Elle me scrute la belle inconnue

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… elle a ce magnétisme des yeux bleus confits de son peuple connu pour son remède nommé Plécarthite, un cathartique qui purge les oreilles … peu connu dans nos contrées pharmaceutiques mais qui évite dit-on de source herboristerique la labyrinthite …

Elle m’impressionne, moi l’anthropologue de service, égaré dans ce territoire hostile et tout à la fois fascinant dans cette Amérique du Sud qui s’impose comme le berceau de l’humanité quoi quand disent mes détracteurs.

Je suis prisonnier, oui, ligoté à un poteau sculpté. Elle me scrute la belle inconnue. Mon compte n’est pas encore arrêté car je sais que ce peuple à deux pivots dans sa constitution tribale : l’éructation et l’acajou. L’un concupiscent (aussi étrange que cela puisse paraître) et l’autre meuble leurs journées à tailler des poteaux en ce bois dont chacune et chacune recherche les biens faits du chef.

A ce moment-là, cette superbe femme s’agenouille et me dessine sur le ventre ce que je crois reconnaître … une corneille avec une tige de bois bleu foncé. Je deviens acrimonieux qu’elle reste de bois et sourit comme si elle avait fait une offrande à la cheffe comme je m’en aperçois rapidement. Si je pouvais par une magie quelconque frapper cette femelle d’un anathème … car je sais à cet instant précis quand elle jette en l’air cette tige qu’elle vient de signer mon arrêt de mort.

Quelle fin de vie horrible, déchiqueté à vif par ces maudits volatiles… je crie de rage, je hurle et voilà une flatulence et une autre … que je me mets à rire, à rire quand le premier bec me transperce l’ombilic …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

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Je le mate depuis un moment

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Il est là mon homme, en salopette, bleu de travail, cul par dessus tête pour réparer notre pompe de puits …

Je le mate depuis un moment.

Au-delà de ma naturelle nudité, ce jour, j’ai le gazon bien ras. Cela ne fait pas bander mon homme du jour, un tantinet contrarié par la machine à remonter la chose … dite d’eau.

Il est aussi d’une autre panne de ce temps où l’homme est une caricature de lui-même. Heureusement, nous, les femmes, avons fait œuvre d’intelligence. Nos ovocytes et les spermatozoïdes de ses messieurs ont été conservés précieusement aux fils des décennies …

La fabrication de gamètes a contraint cette humanité dénaturée par effet industriel effréné à effectuer un réveil trop tardif pour les uns : “merde ! personne nous a informé !” et les autres qui ont souvent ramé pour rien : “merde ! vous n’avez pas écouté nos avis et recommandations !” …

Et par effet, l’homme a perdu entre temps tout moyen d’ériger son propre désir. Et pourtant la formulation du plaisir de la chair étant instinctivement soudé à l’être, il ne pouvait s’en défaire.

J’essaye de le “pousser” au démarrage, au stimulus de l’homme qui commence à s’énerver et est au bord de la grève non déclarative à mon endroit stipulant qu’il n’est pas une bête de sexe et le bon vouloir de la femme n’est pas une raison raisonnable pour le stresser outre mesure, alors que son envie toute légitime est contrariée … et que le dépannage de la machine est plus important que l’excitation de sa bobine …

Et puis, je ressens comme une idée à l’intérieur de moi, une petite bougie qui s’allume, un eurêka en miniature. Une ancienne pratique qui me revient. Celle de “pomper” avec cette expression peu usitée : “pomper le dard”. Il ne faut qu’il prenne peur, mon homme. Comme je ne sais pas dessiner, je prends une paire de ciseaux et du papier obsolète, le tout déposé à deux bras de moi. Je vois ses yeux s’occulter par effet d’une peur compréhensible. Je prends plusieurs feuilles, je découpe, surcoupe, assemble, colle et voilà que prend forme l’essentiel de ma proposition.

L’homme est dubitatif. Il pose un regard, puis un autre regard sous un autre angle et puis un autre. Il acquiesce, branle du chef. Je vais le désencrasser jusqu’à la garde.

… en attendant qu’il me répare la pompe à eau, du puits … je vais le soulager de sa condition pour mon … plaisir…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Le vigneron sirotant une menthe à l’eau

Photographie de Willy Ronis - Vigneron à Cavignac en Gironde - 1945

Photographie de Willy Ronis – Vigneron à Cavignac en Gironde – 1945

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J’ai un chaton au travers la gorge. Je tousse comme un pendu. Et même s’il y a quelque chose d’étrange et de fatidique à la rencontre des chais, c’est la première fois que j’ai une toux.

Amateur de vins, j’aime parcourir des terres ancestrales et des terroirs aussi rares que le vigneron sirotant une menthe à l’eau dans le puits d’un château du seizième siècle asséché par un changement climatique.

Je m’arrache une nouvelle fois la gorge. Allergie ? Possiblement possible.

Ma voix chaude de baryton, qui impose l’onde entre les cintres des caves et la chose nommée l’aura du vin au fluide qui chantonnait a des étés lointains entre cigales et guerre de tranchées, est mis au frais par inadvertance et me cloue sur pied …

J’ai choisi de développer mon art parmi ces vins vivants. Et cela peut changer une part toute sensible de leurs arômes, comme le bébé dans le ventre de sa maman à l’écoute d’une chiquenaude musicale répétée, comme les nombrils de ce monde de raisins, l’élévation par voix humaine est de ce chic qui augmente la noblesse et le prix … sensiblement.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que ma vie tourne au … vinaigre.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Le funambule vient de tomber

Oeuvre de Remedios Varo

Oeuvre de Remedios Varo

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Le funambule vient de tomber. Quatre-vingt-trois mètres de haut. Ce n’était pas un bon chiffre pour lui. Au loto, peut-être : quatre, vingt, trois … il n’a pas eu le temps de jouer avant son vol plané, mon voisin de palier… Je prends l’ascenseur. C’est plus prudent. L’escalier c’est haut et j’ai mal aux jambes après cinq, six marches.

Je viens d’enterrer une amie. Enfin, enterrer est un bien grand mot. Dézinguée, volcanisée, calcinée, enflammée … incinérée. Le funéraire dans son œuvre, je me suis senti consumé …quand, j’ai vu ces enfutages, ces petites boites dans des étagères, à tous les étages, je pense à nous tous, dans nos appartements, cages à lapins, le futur est déjà notre présent dans ces urnes vivantes, il ne faudra qu’un seul élan pour nous rôtir, nous réduire en cendres …

La porte de mon appartement est ouverte. Étrange. Je pose mon sac de courses. J’ai été cambriolé quand je vois le désordre innommable devant mes yeux, j’ai des larmes, les enfumages de rigueur dans ce moment trop fort, trop dur à supporter … trois mauvaises nouvelles en cette semaine.

J’ai comme un viol en moi qui vient de se produire. Je reste assis à même le sol. Je ne crie pas, je reste prostré … la vie est une enfumeuserien de bon n’a été pour moi depuis que la terre porte ma carcasse … Je voyais le bonheur et il me riait au nez, le pédant … ma vie est un openfield mais rien n’a poussé vers le haut, vers le ciel bleu, vers un soleil prometteur … je me suis enterré bien avant les autres …

Je me lève … j’ai comme une odeur de refermée en moi … je me dirige vers mon aquarium … il est brisé … mes poissons … mes nénuphars … et mes plantes là sur mon balcon, comme elles, je suis déraciné d’un seul coup comme frappé définitivement dans mes fibres, mes funicules, mon âme …

Je vomis par-dessus le garde-corps du balcon et je bascule avec la rambarde et … m’écrase sur le trottoir entre deux voitures, empalé par l’attache remorque …

Je survis jusqu’à l’arrivée des secours … aucune action ne me sauvera, les funérales saisons ont trépassé et à mon tour de les rejoindre avec … ce sourire de délivrance inattendue …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Un bocal tout en vertical

Strasbourg_rue_Brûlée_no_2__Gallica

Strasbourg_rue_Brûlée_no_2__Gallica

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Mon logement (une chambre) n’est pas bien grand. Il fait au moins vingt mètres cubes. Un bocal tout en vertical. Il faudrait m’appeler l’homme araignée. On appelle ça : une chambre de bonne et Paris en a plein les toits. Il y a des sommets qui ne sont pas enviables et les prix d’autant exorbitants qu’une location d’une maison à la campagne est moins chère, quoi que …

Aujourd’hui, j’ai loué gracieusement ce morceau de moi à une collègue de boulot pour une partie de jambe en l’air. (Elle est unijambiste, pour les puristes). En fait, comme elle se fait piquer à chaque fois ses mecs par ses colocatrices suceuses du bien d’autrui, ma bonne âme à fait office d’altruisme …

Je lui fais savoir (à ma collègue) que même à vingt-et-une heures c’est une étuve sous les toits, qu’il n’y a pas d’ascenseur pour atteindre le septième étage, pas de table pour un jeu coquin, ni de machine à laver pour sextoy, les toilettes sur le palier et pas de bidet (d’ailleurs, je me demande si ce mot n’a pas disparu de la circulation du dictionnaire) après la récréation. Bref, ce n’est pas la classe luxe, tout au plus un dépannage dans un placard, lui dis-je en riant. L’humour, l’humour quel meilleur des cadeaux de bienvenue ? Ce soir, c’est le bal de fesses …

Elle m’arrête d’un mouvement de main … elle me dit qu’une porte cochère suffirait … pour ce soir … allez rendre service …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Honni soit qui mal y pense

Oeuvre de Joachim Bueckelaer

Oeuvre de Joachim Bueckelaer

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“ — Montre-moi ta courgette, je te montrerai mon abricot…
— Stop !
— Comment, stop ?
— Je ne mange pas de ce pain-là !
— De pain ? je te parle fruit et légume !
— Et alors, le pain vient du blé, du froment, de l’orge …
— Ce sont des céréales.
— Et alors ? tu manges bien des céréales le matin, non ?
— Si…
— Bon alors, ce pain tu dois l’accepter !
— Je ne vois toujours pas le rapport.
— Et bien moi non plus … courgette … abricot … tu as un drôle de langage …
— Enfin, réfléchis un peu dans ta caboche !
— De toute façon, je n’ai pas de courgette.
— T’es bien un garçon, non ?
— Bah, oui, tiens …
— Donc tu as une courgette !
— Je ne vois pas le rapport.
— T’es vraiment un cornichon !
— Recommence pas à m’embrouiller.
— Un garçon ça à un petit tuyau …
— Et ?
— On appelle cela aussi une courgette !
— Une courgette ?
— Une courgette !
— Et pourquoi pas concombre ?
— C’est pas pareil !
— Comment pas pareil ? c’est tout de même …
— Il y a une autre utilité …
— Une autre utilité ?
— T’es cruche tout de même !
— M’enfin, cruche n’a rien à voir …
— …

Nous assistons en direct à l’éducation d’une IA (Intelligence Artificielle) par une autre IA.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

La vie est un réservoir d’eau de Vie qui facilement noie les imprudents.

Photographie de Edwin Bower Hesser - Kathryn Stanley comme la Reine de Salomé - 1926

Photographie de Edwin Bower Hesser – Kathryn Stanley comme la Reine de Salomé – 1926

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Paul était un rescapé du Navire Amour. Il en avait perdu pendant un moment la boussole, de cette folie d’Aimer à Vie, le temps d’une rencontre entre la Rue des Roses et le Boulevard des Imprudents.

Il était temps qu’il ramasse sa gaule et tout le restant de ses appâts. Ne pêche pas qui veut en eau trouble même avec une coupe de champagne pour séduire une belle ou un thon, il faut prendre des précautions car l’hameçon n’est pas toujours pour les autres …et l’on montre ainsi des qualités d’amour qui ne vaut la nourricière de notre enfance qui avait se penchant à vous faire téter pour le bien des deux …

Bref, Paul allait dormir sur ses deux oreilles avec cette facilité qu’il ne dormait que sur un côté à la fois, en chien de fusil, la cartouchière en bandoulière après la prière du soir avec cet effet serpillière qui absorbe tout et dont l’essorage est effectué dans les cieux avec ce rappel au moment le plus critique à enlacer la dernière inspiration avec un goût amer …

La vie est un réservoir d’eau de Vie qui facilement noie les imprudents. L’Amour oui, mais attention à ne dépasser la dose prescrite ….

© Max-Louis MARCETTEAU 2018