix … de l’occlusion …
— T’es vraiment un grand malade toi…

Elle raccroche. Mal polie.

Et je souris. Pour une fois que je peux annoncer une mauvaise nouvelle directement car la vie n’est pas toujours rose, pour nous les suppôts du maître Satan …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Vous avez perdu la tête si j’avais l’humour espiègle

Photographie de Falyn Huang
Alex et Effee

Blog oulimots contrainte écriture


Elle vient de Miyazaki ville du Japon où est née la chanteuse et actrice Yui Asaka. Il n’y a pas de quoi faire un fromage (et le fromage n’est pas une spécialité de cette île) se disent les pensées bien pensantes. C’est vrai. Cependant, j’aime les lignes japonaises (et pas de trains hyperloop) qui me semblent mystérieuses comme une Sei Shōnagon.

Je l’ai rencontrée sur le web (une fois n’est pas coutume) ce qui m’a enchanté jusqu’au moment du rendez-vous pour de vrai. Réalité qui fait peur, un bouillonnement au ventre d’un volcan d’émotion s’ouvre et me fais passer de la tachycardie digne d’un funambule qui traverse un canyon d’Arizona.

Quoi qu’il en soit si elle n’aime pas le lapin, elle me fait comprendre que sa spécialité est d’en poser. L’envers du décor me prends à la gorge quand j’entends au loin le pimpon d’un véhicule de secours. Je suis à l’intérieur quand j’ouvre les yeux et qu’un personnel soignant le visage rouge brique sourit, les dents blanc d’Espagne et il me semble l’entendre d’une voix couleur bleu pastel :

— Voulez-vous votre doudou ?

Se moque-t-il ou suis-je au bord du délire d’un traumatisme temporel ?

— Quelle heure est-il ?
20h35, me répond-il en aiguillant une aiguille dans un truc à plusieurs embouts que j’aperçois planté dans l’avant-bras.
— Je suis où ?
— Ici et maintenant, dit-il en souriant béatement.

Il ne me console pas.

— Vous avez pris des conservateurs ? Avouez, hein ?
— Des quoi ?
— Ne faites pas la sourde oreille, hein, mon canaillou.
— Je ne vous permets pas, non mais !
— Ou alors, des proguateurs, des mulateurs, des bimalateurs, des gibalateurs ?
— Je ne comprends rien !
— Calmez-vous. On va se rendormir tranquillement.

Deuxième réveil. Étrange impression de ne plus avoir de corps mais seulement ma tête. Effectivement, ma tête est posée sur une vitre ronde transparente dans un lieu qui ressemble à un laboratoire.

— Alors, toujours pas de doudou ? me dit le même personnel soignant avec son sourire de gouvernante.
— Puis-je savoir ce que je fais ici ?
— Vous avez perdu la tête si j’avais l’humour espiègle .
— Euh … je vous en prie, un peu de décence.
— En fait, on a jeté ce qui n’est plus bon…
— Eh bien bravo !
— On a un tantinet hésité sur votre tête, mais comme vous en avez une bonne, de tête, on s’est dit, il peut encore la garder.
— Et le reste de mon corps, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
— Demain et en attendant, un petit somme pour retourner au merveilleux pays des rêves…

Troisième réveil. Je suis dans mon lit en compagnie de ma japonaise qui me dit :

— Je ne savais pas que tu étais une femme …
— Aaaaaaaaaaaaaah !

Cinquantenaire d’une belle tournure de corps

femme cinquante elegante chapeau -Photographe inconnu
femme cinquante élégante chapeau
Photographe inconnu

Blog oulimots contrainte écriture


Il lui semblait avoir une tête de potimarron après l’ivresse de la soirée qu’il venait de passer dans le château de la belle au bois dormant surnom de la comtesse cinquantenaire d’une belle tournure de corps qui l’avait invitée alors qu’il faisait le poireau devant un cinéma suite à un rendez-vous pris sur un site web de rencontres qui s’était avéré être un lapin …

Il avait des souvenirs par flashs depuis qu’il était sous la douche un peu fraîche comme la nudité de ce matin dont la rosée s’éveillait à l’orangé d’un horizon bancal et défiguré par les nuageux cumulus baluchonnés en voyageurs éphémères qui n’attendaient pas à se faire enguirlander par les nimbostratus maous…

Il faisait glisser son savon bio à la courgette sur sa peau délicatement robuste comme une belle carrosserie de mustang qui devenait verte par effet d’une composition instable et ne s’étonna pas de ce changement au climat de son état entre deux eaux, qu’il se rappelait que la comtesse l’avait bousculée à la sortie du ciné après la séance de quatorze heures dix, lui qui faisait le pied de grue et que matait une aubergine

La pomme de douche en main, l’eau se déversait d’un corps à corps avec lui-même se découvrant un moment de bonheur qu’il se demandait comment il avait cédé aux avances de la comtesse si ce n’était son allure bon chic bon genre avec son trench-coat beige et sa robe fourreau poivron jaune clair unie avec poches ou son sourire en coin, ses yeux de biche ou tout simplement son parfum N°5 ou peut-être bien sa voix qui l’avait envoûté…

Il faisait ses premiers pas à l’extérieur de la douche italienne que la comtesse se présenta toute … inattendue qu’elle lui claquât sa fesse droite qu’il rougit comme une tomate au milieu d’un été possédé d’une sécheresse à dénuder les écorces des arbres, qu’il n’avait pas, ni feuille de vigne ou de salade seulement sa main gauche pour cacher sa modeste verge :

— Alors, mon chou, on fait sa midinette ? Hier au soir, tu avais un meilleur répondant !
— Hier au soir, était un autre jour. Aujourd’hui, je ne veux pas me faire déguster par une mante religieuse.
— Et si j’étais une veuve noire ?
— Raison de plus pour ne pas contraindre ma vie à subir tes démons de midi.
— Goujat !
— Non, c’est un constat !
— Profite au lieu de constater, juger, condamner … à la barre des témoins … faire la fine bouche, dénaturer de ce que tu as joui, déposséder ce que tu as possédé toute une nuit …
— Holà ! Je suis d’une nature délicate moi ! Je souhaite encore profiter de contrées inconnues et ne pas me consacrer à un seul territoire !
— Tu as la langue bien pendue, autant que pour pratiquer un cunnilingus.
— Un compliment ?
— Un compliment car je ne suis pas avare moi !
— Holà ! Doucement, ! … une nuit avec toi c’est Austerlitz devant les Russes, c’est Mohamed Ali devant George Foreman … bref, je suis essoré ! Ok ?
— Et moi, si j’en redemande, beau goujat ?
— Je déclare forfait !
— Immature !
— Femme fatale !
— Soldat sans munitions.
— Hystérique !
— …

Deux mois plus tard, ils se marièrent et n’eurent qu’à jouir … de la vie.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Une étrange virgule déambule dans les étagères

Photographie Martin Cauchon

Les Plumes chez Émilie 22.20


La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Une page anonyme a été envoyée par un dictionnaire masqué (selon les experts en tout genre amenés à émettre des avis à la fois discordants et concordants selon la position et l’humeur du moment du public toujours avide et curieux par sa nature des mystères et à la fois perdu par le tohu-bohu de ces mêmes experts) au service de la milice police municipale des objets à venir chercher.

A la lecture de cette fameuse page imprimée à l’encre de Chine (cela ne s’invente pas) sur papier recyclé sur des machines industrielles et lavé à l’eau pure et dénaturée par effet, indique qu’une étrange virgule déambule dans les étagères, les allées et même le sous-sol des archives, émanant un parfum de rose qu’enivre jusqu’à ce que mort s’en suive des livres de poche après une agonie digne des films à la Dario Argento.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Le maire de la commune a pris des dispositions. Un peu tard profèrent les langues de vipère et a juste mesure disent les plus honnêtes, quand d’autres ne font état que d’un conte pour attirer l’attention pour s’offrir du tourisme à gogo sans sous déliés de pub.

Dans cette page anonyme, il est question d’un autodafé si les livres des éditions Rhododendron ne sont pas libérés d’ici la fin du mois. Nous sommes le vingt. Les jours se comptent ou se décomptent, selon la position des experts qui divergent…

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Les plus audacieux des experts travaillent d’arrache-pied tout en conservant leur tête froide pour comprendre la fermeture inexpliquée de toutes les issues de la bibliothèque. La conclusion, non unanime, qui en ressort après moult tentatives à comprendre ce phénomène inexplicable : un livre de magie dépressif et persécuté serait le coupable.

Après cette nouvelle retentissante le monde s’use à lire pour découvrir la clé d’un désenchantement dans le marc de café, les cartes de toute nature, dans les feuillages d’arbres millénaires et même à se livrer à des incantations avec des cerfs-volants au clair de Lune. Certaines langues trop pendues disent que ce n’est pas un loisir ni même une occasion de s’élever voire s’occuper avec intelligence… pour ceux qui en ont une, bien sûr.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

L’occulte fait peur. Il va sans dire tout en disant qu’une évasion de la totalité des ouvrages est exclue. Alors, si les idées s’enflamment, le nombre de livres de poche meure d’une manière exponentiellement alarmante.

Il n’y a pas de revendication et c’est la question qui jamais soulevé (même avec un palan) vient percuter sans ménagement les experts ahuris, qu’un enfant de huit ans pose.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

De suite un plénipotentiaire est désigné par les forces de l’ordre public dans la ménagerie des experts. Celui-ci n’en mène pas plus large qu’une marge quand il se présente avec un livre ouvert sur le code pénal de l’occultisme et des dragons… en livre de poche.

Il va sans dire que l’encre du livre de magie ne fait qu’un tour. Il se tourne les pages, se fait un sang d’encre en taches d’encre, se froissent toutes les lignes de la page vingt-deux… et quand l’inattendu se réveille, voilà qu’avec un jet d’encre de capitulation il signe sa reddition. Il souhaitait seulement une réédition mais avait omis de l’écrire comme… revendication.

La bibliothèque est aujourd’hui ouverte.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La loi de Murphy a bon dos

Photographie de Julien Eveno
Voile de brume

Blog de Sabrina


Assise sur le bord du fleuve
Baignant son chagrin épreuve
Colette belle comme le jour
Devait décider quel parcours
Elle devait prendre pour sa vie
Finalement pas rose qu’elle se dit
Grognant au vent toujours rude
Hélant ses pensées d’inquiétude
Implorant le hasard du destin
Jurant qu’il ferait tout pour rien
Kopeck il lança pile ou bien face
La loi de Murphy a bon dos passe
Misère connaît pas le pile sourit
Nonobstant les quolibets endurcis
Ouvre une nouvelle et belle voie
Possible à la noble Colette de soie
Quitte sa mouise et dévale le cœur
Râpé mais encore solide à c’tte heure
Sur la bonne route pour de vrai
Toute guillerette enfin si fait
Use ses sentiments à son prince
Voleur de cœurs qu’elle en pince
Willy son ange gardien le vaurien
Xérès au goulot l’animal coquin
Y-a-qu’à dit-il à Colette défaite
Zigzaguant de chagrin plongeant la tête … la première dans le fleuve ….

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Les années passent s’entassent et nous encrassent

Pied à pied Photo Iotop 2020

Aujourd’hui, il fait beau. Enfin une bonne nouvelle.

— Et toi, tu as une bonne nouvelle ?
— Oui !
— Et ?
— Je garde le secret.
— Pourquoi ?
— C’est beau un secret … le préserver du monde extérieur, ne le garder que pour soi c’est jouissif …
— Hum … on a besoin des bonnes nouvelles des autres, aussi.
— Pour se gorger d’indécence ? Le monde est une gigantesque sangsue de biens et de maux !!!
— N’accuse pas le monde de ses imperfections … tu es de ce monde …
— Tu disjonctes ou quoi ? C’est ta nuit astrale qui t’envahit ?
— Non ! Les ennemis de la bonne entente, de la joie de vivre, de l’espérance …
— Soit dit en passant, l’espoir est fait pour les pauvres…
— … de l’alliance, de la concorde, de la compréhension …
— Stop ! Gare à la connivence des adjectifs qualificatifs obséquieux à venir …
— En prononçant : gare, j’ai l’impression que l’on s’égare …
— Tout juste, et ne gardons pas en mémoire cette divergence.
— Allumons une bougie de paix ?
— Nous avons des discordances pas des dissonances.
— Nuance.
— Tout juste.
— Les années passent, s’entassent et nous encrassent, parfois.
— Oui, mais qu’importe, notre amitié n’est pas vacillante pour autant.
— Et … ce secret ?
— Je t’avoue, et tu le sais, l’amitié a son jardin secret …
— C’est une bonne nouvelle …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’éternité comme signataire …

Blog oulimots contrainte écriture


Une touffeur peu commune se dégage dans le castel enterré de moitié dans une terre rocailleuse importée d’un territoire aussi millénaire que la propriétaire du lieu que l’endroit aussi reculé qu’aucune âme n’est venue hanter, d’homme ou autre animal …

Des traits de lumière traversent des pièces dont les noms se sont perdus au fil des siècles, meublées d’un style mystérieux presque occulte et tapissées de récits d’un autre monde comme s’ils avaient été envisagés qu’ils possédassent l’éternité comme signataire …

Quand le frisson d’un mur de pierres en schiste comme une onde palpitante d’un ruisseau de plaine tinte le tissu de la peau doucereuse de la dormeuse millénaire …

Un spectre murmure : « … mémoire traîtresse et souvenirs bourreaux, le tranchant de l’un nous écorche vif l’autre nous transperce à cœur jusqu’au malaise … et pourtant nous tenons les chaînes dirigeons par les mors labourant les flancs par les éperons et nous résistons jusqu’à l’aube … la souffrance comme une aubaine et la douleur comme une malédiction …»

Et comme un enchantement inattendu, lunule de l’index droit de l’endormie se met à briller tandis que s’élève lentement le son d’un piano en allegro

Le temps du réveil et de la désillusion …

Le prince charmant est en retard …

— C’est navrant … qu’il soit maudit … en attendant, je vais faire le ménage…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La plaine défiant les ombres par sa nudité

Lune_photographie_Iotop_2018

Blog oulimots contrainte écriture


 

Au clair de Lune, le cyclope dévisage Sélène à l’heure du thé de minuit à pleine vue sur son belvédère qui penche sur l’angle aigu de la plaine défiant les ombres par sa nudité …

— Tu es trop belle, Lune.
— Ton regard est douloureux, ta voix trop grave.
— Je souhaite te rejoindre pour l’heure.
— Un coup de blues ?
— Un retour vers l’essentiel.
— Il te faut une couleur bleue sur l’azur d’un regard … moi, je suis d’un clair cendre …
— Je souhaite l’oubli, le souci..
— Le réconfort …
— Oui, le réconfort.
— Ne soupir pas.
— Tu es l’œil du mystère et moi l’œil de la monstruosité.
— Arrête !
— Je suis né d’un accouplement d’une désillusion et d’un espoir …
— Pourquoi cherches-tu à te bouleverser l’âme ?
— A la racine de mon origine, des hommes ont torturé mes lointains ancêtres pour essayer sortir une imposture de la Vie …
— Vas-tu cesser ton récit insoutenable !
— … car il est aussi le tien !
— Arrête !
— … et d’un homme plus pervers que les autres, tourmenteur, magicien des ténèbres a énucléé l’un des miens pour se rendre à l’évidence que son œil ne percevait pas l’avenir …
— Je ne veux plus t’entendre …
— … de rage il plongea l’œil dans un chaudron à la mixture à l’odeur écœurante et à son étonnement, l’œil se mit à gonfler, gonfler…
— Pourquoi me faire souffrir !
— … tel que, qu’il s’extirpa du chaudron, qu’il roula vers l’extérieur sans que rien ne l’arrêta sur tous les paysages inconnus et connus du monde, en quelques jours, et se griffa jusqu’à une souffrance insupportable …
— Tu es ignoble …
— … qu’un Vent charitable pour le soulager l’emporta dans ses bras, mais il s’échappa très très loin dans les airs pour se perdre dans l’Univers …
— …
— … et pourtant, ne voulant pas quitter tout à fait sa Terre natale, il se fixa à jamais dans le ciel …
— J’ai trop mal, encore …
— Tu es cette part de moi-même et cette souffrance à cœur d’exister …
— Ne pleure pas… tu es mon éternité …
— Je suis le dernier de mon espèce …
— Je suis là …
— Tu me manques …
— Toi aussi …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Compréhension toute éberluée, le menton relevé

Marisa Mell smoking a cigarette disguised as a nun, circa 1963, nonne

Agenda Ironique Novembre 2020 : Laurence et Jean-Louis


Si on considère « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » cela sous-entend sans sonotone que « chacun chez soi et les moutons seront bien gardés » nous place devant des assertions qui portent sur le haut de l’Everest la raison en ces fameux mots : « dans la nature, tout à toujours une raison » selon Léonard (et pas Bernstein), ce qui permet d’approcher une certaine vérité qui a toujours dans son casier une très belle toile à la Jules Joseph Lefebvre de 1870.

Cependant, : « on passe une moitié de sa vie à attendre ceux qu’on aimera et l’autre moitié à quitter ceux qu’on aime » écrit le Père Hugo avec raison, et je vous vois hausser le sourcil gauche bien fourni à la Georges car vous cherchez avec désespoir le pourquoi du comment, tel le puits devant une eau qui s’évapore à son pied …

Eh oui, quel rapport ? Eh bien, s’il y a « un temps pour chaque chose » et « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » la citation du Père Hugo devient par effet caduque. Ce qui nous amène directement l’énoncé suivant : « En Normandie, poire de mouton, poire précoce bonne à manger ». Est-ce à dire que Hugo nous a pris pour des moutons depuis tant d’années ? Et, à la vérité toute décente et nue (voir Jules Joseph Lefebvre) le flambeau ne fait pas mine de prendre de la hauteur devant nos yeux et notre compréhension toute éberluée, le menton relevé, la raison vacillante mais non abattue, car n’oublions pas que le verbe aimer se conjugue au moins à deux et un divorce de l’être aimé.e devient par effet non avenu car l’attente a pris racine et feuillage jusqu’au ciel de l’espoir devenu lui-même un squelette méconnaissable…

La trahison est fière, devant nous, comme une statue à l’envergure antonyme de la Liberté, la larme bien salée de l’œil droit qui roule (ce n’est pas l’œil qui roule, suivez) comme un torrent de satisfaction car, il est écrit : « Il y a un moment pour tout, et un temps pour tout faire sous le ciel », en un mot : « tout vient à point à qui sait attendre »…

En cela, ne jurons pas outre mesure tel un fabuliste plagiaire trop connu qui : « jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus » au fond du tombeau sans ver luisant mais avec humour : « Bretzel liquide ! ».

Comme quoi, il y a bien : «  Un temps pour chaque chose ».

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Chaque regard est une semence

Blog oulimots contrainte écriture

Photographie Iotop 2020 – Encadrement virtuel ICI

Chaque regard est une semence et fait fruit d’une couleur d’un trait d’un signe d’un éclair et s’insère sincère dans la toile… tel est le tableau expressif ambitieux abstrait et conquérant accroché sur le mur de ce musée et qui s’arrange devant les visiteurs amplifiant des nuances ou un tracé qui s’exhibe par son caractère.

Aux regards nourris il fait acte d’une plaie vivante de son existence et s’expose à la nudité des effets incrustés à l’éclairage de sanctions ou d’approbations il est celui qui s’écrit sans complexe à la morale d’un temps qui s’encre sur les murs des écrans possédés de la communication hallucinée mythomane …

Ce tableau vivant est une première mondiale et signe lui-même les autographes avec son pinceau-scalpel sur des reproductions lithographiques sur pierre…

Quand une femme éprise de ce tableau jouisseur jusqu’aux racines de son ombilic le décroche d’un seul élan à la vue de tous éberlués fascinés applaudissant par l’acte d’une amoureuse insupportablement belle …

L’emporte à bras-le-corps et le fait circuler de quelques rues en quelques ruelles anciennes aux pavés dégoulinants de souvenirs piétinés aux cris décousus et le jette sans ménagement aux pieds d’un banc délavé ressemblant à un linceul …

… il devient tableau ambulant, une œuvre déchue … sur les trottoirs humains éviscérés de toute compassion …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Un soleil printanier en décolleté affriolant

John Cleese and Michael Palin in bikinis while filming Episode 22 of Monty Python’s Flying Circus (1970)
John Cleese and Michael Palin in bikinis while filming
Episode 22 of Monty Python’s Flying Circus (1970)

Blog oulimots contrainte écriture


Un missionnaire en petite tenue au bord d’une rivière, pied à pied, s’engage lentement dans le fluide frais qui déboussole son auguste personne jusqu’à mi-corps d’une eau bienfaitrice et avenante aux parfums mi-dorés par un soleil printanier en décolleté affriolant de vie quand surgit l’inattendu en la présence d’une Amazone.

Le missionnaire prude plonge le reste de son modeste corps jusqu’à tête toute haute sur son humble cou qui n’attendrait pas moins de se faire trancher à la vue de cette apparition genre Méduse femme fatale.

— Aguicheuse … lance-t-il tremblant (le bréviaire en moins et les yeux égarés).
— De quoi souffres-tu, épicurien de la bonne parole ?
— Tentatrice !
— Je vois ton âme sur la balançoire de l’envie quand tu croupis dans les méandres du savoir …
— Possédée !
— Nous le sommes tous les deux.
— Anomalie !
— Tu vas en perdre ton grec… toi le missionnaire herboriste
— Le vertige me prend par la langue … horreur …
— Tu n’es qu’un homme … mais tu peux m’aider … car c’est toi que je viens consulter et de très loin …
— …
— Respire, je viens de la part d’Andromaque
— …
— Elle voudrait ressusciter Hector…
— Je ne suis pas celui que vous cherchez …
— Ne te défausse pas, petit homme, tu fais parti de mon puzzle
— Ô ciel ! Ô ciel !
— Et si j’étais … un arc-en-ciel ?
— Un arc-en-ciel ?
— Un arc-en-ciel pour te convaincre !
— Laissez-moi sortir de votre sortilège !
— Alors prends-moi en levrette !
— La chair ! toujours la chair !
— L’arc-en-ciel te laisse froid, faut-il te réchauffer …
— Je suis maudit, maudit, maudit … maudit …

— Alors, docteur ?
— Pupilles dilatées, enflure de la face … état de choc, conséquemment à une absorption d’un agaric bulbeux, dit couramment amanite phalloïde…
— Drôle de châtiment corporel …
— Chacun sa voie, son calvaire.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020