Ai perdu

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords - 2010

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords – 2010

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je viens une fois de plus me faire cuire un œuf. C’est la barbe ! Ma tendre future fiancée a refusée une Perle des Mers du Sud et me suis endetté à tel point que je vis dans mon étable avec trente-trois vaches et loué mon corps de logis.

Si j’avais eu de l’audace je m’aurais mis en fermage de corps et à défaut signé un pacte avec le diable qui m’aurait remis au moins un wagon d’or. Mais l’or ne fait pas l’amour et moi je suis animé par l’amour, non par le mercantile des choses.

Voilà que j’ai le hoquet… Je range mon beau costume dans l’armoire aux poules que j’aie virées depuis un bon mois. Je les ai déménagées dans l’autre aile du bâtiment de l’étable… avec tout le confort, je crois.

Je reste prostré, assis sur un tabouret trois pieds et c’est moi qui perds pied. Je me lève comme un ressort délogé de son… logement. Je suis un passionné refoulé. Et je crie comme une bête (parmi mes vaches qui meuglent avec ce regard interrogateur d’une seule pièce) nu qu’il me faudrait m’empailler sur le champ…

Je m’agite, déraisonne… je vais me mettre un ruban à cet endroit… de nœud à nœud ça tient… Je me cause, mets en cause, m’étire, et rage, déglutis des mots, sors dents de carnassier à qui me retiendrais et cours en virevoltant, je veux que le monde voit ma détresse si ce n’est le village moqueur et de son cafetier greffé de la belle blonde de la ferme Les Bleuets.

— V’là t’y pas que le Paul est devenu fou à c’trimbaler le nœud tout en mât au vent, la chair sans fringue… et à danser comme un coq qui a perdu sa cote…
— Sers-moi un canon… et laissons le divaguer. Y a une mare pas loin, il va reprendre ses esprits.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Il est parti chercher sa jambe de bois …

Thrilling Detective

Thrilling Detective

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


« Il est parti chercher sa jambe de bois… hier » c’est tout ce que je peux tirer de cet énergumène allongé sur le bord du trottoir. Il est vingt-trois heures vingt et les derniers mots d’un témoin qui vient de perdre la vie et qui vient de gagner son paradis à l’instant… enfin, j’espère.

Je suis détective, à mes heures et pas privé. J’aime me mêler de ce qui ne me regarde pas. C’est un fait établi. Je suis seul avec ce cadavre tout chaud, tout frais (c’est selon, c’est un peu comme la baguette, toute fraîche alors qu’elle vient de sortir du four… je m’égare) que personne ne viendra réclamer. Je le sais parce que je me suis rencardé sur son blase et rien de bien folichon. Il a navigué dans les eaux troubles d’un trafic de poupées russes qui contenaient des diamants…

Tout semble porter à croire qu’il avait magouillé entre diamant naturel et diamant industriel. Bête initiative de sa part. Enfin, ce n’est pas grave. J’ai au moins un indice. Il n’y a pas trente-six prothésistes sur le modèle jambe de bois. J’en connais un seul. Il est à son compte à l’extérieur d’un petit village.

Voilà que je suis devant, une maisonnette entre lierre et vieilles pierres. Il est minuit. Je n’ai pas traîné. Je sors mon fusil à canon scié. On ne sait jamais. L’endroit est propice à la mauvaise rencontre qui finit mal en général. Et j’aime pas être pris au dépourvu… même par une jambe de bois.

Ma lampe est braquée sur la portée d’entrée et bien qu’avant j’ai “sondé” les alentours, cette porte d’entrée est d’un aspect louche avec des traces de balles et de sang. C’est pas bon signe. Quelques craquements, un sifflement étrange, un grésillement d’une radio… je pousse la porte… j’ai une sueur triomphale et un cœur toujours loyal à ce moment précis quand une ombre passe devant moi en un clin d’œil que je fais deux pas sur le côté dans le vestibule d’entrée et me retrouve dans un placard à… balais. Un boucan à faire trembler les premières tombes du Père LaChaise, me laisse dans un moment de fraîcheur intense puis d’un brûlant désir de filer à la vitesse d’un TGV qui n’est pas en panne…

Je respire trop vite pour réfléchir et me rendre compte de suite que j’ai le froid d’un canon genre fusil superposé IJ27 Baïkal calibre 12. Une référence dans l’effet dévastateur… surtout de près.

— Tu cherches quoi mon gars, dit une voix féminine, calme et décidée, apparemment.
— Je suis à la recherche de mon frère Paul…
— Il est… minuit trente-deux à ma montre… tu me prends pour la grognasse du coin.

Je ressens bien le canon qui à tendance à forcer sur ma tempe et je ne suis pas de marbre.

— Euh… on pourrait causer autrement que dans un placard, là…
— Qu’importe, je ne veux pas me faire embobiner. T’as trente secondes pour dégoiser ta venue ici…
— Cool, cool, baby…

Je ne le temps de rien et je me retrouve en nuit profonde. De ces nuits où rien ne transparaît de la vie même les rêves, et les cauchemars sont absents.

Je me réveille. Impossible de bouger. Il fait encore nuit ? Je me rends compte que j’ai une cagoule sur la tête et suis ficelé sur un tabouret. J’ai mal au dos, au crâne, et je ressens des crampes aux deux jambes. Je suis ferré, serré fermement. On va pas se battre pour mon testament, c’est sûr.

— Alors, tu vas changer de disque et me dire pourquoi tu fouines ici, dit la même voix que cette nuit.
— Je suis à la recherche de l’homme à la jambe de bois…
— Tu n’es pas sérieux comme mec. Tu ne devrais pas jouer au pisteur, au détective…
— J’essaye de…
— Silence, crevard.
— Je…

Deux jours plus tard. Journal de vingt-heures.
— Un corps démembré a été découvert par une vieille dame à côté des poubelles municipales de la ville de… C’est le quatrième crime de ce genre en quinze jours. Le procureur…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Invitation

Oeuvre de John Dawson Watson

Oeuvre de John Dawson Watson

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Je regarde l’invitation. Je suis dubitatif. Elle ne correspond pas à mon calendrier lunaire. Il n’y a que ce viking de pacotille, ce farceur à deux sous, ce paltoquet d’égouts pour m’inviter à la première de l’astrolabe, en hiver.

Pourtant, je souris. Je prends un canon, puis un deuxième. A le gueux, il veut que je sois présent. Il va en prendre plein les mirettes. Tiens, si j’avais récupéré dans cette autre dimension cet iPhone, j’aurai une fois encore imposé ma vision des choses.

Enfin, ce n’est pas important, après tout. J’ai de quoi les occuper et puis cette invitation ne changera pas la face du monde.

Je vais prendre mon manteau tout chaud, mes moufles et autres tissus de bonnes laines et mon sac à dos. Allez, hop, direction le grand ouest. J’en ai bien pour une bonne semaine de marche en chemins de traverses pour les rejoindre tous ces gueux de magiciens et d’alchimistes.

J’ouvre ma porte. Fait un froid d’étoile polaire. Je regarde mon enseigne suspendue de belle ferronnerie : Nostradamus /Conteur.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018