Je regarde

Oeuvre de James Watson - Sirène

Oeuvre de James Watson – Sirène

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Je regarde cette immense image affichée sur l’un des nombreux faux murs de l’exposition. Je suis vraiment impressionné par ce faux océan qui s’imprime sur ma rétine non marine mais terrestre jusqu’à la moelle. Je prendrais bien un bain avec cette fausse sirène que je viens d’apercevoir, là, à deux pas de moi. Une brune aux cheveux à la coupe Cléopâtre, lunette à reflet vibrant méthylène, habillée en salopette couleur chair que l’on devine toutes les saillies et les courbes et beaux et faux plis …

Je ressens des rouleaux en vague d’érotisme me submerger et mon rouleau de printemps surgir de sa torpeur. Mais est-elle le simple vernis de mon imaginaire ? un soleil fantasmé par le reflet d’un banc de sable égaré sur une étendue ambrée d’un désir violent ? … jouer les amants de remplacement, oui, mais gare aux tritons jaloux, une mauvaise pluie de chants n’est pas recommandé pour le commun des mortels.

Mais, j’ai comme une envie d’épopée en moi qui s’étend entre deux rives de posséder l’éternité dans mes bras en deux ailes de soie marbré, je vole, je m’irradie, je la séquestre à sa cambrure et l’enlace dans un mouvement radical à la hauteur d’une cime offerte et puis d’un élan incontrôlé la mutine me pique d’un regard … et je tombe, tombe, tombe …

— Monsieur ? Monsieur ? … N’appelez pas le SAMU, il vient de faire un faux malaise … dit la fausse sirène aux faux plis de grimaces des personnes présentes …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Effet couple

Oeuvre de Paul-Émile Bécat

Oeuvre de Paul-Émile Bécat

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Aujourd’hui j’ai rêvé de Paris, bras dessus dessous avec une blonde et une brune. J’étais raide comme le spectre de Moïse, mais suite à un coup de coude dans les côtes de ma compagne de service, je me suis réveillé maugréant des mots incompréhensibles :

— T’as t’y pas fini de ronchonner, le Paul.
— Qu’est-ce t’as dit ? Et me réveiller pour ça , la Paulette ?
— T’as rêvé de quoi pour te mettre dans un tel état érectionnant ?
— Tu vas rire aux éclats de ta belle dentition persillée la Paulette, j’étais au rêve d’une belle blonde et brunette…
— Qu’est-ce tu m’chantes là ? Tu ne sais même pas comment c’est fagoté ces choses-là…
— Que si, foutredieu, que si, j’ai même touché de cette peau de velours…
— Toi, le Paul des Poires ? T’es ben comme tous les autres, ça se vante et ça fait du vent oui…
— Me vante pas, moué…
— Et t’as eu l’occasion ? Je m’demande ben où ?
— Je te dis pas… c’est blasphème…
— Blasphème ?
— Si je te le dis, c’est pour moi chant du Cygne
— Te v’là t’y pas dingo ! Tu devrais me foutre au lieu de dégoiser des âneries pareilles…
— Rien à faire, suis pas d’humeur… quand je t’vois.
— Elle est bien bonne celle-là. Mon cul n’est pas à ta convenance ?
— Il m’inspire pas.
— Il t’inspire pas ? Et tu veux que je te baffe pour te réveiller complètement, le Paul ?
— Tu n’es pas de ces perles dont j’ai rêvassé… t’as qu’à prendre un bon bain, et je te jure que je te goupille le cerisier…
— En v’là une formule ! Eh bien regarde bien ce cul-là, t’es pas prêt d’y enfourner ta mesure, pauvre gland.
— Tu t’énerves, tu t’énerves, tu crois que ça va aider à finir la nuit, la gracieuse…
— Suis pas ta gracieuse, toi le triste sir de ma couche et dont parfois j’ai honte moi fidèle parmi les belles Marie de notre région…
— Allons, allons, ne te mets pas dans de tels états. Viens dans mes bras de beau bûcheron que je te câline le berlingot tout gland que je suis.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018