Porte à porte (8/9)

Porte – Iotop

Une fois n’est pas coutume, voici une histoire de porte à 4 mains avec Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog.

Les chapitres => (1/9) (3/9) (5/9) (7/9) et l’ensemble des chapitres au fur et à mesure ICI


La tournure que prenaient les choses commençait à irriter la porte. Voilà qu’un congrès de complotistes menaçait la probité de ses lieux et le calme aussi.  

— Que vous me tutoyassiez ne me plaît guère, mon cher, je ne suis pas celle que vous croyez et je ne souffrirais point que, sous prétexte que je suis une porte, vous me sonniez, tapiez, cogniez, voire grattiez à. Je ne supporterai pas, non, que l’on me tapasse ni qu’on me tortillas aux pommes de terre à l’ibérique way. Si vous insistez, il est possible que je m’emporte et que je claquasse la porte à toutes vos demandes !  

La bourrasque de ces mots décoiffa le bourgeois mais l’amusa fort aussi. Une porte volcanique, s’emportant à la vitesse du son et sortant de ses gonds avec autant de virevolte n’était pas pour lui déplaire. Pour un peu, il aurait jeté les doigts de l’autre main dans la l’entrebâillement pour défier le battant, et rester un peu plus à discutailler l’affaire.  

— Je vous en prie ! Ne me traitez pas ainsi ! Vous me fridakahlomniez à me prêter de telles intentions ! Loin de moi l’idée de nuire à votre intégrité et à votre réputation. Je veux juste danser une salsa avec vous jusqu’à ce que, dans le mouvement entraînant de la danse, je parvienne de l’autre côté, et que vous, ma chère, vous retrouviez à la porte, là où est votre place.  

Mais la porte était à présent en colère, sentant bien que le bourgeois se moquait et la cherchait un peu. Sous l’effet du courroux son bois se gondola, Venise n’était plus loin, ses montants craquèrent et l’humidité des pluies toutes récentes s’échappait en vapeur sous l’effet de l’ébullition.  

Le bourgeois était toujours un peu amusé mais aussi passablement désarçonné. Diable ! Il pensait devoir franchir une porte récalcitrante et voilà qu’il lui fallait à présent escalader le Vésuve, l’Etna et le Stromboli tout à la fois…  

Comment apaiser cette éruption et ramener les choses au calme… ?

 (à suivre chez Firenz’

Porte à porte (6/9)

Porte à Mende – Lozère

Une fois n’est pas coutume, voici une histoire de porte à 4 mains avec Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog.

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La porte était tout feu tout ruse et avait plus d’un tour dans son sas. Monsieur le Bourgeois n’était pas le premier à avoir tenté de jouer du bélier et d’entrer en force. Elle connaissait la musique, la tactique, et la rhétorique un peu aussi. La porte de derrière était une porte muette, ou une porte condamnée, point d’ouvrant, juste un dormant pour simulacre. Condamné, le Bourgeois ne tarderait pas à l’être aussi d’ailleurs, s’il acceptait son offre. Mais il semblait encore hésitant…

— D’aucuns pensent que les petites portes ne sont pas dignes d’un don de soi et de sa personne, qu’elles ne méritent pas un passage, ni même un coup d’œil Et pourtant, Monsieur, c’est par ici qu’entrent les artistes, les gens de talent. C’est par ici que se créent les alliances les plus secrètes, que se signent les contrats les plus juteux. Et puis, tous les amants le savent bien, c’est par la porte de derrière qu’il faut passer si l’on veut échapper au retour du mari et du maître des lieux sans se faire pincer les doigts ou les bretelles ! Croyez-moi, mon Seigneur, si moi je suis de chêne intraitable, la petite porte a la douceur du peuplier d’Italie, cette belle essence de Sienne. 

Le Bourgeois s’emperplexait au discours spongieux de la porte. Diable ! L’offre était tentante, alléchante, un peu trop peut-être. Il n’avait pas acquis ses boutons de manchettes en platine et diamant en écoutant les porte-faix lui conter fleurette. Il se sentait corbeau, la porte était renarde. Mais il mourait d’envie de pénétrer enfin dans les lieux et d’aller passer sous l’eau fraîche ses doigts bleus de douleur, rouge de honte aussi. 

— Comment puis-je être sûr que la porte à ventaux que tu me vantes mène bien là où je veux aller ? Qui me dit que je ne vais pas finir dans un soupirail à soupirer jusqu’à la fin du siècle ? Quelle garantie m’offres-tu, porte de malheur et de mystère insondable ?

La porte qui n’avait pas la fibre tendre, devait se creuser la cervelle pour apporter de l’eau au moulin de ses mots, et amadouer le nanti. Quels arguments pourraient faire mouche… ?

(à suivre chez Firenz’)

Porte à porte (4/9)

Porte_chateau Brézé – Iotop

Une fois n’est pas coutume, voici une histoire de porte à 4 mains avec Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog.

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Mais la porte haute et fonctionnaire restent tout aussi muets aux requêtes du Bourgeois dont la patience est arrivée à ses extrêmes limites. Il vitupère, brasse de l’air et maudit à tout va, qu’importe. Alors, taquine et sure d’elle, la porte carte et s’écarte juste assez pour lui laisser entrevoir les ors de l’intérieur.  

— Eh bien, il est bien loti le fonctionnaire, bien logé aussi. 
 
Alors que le Bourgeois essaie de glisser les doigts dans la mince ouverture pour la forcer un peu, la porte se referme sur un bruit sec et quelques hurlements à percer les tympans des oreilles et de l’église.  
Heureusement, midi sonne et la cloche aussi. Les portes de la chapelle s’ouvrent pour laisser les ouailles retourner à leurs occupations. 

— Si les voies du seigneur sont impénétrables, ses portes sont bien plus accueillantes que d’autres portes en ville, tance le gentilhomme. 
— Si vous voulez vous offrir quelques indulgences, elles sont aussi plus adaptées que les nôtres. Ici point de corruption, il faut montrer patte blanche. 
— Que vous dites, que vous dites ! Je soupçonne que votre boîte-à-lettres fait parfois office de guichet et de tiroir-caisse.  

A ses mots, la porte de bois clair rougit en acajou. Le Bourgeois avait marqué un point.  

(à suivre chez Firenz’)

Porte à porte (2/9)

Double porte – Beaune Cote d or – Photo-Iotop

Une fois n’est pas coutume, voici une histoire de porte à 4 mains avec Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog.

Premier chapitre => ICI (1/9)


La canne en festival espérait que tant de chahut attirerait le chaland qui prendrait fait et cause pour le pommeau glacé et ferait pression sur la porte, quitte à l’extraire de ses gonds.  

Hélas, nul ne parvint à la dévergonder et la porte toujours restait close.  

— Laissez-moi entrer, insistait le Bourgeois – gentilhomme à ses heures mais là il était déjà moins le quart.  
— Si vous n’avez pas le mot de passe, il vous faut produire le formulaire AimeAile 492 en double exemplaire. Signé et tamponné, s’entend.  
— Sacrebleu ! Mais où puis-je me le procurer ?  
— Au bureau 492, 4ème étage, à droite au fond du couloir. 
— Mais à quelle adresse, dans quel bâtiment ? 
— Ici même, Monsieur le Prince Monseigneur. Juste derrière moi. Il faut me franchir pour y parvenir. Avec soit le mot de passe, exact et épelé, soit le formulaire en deux exemplaires.  
— C’est une histoire de fous, un serpent qui se mord la queue ! Appelez donc le directeur !  

(à suivre chez Firenz’)