Une horloge tombe à l’eau

Dessin de Bubo – Inktober 2018 – #14  (je vous invite à découvrir cet artiste de BD)

Et c’est aujourd’hui le quatre centième texte 🙂 Champagne … 🙂


Une horloge tombe à l’eau. Elle bulle des « aux secours » par peur. Sur la berge un pêcheur qui ne voit que son flotteur traînant son ennui par le jeu du clapotis d’une pluie éphémère, indifférent à cette noyade, baisse son chapeau jusqu’à son nez.

Les secondes de l’horloge égouttent les flaques de l’agonie en des ondes qui se cassent sur le fond de la rivière caillouteuse, aux délits cachés en son sein. Les poissons font les gros yeux sur ses aiguilles qui cadencent au tic-tac affolés comme si elles couraient un sprint pour sauver ses minutes qui se comptent les unes les autres avant de passer de vie à trépas en soixante secondes et que le passé archive sur le rayon des suicides… possibles …

L’horloge rage.

Pourquoi les cambrioleurs l’avaient bâillonné ? Elle n’était pas une alarme, tout juste un carillonnement pour dénoncer les heures ? Pourquoi l’avaient-ils recouvert d’un tissu rouge lors de son enlèvement ? Elle n’avait pas l’intention de trahir ses ravisseurs. Pourquoi se retrouvait-elle en compagnie d’autres horloges dans un hangar aux lucarnes agressives ? Elle avait toujours vécu seule et ses congénères bruyantes dérangeaient son comptage journalier, elle ne savait plus, si elle était en retard ou en avance. Quelle angoisse ! Pourquoi, personne ne resserrait son ressort ? Elle avait envie de vivre encore ses secondes en éternité, ses minutes en espoirs, ses heures en cadeaux, ses jours en jouissances, ses semaines en bonheur, ses mois en étoiles, ses années en Noëls, bref de vivre un siècle bien remplit. Mais, comment sortir de cet asile d’horloges en délire, chacune son tic, avec pour certaines une tendance à se prendre pour des baromètres, et comment tenir plus longtemps sans compromettre irréversiblement sa raison ? Elle désirait retrouver une main attentive, prête chaque fin de semaine à remonter son mécanisme d’orfèvrerie imaginé par un maître horloger de la Vallée des Siffleurs. Et ses engrenages qui peinaient, et . . . pourquoi n’avait-elle pas pensé plutôt à invoquer la déesse des Horloges : TikTak ?

Elle rassemblait son énergie à invoquer la formule mathématique qu’aucuns scientifiques n’auraient pu déchiffrer. Tout le monde était mis à l’épreuve : cliquet, rochet, spirales, pignons, ancre, fourchette, roue d’échappement, roue motrice, poids, lames de suspension… Ses aiguilles dansaient un quadrille à une vitesse que la lumière en aurait pu perdre la vue. La déesse se présentait en montre gousset, brillante.

— Tu n’as qu’un seul vœu, ma belle, tu as une couronne de temps pour le prononcer.

L’horloge émue par ce phénoménal événement, balbutiait son vœu.

— Au bord d’une rivière, une jolie maison, annoncer mes heures à l’un des gentils habitants . . .

Quand elle se retrouva au bord d’une rivière, son cadran se mira les chiffres ! Le temps d’une couronne n’avait pas pris la totalité de sa déclaration ! Malheur ! Cet équilibre précaire lui valu la noyade.

Elle rage ! Tant et si bien que le dieu des horloges : TacTique, s’agace ! Il prend la mesure de ce tragique destin et lui glisse entre ses rouages délicats une incantation chiffrée qu’elle traduit par :

— L’horloge seconde sans heurt la vie des humains, tu seras l’horloge des poissons aux heures sans faim.

Morale : soyez clair et concis dans vos choix.

©Max-Louis MARCETTEAU

Publicités

Inspection d’un temps

Photographie - A l'interieur du Big Ben - Londres- 1920

Photographie – A l’interieur du Big Ben – Londres- 1920

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Mesure de durée au temps autant que le temps démesure son propre temps au temps sablier au regard de l’horloge de la boulière callipyge, là-devant moi, en arrière train, je suis l’improbable client contrôleur qui entre par la petite porte de la ruelle gorgée d’eau.

Je m’installe califourchon sur le sol de la seule pièce du… temps et… j’attends. Je n’ai rien à faire d’autre que d’attendre le sourire sur mon visage, une boîte aux lettres de confiance qui m’apporte tous les timbrés de la terre qui supporte déjà une part d’impossibles idiots, imbéciles…

J’attends le compte rendu de l’espace-temps impétueux devant le tableau noir de craie poussiéreuse blanche presque ingénue qui s’impose, mais je ne suis pas une broutille de temps à me laisser embobiner dans le sens inverse d’une aiguille d’une montre et ou d’un calculateur quantique. Non, non…

Je note que la jeune femme seconde une autre femme et qu’elle écrit avec un calame, c’est un bon point pour elle à l’heure des comptes…

Je ressens ce moment à venir sur l’imperceptible cadran de mon humeur les effets fugaces d’une nuitée en compagnie d’une call-girl au regard envahissant d’être aimée et froide comme de l’azote et qui comptait les minutes avant l’éjaculation des secondes mâles au malaise du précoce et la repasser par une paire de gifles.

Mon temps, ici n’est pas implicite et j’attends la boulière à me rendre compte à défaut de me rendre gorge et je pense à l’intérieur d’un espace intime que la mesure du temps à la démesure du détemps s’étend et intente l’impossible retour sur soi car la seconde est seule à concevoir la naissance, maîtresse de l’instant et de l’éternité à sa froide existence qui ne connaît pas la sensation du… câlin

Je suis le Maître du Temps de celui qui ose poser remontrance sur la seconde de retard qui ne fait pas son travail…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Retour à l’origine

Photographie Sophia Loren

Photographie Sophia Loren

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je vais vendre le Tableau. Le seul que j’ai hérité de ma grand-mère. Ce n’est pas rien… car je n’ai plus rien d’autre de vendable, je suis fauché. Bientôt à la rue. Le mot rue me fait frissonner depuis quelque temps. J’ai des pavés dans la tête et du goudron uriné sous mon nez.

Je vais prendre le train. Ce train du matin à nuit affichée… salle d’attente étriquée même avec une centaine de places assises, ce lundi matin, cette longue attente avec des inconnus sur le quai, un rocher perdu dans la nature de la ville, de ma ville, de la ville de tout le monde et je ressens toute l’amertume qui monte en moi comme une odeur nauséabonde de souvenirs de ville bourgeoise…

Dans ma valise, le fameux Tableau. Enveloppé. Il n’est pas bien grand. Il représente le portrait d’une femme. Ce n’est pas ma grand-mère, c’est sa sœur. Une belle femme à la Sofia Loren dans les années 60.

Ce matin il fait froid par ce vent bronchitique qui tousse par rafales. Je me suis couvert des pieds à la tête avec mon écharpe fétiche reçu des mains de ma troisième amantes (je n’aime pas le mot maîtresse dans ce cas présent)… non cinquième… en fait qu’importe, j’y tiens.

La lampe incandescente au-dessus de moi accouche d’ombres difformes sorties de l’abdomen de ce quai. J’ai hâte d’un nouveau ciel, le vrai celui qui traîne des nuages, draine des formes en des scènes parfois fantasques…

Enfin le train arrive. Je monte dans le wagon, il y a foule, cherche ma place, je suis dans le sens de la marche côté couloir. Je préfère, sinon j’ai tendance à vomir ce qui dérange les autres passagers. Ce voyage ne m’inspire pas. Depuis le début j’ai un mauvais pressentiment. Mais comment faire autrement. Je n’ai qu’un seul acheteur. J’ai à ma droite une femme d’un certain âge. Elle me sourit tout le temps… C’est presque inquiétant…

Je n’ose plus la regarder et pourtant son sourire s’imprime sur ma nuque. Je ressens une légère électrisation, une vilenie à la limite du supportable.

— Vous ne pouvez pas vendre ce tableau…

J’entends cette voix de femme, tout prêt de moi, j’en suis certain. Je me détourne. Elle me sourit.

— Je vous demande pardon ?
— Vous ne pouvez pas vendre ce tableau.
— Et… pourquoi ?
— Il est hanté.
— Hanté ?
— Hanté depuis que votre grand-mère soit décédée d’une manière… étrange.
— Enfin… vous êtes qui ?
— La demi-sœur de votre grand-mère…
— Germaine ?
— Oui.
— Mais, il paraît que vous êtes morte depuis… dix ans…
— Vrai…
—…

Je respire profondément et je commence à suer comme si j’étais dans une lessiveuse.

— De toute façon, reprend cette femme, le tableau est revenu à sa place…
— Je… ne vous crois pas…

Je me lève brusquement et me dirige vers l’emplacement aux bagages, j’ouvre ma valise, je défais l’emballage du Tableau. Il n’est plus là, c’est une toile blanche devant mes yeux.

Tout en moi est ralenti… je m’entends respirer sourdement… je tombe dans un infini à l’intérieur du… Tableau.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Agenda Ironique Février 2018 – Résultats

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 - Photo iotop

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 – Musée histoire naturelle Nantes -Photo iotop

 

Nous voici au troisième volet de cet Agenda Ironique Février 2018 avec pour thème : le conte.

Les différents liens : ICI et ICI

1) Gagnant :

 – Il apparaît des ex-æquo et je peux dire (?) (écrire est plus adapté) que cette mouture est d’une belle qualité avec des univers palpables et ô combien intéressants … merci de vos participations volontaires et palpitantes …

2) Organisateur

 – A une forte majorité, le nouvel organisateur de l’Agenda Ironique de Mars 2018 est une … Organisatrice … (si elle accepte cette mission)  JOBOUGON que je demande d’applaudir bien fort.

Mise à jour le 03/03/2018 :  Agenda Ironique de Mars 2018 => JOBOUGON

Merci à tous : lectrices, lecteurs, auteures, auteurs, et pendant que j’y suis le … monde entier (bon, je retourne sur Terre)

Max-Louis (Alias iotop)

Agenda Ironique Février 2018 – Voter !

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 - Photo iotop

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 – Musée d’histoire naturelle Nantes – Photo iotop

Bon jour à tous,

Diantre, une participation qui compte 🙂 Merci à tous pour ces moments de lecture dont l’imaginaire a été un « orateur » assez fabuleux.

En tout cas,  j’ai été heureux et fébrile (aussi) d’avoir « hébergé » pendant ce mois de février cet Agenda, après une hésitation, il faut l’avouer. 🙂

Maintenant il est temps de voter du 23  au 27 février pour le meilleur texte … et puis voter qui organisera le prochain Agenda Ironique de Mars…

(Pour celles et ceux qui ont des soucis pour voter car problème d’affichage, ils peuvent le faire en écrivant un commentaire)

Max-Louis (Alias iotop)

Lien de l’Agenda Ironique Février 2018

Lien les Résultats de l’Agenda Ironique Février 2018

1) contribution de Palimpzeste

2) contribution de AlphonsineUne morale en cache …

3) contribution de lateliersouslesfeuilles  8 février 2018 à 21h 33 min :  nono le poireau

4) contribution de victorhugotte 

5) contribution de jobougon 

ledessousdesmots

Valentyne

 carnetsparesseux

laurence délis

chachashire

Le Pendu a Trois Pieds

Oeuvre de Albert Besnard

Oeuvre de Albert Besnard

Agenda ironique février 2018 : ledessousdesmots au thème : le conte


Il était une fois un Manoir dans la campagne du lieu dit Le Pendu a Trois Pieds. Ce Manoir avait une bien triste réputation… aujourd’hui disparu…

En effet, il a quelques décennies, lors de la quadragésime, tout le monde avait son petit panier de…provisions : poissons et bières. Une belle coutume de ce territoire du maître des lieux et maire : le comte de Le Jeune-La-Meule, partisan de la libéralisation des régisseurs et capitalisation des terres par les paysans. Bref, l’investissement du travail par la récompense de parcelles après quarante ans de labourage… à qui était encore en vie…

Mais voilà qu’en ce jour, une belle rousse apparue comme un incendie sans pyromane, aux atours avantageux et d’un bagou bien fait, défia la bonne compagnie aux yeux de campagnards vampires de possession et d’épouses à la brûlure d’une pensée de bûcher, entre le parvis de l’église et le café du village, après la fameuse messe.

On se demanda qu’elle était cette apparition étrange qui narguait ainsi le rustique villageois et la rustre villageoise, tous deux du teint du labourage et de la besogne toujours à gratter une terre difficile par des temps aussi discourtois que cette rousse présentement aguicheuse, provocante comme possédée par un sortilège.

Et voilà que le bedeau du village cria le mot : sorcière, et comme une traînée… de poudre le mot s’enflamma dans les esprits et s’échauffa pour certains d’un alcool de derrière les fagots.

A ce moment précis on n’aurait pas donné un seul tringueld de restant de vie dans l’heure qui suivit à la belle rousse, tant les villageois et villageoises s’étaient montés le bourrichon jusqu’au trognon, qui se réfugia dans les bras de Le Jeune-La-Meule…

Tout ce monde fondateur d’une terre humaine, allait poser la première main sacrilège sur une femme, certes différente, mais une femme autrement femme…quand ce bon le comte de Le Jeune-La-Meule pour calmer les esprits et surtout celui du curé qui avait brandit son crucifix de service pour la bonne cause, prit la parole à la cantonade :

— Allons, allons, du calme mes chers administrés. Cette personne est inoffensive. Vous devez la laisser aller, elle va repartir du village…
— D’où sort-elle cette catin ? cria la femme du bourrelier, bien faite et bien posée sur ses hanches.
— Je n’en sais pas plus que vous, mais vous devez rester calme. Sinon, j’ordonne aux gendarmes d’intervenir, sur cette hystérie collective…
— C’est elle l’hystérique, hurla une paysanne tenant sa chèvre à la corde.
— Personne ne ressortira gagnant s’il arrive malheur à cette femme, clama le maire.
— Qu’importe, elle est la servante de Simon, c’est grand malheur déjà qu’elle s’accroche ainsi à vous, cria le curé qui brandissait son crucifix comme une arme.

Le comte de Le Jeune-La-Meule et maire de ce beau village, tout en s’exprimant et tenu par la belle rousse avançait vers la porte de l’église, les villageois en rangs serrés contre-avançaient avec les aulx et l’huile de la sainte du village jalousement gardée en cas de péril… éminent…

— Réfugiez-vous dans le haut du clocher… toute de suite… ne perdez pas de temps, dit-il à la belle rousse.

La suite on la connaît. Les villageois assiégèrent l’église, le curé en… tête, de toute sa truculence. Les gendarmes n’avaient pas eu leur mot à dire, tous fils du territoire. La pauvre belle rousse ne résista que trois jours et se décida à sauter du clocher et s’écrasa sur le parvis. Les villageois trop peureux demandèrent au bedeau de ramasser le corps et fit acte de prévenance, mais le pire est qu’il abusa post mortem de cette femme dans sa masure. Une villageoise le surpris, alerta ses congénères qui par le fait peu coutumier ligotèrent le bedeau comme un saucisson retroussé jusqu’à cul nu et le pendirent pas bien haut à un châtaignier. Le fait de la strangulation l’érection se fit présente, d’où depuis le lieu dit Le Pendu a Trois Pieds… par extension.

Mais l’épreuve que ne devait pas surmonter le comte de Le Jeune-La-Meule, c’est que l’on apprit quelques semaines plus tard que cette belle rousse était sa fille illégitime. Ses gens et ses administrés lui sabotèrent au fil de l’année tous ses projets, une partie de ses récoltes, l’empoisonnement de ses bêtes…aussi, vaincu par cette révolte larvée, il dépérit dans la solitude la plus complète et mourut dans son siège face à la fenêtre qui donnait sur la tombe de son unique fille à une centaine de toises sur les hauteurs de l’un de ses champs.

Morale : ne laissez pas un enfant illégitime dans l’ombre car celle-ci tôt ou tard vous dévorera.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Invitation

Oeuvre de John Dawson Watson

Oeuvre de John Dawson Watson

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Je regarde l’invitation. Je suis dubitatif. Elle ne correspond pas à mon calendrier lunaire. Il n’y a que ce viking de pacotille, ce farceur à deux sous, ce paltoquet d’égouts pour m’inviter à la première de l’astrolabe, en hiver.

Pourtant, je souris. Je prends un canon, puis un deuxième. A le gueux, il veut que je sois présent. Il va en prendre plein les mirettes. Tiens, si j’avais récupéré dans cette autre dimension cet iPhone, j’aurai une fois encore imposé ma vision des choses.

Enfin, ce n’est pas important, après tout. J’ai de quoi les occuper et puis cette invitation ne changera pas la face du monde.

Je vais prendre mon manteau tout chaud, mes moufles et autres tissus de bonnes laines et mon sac à dos. Allez, hop, direction le grand ouest. J’en ai bien pour une bonne semaine de marche en chemins de traverses pour les rejoindre tous ces gueux de magiciens et d’alchimistes.

J’ouvre ma porte. Fait un froid d’étoile polaire. Je regarde mon enseigne suspendue de belle ferronnerie : Nostradamus /Conteur.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018