Première fois

Oeuvre de Jeanne Mammen

Oeuvre de Jeanne Mammen

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je reste prudent devant le mot amour. J’en ai une peur bleue. De cette peur de l’inconnuE : la Femme. Je n’ose penser à ce moment qui aura le goût de l’inattendu… l’écrire n’est rien, le vivre… je le vois comme une angoisse, une possession de soi dont on n’est plus chez soi… mais chez l’autre tout étant un seul dans deux corps pour un seul acte grandissant comme une fleur tropicale…

Je n’attends pas ce jour, et pourtant, je le ressens, il est inscrit sur le mur gris de mon inconscience. Je frôle ce moment de désir intense et la répulsion de l’aborder. La rencontre fatale, l’appel du dépassement, l’excitation de la découverte…

Aurai-je la force… d’être pris au piège ? Je souhaite la trahison… que le premier pas… ! Dois-je accepter la douceur de l’instant proposé comme une possibilité à la fougue incontrôlée ?

Et puis, tout arrive, la Femme est là-devant moi comme une statue de la liberté, impressionnante et inaccessible, aux yeux pénétrants et… affectueux. Contraste inquiétant et surprenant.

Elle me prend la main et… la pose doucement à la base de son sein…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

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Ruée vers le néant …

Photographie de Louis Stettner

Photographie de Louis Stettner

Le blog de ghislaine53 : défi d’écriture n°63.


C’est un petit matin frileux, le soleil en T-shirt, le ciel en string bleu et moi … dans une boite en carton frigo-congélo Brandt devant les portes de Vuitton…

J’aime ce moment entre rêve et réalité. Le brumeux qui s’impose comme un bienfait avant d’être … viré comme un mal-propre par la société civile dite civilisée dont je suis l’indispensable marge … mais l’effet aveugle voire borgne de la chose me fait vomir de la bile chaque matin sur les pompes des vigiles propres de près mais loin de connaître le mot respect …

Et de concert avec moi-même je gueule tel un chien édenté de toute ma dignité de bipède blessé et je remballe mon attirail dans mon chariot à la caddy et je vais m’octroyer un autre emplacement plus digne sur le trottoir des obligeants qui est mon pâturage pour la matinée à la monnaie clémente…

Et puis je vais me retirer sous le couvert d’une petite faim chez l’ami Paul dans son dortoir du Square Trousseau et enfiler quelques restes d’aliments des habitants contagieux de bonnes actions. Et puis je vais d’un pas moins assuré me reposer dans les rues parallèles et éviter des congénères bien bien barrés de râlements, meuglements, de chicanes ….

Et puis mon amie soirée va venir me rejoindre, on va picoler, prolonger à la première brume du delirium, mon caddy menotté par sécurité,je vais transformer le tout à vomir une nouvelle fois sur ma vie de paria sans souvenir des miens, de ma vie d’avant, un arrêt sur l’image de la femme de ma vie …qui m’a détruit … cette sociopathe ..

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Vous avez dit injustice ?

Oeuvre de Henri Biva

Oeuvre de Henri Biva

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L’homme se regarde au miroir du puits cyclope millénaires. Il tente de se persuader que la victime n’a pas basculé dans cette fosse d’eau, ce bel ouvrage à la Sychar (sans les chenilles).

L’amant disparu n’était pas à son premier périple adultère. Il avait la frénésie des lits des autres. Les femmes n’avaient en lui que sa parole, pas divine mais ressentie comme telle, et de l’envoûtement aux prémices de l’effleurement, aux élans de séduction, la herse de la conquise était prise d’assaut, ouverte en bastille et embastillé d’amour… frelaté.

Bref, un populaire dont le journal local fait état aujourd’hui et les fessiers de ces dames n’attendraient plus la culbute bienvenue et pour cause : trop souvent la jachère était présente par défaut, impopulaire mais subit, seule et imparfaitement injuste.

L’homme se retourne et demande à sa femme, debout, bras croisés à soutenir sa généreuse poitrine:

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu l’as fait disparaître ?
— Je n’ai pas les moyens.
— Franchement, on risque d’avoir des soucis…
— Demande le divorce
— On a encore des factures en commun à s’acquitter
— Tu es mesquin
— Je suis pratique, nuance
— Goujat…
— Gueuse…
— A méditer sur mon cas, tu devrais revoir notre position de couple.
— Quel couple ? Nous sommes deux meubles… à s’astiquer chacun dans son coin.
— Tu es ignoble
— Je constate
— Je rage
—… pour rien…
— A ce disparu, qu’importe… un autre me retroussera… tu n’auras pas le triomphe facile…

Et d’une gifle, elle ressent aussitôt l’effet. Et de cause elle s’enhardit à cette attaque surprise et bouscule promptement son mari qui bascule dans le… puits. À ce fait d’armes, elle y voit une chance de refaire sa vie et crie aussitôt au malheur et de l’imprudence d’un époux charitable à qui elle devait le faire croire.

Morale : À qui pense être dans une mauvaise passe, l’injustice sait porter secours.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Choix des ordres

Oeuvre de Hurvin Anderson - 2013

Oeuvre de Hurvin Anderson – 2013

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Je demande pardon aux sociétés des hurluberlus, extravagants, farfelus, loufoques et autres pinsons de la vie qui chantent et à ma bonne étoile qui veille sur mes intérêts et dont je suis infidèle à bien des égards.

Je viens à l’instant de mettre ma liberté sur le bûcher. Tout est dit au premier craquement d’allumette, je vais devenir le pyromane de l’indépendance, de la hardiesse, de la franchise, de l’autonomie, de l’impudence…

J’esquisse un sourire à l’essence des cris de résignation de ma liberté que j’ai ligotée pour qu’elle se tienne droite pendant la flambée. Et je songe aux derniers instants de mes impertinences aux sifflements stridents… et je me retiens de flaquer un océan de regrets…

Une navette m’attend. Je pars pour un autre espace. Peu de bagages, l’essentiel est dans ma volonté d’embrasser une nouvelle vie par tous les… offices qu’elle me présentera. Je suis debout devant la mortalité de ma condition et l’immortalité en devenir qui me tend les bras comme un refuge possible à l’anti-gangrène de mon âme.

Je souffle ma bougie d’ici et inspire celle à venir. Entre ces deux bougies, le doute tapeur, dilaté, mesquin, racineux, épineux braillard… Et puis, devant moi la nouvelle route qui croise d’autres disciples au dépouillement, au seuil d’un renoncement…

Je rentre aujourd’hui dans les ordres… une autre liberté…
© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Furtive anomalie ?

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L’amour défenestré et les mots pendus à la corde de l’éréthisme, j’ai subi l’ensorcellement, et suis prostré dans le couloir du temps, dans le couloir de ton âme et ma frénésie à t’aimer s’est crucifié un dimanche de novembre sur le quai de la gare de notre liaison adultère à l’émotion de vivre pleinement ce qui était du vide de nos deux vies, deux tranchées boueuses d’un tout capharnaüm enchaîné à nos maigres vies dont la lueur des mouvements ressemblent à deux ombres dans la cave des regrets et de la préférence des habitudes qui ronge le mot quotidien et les os des envies qui se pavanent dans les contrées trop lointaines pour une possible approche ou possession…

Je ne respire plus. Je suis mort de cette mort scrupuleuse au silence d’un toit ouvert au ciel gris des pleurs noueux et de l’hostilité du rire et de la voie Lactée linceul je me suis offert mon âme au brûlot de mon cœur en devenir creux du rien par le sang tarit de notre amour, de ton amour, car je t’aime à la frontière de haine, à la limite du meurtre de possession d’être dépossédé de ta vénération, je me couds le cœur, les lèvres, les mots, la gorge, les lignes, la respiration…

Tout est là-devant moi et j’attends l’irréparable et le monde circule dans les veines du néant qui pose nu par indécence construite pour les égarés et j’attends le possible à se produire à ton retour entre mes mots et mon amour et mon sexe entre sperme et encre, j’écris dans le couloir vagin en attente de…

Je ne suis qu’une anomalie de méthyltestostérone

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Dialogue en… rupture.

Film de Godard - le mépris - Bardot et Piccoli

Film de Godard – le mépris – Bardot et Piccoli

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—… « Cochon qui s’en dédit » me lance comme un anathème, ma partenaire de lit du moment entre la porte de la salle de bains et la prise de… douche.
— Tu devrais dire “Cochonne qui s’en dédit”
— Et pourquoi pas truie, hein !
— Non pas truie. Y a rien de romantique dans ce nom. C’est de l’élevage…
— Ton inconscience fait quand même le distinguo entre cochonne et truie… tu me surprends.
— Tu veux dire ma conscience…
— Ta conscience n’est pas digne de me recevoir et de me foutre, mon salop…
— Tu as la langue bien pendue
— Pas autant de ce que tu as entre les jambes
— C’est fin
— C’est tendu comme une perche
— Bon, tu restes ou tu pars en voyage ?
— Tu veux me garder ou est-ce valeur de non-recevoir ?
— J’aime les femmes intellectuelles dans ton genre qui font semblant de rien comprendre et qui ont deux longueurs d’avance…
— Tu es désuet dans ton raisonnement, je suis nature, prends-moi comme telle, comme cette nuit, mon grand fou…
— T’es baroque, voire une élégante délurée, mais je ne crois pas à ta nature… naturelle
— Tu me déposes à Paris ?
— Si tu veux… mais d’abord, il faut que je retrouve ma lentille de contact…
— Tu n’as pas de double ?
— Si… introuvables.
— Dis-moi… c’est une excuse bidon pour ne pas me ramener ?
— C’est possible
— Alors, je reste…
— Non ?
— Si… je vais être ta source… ta nuisible… ton obscénité, ta souillure, ton injure, ta pourriture, ta voirie boueuse, ta crasse…
— Arrête, STOP, halte…
— Bon alors, tu me ramènes à Paris ?
— Ok, ok… tu as gagné… ton pari…
© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Contrat recherché…

Kaamelott - série créée par Alexandre Astier

Kaamelott – série créée par Alexandre Astier

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Pour la deuxième fois je prends le canal. J’ai peur. Oui, cette peur animale qui ressort sur la peau et qui intoxique. Il est dimanche matin. J’ai embarqué hier au soir, à la nuit, sur mon voilier monocoque un 10 mètre « 360 grand large ».

Je n’ai pas à être déférent sur la ligne de la vie, je suis à ma ligne de flottaison fidèle avec cette peur de me décevoir, avec cette peur de me saborder pour un mot, une attitude de travers. Je voudrais me cogner la tête contre les contreforts de ma bêtise pour la faire éclater.

Je navigue en mode manuel c’est d’autant plus prudent que par moments je coupe le moteur et laisser glisser sur l’onde fraîche, à la brume éparse, aux premiers clapotis de vies, à la levée de l’haleine du jour avec ses fumets entre végétaux bien pourris et jeunes pousses en devenir…

Mon opération de ce jour est de récupérer mon âme vendue il y a trois semaines à un vagabond en amont du canal. Je l’ai vendue bêtement, stupidement, sottement, mais surtout naïvement.

En fait, j’ai eu une avarie sur mon voilier tout neuf acheté cash suite à des ventes de laitues hors commerces mais pour des gros groupes qui nourrissent des fermes de limaces qui sont transformées pour des produits de consommations externes…

Bref, mon bateau prenait l’eau, moi avec, mais ce jour-là pas de bol, j’étais resté prisonnier à l’intérieur par des effets de la malchance… sans doute… quoi qu’il en soit, si j’ai entendu quelque part « mon royaume pour un cheval », je voulais « mon âme pour ma vie », ce qui était vraiment, mais vraiment déraisonnable.

A l’expression de ce vœu, j’avais de l’eau jusqu’au cou, le sourire de la Mort en porte-manteau devant moi, et à ma gauche apparue un vagabond en hologramme 3D avec effets sur liquide environnant. J’avais le respect de circonstance et la première douleur de la cage thoracique d’un cœur qui voulait faire ses valises…

— Alors, mon brave… vos derniers instants… quelle croix, hein ? dit le vagabond.
— Mon âme pour ma vie !
— Effectivement, c’est possiblement possible… mais…
— Vous n’allez pas me faire le coup de VGE le « oui mais »…
— Si, si… donc, pour moi, vous n’avez pas l’âme, disons, assez crasseuse à présenter…
— Vous… voulez… rire…
— Mon brave… je n’ai pas les moyens de rire et vous non plus si l’eau commence à vous chatouiller le gosier…
— Qu’est-ce… je… dois faire…
— Vendre toutes vos parts financières sur tous les marchés et les déposer sur un compte offshore en Tanzanie… en échange de votre âme.
— Vous êtes un salop…
— Nous nous entendons…
— Je signe où ?
— Vous êtes un marrant… enfin tu es un marrant, je te tutoie parce que nous venons de pactiser à l’instant. Comme tu vois il y a de l’évolution… nous suivons nous aussi les mouvements du progrès…

L’eau commença à descendre, ma Mort s’esquiva et mon vagabond disparu. Le voilier se remit à flot comme par enchantement et l’eau s’ébruita, s’évapora.

Aujourd’hui j’ai tout perdu, argent, clients, mobilier et immobilier, enfants, femmes, il me reste miraculeusement ce voilier et aujourd’hui dimanche matin, je veux récupérer mon âme…

Et le même scénario se reproduit… le voilier coule… la Mort sourit, le vagabond rapplique…

— Alors, mon brave de retour…
—… pour le rachat de mon âme
— Et bien impossible. Tu vas prestement mourir…
— Mais je ne veux pas…
— Tu ne veux pas… tu es en train de boire la dernière tasse…
— Attendez… atten…
— La Mort s’impatiente…
— Propose-moi un autre marché…
— Un autre marché ? Intéressant… pourquoi pas !

Aujourd’hui je suis vagabond et je passe des contrats… d’âmes sans état d’âme pour récupérer la mienne sachant le contrat de dupe…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018