Les vestiges enfouis dans sa boue sarcophage

Livre de Louis Enault 1876 – Londres – Gravure Gustave Doré – La Tamise

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre la Tamise suit sa course d’esclave comme une longue traversée du désert dont les vestiges enfouis dans sa boue sarcophage que nul archéologue ou pilleur ne viendra ouvrir dépose sur ses berges pourtant des restes d’un Progrès qui fait fuir …même un écureuil.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Tu es perméable comme le beignet dans la friture

Photographie Iotop 2021- Oudon

Blog Émilie : récolte 21.03


Annulation ?
— Eh oui …
— Je m’élève contre …
— Confrontation ?
— Frustration !
— Alors, organise avec toi-même ton carnaval.
— Pour masquer ma frustration ?
— Non. Pour te mettre hors d’atteinte de ce monde.
— Hors d’atteinte de quoi ?
— De l’effervescence mondiale… du demain entre deux eaux (et pas le village des Vosges) …
— Tout est à brûler !
— Au contraire, tout semble se reconfigurer !
— Que m’importe, l’angoisse me conseille fortement, me presse le ciboulot, et son jus m’empoisonne.
— Tu es perméable comme le beignet dans la friture… à boire trop de médias toxiques, voilà où tu en es …
— C’est vrai… je dois stopper ces avalanches de morts, de complots, de conflits, de menaces, de statistiques, de guerres …
— Et toute la bêtise faite homme
— Et femme
— Aussi !
— Bon, je vais accueillir aujourd’hui mon nouveau moral tout neuf !
— Excellent !
— C’est fou comme tu me fais du bien ! Tu sais ça ?
— Euh … oui … bon …
— Tu me revigores … tu sais oser me bousculer … et j’aime ça …
— Bon, arrête ton char
— Tu es ma couleur de vie ! Tu sais ça ? Mon Amour !
— Je n’aime pas les compliments, c’est moi qui vais avoir le moral en dessous de la ligne de flottaison…
— Et si je t’apportais réconfort, là, maintenant ?
— Qu’est-ce ?
— Goujat ! Regarde ! Cette belle culture du bon de toi en récompense … viens à moi, prends moi, maintenant, de corps… en ton carnaval !

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Une forme convenable aux épines de la main

Livre de Louis Enault 1876 – Londres – Gravure Gustave Doré – Holland House

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre la fraîcheur d’un visage telle une Belle de Londres s’épice d’un avenir à la certitude ancrée que demain a une forme convenable aux épines de la main émoussées et le cœur nature d’aimer jusqu’à la pendaison possible d’un adultère sur le podium … des célébrités.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le cahot par le tremblement d’une vie

Livre de Louis Enault 1876 – Londres – Gravure Gustave Doré – Leicester Square

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre la place Leicester Square se peuple s’enfle s’enivre s’entraîne s’époumone s’embouche s’emporte s’enhardit s’enrage s’étonne et se disperse dans le cahot par le tremblement d’une vie qui s’écroule lentement d’une balle à cœur et y découvre sa propre déchéance … à ce film.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Pickle Herring street a cessé de s’égosiller

Livre de Louis Enault 1876 – Londres – Gravure Gustave Doré – Pickle Herring Street

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre Pickle Herring street a cessé de s’égosiller pour défiler en strip-tease le temps qu’une avalanche de misère habille son sourire édenté de l’infortune et croasse dans une envolée à déterrer les derniers survivants de leur cave pour les exposer en trophées …. dans ses vitrines.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Tout est gauche même le parloir

Livre de Louis Enault 1876 – Londres – Le Pont de Londres 1694

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre tout est gauche même le parloir du pont Richmond Bridge muet par apparence pourrait nous conter les boires et déboires aux travers des siècles le visage dur et refait efface de sa mémoire chaque jour l’automobiliste sans succession qui appuie … sur le champignon.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

La vase politique aux paroles plantées

Photographie de Amerikali – Market day Londres

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre chaussée d’un effet écho la ville masquée de ses odeurs habituelles s’étiole lentement sur les rebords de la vase politique aux paroles plantées sur des lèvres gercées par les froides indécisions quand le quartier de la City fait tranquillement… son marché.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le subito ouvre ses sens

Photographie Cath Peartreed – Ephemeral

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février : un mot par jour, une phrase 280 caractères maxi, utiliser #recreature, publication sur un réseau)


D’un pas à un autre franchissement tamisé d’une mer épicontinentale à la section d’un carrefour posé par inadvertance pour créer une confusion de directions comme pour appeler au secours quand le subito ouvre ses sens par opposition au reste du monde apparaît une ville … Londres.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le homard vertigineux qui n’avait rien demandé

Photographie de Yohann-Legrand

Blog Émilie : récolte 21.02


Se souvenir … et plonger dans le regard d’un passé moqueur qui se croit indestructible et plus encore qui s’impose dans l’état des lieux de notre vie telle une maladie chronique qui nous rappelle … à son bon souvenir… et puis …

Il y a les souvenirs sans applaudissements comme par exemple dans la famille des objets égarés comme cette bague de fiançailles possédée du mot regret gravé par des larmes incomprises ….

Il y a les souvenirs que le mot heureux prend à pleins bras comme par exemple la Madeleine de quarante-quatre ans qui me brisa le cœur dans l’assiette d’un midi avec le homard vertigineux qui n’avait rien demandé, lui non plus …

Il y a les souvenirs ainsi qui sonnent l’Aléa comme par exemple le regard d’une femme dans le couloir d’un métro au trop-plein qui vous agrippe tel l’appât et que vous relâchez tous les deux pour cause d’un mauvais courant descendant …

Il y a les souvenirs qui vont apparaître du tréfonds de l’adolescence comme par exemple cette première tentative sur un slow d’un «Hotel California» et d’un banana-split renversé sur des genoux … à se mettre à genoux …

Il y a les souvenirs … en fait, on ne se résigne pas aux souvenirs … et parfois, ils nous font rêver … encore … et nous restaurent … quelque part …..

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Une belle lumière codée soleil du matin

Agenda Ironique Janvier 2021


Il est 17/h/07. Je consulte ma liste de mes courses :

1) Un Pain à l’Épicae à point
2) Un trois-tiers de Débleurre à la Plolette
3) Une carlte billate
4) Un gloutbile bien vert
5) Trois juhloites pour le potage
6) Une voufloute
7) Un quart dupdelpite

Je vais essayer de retenir cette liste dans mes quelques neurones encore valides. Pas simple. Je suis surveillé. On est surveillé … tous épiés, espionnés, pistés, inspectés, guettés… les qualificatifs ne manquent pas. La liberté est surveillée dans toutes les villes et on nous fait croire que c’est pour notre sécurité. La sécurité de qui ? De Perlimpinpin ou des Sept Nains ?

Si j’arrive à apprendre cette liste, j’ai de quoi participer à la compétition clandestine des Alaxes qui a lieu dans un tiers de la semaine trois quarts et possiblement remporter une délivrance vers le monde des Limeurs. Bien sûr, tout cela est contraire à la Loi du Grand Tout qui nous guide dans nos décisions même les plus minimes et intimes …

Pour retenir cette liste, je vais me déconnecter du Système Primaire par le procédé Miroir, mis au point par la célèbre hackeuse Duananïs surnommée la Baigneuse. Ce procédé permet de délocaliser les nanocorrecteurs intégrés sur des points centraux du tronc cérébral et de les dupliquer pour les enfermer dans la partie profonde du cervelet. Il y a un risque : se griller totalement le cerveau par échauffement ionique dû à ces fameux nanos. Donc, il y a un temps limite avant de finir en légume (et pas dans l’assiette).

Le jour du dilun, je me suis déconnecté trois fois deux tiers de moitié pleine pour m’instruire de ma liste. Le dimar, un peu plus sans plus. Le dicreme j’ai fait une pause. Le dijeu j’ai augmenté ma déconnexion d’un plein demi-tiers cinq quarts de moitié et le divendre j’ai osé une part entière en deux fois trois quarts. De fait le disame repos et le dimanche je pouvais réciter sans une seule erreur la liste. Je suis heureux comme un poisson dans l’eau.

Cette première étape acquise, même difficile, il faut un passeur pour entrer en ville, incognito. Il est bien entendu qu’aucun déplacement physique n’est possible à ce stade. Tout cela se passe bien sûr dans le virtuel lié à d’autres connexions diplupolaires. Je le souligne au cas où il y aurait des candidats potentiels qui me lisent.

Aussi, je vais me faire aider par Onésime, le Passeur, l’idéal et l’incontournable, pour arriver à destination. Son prix : un déjacutoire fabriqué avec une amphibole commune. Celui-ci récupéré sur une vente en digit sur une ancienne station orbitale désaffectée et cédée à un consortium.

A la première du quart du dixième, Onésime m’embarque virtuellement dans son véhicule deux places demi-lunes au pied d’un réverbère irradiant une belle lumière codée soleil du matin ce qui me fait sourire, car je sais qu’à cet instant précis, je suis un clandestin … gagnant …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’indifférence neigeuse de mon intérieur

Doris Day – lapin et œufs de pâques

Blog Émilie : récole 21.01

«… la découverte fondamentale du blanc et pas de l’œuf, n’a d’égale que la complexité de sa structure entre la géométrique et la prétopologie …» les mots du conférencier me laissent transparent sur le siège de l’indifférence neigeuse de mon intérieur.

Alors, «on rigole, on rigole, mais on ne voit pas le fond du bol», mais je viens de me réfugier dans cette salle presque vide de participants et l’animateur me paraît chauffé … à blanc par son sujet.

Je suis poursuivi depuis l’après-midi … par un œuf. J’ai toute ma tête, faites-moi confiance !

Un œuf de Pâques et pas à croquer sous les dents gourmandes ! Non, non ! Un œuf très grand, genre Gulliver, pas très naturel. Cet œuf qui me paraissait inerte comme un décor entre plâtre et métal, devant une chocolaterie, m’a interpellé par mon prénom. J’ai sursauté. Je me suis arrêté et il m’a menacé de me supprimer stricto sensu. Et là, j’ai décampé illico presto.

Mais il m’a poursuivi en déboulant, roulant, secouant toute son «anatomie» pour se déplacer et guidé par on ne sait quelle haine, il me piste comme un animal enragé d’une rue à une autre, d’un boulevard à une place … et pas une âme qui vive pour m’aider… chacun dans sa bulle à se dévoiler enfin comme lâche.

Le temps s’est arrêté dans cette salle par le ronronnement de l’orateur. Et l’œuf de Pâques … ne m’a pas encore retrouvé. Je culotte ma pipe, les doigts un peu tremblants. Que me veut-il ? J’ai la tête qui se farcit d’une question à une autre telle une cascade et leurs bruits se déposent dans le fond de mes yeux comme s’ils voulaient sortir pour exploser en feux d’artifices…

J’ai de plus en plus froid. Étrange sensation d’une panique qui s’installe à l’intérieur de mes fibres musculaires et au foyer de mon sixième sens la ma perception du danger imminent quand le baratineur sur l’estrade se transforme, fusionne sous mes yeux … en œuf de Pâques …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les sourcils bien taillés dans l’épaisseur

Volute spatial de Magali Landry

Blog de Marina


Le sapin de Noël aux clignotements erratiques trône dans la chambre de tante Gertrude tout aussi seule que le résineux même avec un chat nommé mendiant qui se frotte à ses jambes aux beaux reliefs variqueux accompagnés d’affluents bleu roi.

Mendiant miaule et ses quelques croquettes au fond de son bol font grise mine tout autant que tante Gertrude dans son lit l’âme tourmentée de ne s’être rien offert cette année.

Il faut dire que le porte-monnaie de tante Gertrude est un lâche et qu’il n’est pas de cette culture de rébellion comme un certain président dont le nom ne me revient pas.

Dans la chambre tante Gertrude s’ennuie ferme quand un tintement dans la cheminée éteinte se fait entendre inattendu et irrégulier.

Deux espaces-temps ont lancé un défi, une course, avec la Dame Lumière contre une bouteille de champagne.

Tante Gertrude qui n’est pas une illuminée du cerveau à part pour le tricot dont le dernier a fini dans la poubelle par erreur se rend bien compte qu’il y a un souci dans l’âtre qui ne semble pas s’inquiéter même si le chat dresse ses poils en pelote devant elle.

Tante Gertrude fronce les sourcils bien taillés dans l’épaisseur quand surviennent les deux espaces-temps brillants comme des cadeaux de Noël devant sa bouille éblouie qu’elle ne perd pas le nord en développant une paire de baffes à chacun des espaces-temps.

Tante Gertrude est bien contente et sourit largement… de beaux cadeaux de Noël ces deux-là.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Mes livres … me dévisagent …

Heart Ring de Frederico Santos

J’ai un dictionnaire, qui depuis une semaine, à la même minute, tombe de son étagère et s’ouvre toujours aux pages quatre-vingt-quatre, quatre-vingt-cinq.

Bonjour la frayeur à deux heures et deux minutes du matin et bonsoir l’ambiance d’un rêve qui avait l’objectif non avoué de m’apporter une sensuelle rencontre dans une forêt … de femmes lettrées ….

Alors, même si ma vie me paraît à peine concevable, pertinente, intéressante, valable … que ce dictionnaire ait un objectif dont je ne discerne pas les contours ni même la consistance … devrait respecter mon sommeil de juste.

Ce dictionnaire est-il possédé ? C’est la question que je me suis posée par une nuit délavée d’étoiles et pourtant tendrement éclairée par une lune tout aussi seule que moi-même qui ne suis pas lunatique même avec ma paire de lunettes …

Aussi, je décide de l’enchaîner (le dictionnaire, pas la lune) à son étagère.

Dans la nuit en cours, un fracas suivi d’un grondement puis d’un tohu-bohu … me déboussole le réveil créant un tourbillon d’angoisses à la limite des contraintes acceptables pour un esprit sain…

Je me lève tant bien que mal que mes draps veulent me retenir que je les traîne à mes jambages vers ma bibliothèque à la valeur de la faire vivre … de toute une vie…

Je n’en crois pas le tréfonds de mes pupilles. Ils sont là, sur le parquet, froissés, tordus, dévisagés, dépliés … mes livres … me dévisagent … de couvertures …

Je suis détroussé de mon sang. Ma liberté d’agir est clouée. La tétanie est maîtresse de mon corps et ma raison est en déphasage. Un appel de loin se déploie dans mes neurones. Des douleurs intercostales m’envahissent, je plie moi aussi et mes genoux font de même. Me voilà une sculpture organique marbrée de la panique «clouteuse».

La voix se fait plus précise. Une verve que je crois comprendre et qui m’échappe comme du sable dans un sablier. Et au moment le moins propice à comprendre mon état … une lueur d’une diode mille watts me flash.

Je suis dans le vortex des livres. Impressionnant à me faire éclater les veines du cœur. A m’estampiller d’une malédiction jusqu’à la génération de la dernière lettre de notre alphabet.

Et là, j’entends, telles des cascades :

— JOYEUX NOËL!!! ON T’AIME !!! s’exclament tous les livres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’alcôve de l’amour nous met en branle

Photo de Philippe Images – Grâce

Blog oulimots contrainte écriture


Toute femme est une eau vive … faut-il trouver sa source. Et je n’ai pas scrupule à vous écrire que j’ai découvert des eaux vives à des endroits bien différents …

Si toutes les femmes sont belles quand on les aime … il y a une part de moches même si le cœur est paraît-il beau, ça n’illumine pas le désir soyons honnêtes devant la glace qui nous sourit …

L’alcôve de l’amour nous met en branle pour tenir les promesses sensuelles et les succulents moments qui se tiennent pour ardents comme le feu attise l’appétit d’un sirocco …

Et le rustique s’éprend de la chair devenue animale par effet dévorant l’oxygène développant des audaces des ardeurs des tentations dépossédées de la pudeur qui se découvre en ses retranchements comme tout … le monde …

La poésie s’épanche de sa coloration naturelle, et les onomatopées prennent toutes leurs places …

La prose, elle, bouillonne au parfum vétiver dans son coin … à écrire ce qu’elle ne connaît pas… s’écrit-elle par élégance

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Ce vaisselier centenaire me scrute

Ce vaisselier centenaire me scrute

Oeuvre de David-Germain Nillet – La soupe.jpg

Blog oulimots contrainte écriture


A l’heure de mon repas journalier ce vaisselier centenaire me scrute de ses yeux vitreux … et ce canapé… je l’entends crier à chaque fois que les griffes du chat lui triture la caouane couleur bleue de son teint …

Ma soupe est chaude et je réfléchis la tête … de la cuillère dans le bouillonnement … elle ne souffre pas … elle …

La lampe du plafond, allumée, la vague d’un tungstène dans l’âme :

— T’as un souci, Paul ? me dit-elle.
— Je souhaite l’oubli.
— Tu souhaites de l’aide ?
— Non.

Et ma cuillère fait dos rond… c’est louche …

— Tu fais ta forte tête ?
— …
— Ne me réponds pas !
— J’en ai ras la soupière …
— Et moi ras l’assiette creuse de tes bouderies …
Cesse ! .. de me mordre les rebords !

Cela dit, elle n’a pas tort. J’ai le dentier du haut qui racle et qui râle en fond de gorge comme un écho.

— Je te côtoie tous les jours et …
— Précise, dit la cuillère en se retournant et me fixant le plein de son questionnement à ras le bord.
— Tu vas retourner au tiroir.
— Tu es abject !
— Laisse-moi exister au lieu de te plaindre chaque jour.
— Tu vas fricoter avec une autre…
— C’est sûr !
— Goujat !

Et … je l’ai noyée dans sa jalousie pour l’éternité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Un dernier vœu avant le premier saut ?

Lac_Abraham Photo de Luis Arevalo

Blog Sabrina (j’ai fait le choix d’une des trois consignes )


 

Deux hommes en haut d’un pont entre deux montagnes, et un lac en contrebas.

— Tu sais quoi ?
— Non ?
— Je me demande si l’eau est froide.
— Ce n’est pas de l’eau, c’est du méthane.
— Ah ? C’est un nouveau procédé ?
— Tu pouvais choisir.
— Momifié à vif ou gelé et réchauffé par intermittence jusqu’à ce que tous les membres tombent comme de la lèpre … quelle importance.
— Rien ne sert de courir, il faut mourir à point !
— Ça te faire rire ?
— Pardon.
— Tu es le bourreau officiel sur ce territoire, alors je comprends que tu n’es pas là pour verser des larmes.
— Un dernier vœu avant le premier saut ?
— Tu sais pourquoi je suis méchant ?
— Non ?
— Parce que la vie a été injuste avec moi.
— Cela m’étonne.
— Je suis né avec une «cuillère en argent», je n’ai pas eu à traverser la rue pour trouver un job, tout le monde m’aimait, même la mamie que j’ai ébouillantée avec sa marmite de soupe…
— Et ?
— C’est devenu au fil du temps insupportable … adolescent, avec ma tête d’ange, le mot amour se collait sur la langue des filles qui voulaient s’approprier mon corps comme d’une marchandise, comme un caprice…
— Être aimé, c’est beau non ? Quand une partie de l’humanité se demande si l’amour n’est pas une arnaque.
— C’est là que j’ai commencé à tuer. La première, dans le sous-sol de la maison de mes parents.
— Pourquoi n’as-tu pas simplement refusé ses avances ?
— Beaucoup d’autres avant… avaient essayé de m’embobiner. J’avais lutté. Mais celle-ci m’avait carrément joué une grande scène du genre guet-apens…
— Elle était moche ?
— Non, non …
— Une erreur de jeunesse …
— Oui. Je n’ai pas été soupçonné.
— Comme quoi, tu as été verni.
— Les années ont passé. Je cédais aux femmes qui avaient de l’argent. J’en tuais quelques-unes quand elles étaient pots de colle.
— Pourquoi tu me dis ça ? Ta condamnation n’a rien à voir avec ces femmes.
— Il m’aimait, je l’aimais, il m’a trahi … je l’ai tué…
— Et d’une manière moyenâgeuse …
— On ne fait pas mieux, actuellement.
— C’est vrai mais c’est pour la bonne cause, l’exemple.
— J’avoue … à cet instant …. que … je n’ai jamais su aimer. Pour moi … c’est une révélation.
— Trop tard.
— Oui, trop tard…

Et le solide bourreau le prend à bras-le-corps, et le jette, par-dessus le garde-corps du pont, dans le lac de méthane en ébullition à moins 161°.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Le Bonheur, le cœur bien propre sur lui


Teille Mouzeil sculpteur Jean-Claude Lambert
Photo ©Iotop2019

Agenda Ironique Décembre 2020 : Flyingbum (Merci à Laurence de l’idée d’écrire un dialogue)


Il sonne : je n’ouvre pas. Il sonne : je reste muet. Il sonne : il m’énerve. Il sonne : je fais la sourde oreille. Il sonne : je prends l’apéro…

Le Malheur est à ma porte (à ne pas confondre avec Mahler). Il souhaite être invité. Je dis : non. Qu’il aille voir si j’y suis… ailleurs. Il me harcèle tous les jours du calendrier Grégorien.

Le Bonheur est chez moi et nous prenons le bon temps, foutre-Dieu ! Et cette calamité qui vient vers moi.

— Ouvre-moi !!! crie-t-il
— Rien à faire ! Va te faire embaucher ailleurs !
— Tu es sur ma liste !
— Sûr que ce n’est pas une liste de courses ! répond le Bonheur qui sirote quelques plaisirs de ma table.
— Tu ne peux pas passer ton tour !
— Et pourquoi pas ? réponds-je
— Le Bonheur, il le sait, lui !
— C’est vrai que tu le sais, toi ? Rétorque-je au Bonheur les yeux malicieux.
— Sûr que je sais !
— Alors ?
— Pour faire court, depuis la mise en ménage de la Béatitude et du Désastre on a décidé de couper la poire en deux comme on dit par chez nous. Chacune de nos obédiences se devait de réagir. Ainsi, il n’y a pas embarras de choix, sauf exceptions, les hommes se soumettraient au même poids de malheurs et de bonheurs, tout cela ratifié avec le Destin et son épouse la Fatalité.
— Dites-moi que je rêve ?
— Non ! s’exclame le Malheur qui tambourine à ma porte. (la sonnette ayant rendu l’âme… c’est un signe).
— Il va me bouillonner ma journée, dis-je en marmonnant, me tartinant une crêpe de confiture à l’abricot.
— Il va sans dire que je dois courber l’échine, m’avoue le Bonheur avec une moue qui n’est pas s’en rappeler les heures graves de l’épi de pain durcissant dans la huche du même nom.
— Tu veux faire mon malheur, c’est ça ?
— Non, non, répond le Bonheur, le cœur bien propre sur lui.
— Tu me condamnes !
— Ne soit pas si futile dans ton discours. Ce moment passé avec moi est à garder précieusement dans ton âme. Et puis, un petit malheur, ce n’est qu’une petite dose d’arsenic à digérer.
— T’es un comique, Monsieur Bonheur, ça fait plaisir à entendre, dit le Malheur qui vient d’entrer portant la Détresse en bandoulière.
— Mais …mais comment … ? dis-je au Malheur, avec toute la surprise, la déconvenue cousue sur mon visage.
— Tu sais, je reste poli en sonnant ou frappant à la porte, mais les gens ne veulent pas me voir, m’ignorent comme la Misère qu’il croise et tourne le regard vers l’autre trottoir ou font semblant de zyeuter leur téléphone portable.
— Alors, tu entres par effraction !
— Holà ! Doucement ! Je préviens, j’annonce, j’avise, j’informe, j’alerte, il m’arrive même de mettre la puce à l’oreille …
— Eh oui, il est honnête, le Malheur, concède le Bonheur qui vient de se lever et de boucler son baluchon.
— Je t’en conjure, Bonheur, reste !!! crie-je
— Allons, un peu de courage … que diable, souris béatement Bonheur.
— Et si vous restiez tous les deux ? Hein ? Avec moi, là … c’est une solution convenable.
— Tu tentes de négocier l’innégociable ? me répond Malheur qui dépose son sac de poisons à ma table que le pain se rassit à vue d’œil …
— Bon jour chez toi, me lance euphorique, Bonheur en franchissant ma porte.
— «Retenez-moi… ou je fais un malheur !»

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Une voix posée sur un écho de montagne

Bâtiment photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je viens de franchir un cap (il n’est pas vert, ni d’espérance). Nuit noire d’été et peur bleue. Un feu rouge à ma gauche. Je marche au-delà de ma nuit blanche. Je viens de traverser la ligne jaune de mon destin. Ici, rue Magenta. Le trottoir fait une vague. Je tousse. Paris comme un fond d’estomac. Je vomis. Rien de bien méchant. Les bières me font pisser au pied de mon néant et le lampadaire approuve en des clignotements intempestifs. Tout est là. Ma vie ne se retourne pas. Je suis né à Lorient, je vagabonde dans la capitale … les odeurs de la misère sont les mêmes.

Il me semble que je lévite au-dessus d’une voiture.

Une église. Saint-Laurent. Cause à effet ? Je suis devenu un saint ? Je suis navigateur, boussole déboussolée, toute vie est insalubre et l’on passe son temps à se nettoyer ou pas. Se laver l’intérieur, je n’ai que mon whisky. Mes pas sont onduleux, mes jambes dépossédées de la gravité, mes yeux déambulent dans mes orbites molles, mes cheveux se hérissent, se mettent en boules difforment, l’intérieur de mon ventre est un sauna effervescent … et puis tout vibre en moi tel un orgasme incontrôlé, le merveilleux me possède totalement, entièrement … je hurle à la damnation …

— Avez-vous un briquet pour m’allumer ?

Une voix posée sur un écho de montagne me fait sursauter.

— Qu’est-ce que c’est ?
— Je suis la Bougie des Marais …
— Une Bougie ? … des Marais ? …
— Oui, tout à fait.
— Je … je crois …
— Ne bougez pas.
— Oui … c’est ça…

A présent, je vois une bougie scintiller qui se dandine devant moi. Je me dis que nous sommes bien allumés tous les deux.

— Ohé Ohé ? Eh Eh ? Monsieur ?
— C’est … c’est vous la bougie ?
— Non, non, je suis un sauveteur, il y a eu un séisme…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille

Photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je navigue à vue. Le penon en berne, les rames sur la grève, le moral dans les chaussettes … trouées … ma vie est un brouillard enflammé qui ne s’est jamais dissipé.

Le verbe éclore est absent de ma vie … je suis momifié avant d’être mort … aucun souvenir même nacré d’un amour perdu…

Ce soir, je suis devant mon velouté de potiron bergamote. Il est vingt heures. Je regarde une chaîne d’info historiquement grabataire, perclus de ses mauvaises nouvelles, figurée d’un buste, d’une voix … mille ans … et pourtant je m’accroche à ce rituel …

Le téléphone sonne (rien à voir avec l’émission de radio quadragénaire). Je décroche.

— Allô ?
— C’est Paul ?
— Lui-même.
— Je me présente, Paula …
— Stop ! Je ne suis pas intéressé par votre pub téléphonique interdite selon l’article L. 223-1 du code de la consommation…
— Mais je suis Paula, Paul ! tu ne me remets pas ?
— …
— Paula ! nous étions tous les deux en intérim dans une boîte de fournitures de bureau au sud de la ville.
— Oui, possible … et que puis-je pour vous ?
— Tu me vouvoies ?
— Je ne suis pas très frénétique, ce soir…
— T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille, Paul ?
— Pourquoi riez-vous ?
— Fais pas l’innocent de celui qui ne me connaît pas, hein ! T’as peur ?
— Ce mot m’est inconnu…
— Vantard !
— Demain tu seras morte, tu le sais ?
— …
— Tu ne dis rien ?
— …
— Tu vas mourir d’une occlusion … et tu auras le choix … de l’occlusion …
— T’es vraiment un grand malade toi…

Elle raccroche. Mal polie.

Et je souris. Pour une fois que je peux annoncer une mauvaise nouvelle directement car la vie n’est pas toujours rose, pour nous les suppôts du maître Satan …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Vous avez perdu la tête si j’avais l’humour espiègle

Photographie de Falyn Huang
Alex et Effee

Blog oulimots contrainte écriture


Elle vient de Miyazaki ville du Japon où est née la chanteuse et actrice Yui Asaka. Il n’y a pas de quoi faire un fromage (et le fromage n’est pas une spécialité de cette île) se disent les pensées bien pensantes. C’est vrai. Cependant, j’aime les lignes japonaises (et pas de trains hyperloop) qui me semblent mystérieuses comme une Sei Shōnagon.

Je l’ai rencontrée sur le web (une fois n’est pas coutume) ce qui m’a enchanté jusqu’au moment du rendez-vous pour de vrai. Réalité qui fait peur, un bouillonnement au ventre d’un volcan d’émotion s’ouvre et me fais passer de la tachycardie digne d’un funambule qui traverse un canyon d’Arizona.

Quoi qu’il en soit si elle n’aime pas le lapin, elle me fait comprendre que sa spécialité est d’en poser. L’envers du décor me prends à la gorge quand j’entends au loin le pimpon d’un véhicule de secours. Je suis à l’intérieur quand j’ouvre les yeux et qu’un personnel soignant le visage rouge brique sourit, les dents blanc d’Espagne et il me semble l’entendre d’une voix couleur bleu pastel :

— Voulez-vous votre doudou ?

Se moque-t-il ou suis-je au bord du délire d’un traumatisme temporel ?

— Quelle heure est-il ?
20h35, me répond-il en aiguillant une aiguille dans un truc à plusieurs embouts que j’aperçois planté dans l’avant-bras.
— Je suis où ?
— Ici et maintenant, dit-il en souriant béatement.

Il ne me console pas.

— Vous avez pris des conservateurs ? Avouez, hein ?
— Des quoi ?
— Ne faites pas la sourde oreille, hein, mon canaillou.
— Je ne vous permets pas, non mais !
— Ou alors, des proguateurs, des mulateurs, des bimalateurs, des gibalateurs ?
— Je ne comprends rien !
— Calmez-vous. On va se rendormir tranquillement.

Deuxième réveil. Étrange impression de ne plus avoir de corps mais seulement ma tête. Effectivement, ma tête est posée sur une vitre ronde transparente dans un lieu qui ressemble à un laboratoire.

— Alors, toujours pas de doudou ? me dit le même personnel soignant avec son sourire de gouvernante.
— Puis-je savoir ce que je fais ici ?
— Vous avez perdu la tête si j’avais l’humour espiègle .
— Euh … je vous en prie, un peu de décence.
— En fait, on a jeté ce qui n’est plus bon…
— Eh bien bravo !
— On a un tantinet hésité sur votre tête, mais comme vous en avez une bonne, de tête, on s’est dit, il peut encore la garder.
— Et le reste de mon corps, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
— Demain et en attendant, un petit somme pour retourner au merveilleux pays des rêves…

Troisième réveil. Je suis dans mon lit en compagnie de ma japonaise qui me dit :

— Je ne savais pas que tu étais une femme …
— Aaaaaaaaaaaaaah !