Et ta sœur ? Ou huis clos, … muet ! (2)

Chapitre II

Je ressens qu’il me carotte, de ses yeux, là, le fond de ma pupille droite et par le fait j‘ai l’échine poinçonnée à la brisure de glace. Je me demande si la spetsnaz pratique ce genre de torture. Je veux éructer et ce n’est qu’un gargouillis à la soupe à l’oignon dont ma trachée refuse d’ouvrir son écoutille pour dégorger comme si elle était atteinte du syndrome de paraskevidékatriaphobie. Je frissonne nerveusement de tout mon corps, m’ébroue presque sur ce siège baquet inconfortable, mes membres supérieurs tiennent dans un étau ferme et doux mon cher vase.

Par un atavisme singulier, je ne pleure pas. Cela est dû à mon arrière grand-mère connue centenaire qui me disait : «  une femme pleure ses enfants, pas l‘inconstance des hommes », en mémoire de ses mots de feu son aïeul icoglan. En y repensant ainsi, j’effectue une hypostase toute imaginaire et ferme mes quinquets un instant.

Ah! mon frère, tu n’es pas un croquignolet, encore moins un sucre d’orge. Non, tu as été élevé comme moi prêt du fucone, mais peut-être trop en devant et cela t’as brûlé la moitié de ta cervelle et ce n’est pas ta musique de jazz, entre les oreilles, qui t’arrange et adoucie tes mœurs. Encore moins la math dont tu défends chaque jour en groupe de morveux assis sur leur coccyx à l’onde irrévérencieuse de communication intraveineuse coulée au schnaps.

Tu es devenu un lithoxyle veineux gorgé de ta suffisance et maman disait qu’elle t’apprivoiserait avant que tu n’aies l’âge de raison. Peine perdue. Ton caractère revêche ne sait pas amélioré au fil du temps et les exemples sont légions comme la première fois où tu as lockouter ton entreprise, tu n’as pas cédé, tu as fait faillite six mois plus tard.

Pourtant tu n’as pas mauvais fond, non. Tu as même essayé diverses méthodes pour adoucir ta nature dont le crwth – qui n’est pas l’ancêtre du violon – mais qui n’a pas su résister à ton impatience. Tu as même voyagé de Montréal jusqu’à l’Èbre, la tête au vent et les pieds dans l’eau. Tu es allé à Slouk, tu t’aies planté sur des clous, l’air berbère et tu as fini marié sur un ostryser en compagnie d’une blondasse nommée Vergibit. Tu as cherché à te retrouver, tu es revenu avec un collier de sardonyx comme tout trophée. Donquichottesque tu as été, à ta façon.

Et dire que tu pouvais reprendre les winstubs des parents ! Mais à quoi bon faire des prolégomènes sur ton cas ? Tu ne vaux pas plus que des tchervonets ou qu‘un croulard. Tu es sexiste à souhait ; une éducation dans une gynécocratie t’aurait fait grand bien. Et tes envies carnassières à mordre la gente féminine, t’aurait fait comprendre notre côté ouananiche. Mais mon discours n’est que faridondaine. N’est-ce pas ? A ton regard je ne suis que bréhaigne, rien de plus. Une pauvre chose.

Moi, ne pas être ce mitgjorn qui te souffle dans les bronches, parce que pas les moyens, pour remettre à l’heure pendule à toi.

Voilà que je fais des smocks en broderie verbale en fils rompus, et qui ne vaut pas, sans doute, les discours des solicitors. Aurais-je pris froid au cerveau ? Et le cœur ? Pas de vitchoura pour me réchauffer. Mon corps est une parcelle de tchetvert en jachère, teintée de fleurs aromatiques grainées de folie. Tu me diras, « à qui la faute ? ». Je suis une Lilith, rien d’autre qui traverse comme un aviraison l’océan des gens métro boulot dodo. Tout cela est écrit, je te le dis, dans cette pensée que je voudrais télépathe car, comme tu le sais, je suis née au véadar comme ceux qui sont nés un vingt-neuf février. La vie ne te donne pas toujours les bons dés. Je suis un drôle d’oiseau et tu n’es pas ornithologue, donc tu ne me comprends pas et jamais une dittologie de ta grande sœur, tu ne trouveras.

Mais ne te biles pas, mon parasite préféré de frère, tu pourras toujours me planter des galbanum, une herbacée vivace, comme moi, au pied de ma tombe terreuse et humide au moment venu par l’entremise d’un coquefredouille.

En attendant, j’ai une endorectocéphalie aiguë. Oui, je sais, j’emploie le cataglottisme de service pour émerger de ces nuages pompeux, protagonistes de ma demie-inconscience ou inversement. En vérité, je ne sais plus si je suis dans la réalité ou en parallèle sur celle-ci, à faire les gros bras sur une barre du temps.

Je voudrais que tu me tiennes la main, et jeter ce vase indécent au visage de ma corde suspendue au gibet de mon affection pour toi. Nous sommes liés bien au-delà d’un simple contrat synallagmatique …

Tu vois, je vais verser une larme et puis une autre comme si mon être sensible se fissurait. Pourtant, ne suis-je déjà pas assez blessée de ma chair ? De cette jejunostomie liée à l’endobrachyoesophage aussi rare à mon âge qu’une perle noire dans une huître, je souffre. J’avais espéré que la bave d’escargot bouillie à l’estragon, romarin et à la sauge mélangée au sarrasin me guérirait. Cela n’a pas été le bon remède. Et puis j’ai essayé un antiscrofuleux me rappelant un de mes surnoms que tu me donnais : la crevette. Rebelote et fiasco. Il n’y a pas d’alphabet à écrire pour comprendre mes douleurs. Et dire que je voudrai mourir en épectase. A cette pensée, je pleure et ris tout à la fois et ressent l’effet de la léontine sous mon corsage soi-disant porte-bonheur que tu m’as offert pour mes dix-huit ans ! Mes fesses ! Oui ! Ce jour là, j’aurai pu épouser un hodjatoleslam que tu aurais changé de religion pour moi, simplement par effet ombilical. Si j’avais pu, j’aurai pratiqué une expuition de toute ta condescendance en vers moi.

Je te regarde, à nouveau, muette comme une carpe, et je te vois en une wteringue, rien de moins. J’en ai perdu ma langue maternelle : atikamekw et le thesmothète de ma cervelle rompue, déverse, lui, son sang de reproche à ton égard. Je pourrais te décerner le titre de stadhouder par la manière dont tu armes tes mots acérés à mon encontre. Je sais, tu n’as jamais fais dans la dentelle, encore moins dans le capoquier. D’ailleurs, je me sens cotonneuse. De fait, tu ne risques pas de me blézimarder.

Étrange, je me sens partir et des images s’entrechoquent dans mon esprit, tel un thérémine et ses antennes en abeille. Et puis, … je me sens transpercée comme par un obus shrapnel, là, derrière l’oreille gauche.

©Max-Louis MARCETTEAU 2015

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