Voilier dans de beaux draps

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Il est de bonne heure. Et le vent vient de s’étendre sur la voile. À ma longue vue, j’aperçois une île qui n’est pas répertoriée. De mille en mille elle est perdue, elle aussi.

Je suis le vagabond des mers, le routard de l’océan, le Lapérouse des mers, bref j’y connais un rayon de sextant et pourtant… je ne sais pas où je suis… quelle honte !

En fait, je vais risquer l’accostage sur le port naturel de cette île… mystérieuse. Je n’ai plus de vivre, alors… ! Et à la dernière bordée, on m’a volé tout mon attirail de pêche…

Je m’approche aussi lentement que possible et une bitte naturelle va me permettre d’immobiliser mon catamaran trente-six pieds…

Et me voilà sur la passerelle : la terre ferme devant moi, enfin une plateforme rocheuse assez conséquente couverte de lianes et autres végétaux assez étranges d’ailleurs, à l’approche, qui remonte sérieusement sur trente de mètres de haut chapeauté d’arbres et à part ça ? Eh bien rien. Je suis bien avancé. J’aurais dû faire le tour de l’île avant d’accoster à cet endroit. Si je ne trouve pas d’issu pour explorer plus avant, je ne vois pas l’intérêt de rester et faire la politique de l’autruche.

Et je ne vois aucun intérêt à écrire ça sur mon journal de bord. C’est un coup à passer pour un gland.

J’avance quand même vers cette roche assez… hostile. Pourtant, j’avance comme un aimant et à mon contact, la végétation accrochée à la paroi… frissonne. Étrange phénomène.

Et j’entre aperçois dans la roche une fissure comme une entrée. Je suis attiré. J’écarte feuillages, branchages. Et au moment où je pénètre, une faible lueur parcours le boyau. Je ne pratique pas la peur tous les jours et à ce moment, je ressens que je ne vais pas en ressortir comme un pressentiment.

Une certaine chaleur s’impose. Mes vêtements sont trempés. Je respire un peu trop fort mais qui puis-je ? J’avance dans ce tunnel, mon guide par défaut. J’ai dû faire une vingtaine de mètres ce qui est peu et pourtant j’ai l’impression d’avoir fait un marathon.

J’ai une moiteur à l’intérieur de mon corps Et puis j’entends une voix. Est-ce vraiment une voix ? Ou le chuintement d’une eau ? Le murmure d’un ancêtre égaré comme moi ? La végétation qui se plaint ?

A quelques mètres, un peu au-dessus de moi, une chose brille. Je tends un bras, ma main accroche une forme polie d’œuf bleu brillant. Et tout-à-coup, je suis électrisé…

Je me réveille ligoté en haut d’un arbre et le lointain de l’océan est devant moi, gigantesque et surnaturel. Je n’ai pas la force de crier. Je n’ai plus la force de penser ce que j’aurais dû faire ou pas. Il y a des situations qui n’offrent aucune alternative et les deux mots : trop tard, sonne dans mon crâne.

le soleil ne fait pas semblant de se branler les rayons, il envoie l’animal, il martèle comme le forgeron sur l’enclume et je suis l’enclume… Je délire…

De l’eau, de l’eau… rien… le vide n’est pas nuageux et paradoxe de ce délire je suis en plein brouillard et j’ai la trique… quelle honte !

Et au moment le plus inattendu, me voilà renversé au pied de mon lit…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Publicités

Mario net ?

Photo de Tony Frank - Gainsbourg et sa Marionnette -1973

Photo de Tony Frank – Gainsbourg et sa Marionnette -1973

Blog popinsetcris contrainte écriture.


L’espagnolette grince de son rire journalier. Le vent frais me taloche le plein du visage. Il est matin sur les hauteurs en compagnie d’un gypaète fidèle à sa ronde matinale. Si j’osais, je ferais un signe de la main. Je n’ose pas. D’ailleurs, je n’ose jamais. J’ai l’audace timide, et la naïveté toute disposée.

Les montagnes sont belles sur l’horizon délavé d’un ciel aux paupières fermées d’étoiles. J’observe. Le jour se déshabiller devant moi, l’air de rien, comme un passant qui suit sa route dans le ciel et le signe d’une belle journée.

Et pourtant de toute ma hauteur vous pourriez me poser la question : “Est-ce que vous lapiez la cime des arbres de votre regard nu de désir ?”

Non, je n’avais à ce moment aucune attente. J’étais bien avec ce léger pincement entre la faim et la fin, mais rien de contrariant sur… l’instant.

Je ne fermais pas la fenêtre au bip-bip de ma messagerie qui en ouvrait une autre. Tiens, un SMS de mon ex. J’osais lire, je n’osais pas comprendre. Il était écrit : “si tu lis ce message, c’est que je viens d’embrasser du dixième étage le goudron du trottoir”.

Je me suis assis sur le rebord de mon lit despotique par les nuits de flemmes, d’inconscience relative de désirs. Sur la table de chevet, ta photographie. Mais qu’est-ce qu’une photographie qu’une mort probable qui sourit par inadvertance aux yeux d’une probable personne concernée.

Je n’ai plus de larme depuis que tu es partie, en claquant cette fameuse porte en chêne qui vibre encore quand ma main empoigne la… poignée, je ressens toute ta haine et ce seuil qui d’un talon aiguille a brisé ce même jour comme s’il devait te retenir.

Je suis de nouveau triste, de cette tristesse granitique insupportable. Je me lève. La fraîcheur s’impose maintenant, complètement dans la chambre et à… moi.

Le soleil est une illusion et le sol en contre-bas une certitude que même le tétrapode de service ne peut contester. Il suffit d’enjamber la fenêtre et basculer, s’écraser, se disloquer le crâne, ne plus penser, ne plus souffrir, se rompre totalement… moi la marionnette amoureuse de mon… manipulateur.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Tolérance… définition

Oeuvre de Jules Lefèbvre

Oeuvre de Jules Lefèbvre

Blog popinsetcris contrainte écriture.


 

Je pose ma valise sur le bord de la route. Il est tard, il fait beau, le ciel est bleu.

Est-ce vraiment ma valise que je pose ? Je recommence.

Hier j’ai posé ma tolérance sur le bord de la route. J’exergue : toute vie commet des erreurs et l’erreur est une tare.

Pas de consensuel possible.

Il manque quelque chose ? Je recommence.

Hier j’ai posé ma tolérance sur le bord de la route et l’ai… tuée.

Mais est-ce hier ? Il y a peut-être dix ans, vingt ans. Ma confidence est-elle anachronique ?

Demain l’aube sera pendue en même temps que moi, haut mais pas court. Agonie en perspective ?

Ma plume ne tremble pas, mon encre s’éparpille et griffe mon incompréhension.

Je l’ai tuée ? Possible. Je suis coupable ? Possible. Je n’ai pas fait exprès.

Pour certains, mes propos vont de l’intolérable à l’outrance… l’outrancier. Intolé… comme intérieur, entôler ? Prison. Enfermement.

J’ai voulu enfermer la tolérance et son effluve sur le parvis de la société qui impose son diktat, car cette tolérance n’est pas celle de ma définition. À la tolérance, il ne faut qu’une seule définition.

En filigrane est inscrit son acte de foi et rien ne sert de creuser même avec une formation en spéléologie. Faut-il le mettre au jour et dire seulement que la tolérance ne doit pas être défigurée. Voilà notre seule définition.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ça balance pour moi

Oeuvre de Ida Rentoul Outhwaite

Oeuvre de Ida Rentoul Outhwaite

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Entre “je marche sur des œufs” et “je joue sur du velours”, y a un monde. Et l’un ne raille pas l’autre. Respect mutuel et apaisement assuré, harmonie de bon aloi et l’horizon de la paix sera assuré.

Bref, tout ça pour dire que je suis un total profane des expressions. Je n’aime pas les expressions, enfin celles des autres et puis c’est tellement facile. On peut ainsi faire bonne figure dans la pâleur d’une conversation et les sacrer aux airs de discussions usées, débraillées, évasées et disgracieuses (je ne donne pas d’exemple, suivez mon regard).

Je préfère les moments naïfs de la balançoire (je suis un fan, cela me rappelle, d’un peu loin il est vrai, mon berceau), cela m’apaise, me console, me charme et ce rythme m’endort presque que je pourrais me métamorphoser en chrysalide de papillon (je conçois l’énormité de la chose et la quantité de glucide astronomique de l’envergure d’un tel papillon de cent trente bons kilogrammes (habillé).

Mon vœu n’a jamais été réalisé pour le plus grand soulagement de mon entourage et je ne voudrais pas les hérisser (même des poils) mais je soupçonne qu’ils profitent du débonnaire gallinacé de notre voisin pour me réveiller au moment le moins opportun. Mais gare si je m’en aperçois, avec moi “ils marchent sur des œufs” et “ils jouent sur du velours”, car mon courroux sera d’une belle brises-d’os.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Rien ne va plus

Blog de annedenisdelln contrainte d’écriture. Et voici le texte 🙂

Rien ne va plus, les jeux sont défaits. Défait, le mot est faible comme le tronc d’arbre devant la tronçonneuse de service. Service compris, je sors du café, l’air d’avoir pris une douche froide. Froide c’est bien toi, en ton caractère chaud. Chaud devant tu avais ces mots dans ta bouche qui se truffait devant un chapeau melon reconvertit en détective privé. Privé, je l’étais de toi, ma princesse, ma pomme. Pomme que nous avons croqué entre le troisième étage de la vie et le cinquième de l’adultère. Adultère et cartomancienne qui avait des chausses de boxeur, gants transparents, et nous alerta sur notre devenir en s’exe clamant : “ Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes!”. Sirènes, nous étions en double, triple, alerte, plan Paul Marre. Mare déjà et l’eau dans le réservoir des futurs souvenirs qui rappelaient par un éclair fugace et fuyant la révolution, les jacobins, les communards, les jansénistes, les girondins, les montagnards. Les montagnards, j’avais le goût de la rive gauche entre le premier lampadaire du pont Neuf et la rue adjacente en pavés. Pavés dans la même mare, je me devais de prendre la première malle venue et me tirer à la lueur du ciel décoiffé par des nuages blancs sur fond de néant. Néant, j’y suis à présent et pour rien.

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

A la cervelle

Artiste Clara Bow en 1928

Artiste Clara Bow en 1928

A la cervelle posée sur le plat d’argent, les neurones synapsent le conquérant, le fameux scalpel assoiffé d’agonisants tenu en main par un maître tout de blanc, cuit au four de la folie cet édenté médecin dégoulinant de veines pendues à sa blouse de saint découvreur de l’anatomie tel l’archéologue clandestin pille les secrets pour enrichir sa démence à dessein d’empaler l’âme qui le tourmente sur la croix de l’agonie d’un voleur de bonheur qui se devait de gagner son paradis !

© Max-Louis MARCETTEAU

Cogitation

« Ce qui n’a pas de lieu, un grand désordre » du site Paradisbancale

La topographie de la pensée n’a pas lieu de tenir compte d’un ordre quelconque dans sa représentativité d’un lieu existant physiquement dont les données imagées ne sont que pures spéculations car non soumises au préalable à sa connaissance.

Ceci posé :

Quoi qu’on pense, le lieu est attribut de la perméabilité de la pensée, permettant ainsi de dessiner un bloc de pensées qui accorde un seul élément de référence afin de pouvoir constituer une définition si ce n’est un début de construction.

Ce non-lieu ne fait pas office de lieu permanent. Il est lieu partout où bon nous semble. D’ici ou d’ailleurs entre les images réelles imprégnées de notre rétine, à celui existant par les différents spectres de la lumière invisible qui peuvent sous-entendre que, pour l’exemple, le grand désordre s’installe, simplement pour étayer un début de pensée sur le sujet. Il est paradoxalement le point d’équilibre.

Nous abordons la pensée relative, sur un lieu relatif et dont la consistance des deux, peut prévaloir sur tous les termes, si ce n’est qu’un seul, au pouvoir de créer une entité subjective pour le plaisir d’assembler des idées, des définitions, ici, le désordre comme point d’appui.

Cependant, on a tout lieu de penser que les mots : lieu et désordre (grand étant un qualificatif pour rehausser le désordre) ne sont que des faire-valoir. Car ce qui importe, ici, est la négation : n’a pas. Il soumet ces deux mots à son diktat. Il émet sa puissance comme un empereur sur ces sujets.

Par cette première hypothèse : « Ce qui n’a pas de lieu, un grand désordre », la pensée plus que le lieu permet d’appréhender qu’un désordre possible est présent. Rien, nous le confirme. Il en ressort toutes les possibilités, le désordre en est une. Nous pourrions à loisir décliner. Et à chaque déclinaison, un autre monde viendrait se greffer dans la propre pensée, jusqu’à envahir (soyons fous) la réalité. Celle-ci, pourrait vaciller et ne plus se reconnaître. Elle deviendrait une réalité désordre, voire pire, disparaîtrait. Le désordre maître à bord n’aurait plus qu’à donner naissance au chaos. D’ailleurs, n’en est-il pas ainsi ?

©Max-Louis MARCETTEAU