Trampoline dead

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). "Papaver Somniferum". Aquarelle et crayon noir sur vélin (et non papier vélin), 1839. Paris, musée de la Vie romantique.

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). « Papaver Somniferum ». Aquarelle et crayon noir sur vélin.

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J’actionne mon clignotant. Rien ne se passe. Je descends de mon avion de tourisme. Rien ne se passe. Je suis sur la plage du néant qui me dit bonjour entre mes orteils en éventail. Rien ne se passe.

Et… tout se passe quand le trampoline à subitement cessé d’être ce qu’il est… j’ai le goût en trois dimensions d’un kiviak et là… je vomis.

J’entrevois entre brancard, perfusion, blouse blanche, ciel bleu vert… des carmélites en voix dans le pavillon bord de plage de la Baule les premières infidélités de l’été à jouer à l’automne au violon d’un vent fragile comme une bougie au courant d’air d’une prière vide de sens et de mots pleins de vénalité…

Je pleure aux marécages de mon impuissance et cette sonde dans le nez intromission de l’inconvenance à la survie d’un rien de moi et l’immobilité de corps et j’entends « Dura lex, sed lex » mais qu’est-ce qui ose ainsi imposer ces mots dans le creux de mon oreille de… sang…

— Je suis la cucurbitacée de service, mon cher et j’ose…
— La certitude que je vais crier…
— Tu es seul… je te prends la main pauvre créature au concept adipeux
— STOP ! Assez !
— Tu hurles ? J’entends le lointain d’un mot, un murmure de mort… mais qu’importe…
— Où est la douleur, le pincement d’artère… ma vie ?
— Ta blessure n’a pas plus importance qu’une épisiotomie
— Je m’en fous… je veux de cette blessure entière et complète…
— Qu’importe la blessure qu’elle soit de ninja ou d’un requin blanc… tu es au bord d’un tout…
— Je m’en fous… je veux vivre … alors je ne sais pas qui tu es… mais je veux cette douleur de vie… tout de suite avant que je ne te crache au visage … ordure…
— Cool man… tu vas retrouver ta douleur… d’ici peu…

Je respire mieux. J’ouvre les yeux. Je suis… je suis… Je ne reconnais pas… et pas d’indice… et puis une voix…

— Je suis le médecin légiste de service… alors, on nous fait une crise de vie ? Pas bien, pas bien… On va ouvrir… pour voir de plus près…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Bon jour au… cadavre

Photographie de Guy Le Baube - 1971

Photographie de Guy Le Baube – 1971

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Au cadavre exposé tout chaud à… l’auscultation…

—… Vous avez dit mandibules, comme c’est étrange* et… vous êtes de mandibules ?
— Non, je suis pas très loin, à l’ouïe.
— A l’ouïe ?
— Oui.
— Comme c’est étrange.
— Qu’est-ce qui est étrange ?
— A l’ouïe, j’ai connu une femme : Louise.
— Ah ?
— Oui.
— Et ?
— Une belle femme au seuil de ma vie, mais elle n’entendait rien à la poésie et restait sourde à la prose… Elle avait dit avoir eu l’idée de pulluler des connecteurs vestibulaires… extérieur… mais…
—… elle était… imperméable ?
— Toute nue…
— Comment ?
— Sous l’imperméable
— Ah…
— Elle avait ce don de planer entre le fragile de l’air du matin et le contact dur de ses élytres… qu’elle souhaitait se tisser chaque matin avec de la peau de chagrin…
— Une belle personne en somme…
— Elle dormait sur ses deux oreilles… en tout cas, pourtant aux jours de Lune de Miel elle avait la métamorphose facile…
— En démone ailée à la sorgue bien anthracite ?
— Non, non… elle distillait de la poésie en dactyle, spondées, réfutant la scansion…
— Effectivement, mais j’avais cru comprendre que la poésie n’était pas…
— J’avais les yeux offerts aux virgules larmées… sa Beauté me manque et ce froid purulent est tout à fait inconvenant
— Sûr…
— Je voudrais ramper entre les fibres et déchaîner son âme du filet ondal gladiateur et piques de formol qui nous envahissent… très cher
— Il est vrai… je me sens toute moite…
— Je…

Au cadavre tout chaud exposé à… l’auscultation… le corps apparemment se cause à lui-même contre toute attente.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

A Mon A

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Ma vie avec toi est une Bachata : sensuelle, idolâtrée, délurée, savourée et labourée de part en part, aux courbes délivrées, tu sais te cambrer entre les mots d’amour et le souffle osé, poivré qui t’enivre et te fais tourner en des positions extrêmes, aux limites de l’indécence s’offre au choix de mon diktat au reflet de mes caresses feuilletées qui désaltèrent une seule surface faussement paisible mais dont la braise ronronne et se laisse dominer par le mystère d’un corps spéléologue de lui-même…

Main dans la main, dessein de vie, allaitement des moments sablonneux où se dessinent l’éphémère à l’abandon de nous comme élément exigeant à aimer jusqu’à la dernière goutte de nos orgasmes et laisser transpirer notre délivrance par un acte de rupture… brutale… irréversible… insensible… comme deux natures incompatibles et pourtant passionnément indissociables…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ma nuit dénuitée

Oeuvre de Henri de Toulouse-Lautrec

Oeuvre de Henri de Toulouse-Lautrec

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Tu es ma nuit ; cette nuit blanche qui pose ses réverbères de questions aux réponses bancales, aux courts métrages de l’insoutenable lenteur du propos imagé dans son impalpable eau obscure dépossédée du réel et qui permet de revivre chaque instant jamais à l’identique et frustré trop souvent de n’être qu’une bouchée sans saveur, odeur, une pensée démoniaque qui hante les nuits plus que d’autres jusqu’au passage du matin adorateur d’un sablier de rêves…

Tu es ma nuit ; nuit découpée en heure du réveil moiteur des yeux et blancheur du gladiateur cauchemar…

Tu es ma nuit ; ma seule nuit blême de toi à moi les yeux dans les yeux, on s’absorbe mutuellement, tu me domines et libères ta solitude, dépouille des heures qui se traînent sur les lignes des murs fantômes des rêves inachevés et des cauchemars en devenir de trahir la vie aux peurs bleues de ce sang qui se caille entre deux artères de paradis au carrefour de l’enfer d’un sas lumière rouge action…

Tu es ma nuit ; nuit virginale de froid au débit d’une chaleur givrée, je te congédie… et puis tu reviens…

Tu es ma nuit ; cette nuit sans filet éclaire le vide de mon existence d’une comédie draps blancs de ton œil retourné tu roidis mes membres du zénith au nadir tu psalmodies entre tes dents de carnassière tu ronges mes ombres et éventres le tragique des heures qui agonisent entre mes sueurs tu grandis en moi tu enracines ton incendie de nuit et mes yeux pleurent… il est déjà matin avant l’heure et le coq s’impose prédit une belle journée…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Rumeur… et ma mort.

Oeuvre de René Miessen dit Bellor

Oeuvre de René Miessen dit Bellor

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Les rumeurs sont légion et s’infiltrent dans tous les corps porteurs de sensations, de doutes ou pire sur les territoires de l’obscurantisme à tous les étages. La rumeur détruit ou porte aux nues.

Un avant-propos pour enclencher ce qui suit. Mon entourage personnel et travail pense que depuis maintenant une semaine, (lundi matin) j’ai gagné au loto. J’ai ressenti aux premières heures à des kilomètres à la ronde cette odeur de suspicion.

Je reste silencieuse, la rumeur enfle. Il est vrai depuis cette semaine je m’habille un peu différemment, j’ai aussi changé de coiffure, mon sourire est plus fréquent. Mais cela ne tient pas du tout à un gain du loto. Il est vrai, j’y joue toutes les semaines et toutes les semaines je rabâche que je n’ai rien gagné. Présentement cette semaine je n’ai pas exprimé ma contestation sur un jeu très injuste dans la répartition des gains par numéros gagnants.

Et puis j’ai eu un retard de cinq minutes, cette semaine-là, une fois, ce qui en dix ans, dans cette même entreprise ne m’était jamais… arrivé. J’avais cru entendre quels qu’éclats de rumeurs en passant devant des bureaux, portes ouvertes et à mon entrée un silence de circonstance embarrassé, une gêne bureaucratique…

En fait, l’esprit d’analyse est restreint à sa plus simple expression, le plus court chemin est la rumeur et quand bien même la vérité s’exprime cette rumeur est indélébile telle une cicatrice.

Ces bonnes gens sont à des milliers d’années lumières du véritable changement qui s’opère en moi en ce moment. Ma tête est mise à prix par un ancien amant. Je l’ai su par une lettre anonyme, il y a une semaine. Cela peut paraître complètement fou, dingue, ahurissant, étonnant, énorme, effarant… c’est ainsi et puis la police n’a que faire d’une seule lettre d’avertissement. Et à quoi bon me calfeutrer… Non, j’ai alors décidé de vivre pleinement et dépenser mes petites économies jusqu’à la dernière nuit où l’on me retrouvera morte par un arrêt cardiaque… Et la rumeur dira…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Dernier instant… lumineux.

Photo Carole Lombard

Photo Carole Lombard

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Transcendance ! est le seul mot qui me vient à l’esprit quand je lis cette revue unique : « Apulée ».

Tu n’as pas cet effet. Tu n’es pas en papier. Seule ta parole pourrait me porter dans une sphère d’élégance intellectuelle si ce n’est ton cynisme feutré affûté…

Et pourtant, je séisme en toi, graphisme ta convoitise, attise et fertilise dans tes yeux, et le ressens ainsi.

Je vaporise sur pupille miroir le prisme de ta gourmandise et dépose ta rébellion dans mes bras, entre lit et jardin des plantes.

Aujourd’hui… tu es partie… un autre homme… banal… Je suis entre balcon et vide. Le soleil comme témoin, le ciel comme futur linceul et la terre comme arme.

Je souhaite ta bienveillance d’un acte passager et définitif, d’un acte déjà écrit dont il manque la signature, d’un acte qui s’impose à moi, d’un acte coloré au sang de mon univers… ma punition de vivre encore une heure de trop… la Mort n’est pas sourcilleuse loin s’en faut, je touche déjà ses osselets de compagnie et sa tunique bien épaisse de mots farcies de pardons que cela dégouline salement maintenant sur mes yeux…

Enfin, la clarté d’un autre univers tant et tant attendu au-delà de la souffrance de l’être démocratique, aimé, et récité en louange entre ce ciel et terre tout autant différent et pourtant indissociable à notre vie et pourtant incompatible à se déverser d’un trop plein et de l’autre de bouillonner de trop de vie…

Avant l’écrasement, je palpe l’air ambiant de l’amour qui se pose en moi enfin et le calme…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Inspiration… aspiration

Oeuvre de Madge Gill

Oeuvre de Madge Gill

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J’ai le citron cerveau dans le brouillard depuis quelques jours. Je crois avoir abusé d’un toxique nommé… Je ne sais plus… Je suis vraiment atteint de ce chiendent d’addiction. Il me faut retrouver le clair des idées et clairement dit, il faut de l’acte soit de l’action…

Je vais prendre mon temps des choux gras (plante savoureuse, nutritive, famille épinard) et donc ouvrir de la clef la porte de mon jardin, dont les clous pointent en bandes sur de criardes planches.

Comme il est matin, fleurs de galinsoga (fleurs marguerites, comestible feuilles), je rencontre à cet endroit de la parcelle, Amaranth (comestible à l’amarante étalée) ici courbée voire penchée à la position d’être dans l’angle idéal d’une croupe bien faite et l’occasion de la renouée (et pourtant effrontée, liane, espiègle) au parterre de lit de pavots (toujours surprenant d’être envahit sans le vouloir), aux vents et contre toute attente, contraires des mâles désirs d’un retroussage possible de l’envers du décor d’une vulve bien dessinée à sucer et croquer son embout au regard du pourpier (comestible à l’oméga 3 de feuilles), c’est doux. Elle m’aveugle entre les plis s’ouvrent à moi, gland de première. C’est aujourd’hui jour de chance genre oxalide (faux frère de trèfle mais comestible). Et nous voilà dans la contre-allée, nous formons lierre, et m’enroule sur mon axe, et meule d’une belle main mon vecteur de sève à venir entre bouche et vagin en fonction du moment d’un frôlement possible de la Coriandre qui vient se joindre à nous ou bien entre corps à demis-corps découverts à peaux bien chaudes sensibles à la caresse douleur, raideur et moiteur, la blancheur du pêcheur et à la saveur des pécheresses, nous somme ainsi aux prises avec notre point de fusion lierre terrestre (comestible feuilles jeunes) quand elle me remonte le renoncule (irrite à froid) et suis prêt à l’épandage spermatique de mes profondeurs à chœurs de vocalise, je me soupçonne cependant de retenir les cordes par des hennissements pourtant contrôlés… incontrôlables… de l’onagre (comestible de tête au pied) des effleurements et lèches de mes partenaires me courtisent la hampe de forte manière à présent et il ne faut pas que je me fasse une salade (comestible, même ici), le temps de passer pour vaincu a sonné, je vais éjaculer de belle manière et elles chanteront bouches déployées et sortiront des orties (légume comestible) de mots aux courbes alléchantes et dégusteront jusqu’au fond en aspiration de ma hampe…

Après cet intermède, je reprends ma clé, retourne à la cuisine et vais me faire une camomille (comestible calmant). Je vais reprendre mon toxique et laisse ma cour (Amaranth et Coriandre) à leur affaire de jardin… avant d’autres pensées sauvages (comestible et c’est plaisir).

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Abandon

Oeuvre de Armando Barrios

Oeuvre de Armando Barrios

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Aujourd’hui j’entrave mes premiers mots, mes premières émotions d’un matin crachin oursin à dessein d’imposer sa mauvaise humeur comme une mauvaise herbe envahissante tentacule.

Et puis ce chuchotement qui part de là et va vers ici ou la-bas comment savoir avec mon humeur de dents carriers et douleurs cintrées à col de nuque.

Et pourtant je me sens terriblement vivante à cette empreinte marquée sur ma ligne de vie en collet battu, je m’accroche, m’agrippe, m’empoigne, m’attache, et puis je m’accouple à la caresse de ta bouche salivé et sapide.

Enfin, je cyprine pour toi, mon Amour, ventre à ventre, nos fruits à nos courbes se bandent et se débandent. Tu es ma toison d’or, ma parenthèse infernale, ma tyrannique fleur… et ma morsure.

Tu es ma moisson… et je meurs, sur le parvis de tes mots, de ta lettre, glissée par honte sous la jupe de ma porte, au regard de mon seuil.

J’ai envie de CRIER… Tu es ma raison et mon Ordre. Je ne suis qu’une larve qui jamais ne connaîtra le paradis de notre amour.

Je HURLE… me vide, me dessèche, devient poupée de chiffon entre ces quatre murs d’hôpital…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Alors, j’y vais ou pas ?

Oeuvre de George Bellows

Oeuvre de George Bellows

Défi de lateliersouslesfeuilles : A vos claviers #4


Je regarde l’heure. Il est minuit pile. Pile ou face… la fenêtre est ouverte.

Alors, j’y vais ou pas ? Je m’appelle Max ou Louis ou peut-être autrement… je me prénomme le Néant… Invitation au rien sur les lignes d’une vie aux routes sinueuses et traçages à la bêche, pioche, pelle, routes à pied depuis cinq fois cinq de cinq en cinq jusqu’à maintenant…

Alors, j’y vais ou pas ? Je pleure ? Non, je retiens tout là cet endroit qui se fébrilise à ton nom, ce nom de Tout qui fait de moi Néant un rien de quelque chose d’aimer moi qui n’ai pas su t’aimer, moi qui suis ce plongeon vers le mot rongé des traumatismes, j’ai goûté ta peau comme une offrande…

Alors, j’y vais ou pas ? J’ai l’air de quoi dans cette grande ville portuaire ? Un Néant au regard porté sur la Loire qui s’impose comme une femme aux débordements qui ressemblent à tes mouvements de houle entre orgasmes et cris de colère, tu es nue de cette nudité dont le sable est le coquin qui caresse la chaleur de tes berges…

Alors, j’y vais ou pas ? Je souffre oui, c’est vrai mais qu’importe la souffrance elle me porte depuis trop longtemps et me nourrit de son sein toujours trop lourd, toujours inassouvi, cette présence comme une seconde vie qui me taraude là et ici et puis ici…

Alors, j’y vais ou pas ? Je ressens les larmes de mon futur linceul mais suis-je vraiment au bon endroit ? Je suis là et puis ailleurs, toujours dans l’absence d’ici pour un ailleurs dont ma présence apporte ces sourires, ce bien être, ce réconfort… et moi je suis où dans ce mouvement humain qu’une simple accolade de rires, une partition de clown qui ressemble à l’intérieur… Buffet…

Alors, j’y vais ou pas ? Je ne sais pas aimer et me voilà crucifier, alors à quoi bon continuer ? Tu es une absence possédée de la présence de ton aura, position de la rose des vents, et souffle de notre amour de cendres pas d’enterrements en vu de prendre le relais d’une autre souffrance, je reste planté à mon calvaire, le sourire comme un soleil cajoleur, et puis ces nuages ne sont pas pour Toi, Mon Amour, rien ne viendra te remplacer qu’une seule larme de toi pour me sentir vivant…

Alors, j’y vais ou pas ?

(Note : j’ai oublié de fermer le gaz. Je reviens aujourd’hui (car il était hier) même heure, même endroit, rebelote et peut-être dix de der…)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Basculement

Oeuvre de Felice Casorati

Oeuvre de Felice Casorati

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Je ne suis pas du genre scaphandrier mais parfois j’ai du plomb sous les chaussures. Ce n’est pas pour les biens-pensants une sérendipité mais bien une allégorie peu flatteuse à mon égard. Et en rien une découverte hasardeuse devant mon miroir mal embouché du matin, ni d’ailleurs de proches qui ne sont proches que par le mot. Qu’importe. La notation sur le sujet ne porte pas à préjudice. Rien de neuf sous mon soleil et je ne vais pas chicaner sur ce principe de base : je suis lent. Et cela me fait penser à la trotteuse d’une montre. Pourquoi trotteuse et pas galopeuse ?

Le statu-quo est de rigueur. Et mon regard est absorbé par cette trotteuse suspendue en l’air, là, dans ce ciel bleu argent. C’est étrange. Et puis, je me sens léger, léger comme un ascenseur et cette trotteuse qui court devant moi en rond, toujours en rond. Quel délire que cette galopeuse qui me nargue comme une épine dans le pied qui me fait souffrir comme la plante à qui l’on vient d’arracher brutalement une feuille dont les nervures s’éteignent… lentement.

J’ai cette colère qui me dépasse et devient orage dans ce ciel bleu argenté et dont la trotteuse se moque et l’orage fumeux, haineux, teigneux, arrogant et noueux de brisures d’éclairs.

Que m’arrive-t-il ? Je me sens emporter, étouffer, et puis renverser… étranglé dans mes draps bleus argentés de lit, je viens de mourir.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Du cœur… au ventre

Acteur Natori Shunsen

Acteur Natori Shunsen

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Déserter ! Oui, est alors ?

J’étais à la lisière du pétage de plomb. La falaise du malaise de l’océan sociétale me tendait les bras. Et pas de zodiaque pour récupération… même en morceaux.

Je pose mon regard indifférent sur l’indiscret miroir du matin. Je vois, en lui de moi, une étendue d’eau et toi mon Ondine, mon Amour… et pourtant une vaguelette dans ma vie de paumé.

Je rage et je prends une lame, bien tranchante, neutre d’émotion… la carotide en sursis, je veux une réponse maintenant ! Suis-je un lâche ?

Dis-moi, toi qui a traversé mon cœur de part en part comme du placoplatre… et pourquoi tu ris, de ce rire sinueux, indécent ?

Je suis ridicule ? C’est ça ? Et bien tu l’auras voulu, garce !

— Non, non, ça manque de conviction, c’est trop mou, vous devez vous approprier la consistance du texte, du personnage. Où sont vos tripes ? Vous êtes comédien, alors sortez-les ! Vous comprenez ce que je dis ? Bon, allez, on remet ça ! Action…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Un dernier espoir… peut-être

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“Rien ne sert de courir, il faut partir à point”. Je ne crains rien, je suis dans un cahot de la Bastille. Seul. Enfin, non. J’ai des compagnons un rat et quelques os. Je suis bien installé. Ce n’est pas le Pérou, ni l’Eldorado (pour celles et ceux qui connaissent).

Mon geôlier ne fait pas grève. Et oui, s’il veut me garder en vie. Mais pourquoi d’ailleurs ? J’ai longuement réfléchi et puis j’ai stoppé le “branchage” des questionnements qui transformait mon quotidien en un aspect touffu et brouillon à toutes mes réflexions. J’y ai mis le feu intérieurement. Je veux être libre… de l’intérieur, si je ne peux de cette vie profiter de la liberté extérieure avec des contraintes encore plus nuisibles que saines… sûrement.

Ainsi je me suis fabriqué un monde à moi avec une très haute montagne de… livres, des crayons suspendus comme des étoiles dans un ciel turquoise, un bon fauteuil, une literie de bonne qualité, un logis tiède et agréable…

Voilà qu’il m’arrive que ma pâmoison se déclare une nouvelle fois. Quelle idée ! Quelle idée de me transmettre tel confort dans ma tête, alors que je végète en ascète contre mon gré, moi le bon vivant. Je rage mais l’âge ne fait que grincer mes rhumatismes et quelques larmes.

Je n’ai plus de capharnaüm comme autrefois. Mon mobilier présent : une chaise de paille moisie, une petite table mitée, un lit de fer et paille humide, un sceau à besoins en bois, et quelques vieux journaux pour me torcher le nez, les fesses…

Tiens ! Je lis à la lumière blafarde continuellement présente, que le solstice d’été est dans une semaine.

Mais suis-je encore candide pour croire encore à revoir la vraie lumière.

Aujourd’hui, pourtant, je fais missionner mon rat d’un message, enroulé autour de son petit cou et je précise que ce cachot, où je suis actuellement, est de l’ancienne Bastille, là en dessous de Paris, à l’emplacement de la Tour de la… Liberté.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Une histoire de dessous ? Chapitre 3/3

Bugs Bunny

Bugs Bunny

Je suis prêt à prendre l’anse de la tasse de mon café bien chaud que je viens de passer aux µ ondes, quand une nouvelle fois la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Il était moins une que je renversais mon arabica en le déposant prestement sur ma table basse du salon. Et je cours, pensant naturellement que je vais trouver mon adonis de livreur me faire ses excuses et reprendre sa marchandise. J’ouvre, et là, que vois-je : Sasha ! C’est vraiment pas de bol. Elle est adorable, mais elle a le don de s’incruster. Une plaie, un fléau sur deux pieds, un cactus en robe…

— Ah ! Tu te réveilles enfin !
— Comment ça, je me réveille ? Je suis debout depuis au moins une heure !
— Je te signale que tu es couché, là, présentement.
— Couché ?
— Oui, mon Amour. Tu es à l’hôpital, suite à une palette tombée sur ta voiture quand tu as doublé un camion… il y a une semaine.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Une histoire de dessous ? Chapitre 2/3

Bon_dimanche

Bon_dimanche

Bon, je vais ausculter cette maudite palette. Un indice, un signe, une preuve de l’expéditeur. Rien. C’est plastifié dessus et cartonné à l’intérieur. Je vais me procurer un cutter prestement et éventrer la chose en un rien de temps. Enfin, le premier carton se justifie à mes yeux d’aucune marque… même de draps. Inquiétude et écume viennent à moi. Mon humble cutter en arme de poing à ma poigne, découpe par ligne longitudinale, le premier carton venu. Une autre main écarte. Que vois-je ? Diantre, est-ce possible ? J’ai l’étonnement attesté mais la surprise moins tendre. J’ai la révulsion de l’œil gauche. La palpitation délestée. Je suis la douleur d’un instant improbable.

— Des carnets, un carton de carnets… vierges…

Je reste à demi-voix à grogner. J’ouvre un autre, puis un autre, et, etc. La moitié de la palette y passe.

Pendant quelques secondes je suis sur le cul… littérairement. C’est quoi cette histoire de dingue ? Des carnets vides au lieu de draps. Alors, le livreur… s’est trompé d’adresse ? Une farce de celui-ci ? Je vais peut-être le revoir, là, dans un instant ?

Une caméra cachée ? C’est ça ! Une caméra cachée ! Je me mets à rire comme un damné. Mais elle où ? Je scrute les alentours et prends conscience que je suis toujours à moitié nu. Je me défigure. Et hop, comme par réflexe de pudeur, je sers les fesses et tout le reste, et d’une démarche presque burlesque, franchis le seuil de ma maison et claque la porte.

Est-ce que tout cela est bien raisonnable ? Je vais de ce pas me doucher, et m’imposer ainsi un moment de répit et aussi de repli. Le café est froid, qu’importe. La douceur de cette eau me fait état tout de même d’un bleu, là, à cet endroit précis qui part d’ici et va là. Ah, diable. Il y a comme une douleur au toucher. Je vais devoir me soigner. Quelle plaie ! Ce n’est qu’un bleu, restons pragmatique.

Une fois soigné, habillé, pomponné, je vais appeler Marie. Hier au soir, j’étais absent. Et il faut dire aussi, que parfois je “prête” pour quelques heures mes soixante mètres carrés, tout douillet à quelques amis(es) proches. Je ne pose pas de question, mais j’exige de la discrétion. En d’autres termes “pas d’embrouilles, pas d’emmerdes”. C’est clair et cela ne discute pas. Et tout un chacun le sait.

— Marie, c’est Pilou, Pilou…
— Comment vas-tu, mon Lou ?
— Moyen, moyen…
— Raconte-moi…
— Dis-moi, es-tu venu hier au soir à la maison ?
— Non, pas du tout. Pourquoi ?
— Non, comme ça. Simple question d’usage.
— “Question d’usage” ? Tu es bien mon Lou ?
— Je… je… enfin j’ai trouvé sur une chaise, ici, à la maison…
— Quoi donc ?
— Un soutif !
— Non ?
— Si !
— En effet. En tout cas je peux t’assurer que ce n’est pas de moi.
— Bien.
— Tu devrais contacter Emmanuel.
— Et puis pendant que j’y suis, comme ça, à tout hasard, tu n’aurais pas commandé des draps pour moi ?
— Des draps ?… Non, et il y a un rapport avec le soutif ?
— Je ne sais pas. Je suis en plein brouillard depuis ce matin. J’ai l’impression d’être dans un cauchemar.
— Allons, allons, mon Lou. Tu veux que je vienne ?
— Non, non. Je vais appeler Manu. Merci à toi ma tante… Marie. Pourquoi ma tante. Excuse-moi.
— Ce n’est rien mon chou. Tu devrais te reposer.

Elle raccroche tout de go. Marie est trans. Et oui ! Mais bon. Quelle gaffe. Mais quelle idée de l’avoir nommé ma tante. Je vais prendre mon café avant d’appeler Manu. Quelle histoire. Quelle histoire, mon Dieu. Et la journée qui ne fait que commencer. Je crois que je vais faire un tour sur VDM.

(À suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Histoire de dessous ? Chapitre 1/3

Blog lateliersouslesfeuilles : défi à vos claviers #3


Il y a un dessous posé sur la chaise, ce matin. Et je reste devant, de toute ma hauteur, je l’observe l’air interrogateur. Il en manque un, de dessous : la culotte. Ça fonctionne par paire les dessous féminins, comme les chaussettes. Non ? Étrange. Je refais un tour de mon appartement de vingt-huit mètres carrés moins les poussières. Rien. Ce qui est mystérieux c’est que je ne porte pas de… soutien-gorge et je ne me rappelle pas avoir eu une compagnie féminine depuis un certain temps. A moins que la personne en question ne portait pas de culotte. Cependant, je reste perplexe pour le soutif.

En attendant, tranquillement, je vais me faire un café. J’ai pris ma journée. J’ai tout mon temps. Le soleil ce matin s’est réveillé de bonne humeur et je le vois vivifiant au travers de ma porte-fenêtre qui donne sur mon balconnet… Enfin bref, je suis d’une humeur certifiée agréable avec cependant ce titillement vestimentaire que je n’ose toucher, d’ailleurs.

Quand, l’on sonne à la porte : drinnnggggg… plinggg… sinnnggg…clinngggg. A demi-nu mais avec décence en cette heure et interrogatif sur cette sonnerie indécente qui m’a fait sursauté, je vais ouvrir.

Je suis un tantinet étonné de voir une beauté masculine sur mon seuil qui aux pieds a pour dessin des Mignons. J’en suis soufflé.
— Euh… vous désirez ? dis-je un peu enroué par l’émotion encore non assagie.
— Je viens livrer une palette de draps à cette adresse. Vous êtes M. SACTIF Pilou ?
— Oui, oui, mais je n’ai pas commandé une palette de draps !
— N’empêche que vous êtes bien M. SACTIF et le bon de livraison se glorifie d’être juste.
— Mais enfin je ne suis qu’un particulier que pourrais-je faire d’une palette de draps ?
— Les revendre.
— Je crois que vous allez rapporter cette palette d’où elle vient et illico. (je m’aperçois que je perds patience)
— Impossible. Veuillez signer là, S.V.P. (le garnement bellâtre me présente une tablette tactile avec une seringue)
— Je ne signe pas une chose que je n’ai pas commandée !
— C’est votre dernier mot ?
— Comment : mon dernier mot ? Qu’est-ce que cette histoire ?
— Qu’importe ! Je vais signer pour vous.
— Mais que non, donnez-moi votre tablette…

Un moment de prises de mains et de corps qui fait gagnant l’avantageux hâbleur en un tour de passe-passe et me voilà sur le cul. Oui, oui, sur mon seuil, là, comme un égaré.

— Je tiens à vous remercier M. SACTIF et bonne journée.

Je n’ai pas le temps de répliquer, de me relever, d’apporter une moindre protestation que me voilà crucifié sur pied, le fanfaron est déjà monté dans son camion, démarre en trombe.

Voilà, je chois dans tous les sens du terme et la palette est dans l’allée de mon jardin. Incroyable. Je me relève et je vais appeler de suite la société qui m’a livrée ce colis encombrant. Et de plus je m’aperçois qu’il m’est impossible de sortir ma voiture. Je rage.

En fait, je constate amèrement que je n’ai aucune adresse à qui… m’adresser. Société fantôme ?

(à suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

J’attends ?

 

Je passe mon temps à attendre. L’attente immobile, l’attente qui n’est pas mon oncle diront certains. L’attente qui n’est pas du camping est un sarcophage. Et ce dernier ne fait pas partie de la famille des macrophages. Non. Ni d’un pseudo président qui se transformerait aux jours de pleine Lune en un loup garou pour termites égarés, ni chômeurs, d’ailleurs. Quoi que…

Ce n’est rien d’attendre. Ce qui est difficile c’est d’être opérationnel au moment où l’action pointera le bout de son nez. Et pas frileux, ce nez. En plein dans le pif, l’action en question. Et là, il faudra assurer. Et pas question d’être le dernier des derniers pour faire bonne figure. Pas de pifomètre. Non. De la tenue, de l’audace sans piment. Du tact, de la diplomatie, et le cœur avec soupape de sécurité s’il vous plaît. C’est pas le moment de taper un infarctus entre deux mots échappés d’une voix d’outre-tombe.

En vérité, et je reviens sur ce que je viens d’énoncer, attendre est un calvaire. Un seul ? Non. Une succession de calvaires. Une plaie, pour chaque jour. Et pas d’urgentiste pour colmater ce sang d’espoir hémorragique qui n’a pas de plaquettes pour réparer. Le miracle est que l’espoir est toujours vivant. Les années passent et je suis devenu un écorché vif. En coupe, en travers, de face, de dos, bref la totale. Pas beau à voir. L’humain est solide tout de même. Il supporte l’insupportable. Cet instinct de survie, une extraordinaire invention du vivant. Mais que de souffrances !

J’attends. Comme si j’étais seul à attendre. Et elle, elle attend ? Pas sûre. Sans attente pas de manque. Pas de manque pas d’angoisse. Pas d’angoisse, pas de médicament. Pas de médicament, pas de problème. Pas de problème, pas de vie ?

Je suis mort ?

© Max-Louis MARCETTEAU

La vie dans un entonnoir.

Oeuvre de Alexander Shubin

Oeuvre de Alexander Shubin

          La vie dans un entonnoir, les mots surnagent… muets.

— Demain probable !

— N ’empêche que… !

          (long silence)

— La vie…

— … Un jeu de quilles.

— Quille, brisée, j’en perds l’équilibre… à en perdre la boule.

— Boule de billard ! Attention au jeu du chirurgien en quête de sauver.

— Sauver ? Toute vie finit par un linceul. A table les vers !

— Vert l’habit du bistouri au noir scalpel, il n’y a qu’un fil.

— Fil du souffle coupé, les fibres sont froides.

— Fibres de tes lèvres.

— Lèvres du désir morbide, le vent automne les grouillements des vers.

— Vers sur le pied de l’appétit, le terreau est bientôt prêt.

— Tiens-moi la main, les derniers os viennent de prendre le large.

— Large est la croix des souffrances qui contient des rancœurs.

— Rancœurs d’hier comme neige, gèle le présent, l’avenir.

— Avenir, tu prends les premiers récifs aux premiers mots.

— Mots, tu mords à l’éclosion du premier souffle. Ne crie plus, l’orage arrive.

— Adviendra la pluie et son tambour. La peur s’éclaire. Viens, ne restons pas sous cet arbre de mort.

— Mort, comme une renaissance. Je l’attends, nous l’attendons. Jamais nous ne serons séparés.

— Séparation : quel est ce mot, Mon Amour ?

©Max-Louis MARCETTEAU

Top chrono ! Chapitre 4

Photo de Navid Baraty

Photo de Navid Baraty

J’ouvre la boîte des angoisses sur le bord du balcon.

Au loin la ville.

Je vois les voitures qui poussent la vitesse et les feux comme des orages multicolores, budgétivores, carnivores, elles osent l’expression de l’explosion métabolique de leur vie sur la chaussée mouillée des fantômes carbonés.

Je respire le temps des nuages gris, de la pollution de mon cerveau pris en otage aux souvenirs intransigeants de vivre sur la colle des angoisses.

Mon balcon m’ouvre les voies du ciel et par le paradoxe de la terre goudronnée par effet entourée de pelouse impropre à la consommation même après séchage.

Je vois loin, trop loin. Et mes pensées s’agglutinent entre toi et moi dans un filet rugueux de reproches, de non-­dits et de faits qui ne collaient pas à notre vie.

D’ailleurs notre vie ensemble comme une erreur dans un programme humain, j’ai sauté sur le quai de ta gare, mes bagages entre les mains poisseuses de tes caresses.

Je vois le temps qui me dit bonjour avec un signe du chronomètre qui se marre en tournant en rond comme moi sur ce balcon qui n’a pas de rambardes.

Je suis prêt à me tenir au garde à vous pour le vol entre ciel et terre. Moment de délivrance de toi de moi de ce monde qui n’est pas le nôtre.

Je vais enfin pouvoir réaliser ce premier saut sans avoir la peau hérissée de la peur.

Je prends conscience enfin qu’il faut que je prenne une décision. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Ce qui est la pire chose pour moi.

Mais, c’est le fait que tu es partie ce matin avec nos souvenirs, sans un signe d’adieu, simplement un sourire entendu, comme une signature d’un acte que tu avais déjà prémédité depuis trop longtemps. Tu avais en tête une autre vie, avec un possible de vivre en dehors d’impossibles habitudes où tu te serais pendue entre poutre d’angoisse dans le salon des peurs et le miroir de toi en filigrane.

Aujourd’hui, je ne ressens plus le froid. Non, je ressens le chaud de ma décision entre mes neurones déphasés.

Je ne dirai pas adieu au monde qui se fout royalement de mon existence de petit, de ce rien qui n’est même pas un grain sable, même pas un grain de sel pour pimenter un fait divers dans un journal local ou une radio.

Non, je ne vais pas m’habiller pour ma bonne cause. Non, je ne vais pas m’écraser tout nu sur la pelouse qui n’est pas aussi verte que la pomme en devenir de mûrir entre la colline et le jardin d’un voisin hypothétique.

Je regarde une étoile filante. Sa vitesse ressemblera peut-­être à la mienne dans quelques minutes.

Tout juste le temps d’écrire ces quelques mots qui ne tiendront pas sur une feuille A4.

Un dernier sursaut par une sonnerie à la porte ? Celle de mon portable ? D’une explosion d’un avion en plein vol sur la ville ?

Il n’y aura pas de seconde chance. Je le sais. On naît pas un treize par hasard. Ou alors le hasard s’est bien foutu de ma gueule depuis ce temps.

Certains disent qu’il ne faut pas perdre espoir. Mais l’espoir est fait pour les pauvres. Et les rêves que l’on veut nous faire gober par la consommation et les images d’un autre monde sucré, financé par le désir de faire espérer, tout cela sont des leurres.

Et de fait, il est bientôt l’heure. Il reste une minute cinquante­-deux au chrono.

J’ai le cœur qui est en train de s’emballer comme une onde qui ressent sa dernière seconde passer sous son nez tout fiévreux.

Allez une dernière inspiration et cela devrait bien se passer.

Respire mon gars. Tu y es presque : cinquante secondes, avant de dire au revoir.

Un dernier verre ? Pas le temps.

Allez hop. Le saut de l’ange, pour le plaisir.

Voilà, le top est donné

Plongeon.

©Max-Louis MARCETTEAU

 

Top chrono ! Chapitre 3

Oeuvre de Louis Anquetin - Femme au bord de l_eau - 1889

Oeuvre de Louis Anquetin – Femme au bord de l_eau – 1889

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma plante. Celle que j’ai reçue il y a maintenant une dizaine d’années pour mon anniversaire. Pas celui que l’on pense mais celui qui est dans les veines de chacune et chacun d’entre nous.

C’était un anniversaire qui était à l’époque assez courant dans le petit village qui se trouvait sur les parois de la colline des Sept Passoires.

Tout le monde devait se déguiser en feuillage et le chapeau était de paille bien entendu. Cependant, cet anniversaire un peu particulier se passait la nuit sur la grande Place du Marché qui avait lieu le dimanche dans la nuit. D’ailleurs, personne n’aurait songé à faire un marché en plein jour, sous un soleil de plomb, ou lors d’une averse. Car ce qu’il avait de particulier dans ce petit village est qu’il ne faisait jamais mauvais temps … la nuit. Il y avait comme une bulle de beau temps permanent entre vingt et une heures et cinq heures du matin.

Bref, celles et ceux qui avaient ce jour pour eux, étaient très heureux, car, il leur permettait de vivre presque un bon mois sans autres ressources que sur les choses qui leur avaient été offertes en ce jour particulier.

Donc, je me rappelle très bien ces moments de joies et de béatitude qui me sont restés quand je suis venue à la ville à l’âge de mes trente ans.

Aujourd’hui donc, je vais offrir à ma plante du terreau de Bruyère (pas l’auteur La Bruyère, il va sans dire). Avec de la musique et de la lumière, toute bonne ambiance qui lui fera passer un moment complètement agréable. Car, je le sais, elle aime ce genre d’ambiance qui lui procure un mouvement de chlorophylle intense. Presque comme une jouissance dont nous les humains nous n’avons pas conscience.

Je la veux dans sa plus belle terre pour parfaire ce moment tout à fait bon et audacieux comme un nouvel an pour une bonne santé et une bonne joie dans la lumière de la vie que la Nature lui a donnée.

©Max-Louis MARCETTEAU