Arrête de jouer l’apprentie désœuvrée

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Yiiiii haaa !
— Pas la peine de crier si fort ! Nos vies ne tiennent qu’à un fil …
— Ça pince foutrement dur !
— Si t’avais mis ta main ailleurs, patate.
— Patate, patate … purée quelle affaire !
— Faut assumer …
— Assumer, assumer …
— T’arrêtes de répéter, hein ? … parce que je commence à voir rouge.
— Rouge ? T’as attrapé la myxomatose ?
— Tu vas pas tarder à goûter aux saveurs de ma main sur ta gueu…
— Pas de grossièreté, mon lapin.
— Je ne suis pas d’humeur
— Alors, fais le vide ..
— Le vide ? T’es pas un peu bizarre ? Comment utiliser cette expression dans notre situation toute périlleuse …
— Tu ne me comprends pas …
— Enfin, ce n’est pas le lieu d’une discussion de couple …
— Pas le lieu, pas le moment …
— T’es pénible, là …
— Et voilà …
— T’es pathétique …arrête de jouer l’apprentie désœuvrée, larguée …
— Ok, ok … tu vois la corde ?
— Et ?
— Tu vois le vide sous nos yeux ?
— Et ?
— Et là, je te largue …

Dernière info TV 24/24 : un alpiniste a fait une chute de quatre cents mètres après avoir dévissé dimanche après-midi … sa veuve a révélé aux gendarmes que son compagnon était depuis plusieurs semaines, suicidaire … une enquête a été ouverte …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Récompense biodégradable

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Hier, j’ai entendu le mot fidélité. Je suis resté perplexe et puis j’ai rencontré une femme de vie. Non, croisé … est le mot juste. J’étais installé sur la terrasse de mon café attitré, ma bière habituelle et ma cigarette calmante. Je traîne ainsi ma carcasse tous les vendredis soirs après le boulot … une habitue, une occupation.

J’arrose tous les après-midis les fleurs d’une immense résidence de roboïdes dont la tendance actuelle est de fleurir humainement leur environnement. Un rappel d’un bonheur perdu… humain…

Bref, j’ai cru à une déformation de mon champ de vision ou pire à une altération de l’algorithme de mes envies. Mais non, apparemment. Cette femme est passée tranquillement devant… moi. J’ai avalé d’une seule traite ma bière Delfer à me brûler les premiers centimètres œsophagiens.

Je suis le seul humain mâle du territoire. Alors croiser un autre humain, c’est toujours un événement. D’ailleurs, je ne pense avoir côtoyé un autre moi-même. Non… je n’ai pas souvenir.

Je suis dressé et le mors de la punition en permanence pour ne pas me révolter est toujours présent. Je traverse le temps de ma vie comme une chose rare qui appartient à la communauté et on m’octroie quelques occupations pour me garder en vie. Mais je ne sais pas ce que c’est qu’une vraie vie. La mienne est dessinée en craie et pourtant cette vie est un critérium de chaque jour. Je n’ai pas de repos, de vacances dont j’ai entendu quelque part les bienfaits…

J’ai retenu une expression bizarre : « une vie de chien ». Je soupçonne le pire mais qu’est-ce que le pire qu’un mot dont la définition est abstraite par le non vécu de la chose ? Je suis à l’approche d’une mélancolie et je comprends pourquoi…

— Vous avez vu votre récompense ? me dit un roboïde, cette récompense est biodégradable après une seule utilisation…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Apparence

Il était une fois,

Une Fée des Bois, amoureuse d’un poète écuyer.

Le commun mortel ne se doutait de rien, au loyer

D’un chevalier despote, affairé le jour à nettoyer

L’équipement et la nuit à versifier au poulailler !

 

Cependant, aux jours dominicaux, au chant du coq,

Il s’installait à l’auberge de la Grenouille en Toc,

Pour se rafraîchir le gosier tout en entonnoir ad hoc,

Et se plaisait à se poivrer jusqu’à devenir une loque.

 

La Fée, en tenue de marchande de fleurs, s’attablait,

Chaque fois, près de son futur sauveur, avec le souhait,

Que ce bel écuyer lui déclame un sonnet en malice,

Afin de la débarasser d’un bizarre et outrageant maléfice !

 

Ce jour-là, il n’avait pas la tête à vinasser son existence.

Il commandait un jus de concombre, comme par pénitence.

La Fée à ce tableau s’enhardit et, à l’approcher sans nuance,

Avouait son tourment qui l’accablait jusqu’à la défaillance.

 

L’écuyer écoutait de ses oreilles, le cœur dans une bulle,

La raison parfumée de liberté, il arrêtait d’un geste le calcul

De la Fée et lui ôtait son voile blanc d’où jaillirent des tarentules,

Qui se brisèrent comme du cristal. Il était mage sans majuscule !

 

©Max-Louis MARCETTEAU