Et ta sœur ? Ou huis clos, … muet !

Chapitre I

Je gare brusquement ma Matra-Simca-Bagheera au vingt-huit litres au cent, sur le bord d’une route de campagne. Ras-le-bol des jérémiades de Paulette-La-Tricoteuse, de son accoutrement de plieuse de draps à la percale et de ses croquenots boutonneux couleur fraise. Je suis au bord de l’explosion, genre Etna. J’ai cette envie irrévérencieuse de lui clouer le clapet et la trachéotomiserais à l’occasion de la fête des Mouettes, s’il mettait permis. Mais bon, elle, c’est ma sœur. Une belle blonde devant le miroir et photogénique dans le brouillard. C’est dire que cette beauté hors du commun n’a pas reçu que des amitiés. Elle en a bavé, du clair de lune au soleil le plus accablant. La solitude l’a giflée tous les jours. Et ce qui arriva est arrivé. Elle fait dans l’héliciculture. Qu’est-ce ? Et bien dans l’escargot comestible, enfin quand il est cuit et habillé en maître d’hôtel. Hélas, il y a peu de temps, son élevage installé dans une bicoque éraflée par les vents d’ouest, et craquelée du haut en bas, a pris feu. Elle a voulu prendre tous les restes de cendre de ces aimés gastéropodes pour les enfermer dans un vase funéraire. Faut-il être maboule pour avoir eu une telle idée. La nature ne gâte pas tout son monde.

Je suis en plein désarroi. Je la regarde. Elle tient fortement son vase contre sa poitrine, avec ce visage de galaxie à la Messier. Elle est devenue muette par ma réaction inattendue. J’ai les abeilles, et intérieurement je suis couleur salamandre. C’est dire que je suis mal. La configuration la moins adéquate pour raisonner. Il faut que je respire avant que, je ne devienne maladroit et mésadvenir le pétage de plomb. Mais il y a de quoi. J’ai des fourmis dans la main, pourtant dans la famille nous ne sommes pas myrmécophagidés et je lui collerais bien une tarte sans tatin. Je me retiens.

J’ai la musique de Naté de Armand Amar dans mon cerveau en ébullition et un vertugadin dans les entrailles. Je souffre. Je t’aime ma sœur. Je dois respirer la tolérance à plein poumon. Je frappe durement de mes mains de pianiste le volant cymbales qui vibre en contralto. J’accuse ta jacasserie qui me fait naître des vésicants et ce reproche est l’antépénultième que je pourrais de vive voix te transcrire dans les oreilles. Je ne dis rien. Aussi muet que toi.

J’aurai voulu être pour toi un poète dans ton univers. Une étoile qui aurait composé à la Marot ce « De moi-même », mais je suis un dipyrrhique lumineux, brisé. J’aurai voulu être ce haïku de Paul Eluard « La muette parle / C’est l’imperfection de l’art / Ce langage obscur. » J’aurai voulu être pour toi, cette plante vulnéraire à l’arôme jasmin mais je ne suis que ce bigrille dans sa bulle de verre à la pointe noircie par les orages de moi même.

Je te vois, statufiée dans ce siège passager au cuir suranné.

Faudra-t-il tout reprendre à zéro, que je vous vouvoyassiez, pour que tu parlasses à nouveau  ?

Devrais-je porter ce vexillaire de la concorde, tout seul ? Je ne suis qu’un leptosome au caractère trempé jusqu’à ma lithosphère cérébrale. Plus en dedans, je rumine la lave de mon impuissance. Faudra-t-il retourner la terre infertile de nos comportements avec une pelle de ce bon bois de hickory, pour voir apparaître enfin les prémices d’un terreau de compréhension ? Je vois dans tes yeux à l’élément ununoctium, me vaporiser de tes interrogations muettes. Je ne veux pas de toi, cette stochastique qui de branche en branche feuillue sustentée à la déraison me sardoine la vie.

Faudra-t-il ajouter cette diacritique accentuée à ta particule pour te différencier de la famille et t’abreuver de nervin ?

A cet instant, nous sommes dans un pomœrium un peut particulier, il est vrai.Et nous pourrions déballer nos valises de mécontentement sans livresque. Où est cette humanité en nous? Nos mots sont pris au piège du flysch comme un mal incurable qui nous sape depuis trop longtemps. Nous sommes en train d’être dévorer par de l’hyperoliidae, tout vivant et point assaisonné. Il faut réagir avant que le malheur ne soit imprimé aux faits divers. Je sais cette idée de psychanalyse un peu schnock, moins la blouse blanche mais je n’ai pas l’étoffe d’un héros et encore moins d’une zénana pour tenir cette situation boulet.

Tu es ce défaut de nature, née comme moi de la même matrice. Dans ton biberon aurait-il eu de la chalcopyrite à la saveur melliflue mélangée à de la cantharidine ? Oserais-je te dire cela de vive voix ? Serais-je un salop de ne pas aimer ma sœur, ce sang du même sang qui nous remue ? Nous sommes écorchés. Moi, plus que toi. Tes yeux sont pleins de moi et pourtant je ne vois que des pupilles en forme de petit-gris. Lâche, ce vase !!! Ma gorge reste silencieuse, mon esprit est parcouru par une sorte de chrysopelea, qui vole de synapse en synapse. Horreur !!!

De notre cas, j’aurai pu faire de la zymotechnie de nos non-dits au lieu de la paléographie et plus particulièrement du boustrophédon qui me prend la tête et pas de médicament pour calmer mes élancements neuronaux, j’ai la péotte instable. A cet instant, j’ai l’impression d’être un ichneumon prêt à te suriner de l’intérieur. Je n’ai pas de revenoir, non, pour te réparer l’aiguillage. Ne pas faire fausse route, mais qui nous le dit ? Un sémaphore ? Que nenni.

Je respire profondément, ouvre toutes mes alvéoles pour retenir toutes mes récriminations contre ce monde qui n’est pourtant pas la planète des singes. Non ! nous sommes des humains : toi, moi, et si nous tous percions nos abcès de révoltes, nous formerions un seul bloc, un inukshuk, aussi grand qu’une Tour Eiffel et intumescent comme Bibendum. Mais je sais que cela ne sera pas, c’est anticonstitutionnellement programmé dans nos gènes de bipèdes et nos mots n’y feront rien car nous avons tous des définitions et ressentis différents, c’est comme si nous parlions d’autres langues comme l’uzbeke. Nous ne sommes pas des Tintin en knickerbockers pour combattre ce mal, ce tylenchus qui est en nous qui se nourrit de nos propres vernaculaires, qui détruit, lentement, sûrement.

Je voudrais composer un dithyrambe, ne voir que le côté positif de notre relation, qui, il faut le dire, enfin, je le dis tout au fond de moi, au-dessous du Fahrenheit jamais enregistré. Il faudrait peut-être faire une cure du fruit de ginkgo pour digérer toutes mes amertumes. Tu sais en ce moment précis, j’ai froid. On se regarde et j’ai froid. J’ai l’impression d’avoir été transpercé par un khépesh, là, au milieu du cœur et j’aperçois au fond de tes yeux une vase qui ressemble à celle du Styx.

(à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2015

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