Un espace-temps qui ne se dit pas

Photographie Nat Farbman - couple_bord_de_Seine - 1949

Photographie Nat Farbman – couple_bord_de_Seine – 1949

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Il y a des aller et pas de retour. Le drame. Enfin, pas toujours, hein ? Non, c’est des aller simples mais il n’y a pas de retour simple … quoi que, si … un retour, c’est parfois compliqué au contraire d’un aller sur l’allée du changement par exemple et pas d’un aller d’exode autre exemple, c’est l’aller non-voulu, c’est la déperdition de l’aller et peut-être la mésaventure au bout de la route … une rature sur l’onde et pour soi une tombe dans un fossé … sans allant aller mourir dans l’indifférence à l’intérieur d’un chiffre édité dans un livre d’histoire ou un journal de région voire la disparition … l’aller calvaire que personne n’entend … c’est l’indifférence qui claironne …

Un aller-retour, Mon Amour ? J’attends ton retour. Il n’est pas tard. Non. Il est trop tard ? Même pas. Il est un espace-temps qui ne se dit pas, qui ne s’énonce pas, c’est néant de retour … et moi l’amant, je reste plié de la douleur de ton manque de retour … toujours, toujours, toujours …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

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J’attends ma résurrection

oeuvre de yumi katsura - défilé haute couture

oeuvre de yumi katsura – défilé haute couture

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J’attends ma résurrection. Elle tarde. Elle est très, très, très en retard. Un prénommé Jésus a attendu trois jours, il parait, selon les rumeurs bien informées. Pour ma part, modeste, j’en suis à quelques décennies.

On peut s’interroger : à quoi peut bien servir une résurrection ? A refaire les mêmes erreurs … ou pas ?

J’ai la tendresse d’un temps passé qui me manque … terriblement … à cette ascension d’amour possédée de vivre à l’invariable effet de jouir … étrange et fabuleux effet comme une drogue de bien être … sans effet secondaire … pas de blessure, pas de traumatisme, pas de douleur …

Aujourd’hui, je reviens d’une bataille … je suis un coq punit par Mars … une nouvelle fois … mais à la différence, je ne chante plus…

Alors, j’attends ma résurrection. Et ma question n’est pas si anodine : est-il possible à un vivant de ressusciter parmi les vivants ? Parce que, pour le dénommé Jésus, son tour de passe-passe : vivant-mort-vivant et hop je t’embrouille, c’est un peu facile pour … un extra-terrestre. Et oui, car il est écrit : “… et fut emporté (enlevé) au ciel ». Il a fait des miracles. J’attends le mien …

Et quoi qu’il advienne, le ressac de ma question me fera chaque jour une ride à se creuser dans ma peau et le brûlant désir de ressusciter me fait déjà griller dans cet enfer …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Un premier pas … mot …

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Un premier pas … mot …
Deux fois le tour du rond point … carré …
Trois gouttes d’eau s’évaporent dans le désert … du néant …
Quatre fessées sur le bord de l’eau …
Cinq bornes à pince pour sortir de ce labyrinthe …
Six fois six trente-six chandelles …
Sept vies pour comprendre cette énigme …
Huit étoiles pour dessiner une croix …
Neuf mois de galère

et je suis né … moi… le texte …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

A la moisson du rêve

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Passage de la limite, passage du lieu, passage entre nuages de vies et non-vies, les feuilles des scénarios songent à se tenir aux garde-à-vous aux revers de dormeuses éveillées entre drap de papillons et couvertures anti-insomniaques …

A la moisson du rêve, premier du nom, le volatile de service pose ses premières images. Le souffle de plus en plus long les mouvements des yeux qui scintillent sur le lustre d’un château … de cartes … et l’escalier en colimaçon, tu cries la bouche collée sur la vitre d’un hôpital … la pluie, une sueur, roule sur ton front et tu projettes de te suicider au premier carrefour d’une rencontre hasardeuse avec une corde pendue elle aussi et qui crie elle aussi sur la même longueur d’onde … ton cou se rétrécie et une lumière rouge s’allume ….

Réveil et sursaut. Tu es à quatre-vingt-dix degrés assise sur ton lit à cent trente de pouls et la nuit silencieuse se crispe, se tord … la lumière blanche éclate tes yeux et tu respires le verre brisé qui est dans ta bouche pâteuse … rien ne vient te sortir de ce rêve pénible même pas un réconfort de ton compagnon qui est assis sur la lunette des toilettes malade des boyaux … rien n’est moins certain que la vie soit une diarrhée tout le long d’un parcours initiatique d’apprentissage qui se solde par une mort sans avoir rien compris et appris …

Et enfin, tu te réveilles vraiment comme un deuxième souffle, un cauchemar de rêve et tu te rends compte qu’il fait grand jour quand tu ouvres tes volets sur … le néant …

Tu es morte.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je viens de débarquer sur la vraie scène de la vie

Oeuvre de Eric Liberge - Mardi gras descendres

Oeuvre de Eric Liberge – Mardi gras descendres

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Je viens de débarquer sur la vraie scène de la vie : la maladie accrochée dans mon intérieur s’est livrée gratuitement, à moi. Là, comme une mort qui ne s’annonce pas, par effet de surprise comme un cadeau empoisonné …

L’incisif m’a secoué le cœur, l’émotion me tiraille les veines, et l’humeur me vague le visage. Au décisif, je décide de l’enterrer dans le jardin médicamenteux de mon ciel le plus bleu …

Je hurle tranquillement comme un nouveau castré, comme à l’arrachement d’un ongle par effet de panaris … et puis, je déroute mes scènes de douleur, me censure avant l’explosion … la déchéance qui me creuse comme une fosse qui n’a pas encore nommée mon nom … me soumet à la diète

Je sors de ma torpeur d’angoisse. Je bois toutes les larmes que mon corps peut fabriquer encore et encore … Je soulève mes poings, haut, très haut … et pas de syndicat pour parlementer avec ce virus, ce maudit virus … de chair en chair, ma longue agonie va me poursuivre jusqu’à l’ultime autorité : la Mort, qui n’a pas de dynastie et pourtant qui a le peuple le plus soumis …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Nous étions nus et imparablement fragiles et soufflés

Film_Les Bronzés_font_du_ski

Film_Les Bronzés_font_du_ski

Agenda Ironique OctoNovDec 2018


Nous étions nus et imparablement fragiles et soufflés par la nature même de notre décision de vivre ensemble sur cette île, toi en Robinwoman et moi en Crusoéman.
«Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique. ». Je regardai. Oui, la mer s’étalait, devant nous. »(1)

J’en avais gros sur la patate de me voir dans ce film avec des dialogues au creux de la vague et cette voix off qui nous envoûtait par défaut. Cet avant midi-là, les amis et quelques membres de nos familles triés volets ouverts et lumières éteintes, étaient autour de nous par une tablée bien garnie et « tandis qu’ils riaient à nouveau, Madeleine se leva, incommodée par le grognement des mioches, s’approcha de son amie et lui glissa à l’oreille : « Paradoxalement tu deviens drolatour avec cette diatribe, trouverais-tu que je sens la crevette arctique ? »(2)

Je compris rapidement, pour une fois, que nous étions entraînés dans une autre dimension et que mon dernier film n’allait pas être dévoyé en commentaires dissociés si ce n’était de rires à braises bien senties. J’allais vomir, quand Paul, ami d’enfance, s’écria :« Fatalimace ! Nous voici en insolitude ! La route court sous l’eau d’artificelles habitudes ! Met tes bottes, enfant. Les écriames et les pingouinations attendront que la polimalie des virgules se solve en délibules mirifiques ! »(3)

Un moment d’y n’inspiration se souleva dans nos poitrines. Paul s’envolait pour une autre crise de déraison. Nous étions sûrs qu’il n’avaient pas avalé sa médication insoutenable. Aujourd’hui, il revivait parmi nous par sa grandeur d’âme enserrée dans les griffes du délire phrasabool. Je n’avais pas cette envie de rire qui vous chantouille la glotte mais vous plantouille une ambiance et c’est à ce moment très précis dont la minute doit encore se souvenir à défaut d’avoir perdu le sens de la mesure : « Alors, on n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ils se tiendront chaud ! » (4) Gertrude avait dévié les regards si ce n’est l’attention par sa voix de soprano à deux octaves qui limpide nous déposséda de l’intervention précédente en toute bonne cause que peu d’entre-nous avaient déchiffré les tenants …

Entre temps dont je ne peux dire la fraction sur l’horloge du salon pendue pour un bel effet de tenir son rôle en sonnant par sept minutes de sept minutes, par cause d’un ressort à mémoire de forme inventée par une horlogère de Toscane … je croisais le regard amoureux de ma femme quand « Ma mère lui offrit des jumeleines, que nous mangeàmes en nous fixant les yeux dans les yeux un rendez-vous créaginaire. » (5) Nous étions irréparablement amoureux. J’en suis, encore et encore, attristé. En fait, j’étais pris au piège et ne pouvais me sortir de cette possessivité qu’ont les femmes de vous embrigader par pur égoïsme. Et je regardais en coin, mon autre ami d’enfance, Onésime, qui n’était pas marié lui, ni même en concubinage notoire. Il était libre comme l’air et respirait sa propre vie d’homme libre. Et c’est beau un homme libre. « A ce momentlà, Onésime réalisa à quel point il était en retard. Les Douze Coups de Midi sonnaient au clocher et les odeurs de brioche remplaçaient allègrement celles des Mc Bacon et autres Cheeseburgers. Il s’empressa de rentrer chez lui, honteux et confus, et jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. » (6) Il n’aimait pas ce genre de regroupement de meute. Je l’aime Onésime. Il le sait et me plaint d’être enchaîné et d’être un lâche à ma façon. Il me disait que j’étais, peut-être, atteint de cette maladie qui frigorifie les hommes mariés de longue date mais « Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps. » (7) Car il travaillait en tant que chercheur au CNRS (Centre Naturel Réservé aux Sensoriels) et se prenait la tête dans les deux sens du terme dans ses propos comme dans ses recherches qui n’attendaient que le moment propice à s’épanouir ou s’évanouir.

Quand j’entendis, juste à côté de moi : « Chuuuutttt, Elodie, ils sont pour moi, les derniers mots de la fin !Tu peux pas t’en empêcher ! Pffff ! C’est pas moi, c’est le Zébulon» (8) Je reconnaissais bien Elodie et son amie Belette, toutes deux à se crêper le chignon et pourtant toujours ensemble comme deux électrons libres dans le monde des adultes qui n’avaient plus aucune prise sur leur devenir et l’avenir comme une utopie n’avait pas à leurs yeux l’espoir que l’on devrait donner à nos enfants …

Mais qu’importe, cette journée était comme toutes celles passées avant les fêtes de fin d’année. Nous nous réunissons avant de nous séparer chacun dans notre monde, mine de rien, avec des liens, toujours aussi solides …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je me joue la pièce manquante

Dessin de Arthur Art Adams

Dessin de Arthur Art Adams

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J’ai le sirop de l’imaginaire au fond de la carafe, le sucre des mots dilué dans le pain perdu et le fourneau de la fatigue qui me cuit à point. Il me faudrait un remontant. Une femme, par exemple. Genre bon chic, bon genre, en jupe ou robe fourreau …

Il est vrai qu’une boisson chaude, un café par exemple, pour supporter mon moi-même, mon désœuvrement et mon espoir en continuel opposition, tension, lutte parfois violente, pourrait me relever de mon apathie.

Même pas un grain de café … il faudrait que je me bouge, acheter au magasin du quartier … et prendre aussi une belle bougie… tient … me préparer un repas à la chandelle … avec le regard vide de toi mon Amour … une assiette de reproche et un verre de regrets … tout est là … je froisse mes derniers souvenirs et ta voix qui m’échappe une nouvelle fois … et te voilà devant moi hologramme muet, tu souris et ta main vient vers moi et ma main saisit … le vide …

Il est onze/trente, tu es en moi en plein jour de ma dépression … tu me possèdes, je suis le pilleur de ton bonheur passé et nos avenirs prennent chacun une tasse amère …

Je me joue la pièce manquante et nos personnages sont des fleurs qui se fanent à la mélodie de l’Amour qu’une guitare répudiée par un artiste paumé épanche sur le trottoir et … ma corde au cou qui s’impatiente …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018