Brûlure

Oeuvre de Ernani Constantini

Oeuvre de Ernani Constantini

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions) – (pour reprendre tranquillement la contrainte qui redémarre officiellement début septembre)


— …
— Sarah ?
— Elle bande !
— Non ?
— Si !
— Incroyable !
— Non, non… normal.
— Elle a ingurgité des hormones ?
— Et oui.
— C’est dingue.
— D’où la nouvelle expression : sarabande.
— Oh ! C’est d’un goût !
— Tu vas pas faire la fine bouche. C’est un classique.
— Tu as enrichi ma journée… je te jure… très drôle…
— Je plaisante… n’empêche, j’aimerais bien me faire mettre par ce morceau choisi de la nature.
— Belle plante…
— C’est sûr.
— Donc pas de compromis à l’horizon ?
— Non… enfin… si…
— Ah ?
— Tu ne connais pas. Elle était serveuse dans un bar à gouines dans un pays de l’Est. Elle a été retrouvée un soir bien amochée. Maintenant elle baragouine le français comme une russe en exil après dix de goulag…
— Tu me fais peur, là…
— Je l’héberge.
— Tu l’héberges ? Toi ? T’as pas confondu la Sainte Cul-bénit avec la Sainte Polissonne ?
— Arrêtes de rire ! C’est gênant.
— M’enfin, tu n’es pas devenu le Saint Jude des causes perdues, ni le Saint Benoît-Joseph Labre du sans domicile fixe…
— Non, bien sûr… mais j’ai grandi…
— Arrêtes ! On ne grandit pas à ton âge.
— Ton propos est inconsidéré. Je suis… a-mou-reux…
— T’es fou… il est fou… je suis fou d’entendre ça… à dix heures dix-sept du matin…
— Allons, allons… c’est pas non plus le scandale du siècle.
— C’est pire… c’est la trahison d’une amitié de vingt ans.
— Tu exagères toujours. Je ne trahis rien du tout.
— Mais si, mais si… tu es dès à présent suspendu de toute amitié avec moi… c’est dit !
— M’enfin, notre amitié ne tient pas que sur des histoires de culs, tout même ?
— Eh bien, si !
— C’est toi qui perds la raison.
— Ainsi dit, je reprends mon aspect moral qui t’était dédié ainsi que tout mon courrier, car comme tu le sais j’étais pour toi aussi un genre de secrétaire particulier qui écrivait toutes tes aventures non pas amoureuses mais…
—… à mon corps défendant, je précise.
— Possible, mais tu n’as jamais franchement opposé une résistance farouche…
— Bon, tu veux une boîte avec un élastique pour emporter toute cette littérature ?
— Je me contenterai seulement de brûler le tout dans ta cheminée… comme ça, il y aura entre nous quelque chose de définitif.
— Tu ne veux pas consulter ?
— Consulter, qui, quoi ?
— Un… médecin ?
— Et pourquoi pas des médecins ?
— Oui, pourquoi pas !
— Ton humeur m’agace et tu me retardes à l’allumage de cet autodafé.
— Que m’importe ce feu de joie, je tiens à toi… moi !
— Et moi, j’ai perdu ma raison d’exister… sans toi.
— Alors… tue-moi, là, directement, sans préméditation, d’un seul élan, entièrement…
— T’es fou… je préfère une mort d’amitié qu’une mort corporelle… j’en ai froid dans le dos…
—…

Info BFM TV : … un appartement a pris feu en fin de matinée pour une raison encore inconnue dans le septième arrondissement de Paris. Deux morts sont à déplorer pour l’instant. Notre envoyée spéciale en direct…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

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Qui est muet en juin…

Oeuvre de Albert Henry Collings

Oeuvre de Albert Henry Collings

Défi de lateliersouslesfeuilles : A vos claviers #8 :


« Le temps qu’il fait en juin le trois, sera le temps de tout le mois. » Un dicton à la noix, je vous jure, que j’ai entendu y a peu à la radio de mon quartier.

Je suis à mon balcon, et il fait un temps normal de mois de… mai. Les nuages sont ceux habituels avec leurs « accents » du lieu. C’est dire qu’il y a fidélité de clonage dans cette petite partie du ciel dont j’ai accès de visu.

Juin ou pas juin, les dictons sont aussi malicieux que la voûte céleste dans un épais nuage qui se croit être en hiver alors qu’elle n’a pas bougé d’un iota comme soudée par un étain de bonne tenue. En fait, les dictons sont un peu comme l’astrologie. On y croit ou pas et Saint Thomas peut faire une croix sur son autobiographie, en tout cas cela ne vaut pas un clou de jésus (entreprise de métallurgie à une certaine époque aussi reculée que les traces d’un écrit laissé sur la morsure d’un bois dit « bon sang de bois » gravé par un scribe nommé parait-il Sinsuère).

Quoi qu’il en bois… qu’il en soit, il y a dans les dictons de l’intox. De fait, le temps d’hier au temps d’aujourd’hui on a tous pris pour argent comptant ce genre de propos. Il faut aujourd’hui s’insurger et porter l’affaire en haut lieu. Mais, je sais pertinemment que la cause est déjà entendue par des… sourds et le muet de l’histoire n’en dira pas plus car comme le fameux dicton qui le prouve :« Qui est muet en juin, ne peut rien dire le mois suivant ».

En fait, le dicton d’un lieu n’est pas généralité. C’est une grande leçon d’humilité. Et si parfois le dicton est une vérité déguisée en mensonge, il se plaît à rester de génération en génération comme le baobab de service. Et je ne veux pas finir ce modeste « pamphlet » sans citer ce fameux dicton qui ne veut rien dire dans nos contrés mais qui existe comme le bois à la cendre, le nuage à la goutte : « Lorsqu’en juin on voit sa fin, Saint-Martial souvent lave le chemin. »

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’homme objet…

Photographie de Tony Duran - Ricky Martin May 2018

Photographie de Tony Duran – Ricky Martin May 2018

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je prends le train pour la première fois. Tu es sur l’autre quai. Tu me regardes… fixement, presque avec indécence. Je suis ta honte et ton premier amour… vrai. Tu ne pleures pas l’écume de nos jours… et la musique de mes mots résonne là, en cet intérieur secret de femme… encore et encore…

Rome était notre première rencontre. L’illusion du lieu, le prestige d’aimer. Et voilà le violon des mots qui te flattent les fibrent amoureuses et je te ressens au frôlement de ma voix, chavirer sous la houle, mes filets à te prendre, te posséder comme un doux poison, une alchimie qui te transforme en une adolescente toi la femme d’une belle nature d’avoir enfanté, d’avoir tant aimé… comme le granuleux du macaron… il te manquait le… moelleux.

J’étais à la fois ce moelleux et cet indifférent à ton amour dévorant qui me croquait comme une pomme juteuse qui se renouvelait chaque jour à ton algorithme de désirs du délicat au brûlant tu m’avais enchaîné et ma pleine conscience jouissait de toi et je m’ouvrais à moi petit être de rien tu as fait de moi un homme d’une autre taille aux ramures plus solides…

Aujourd’hui, nous sommes sur le parallèle d’une fracture, d’un quai qui nous vomit et nous restitue dénaturé renforcé et dénudé de Nous… et puis qu’importe notre amour qui n’a été qu’une vague plus haute que les autres dans nos vies respectives… et je remarque que tu portes la même jupe que cette première fois… et je souris, te souris et je te vois sourire de ton sourire liqueur haut degré de féline prête à me dévorer… et soupçonne ton désir intense de me rejoindre et de jouer une nouvelle fois de mes atouts de mâle séducteur, charmeur, enchanteur… tu me veux voilier sur tes courbes orgasmiques… tu me veux apprivoisé à tes lignes de conduites diabolique femelle…

et je m’enfuis à toutes jambes… moi l’homme objet…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

fragment tué

Image Rhodes - Dodécanèse - Grèce

Image Rhodes – Dodécanèse – Grèce

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je ne suis jamais parti en Grèce. D’ailleurs c’est pour moi un pays lointain, un pays dont les images sont des ruines, un monde obsolète, une étrange terre dont l’histoire a façonné la nôtre et dont nous sommes redevables de tout et de rien, comme un gigolo qui a sucé jusqu’à la moelle sa couguar.

Je graisse mon dérailleur une nouvelle fois. Rien ne va plus. j’essaye de penser à autre chose pour me dégourdir l’esprit engourdit par l’angoisse lierre, l’anxiété cannibale. Il faut que je franchisse absolument ce col. Je dois réussir. Je ne deviendrais pas le colosse aux pieds d’argile… surtout sur un vélo. Ah, la bonne blague… Ce n’est pas mes cent-dix kilos qui m’inquiète, c’est la colonne de blindées qui est en contre-bas et qui avance lentement mais sûrement. C’est vraiment pas de bol que je sois sur la même route qu’Eux.

Rhodes n’est pas Rodez et ce n’est pas la porte à côté. Moi le franco-italien, je me demande encore quelle mouche m’a piquée pour me retrouver dans une telle situation. La guerre oui, hors de ma frontière d’origine, non. Et pourtant, je me suis fait embobiné comme résistant et par des concours de circonstances que certains appels le hasard, me voici sur les hauteurs de la route du littoral nord-ouest de la ville de Rhodes. Et je me remets à pédaler, pédaler… il fait un tantinet frais en ce mois d’octobre 1943.

Il commence à faire nuit… l’étoile polaire me fixe comme l’inuit… je divague de fatigue… il ne reste que moi… j’ai la mort aux trousses… je veux sauver ma peau… la mitraille…

Trop tard…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Dénonciation inachevée

Film Pit and the Pendulum avec Vincent Price et Barbara Steele

Film Pit and the Pendulum avec Vincent Price et Barbara Steele

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je suis boutonnière pour « boutons bi-partis collés, sertis, clipsés, avec inclusions, boucles ; boules ; anneaux ; bûches ; embouts de cordon … » et suis mariée avec un boutonnier. Rien de bien folichon dans notre vie.

Au début, il m’a possédé debout sous une porte cochère « équipée de chasse-roues métalliques ». Je m’en souviens, parce que après avoir fait son affaire, il s’y est pris le pied droit et a perdu l’équilibre comme une marionnette. J’ai bien ri. Il a pris une semaine de lit de souffrance, le bas du dos tout violet que c’était pas beau à voir.

Je me suis attachée a lui comme on s’attache à un animal de compagnie agréable tout étant utile c’est-à-dire sans les inconvénients. Je ne suis pas spécialement une beauté, lui pas spécialement un Apollon avec ce caractère un peu niais et je peux à loisir le commander, le houspiller, il ne dit rien, il sourit très souvent béatement et rampe si je lui demande. Il n’a pas une once d’antenne pour détecter la manipulation dont il est la victime consentante par défaut.

Et puis l’engrossement. Le monde se fabrique de l’enfantement inéluctablement comme une survie à contre-courant. Un, deux, trois, quatre enfants, le tout dans le foin notre nuptial endroit de prédilection pour s’ébattre entre la grange et la meule de campagne. Je l’aime par défaut et de ses défauts.
Au public bien aimé cette minute rend ainsi hommage aussi souvent que possible au singulier de l’auteur et au particulier de M. Cyclopède. Merci à lui, à vous, à nous d’entreprendre cette minute…
Et puis, nous voilà dans l’âge de la vieillesse à la quarantaine… à-peu-près. Ceux qui font l’histoire ne savent pas qu’ils font l’histoire et notre histoire n’a pas tourneboulé le monde et pourtant le mien va s’écrouler dans ce silence au-delà de mon écriture qui fera témoignage et cela après le fromage et pain de blé noir…

Il vient de m’empoisonner avec un bonbon qu’il a soi-disant acheté au marché ce matin et qu’il m’a offert sourire tendre et visage presque candide…

A mon écriture tremblante, je suis à vomir sur ma terre battue et humide de tristesse et de douleurs. Me voilà toute boutonneuse sur tout le corps, un comble pour moi… vengeance de lui ? D’une rivale ? Je suis seule à ma table porteuse de toute notre histoire… ma plume s’étiole, mon encre s’impatiente et mon papier se tache… soit maudit mon époux… je vais transmettre cet écrit dans…

— La garce. Elle allait nous dénoncer…
— Qui sait ? Elle a calanché…
— Je vais brûler cette lettre maudite…
— Non, ne fait pas ça… cette malédiction risque de se produire…
— Allez, vient mon Poulet…
— J’arrive mon Jars à moi…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Moment de solitude

Oeuvre de William Hogarth

Oeuvre de William Hogarth

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


— Si monsieur Désir désire-t-il que je lui apporte une bière dans le boudoir de Madame ?
— Non point, Achille, je… désire rester dans le vestibule à attendre patiemment le retour de votre maîtresse
— Aujourd’hui, Madame est habillée d’une jupe plissée en dentelle doublée soie et d’un chemisier dentelle blanc…
— Et maquillage pastel peut-être ?… enfin Achille suis-je assez vulgaire pour que vous me donniez autant de détail…
— Dame, ce n’est pas la première fois que Monsieur…
— Eh bien, à partir d’aujourd’hui, je ne veux rien savoir, entendez-vous ?
— Bien Monsieur. Comme Monsieur veut, je prends note…
— Notez, notez Achille
— Monsieur a des ennuis ?
— Oui…
— Ah ?
— Cela dix ans que l’on se connaît Achille et vous êtes un homme de bien que j’apprécie grandement mais ma situation vient de changer brutalement…
— Et ?
— Et… je suis ruiné. Tondu, lisse comme un chauve. Plumé comme un poulet, dépouillé comme dans une maison de jeux… c’est à pleurer, je vous jure…
— Monsieur va se refaire. Ce n’est pas la première fois que Monsieur a eu des passes difficiles.
— C’est vrai mais là… j’ai pris une gifle monumentale. C’est bien simple, je suis poursuivi par mes créanciers qui veulent ma peau.
— En effet, c’est grandement grave
— Je suis prêt, entendez-vous Achille, à m’agenouiller devant votre maîtresse et devenir son esclave
— Vous exagérez… quoi que Madame est à la recherche d’un valet de… pisse…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’errance à jamais inscrite

Filme Alphaville - 1965 Jean-Luc Godard

Filme Alphaville – 1965 Jean-Luc Godard

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Ton parfum a des nuances sur ta peau selon ton humeur du jour. Tu es cet arôme entre le venimeux et l’amoureuse passionnelle. Tu es ainsi mon amour et aujourd’hui, je t’accorde ce petit a frileux prêt à rompre le lien qui nous unis comme un wagon et une locomotive.

L’essence de ta vie tourne autour d’un beau nombril. Et mon nombril à moi ? Il n’a pas d’importance pour toi ? Notre respiration n’est que notre égoïsme du genre : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Et pourtant, l’écumeuse relation nous embarque sur des navires débats : tu tangues et jouis, je houle et tu possèdes… nous sommes des belliqueux du sexe…

L’envoûtant de notre relation tient à ce mot : sexe. Et nul besoin d’une fiole d’un élixir genre Bel Respiro pour nous enflammer et notre exigence n’est pas une romance. On se vit l’un dans l’autre, on s’expatrie dans l’orgasme. Celui-ci est le summum de l’égoïsme et il nous manque quand l’insolent se refuse par la fatigue, ou autres excuses et nous crions à la trahison, fidèle à nous même, nous souhaitons enivrer l’être jusqu’à l’insolence…

Et puis, il y a ces moments de solitude qui nous prend dans ses bras et on pleure entre le goût des larmes qui apaisent et le dégoût d’aimer encore et encore, paradoxe du désir inassouvie et pourtant pleinement constitué et assumé.

Ce matin je te regarde t’habiller… je sais que tu ne sais pas que c’est la dernière fois. Je ressens tout mon amour et toute ma haine pour toi. Notre intime compagnie va se fracturer comme un miroir. Toi et moi, mille morceaux de nous et nous voici au bord du rien dont je nous embarque sans retour possible. L’errance à jamais inscrite en Nous.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018