Overdose de mots

Film Surcouf de Luitz Morat - Antonin Artaud - 1924

Film Surcouf de Luitz Morat – Antonin Artaud – 1924

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Je suis dehors. Il fait nuit étoilée et j’ai le nébuleux assis sur le banc public dans la peau de cette ville. A deux pas et trois mots, une péniche est accostée comme un morceau d’histoire pendu au gibet de l’indifférence et coule lentement dans le néant prohibitif de notre temps dépouillé de sa substance nutritive du : prends le temps au temps.

Me sortir est une priorité. Je me prends par la main tous les soirs et me retire les épines des réseaux sociaux, d’une connexion anaconda qui digère l’entité et l’espace de vie à un écran qui me grille les yeux.

Ce soir ma patience est au bout d’une corde. J’attends le moment où d’un cou elle s’enroulera et d’un coup de canif sera tranchée. Pour l’instant je ne tranche pas ma décision. C’est une partie de poker menteur et chacun de mes avis s’enferme dans une tourelle de dénégations où dans une fosse d’affirmations, le tout dans la prolifique passion de les entendre et de les arracher de ma terre comme des oignons trop gourmands de fleurir.

Je suis en chemise, short, tongs en ce printemps qui se reconstruit et dessine de partout sa marque de marqueterie et je respire la frondaison de mes pensées toxiques quand j’aperçois non loin de ma position une femme en salopette violette. Une incohérence dans ma perceptive.

J’ai l’impression que ma rétine divague légèrement sur la droite, la gauche, non… sensation d’un mal de mer et que je vais remettre mon bulletin de santé au maître de cérémonie qui est en train de me piquer…

— Alors ? dit la femme en salopette violette.
— Overdose de mots… passez-moi la sonde de restriction des mots enchaînés, dit le médecin dictionnaire de poche.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018