Le Paresseux – Chapitre XIII et fin

Photographie de Younn Hazo

(Les chapitres… ICI)


Une goutte d’eau, grosse comme le fruit d’un grenadier, de l’arbre à Ôssho, atteint le profil d’Apathu, étendu au milieu d’un nid géant de feuillage.

Se réveille en sursaut, lui indique clairement qu’il est encore vivant. Ce qui l’étonne d’autant, qu’il est dans une posture dès plus délicate devant le sourire béat… d’Ouatie.

Morale : rien ne sert de courir, il faut arriver à temps pour retrouver sa belle.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre XI

Photographie de Pablo Jaramillo Vega

(Les chapitres précédents… ICI)


Apathu se réveille brusquement au ralenti et prend conscience qu’il devient malgré lui un aventurier, un découvre de terres inconnues, un audacieux (il ne craint pas la vanité pour la bonne cause), et d’arbre en arbre, chemin faisant (à ne pas confondre avec son homonyme volatil qui est loin de l’être), il hume les essences (peu chers dans ces contrées, car bon sang bois, le végétal est source d’énergie), il vagabonde aux effluves de la liberté. Il est heureux. Quand, une feuille aussi imposante et lourde qu’une tôle d’un abri de récréation (que les moins de vingt ans n’ont pas souvenir, surtout dans nos zones citadines) se détache, le bouscule violemment de ses accroches arboricoles et le plaque lourdement au sol. Il est un tantinet dans les étoiles par ce choc, et quoi qu’il fasse nuit subitement, il voit que sa situation s’est assombrie brutalement comme si le soleil avait éteint sa chaudière d’un coup de disjoncteur en surchauffe d’antimoine.

Le nez dans l’humus révélateur de décennies de purgatoire, il lui vient entre la panse et l’œsophage une envie de vomir qui n’est pas habituelle. De son immobilité forcée, il croit mourir d’étouffement entre manque d’oxygène et retour inopiné d’un repas, quand une lueur de jour s’étale en un rayon fin et perçant. Ce qu’on appelle lueur d’espoir, n’est pas un vain mot. Il perçoit cet instant comme une révélation. Une joie intérieure inconnue jusqu’alors lui fait frissonner le poil et de l’épiderme au derme en passant par les fibres du tissu aqueux. En un mot, sa jouissance, de revoir le jour, grandeur nature, est à son comble. Elle n’est que de courte durée. La nuit revient aussitôt. Et sa déception lui signe (sans duplicata) une profonde angoisse. Allait-il périr de ce coup du sort ? Reverrait-il Ouatie, son amour de toujours ?

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre III

Photographie de Pierre-Francois Valck

Il se rattrape comme le basketteur se retient à l’anse du panier (et pas de la corbeille de fruits) et contient son souffle pour remonter sur son arbre telle la montgolfière fouettée par un air chaud. Puis il s’attarde à récupérer, avec cette tendance de maniaque engourdi et dégourdi, un feuillage spécial camouflage pour entreprendre sa future exploration en terrain ennemi. En effet, il ne peut raisonnablement sortir à découvert comme une pomme de pin prête à être dévorée par le premier venu tel l’écureuil qui ne fait pas que dans la noisette. Abandonner son arbre favori, en somme sa maison, est un arrachement telle une dent saine, et Apathu a ce courage des grands de son espèce les Megatherium et Mylodon, c’est dire si l’énergie de ses ancêtres est en lui, pour réussir sa mission.

Le soleil a baissé le rideau après avoir caressé des degrés Celsius jouissifs, une terre aux belles mamelles gorgées de bienfaits, au moment où Apathu s’agrippe à la première branche étrangère qui l’accueille feuillue comme un lit… il s’endort.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre I

Photographie de Sylvain Collet

Un paresseux qui n’a l’air de rien, passe son temps à réfléchir sur le bipède à lunettes qui coupe du bambou aussi gros que la tuyauterie d’un réacteur en fin de vie, non loin de son arbre favori. Il n’a de sa vie autant cogité qu’à roupiller en haut de sa branche, son lit de camp suspendu, sur ce phénomène bipèdique qui jure à chaque coup de coupe-coupe depuis une lunaison. Il se demande comment il tient debout sans tomber et pourquoi il tranche à la base des bambous inoffensifs. Le paresseux n’a pas l’âme guerrière pour défendre son modeste territoire.

© Max-Louis MARCETTEAU

Sur fond de fard sur la route

Photographie de Alondra Angeles – Modèle Dawilda Gonzalez

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 14/31


… d’Amour les couleurs devenues floues se délavent sur fond de fard sur la route d’un retour sans fin les larmes inutiles se glacent dans le fond des yeux et la gorge nouée jusqu’à l’embranchement interne de cet ombilic froissé de douleur quand un Arbre surgit sans raison…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Je viens vous jardiner ma douce amie

Photographie maurorobi66 – Venice Carnival

Blog Émilie : récolte 21.05


— Vous êtes bien tendre mon ami, ce matin.
— Je viens vous jardiner ma douce amie.
— À mon plaisir d’avoir accepté au bal votre émeraude ?
— À votre rayon de lumière qui jaillit de vos yeux entre vos feuillages en ce lever désirable.
— Je ne suis pas un arbre, grand vaurien.
— J’attends de vous un renouveau de notre amour cendré.
— Le Phénix n’est pas à l’ordre du jour et votre espérance me fait sourire.
— Je suis encore cette graine qui germe d’un amour vrai en votre territoire.
— J’ai bien peur que vous deviez vous contenter de vous-même…
— Eh bien, voilà un soufflet qui me contrarie jusqu’à mon chapeau.
— Votre chapeau est aussi de la partie à danser avec votre caractère ?
— Vous sous-entendez que j’ai pris un coup de soleil ?
— J’entends parfois que vous avait à la place de votre cerveau de la mousse.
— Il faudrait me ménager… à l’occasion.
— Allez courir la gueuse pour vous distraire alors que moi je ne suis qu’une insatisfaite et une drôle de mine

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Au sud de l’Imaginaire en tenue d’Adam

Charlie Chaplin - Charlot

Charlie Chaplin – Charlot

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 03 au 07 juin 2019


Je suis tailleur de mots sur mon balcon du dixième étage avec vue sur un paysage d’histoires au sud de l’Imaginaire en tenue d’Adam à l’ombilic de l’Idée …

Et j’entends au loin …
… taille le mot tailleur à l’heure de l’ailleurs…

… à la verticale des ailes tu t’enroules sur la pelouse minée à l’antipersonnel des éclats de mots à la plage horaire d’un conte couchant au trois-quart stabilisé par effet d’optique à se perdre sur le devant de la scène …

… taille une part d’audace juteuse a la nostalgie d’un paléoprotérozoïque qui s’admirait aux angles avantageux de ses rayons verts et roses couleurs de cigale inconnue dans nos contrées à l’heure de la lumière L.E.D. genre de luciole dégénérée …

… vois l’arbre généalogique de l’histoire s’enraciner à la croix croisée sans brassière de croisés en croisière des chemins à l’accueil souriant de te recevoir en hôte à l’âme honnête au coeur azur le tout sur l’ardent devoir de l’aimer … la page qui s’encre à la création …

Je suis tailleur d’histoires sur mon balcon du dixième étage et fabrique ma réalité … et je m’y suis perdu …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 4/5

Je suis prostré, debout. Muet. Comment traverser ce marécage ? Et qui trouverais-je après l’avoir traversé ? Et si j’abandonnais, là ? Le retour est impossible. Mourir sur pieds. J’attends. J’attends. Les yeux fermés et le cœur ouvert à l’espoir. Mais il n’a pas ce nom. Je ne connais pas ce nom, je le ressens. Il est là, au fond de mon âme d’enfant.

Mes pieds trempés et mes larmes d’un œil à un autre me brûlent. Et je crie. Ce cri qui sort d’ici, ce cri d’enfant cruellement abandonné dans ce marécage et qui n’a aucune direction prendre. Dis maman, tu es où ?
Et ce bâton qui ne me sert à rien.

J’ouvre les yeux. Une troisième nuit. J’ai l’impression de ne rien ressentir. Ma peau est une herbe séchée. Ma bouche n’a plus sa source. Je suis statue. Je suis cette nuit à moi tout seul. Cette nuit muette et qui me broie le cœur. Cette nuit qui n’a rien de moi. Cette nuit des douleurs sourdes. Je n’attends pas ce quatrième jour. Je vais mourir. Je n’ai plus de force. Elles sont parties avec mon désespoir.

Ce jour arrive. Il n’est pas aussi beau que les précédents. La liberté d’un enfant n’est pas d’être seul. Je respire encore. Debout, mes pieds sont partiellement gelés. Mes yeux sont des lanternes presque éteintes, à peine ce souffle de vie et puis, j’aperçois dans un quart de ciel orangé défiguré, des ailes d’oiseau. Est-ce pour moi ? Ce premier voyage vers un ailleurs inconnu et que l’on espère fortement.

Cet oiseau de belle envergure se rapproche de moi, tournoie, s’exprime étrangement et se rapproche. Et j’aperçois, enserré dans ses pattes, un objet qu’il laisse tomber à mes pieds. Je me penche difficilement avec l’aide de mon bâton qui se courbe en même temps que moi. Je ramasse la chose, tout en bois et le bâton m’aide – enfin – à me redresser.

C’est une flûte galoubet. Elle est gravée de symboles. À son contact, ma main se réchauffe. Suis-je à l’orée d’un rêve ? J’ose porter à mes lèvres, sans faim de trois jours, le bec de l’instrument. Mon léger souffle et mes quelques doigts, par magie, interprètent un air, inconnu, à mes oreilles. Quand, je vois apparaître à quelques toises, à l’entrée de la clairière, face à moi, une ombre filiforme. Un homme de toge violette et d’une toque noire s’approche, rapidement, trop rapidement que déjà son regard est accroché au mien à quelques centimètres.

— Que me veux-tu gamin ? Grogne-t-il.
— J’ai… froid et… faim.
— Et c’est pour cela que tu me déranges, garnement ?
— C’est que… je suis bien en peine de me déplacer. J’ai les pieds… souder au sol…
— Qu’est-ce que tu me chantes ?
— Veux-tu m’aider ?
— Je suis un magicien. Le magicien des Quatre Houx sur ce territoire. Et que m’importe tes pieds soudés au sol. Je rentre d’où je viens, et ne m’interpelle pas une nouvelle fois, je n’ai que faire de toi.
— Mais…
— Indélicat crapoussin…
— Dis-moi l’enchanteur, si tu ne frayais pas avec l’alcool de prunes tu aurais la convivialité printanière et non hivernal.
— Qu’est-ce qui pousse entre tes oreilles le marmot ? Tu te crois où ? Au salon des jouets enfarinés d’oribus ?
— Ton aura se pourrit par chaque lettre que tu viens de prononcer. Bientôt, je devrais te prêter mon bâton pour que tu puisses rentrer dans ton logis
— Qui… es-tu… marmouset ?
— Vois tes mots, tu deviens viande carnée…

Le magicien, peau tannée, bouche édentée, devient comme un arbre foudroyé, planté dans la boue gelée.

( à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 3/5

Oeuvre de Dik Ket

Oeuvre de Dik Ket

— C’est toi l’arbre qui me parle ?
— Oui mon garçon.
— Tu m’as fait peur.
— Et à moi donc !
— Comment aurais-tu peur, tu n’es que végétal.
— Mais je suis vivant.
— Vivant et parlant. Je rêve.
— Rêve ou réalité, qu’importe, tu viens de franchir mon territoire.
— Territoire ? Qu’est-ce ?
— Une parcelle de terre, un espace privé, une onde éprise de vie pour moi et dont la terre que j’aime ne peut être foulé par un inconnu.
— Je ne suis pas un inconnu. Je suis celui qui est né sur cette terre.
— Pas celle-ci. J’en suis certain.
— Et pourtant, l’arbre, je suis ta sève.
— Tu me chantes un drôle de couplet, gamin.
— Je suis en vérité l’enchanteur de cette terre et d’un mot, je te transforme en bipède galopant dans la steppe.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, l’arbre se métamorphose en un genre de farceur qui me rit béatement au nez.

— Fichtre et mille rameaux d’automne, me voici dans un drôle de déguisement.
— Et moi, étonné de mon pouvoir. Je crois que j’ai été ensorcelé un instant et me voilà à tes côtés avec désarroi.
— Tu es celui qui devait accomplir ma renaissance et pour te remercier voici le bâton à la crosse recourbée et presque tranchante, pour te guider dans ce territoire.
— Merci à toi.

Il disparaît à ma droite et je prends à main gauche. Hasard du chemin, hasard des rencontres, je ressens en moi un changement. Je franchis des rivières, des ponts d’arbres, des entre falaises, le soir se prend à aimer le jour qui va s’étendre dans le drap les huit heures à venir.

Je vais par une deuxième nuit dormir en compagnie de l’étrange, de l’insolite, du saugrenu, et surtout de l’inattendu. À mon réveil dans le creux d’un arbre couché comme un cercueil, je ne retiens rien et la faim me tenaille comme une pince qui a la dent dure. Je n’ai pas suivi de stage de survie. Et je reste sur ma faim à défaut de m’empoisonner ou l’inverse. Je suis à jeun, je suis la fatigue, je suis ce tout d’enfant et ce rien de vie dans un monde mystérieux, ignoré, inaccessible.

Je reprends mon chemin qui n’est plus d’azur depuis longtemps et j’empreins des traces plus ou moins marquées qui m’amène sur un lopin marécageux. Je reste immobile. Enraciné par la peur. Mains jointes entre mon bâton, j’attends. Mais quoi attendre ? La non vie ? L’enfant que je suis commence à pleurer, et l’adulte qui sommeille en moi se prend à trembler. J’ouvre les yeux de l’angoisse et des rires ironiques de ma cervelle embrumée crispe mon ventre torturé par une faim qui n’a pas de nom.

(à suivre…)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Aujourd’hui, je meuble

Les meubles sont des cercueils. Debout contre le mur, condamnés à être exécutés après jugement sans appel : démodé.

A double tour, portes et tiroirs, fermés, clés jetées dans le caniveau de l’indifférence, ils tiennent la position. Le bois de merisier résistera jusqu’au bout. Celui d’acajou aussi. Seuls les pins et sapins seront les premiers à tomber. Les mites en armées, par orifice, s’engouffrent à l’intérieur, à ronger les membres, puis le corps, un rayon de lumière et tas de cendre froide. La cendre, ce sang qui ne tache pas. Pas de sépulture, de prière, de fleuve pour se réincarner, de Paradis, pour les meubles. Une deuxième mort pour l’arbre. Difficile à vivre.

Les rescapés ne sont pas sans frissons : grincement, bruissement, crissement, gémissement, un orchestre, le ré-majeur est en option, la baguette timide donne le ton, la blanche note pleure et la noire se dièse en contrepoint fleuri. Le chat sauvage propriétaire de ce territoire n’ose s’aventurer dans ce lieu étrange et la chouette de service hulule, unique choriste, fait des cauchemars diurnes.

Parfois, le meuble est accompagné.

Morte d’inanition la vaisselle emmurée ne crie plus sa faim, se nourrit de souvenirs et cauchemarde qu’elle est Limoges et se réveille, oh pâle, à la sueur d’une poussière épaisse, gluante, son sarcophage. Elle embrasse, parfois, le sol brutalement, les couverts comme assaillants, quand le meuble perd de sa consistance.

Rien ne crâne, ici. C’est un hospice … de meubles.

©Max-Louis MARCETTEAU

 

Un couple d’arbres

Oeuvre_de_Claude_Monet

Oeuvre_de_Claude_Monet

Un arbre rencontra par un jour de grand froid un autre arbre !

Seuls dans la steppe, il n’y avait qu’une brassée de racines

Pour s’allier dans ce moment difficile, ne pas mourir au marbre

Hivernal, ce pourvoyeur de sommeil tombal comme la morphine.

Le premier contact était doux ! Curieux. Insaisissable par émotion.

Chacun, rhizome à rhizome tricota un solide lien. Nourriture à deux,

Ils étaient uniques dans le mot unique. Ils dominaient la sensation

D’être seuls pour être singulier, indéracinable, en un mot : heureux !

Branches en branches, feuilles en feuilles, les éléments se soudent !

Le Temps apparaît différent. Le Temps n’a plus les mêmes secondes !

A deux le Temps se présente éternel ! Une sève nourricière coule

Dans les membres qui résisteront aux rudes semaines du monde !

Et puis un jour de tempête, l’un d’eux se déracina comme une dent.

Laissa une terre retournée. Son agonie dura un printemps. Lentement,

L’autre se détourna, pris un chemin de traverse, s’écroula très loin ;

Ses branches s’enroulèrent et son tronc s’enterra dans un bain de. . . chagrin !

©Max-Louis MARCETTEAU