Elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal

Oeuvre de John Everett Millais - Clarissa - 1887

Oeuvre de John Everett Millais – Clarissa – 1887

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 17.20


Toute haute debout, pieds nus, elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal où ses yeux s’accrochent en ce lointain quand la mort si proche, peut-être incertaine, est une interrogation, une provocation et ses mains crispées sur les barreaux de sa geôle à la paille humide possédée de la respiration d’une terre battue, de sueurs, de secrets, d’humeurs de condamnés à jamais disparus dans une autre entrailles terrestre …

La circonlocution de la narration n’arrêtera pas le sort de la jeune femme dont les cheveux longs ont été taillés réduit jusqu’au cou gracile défiant encore sa position …

Les larmes sur le bord du volcan de l’émotion, elle se rappelle ce baratineur débordant de ce charme mâle comme un appât désirable de belles phrases, d’aphorismes … et puis sa sentence avait été tracée sur la ligne invisible du hasard, de sa part de fin …

Elle s’étonnait d’avoir été prise dans ce tourbillon de mots dont le celui de téléphone mot saugrenu … ce beau parleur l’avait embobiné dans un complot à mille lieues de ses préoccupations quotidiennes celles de discuter d’un bon bagou sur le prix des œufs, de la viande fumée, d’un légumeux de saison … mais lors de sa comparution devant ses juges aucun plaidoyer pour la défendre …

Sa parole contre celles de bedonnants bourgeois aigres et vicieux comme … des hommes …

Elle n’avait pas joué une pirouette pour s’en sortir, elle avait débordé de sincérité … avait été la girouette d’une affaire …

Là voilà par un soleil radieux… pendue …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Votre sérieux dans les orbites ne laisse pas de doute -Chapitre 2 sur 2

Mont_st_michel suite Iotop 2012

Mont_st_michel suite Iotop 2012

Le Marathon de la Nouvelle (merci à Sabrina de cette découverte)

Un Grand Merci à Lia pour la traduction ICI


(… suite)

— Vous m’avez fait peur … dit le spectre …
— Pareillement …
— M’enfin, cette musique … ce n’est pas vous ?
— Que nenni !
— D’ailleurs que faites-vous là ?
— Je dormais.
— Moi aussi.
— On a été réveillés …
— Ça se voit, non …
— Et si c’était le jugement dernier ?
— Impossible !
— Pourquoi ?
— J’aurai été le premier informé.
— Possible.
— Quoi qu’il en soit, je vous attendais sans vous attendre ou tout du moins j’attendais une venue …
— Et ?
— C’est vous l’élu.
— L’élu ?
— Oui.
— Qu’est-ce cette histoire à dormir debout ?
— J’explique. Il y a bien dix ans que je n’ai pas rencontré une âme terrestre…
— Et ?
— Je me demandais … si …
— Si ?
— Si … ma place vous intéresse ?
— Vous … plaisantez j’espère ?
— Regardez moi … j’ai un manque cruel de la vie humaine, je suis au bord de la dépression …
— Oui, effectivement votre sérieux dans les orbites ne laisse pas de doute.
— Donc ?
— Mais enfin … même si présentement j’ai froid, j’aime être vivant, moi, même avec un contrat CDD dont je ne connais pas la date de fin, paradoxalement.
— Avec moi, les décennies en siècles … une aubaine pareille ne se refuse pas.
— Possible, mais tout de même mort … et vous devez vous ennuyer ferme, non ?
— Mort ? Non, voyez-vous même … et les attractions sont diverses et mon territoire est assez vaste …
— Hum … j’y gagne quoi, en vérité ?
— Tout !
— Tout ? Vous êtes un marrant, vous !
— Allons, un peu de sens humain … entre nous …
— Bé, je ne veux pas vous contrarier, mais présentement, à vous regarder, je cherche l’humain …
— Et si … je vous forçais la main ?
— Une menace ?
— Avez vous le choix ?
— On a toujours le choix …
— A ce propos vous avez toujours cette maladie qui vous tracasse la vie …
— Comment ? Vous êtes ….
— C’est un don tout naturel pour nous les spectres des chapelles …
— Et alors ?
— Faisons un marché … vous prenez ma place … pour disons … un siècle … ou sinon je vous laisse mourir de peur sans rien en échange …
— Vous êtes un tordu.
— Vous n’aviez pas à pénétrer mon territoire sans autorisation …
— En un mot … je suis piégé.
— Le moustique sait-il qu’il est piégé par la toile d’araignée ?
— Euh …
— J’attends votre réponse.
— Pour le moustique ?
— Mais non, pour cet échange entre nous … tapons pour un siècle …
— Dix ans !
— Cinquante !
— Quinze maxi !
— Trente à prendre ou laisser.
— Vous êtes dur en affaire.
— Et encore, je suis bon prince, je vous ai laissé une part de marchandage …
— Vous êtes trop bon …

Ainsi j’ai laissé mon corps à un vendeur de spectre et certains diront que je me suis fait rouler par le premier suaire venu. En attendant, j’attends dans cette chapelle en ruine une possible rédemption et c’est à moi de jouer … cet air de musique …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019