Ses couleurs font symphonie

Jeanne de Bourbon

Jeanne de Bourbon

Des mots, une histoire : récolte 19 (participation hors délai)


Dans cet immense jardin entre deux personnages l’arrosoir est au chômage et l’automne prend la pause pour son dernier tableau son ultime souffle dont la beauté fruitée murmure son impermanence au jeu de la vie dans la case moribonde ses couleurs font symphonie sur le trajet

Et l’ancre du temps est persona non grata en un mot tricard et passe son … temps … à tenir un bar obscur à la lumière de quelques minutes errantes à l’expression facile :  » j’en ai pour deux minutes » à la barmaid à la réponse du tac-au-tac avant de les servir : « j’en ai pour deux secondes » et cela au regard d’une gardienne de la paix de boissons surnommée : « T’en as pas pour deux heures » et tout ce temps tous à se retrouver à chœur de requiem à la Mozart

Quand l’été indien égaré sur les terres de cet automne se pointe au bar et demande à la cascade d’un flot en répétition sans bégaiement un Daïquiri Hemingway le teint orange de la barmaid se fait pourpre comme une révélation à la grisaille ambiante comme un appel à l’aventure …

— Perdre mon temps dans ce tableau, je pars, dit-elle en changeant sa tenue par une d’été que lui offre séance tenante l’indien.
— Vient ma Belle de Temps Nouveau…
— Emporte moi à clair d’océan diamant …

Et nos deux épouvantails … s’envolent …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Crique mortel

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


J’aime me faire bronzer recto verso au soleil rieur hors des couettes nuageuses et parfois orageuses, entre dix heures et midi, seule et nue de préférence sur le sable d’une crique… privée et proprios absents.

Il est onze vingt et… le nombril me chatouille… en creux. Je surface ma main à son endroit et dévisse un doigt onglé à l’intérieur… je vrille de gauche à droite.

Est-ce un signe ? Quant à ma totale surprise une eau spacieuse s’étale à la verticale de mon allongement. Je me redresse à quarante-cinq degrés, chapeau de paille sautillant sur le sable et lunettes de soleil qui se gardent bien de se déstabiliser en un pareil moment…

Je regarde de droite, de gauche… rien qui m’alerte sur un coquin farceur, un obsédé de l’eau, un nuage pisseux par inadvertance… rien, si ce n’est comme une ombre sur la tranche avec une forme qui n’est pas sans me rappeler… quoi donc ?… euh… un arrosoir géant…

— Alors, ma belle on prend l’aise sur mon sable ?

Et il parle. Je vis un instant … instantané sans filtre… Je tranche avec moi-même qu’il y a une inversion de temps, une erreur des choses entre l’inerte et le vivant. Bien qu’auparavant j’étais sur le dos… inerte et bien vivante.

Je suis abasourdie par ce phénomène et il est vain de contrarier ce moment de… délire… c’est ça, je délire.

Je me lève, cherche une pierre pour chasser cet intrus. Je trouve un… gros squelette coquillage et jette ma colère, ma frousse, mon ignorance… sur un arrosoir, là, à six bras de moi, à ma gauche… et je l’atteins de plein fouet, au flanc et il s’écroule sur le sable chaud comme un duvet qui vient de sortir du lit.

De suite, je cherche un élastique pour le ligoter… pour qu’il ne s’envole pas. Son restant d’eau se répand de plus en plus vite à mes pieds. Par chance, j’aperçois une bêche mis au coin pour avoir fait sa tête de… bêcheuse. Et là, je creuse, creuse, creuse, creuse, creuse…

— Creuse plus profond ! Cette gueuse n’est pas prête de revenir sur mes terres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018