Scotché entre la septième et sixième marche

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Des mots, une histoire : récolte 23


Aujourd’hui, le tapis me fait la tête … et moi aussi. Il me paraît d’un poussiéreux galactique. Je vais le rouler et le déposer dans le parking collectif. Je sais qu’il y a un sans domicile fixe qui va se fixer … dans quelques jours dans ce lieu protégé… l’hiver arrive à grands pas …

Je descends les escaliers, éclairage vivace, tapis sur l’épaule, pour rejoindre le parc de stationnement … au sous-sol, quand une araignée anthracite aussi plate que ma main et aussi large, me précède…

J’en crois pas mes yeux … tétanisé, vitrifié, une avalanche nommée angoisse me crie son saisissement et je reste scotché entre la septième et sixième marche quand au même moment les gros yeux de l’arthropode chélicère semblent me sourire …

Mon humanité appelle au crime d’une telle bête quand elle avance de quatre pattes, je recule de deux marches et je me sens pris au piège d’un tel phénomène qui vient d’une autre planète si ce n’est du port qui est à deux pas d’ici …

Je me décide à tenir tête à cette immonde bestiole avec une bonne bouteille d’acétone et un bon briquet pour une flambée digne d’un big bang … mais, car il y a un mais, je n’ai pas ce matériel et j’ai l’impression que je vais éclater comme une bulle de trouille qui ne va pas tarder à remonter quatre à quatre pour évacuer ce cauchemar à huit pattes …

Quand, par une idée incongrue dont la nature humaine a le secret par sa préférence de se déclarer au bon moment, je balance mon tapis roulé dans un élan de rage puisé à la moelle de la laine de cette arme blanche inattendue …

Et d’un fracas de craquements qui ressemblent à un météore qui traverse un toit, à la charpente de type fermette, habillage tuiles, un cri étouffé et pourtant perceptible sort de la gorge de la bête qui s’écroule en contrebas de l’escalier et se recroqueville pour mourir sans avoir compris le fatal de sa situation …

— Quel drame ! Ces jeunes à fumer n’importe quoi !
— En effet, son vieux mari tout perclus de rhumatismes a été tué par erreur dans l’escalier du sous-sol …
— La fameuse araignée …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

… l’épine dorsale de la paranoïa

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Des mots, une histoire : récolte 21(participation hors délai)


Je suis là au fond d’un semblant de lit dans mon dix mètres carrés aux coins arrondis par les punitions de ma vie et les bonnets d’ânes de l’ordre du … désordre …

J’ai été soupçonneux jusqu’à l’épine dorsale de la paranoïa, j’ai parcouru les mondes de ton corps, j’ai caressé toutes les lignes verticales de ta jouissance … j’ai liquidé tes larmes, j’ai passé mes nuits à ligoter ta vie de jour … j’ai dévoré ta liberté …

La gazette en a fait un gros titre une seule journée … le jour de ta mort provoquée par un jaloux … moi …

Mes angoisses viennent de toi … quand je repense souvent à tes yeux révulsés par le manque d’air à serrer ton cou qui était bien épais à bien y repenser ta bouche a fait une bulle comme un appel d’espoir jeté dans le plein de mort de notre chambre qui se voulait d’atteindre la fenêtre ouverte de cet été de canicule où ton corps trop nu m’avait fait soupçonner un voisin lointain de l’autre côté de la rue un genre de particulier célibataire possiblement …

Tu as été ma faille… mon amour …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Top chrono ! Chapitre 3

Oeuvre de Louis Anquetin - Femme au bord de l_eau - 1889

Oeuvre de Louis Anquetin – Femme au bord de l_eau – 1889

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma plante. Celle que j’ai reçue il y a maintenant une dizaine d’années pour mon anniversaire. Pas celui que l’on pense mais celui qui est dans les veines de chacune et chacun d’entre nous.

C’était un anniversaire qui était à l’époque assez courant dans le petit village qui se trouvait sur les parois de la colline des Sept Passoires.

Tout le monde devait se déguiser en feuillage et le chapeau était de paille bien entendu. Cependant, cet anniversaire un peu particulier se passait la nuit sur la grande Place du Marché qui avait lieu le dimanche dans la nuit. D’ailleurs, personne n’aurait songé à faire un marché en plein jour, sous un soleil de plomb, ou lors d’une averse. Car ce qu’il avait de particulier dans ce petit village est qu’il ne faisait jamais mauvais temps … la nuit. Il y avait comme une bulle de beau temps permanent entre vingt et une heures et cinq heures du matin.

Bref, celles et ceux qui avaient ce jour pour eux, étaient très heureux, car, il leur permettait de vivre presque un bon mois sans autres ressources que sur les choses qui leur avaient été offertes en ce jour particulier.

Donc, je me rappelle très bien ces moments de joies et de béatitude qui me sont restés quand je suis venue à la ville à l’âge de mes trente ans.

Aujourd’hui donc, je vais offrir à ma plante du terreau de Bruyère (pas l’auteur La Bruyère, il va sans dire). Avec de la musique et de la lumière, toute bonne ambiance qui lui fera passer un moment complètement agréable. Car, je le sais, elle aime ce genre d’ambiance qui lui procure un mouvement de chlorophylle intense. Presque comme une jouissance dont nous les humains nous n’avons pas conscience.

Je la veux dans sa plus belle terre pour parfaire ce moment tout à fait bon et audacieux comme un nouvel an pour une bonne santé et une bonne joie dans la lumière de la vie que la Nature lui a donnée.

©Max-Louis MARCETTEAU