La recette du châtiment – Chapitre 1/4

Mont saint michel suite 01 Iotop 2012

Mont saint michel suite 01 Iotop 2012

(Sur une idée de Carnetsparesseux … une suite de l’Agenda Ironique Décembre 2019 – « Origine – ICI« )


Samedi 16 octobre 1582, les deux compères sont tenus par un pacte suite à l’abominable et machiavélique assassinat du prisonnier, ancien bras droit obscur du Seigneur Lantsomelf le Grand et un temps son alchimiste dans les années sombres de la guerre des Billbards ancêtres lointains des goulbails crieurs d’effrois et pourvoyeurs des peurs immémoriales.

Aucune enquête n’a été ouverte car le Seigneur goûtait, secrètement, ce mauvais tour… il était un heureux discret et prenait acte de cet effacement comme une aubaine quand l’on sait que l’évêque du territoire soupçonneux pouvait avertir à tout instant la fameuse inquisition au bûcher facile et à la question forgée aux étirements, craquements, écrasements…

Si certaines âmes ont quelques chaudrons de malfaisances en stock, ce mort faisait des heureux, mais le sourire de circonstance de la première dame de la cour du Seigneur aurait dû les inquiéter lors d’une festive rencontre culturelle annuelle des différents vassaux du Seigneur qui présentaient leurs meilleurs troubadours et musiciennes de chambre.

Car une femme blessée, telle l’humiliation, n’a rien de bon pour les fauteurs. Elle est une femme dangereuse à concevoir par le mot vengeance la recette du châtiment ultime et la dame étayait les préparatifs en compagnie d’un compagnon inattendu de la famille des rongeurs, l’ex compagnon du prisonnier, surnommé Urkrokuf.

Tous deux étaient en rendez-vous au creux d’un âtre presque invisible dans le sous-bassement de la forteresse à l’humidité répugnante à l’odeur outrageante et seuls à la lumière de suif souffreteuse, l’une assise sur un banc de pierre et l’autre perché sur une saillie ferrailleuse à hauteur d’yeux de la Dame :

— Alors, dame, vous n’avez point peur ?
— Qu’importe la peur, le Rongeur, je tisse, je tisse ma punition.
— Et vous échafaudez à vous chauffer le sang.
— Vous avez les mots bien pendus et la moquerie distillée.
— Votre amant alchimiste était aussi un magicien de tout de premier ordre.
— Qu’importe, il était mon âme, il est devenu ma raison.
— Posez votre plan.
— Il est simple : mordez à la gorge les deux assassins de mon amant, violemment.
— Je ne suis pas votre arme, je viens en conseil.
— Je n’ai que faire d’un conseiller.
— Faites apport de poison.
— Fi de ce genre, et retournez à votre logis.
— Vous préconisez de l’extravagant, vous n’avez pas les moyens.
— Prendre un autre chemin, être invisible et pointer la mort à l’endroit désiré.
— Dame, ne pleurez pas.
— Je pleure de cette rage de ne point assouvir la mort de mon amant adoré.
— Ces deux malandrins n’ont-ils point une faiblesse ?
— Une faiblesse ? De tels hommes, manipulateurs, malséants, et surtout imprévisibles avec des espions partout.
— Hum…
— Précisez ?
— Je pensais à l’incident irréversible celui dont le trépas prend sa place.
— Dites toujours.
— Je ne puis point vous conseillez, vous m’en feriez reproche.
— Il est possible, le Rongeur, mais posez la chose.
— Alors, voici…
— Je suis tout ouïe …

( … à suivre)

© Max-Louis MARCETTEAU 2019