Il est minuit est rien ne se passe – Chapitre 1/2

Film Qui êtes-vous Polly Maggoo - 1966

Film Qui êtes-vous Polly Maggoo – 1966

Agenda ironique Juillet 2018 : palimpzeste.

Note : je tiens à remercier Floriane pour son idée suite sa réponse : « Dommage ! Avec vous, on aurait peut être découvert la face cachée de S.H… » Donc, sur une idée de Floriane voici un essai sur le sujet imposé en deux chapitres (j’étais bien parti pour en faire trente, mais bon, je suis me suis restreint à l’essentiel) 🙂


Chapitre 1/2

Il est minuit est rien ne se passe. Normal. Le meurtre vient de se consommer à la lame tranchante et fine d’un… taxidermiste… en vacances dans le Tarn, avant l’heure fatidique et de rigueur.

Le détective S.H. s’impatiente après ce quatrième crime… effilé sans coup de filet à l’horizon… la vague du smog se rit genre brouillard édenté… Devant son expertise, c’est un beau cadavre au féminin qui se présente à la blessure comme une égratignure côté arrière gauche entre la 4e et 5e cote (entre la 11e et 12e vertèbre) pour sectionner la crosse de l’aorte provocant une hémorragie interne sans perte externe, et pas de… soutien-gorge. Normal, en robe noir fourreau, dos nu avec dentelles… En fait, S.H. constate que la victime n’a aucun sous-vêtement. Normal ? Pourquoi pas en ce début de juillet à forte température ajoutée au regard des années… postérieures ? Il examine la texture du crâne à main nue, tâtonne, palpe, caresse même… Si S.H. n’a pas été bercé par la phrénologie, il ne laisse rien au hasard et prend toutes les précautions d’usages, d’observer toutes ses procédures élémentaires…

Bref, il se repositionne dans une pensée moins futile et fait quelques pas à la péripatéticienne devant la morte allongée sur le ventre, la jambe gauche pendante sur le bord du quai. Avait-elle l’intention de plonger pour échapper à l’agresseur ? Quels rapports avaient-elles avec les autres victimes ? L’âge, oui peut-être… une trentaine d’année… blonde… entre un mètre soixante-dix, soixante-quinze voire quatre-vingts avec talon, bien proportionnée… bref, des femmes BCBG… et peau de porcelaine… apparemment… mais pas de sac à main ni de chaussures. Étrange. Meurtre avec mobile le…vol ? Encore plus étrange. Que pouvait bien amener le meurtrier à tuer ce genre de femmes ?

En tout cas ce qui rassurait S.H. avec un petit rictus est que ces corps n’étaient pas proposés à la découpe… ce qui lui rappelait une certaine époque et le précédent cadavre… et pourtant, seul avec cette dépouille, il se sent… dépouillé de toute pensée véritable… telle une chute du Niagara sans le Niagara… quand un chien genre basset houd vient flairer le macchabée au niveau des cheveux…

D’aucuns l’eussent chassé par voix ou autres procédés. Pas S.H.. Non. Il observe le quadrupède. Il sort sa loupe (pas le quadrupède, suivez) (à défaut d’un microscope en panne ce jour-là), s’agenouille devant la tête de la défunte, écarte doucement la tête du… chien et sans prendre de gant déploie les cheveux de la fausse blonde et… il aperçoit un reflet, puis plusieurs comme des arcs-en-ciel… un petit diamant est incrusté à la base du crâne. Il va chercher son nécessaire dans sa mallette de petit chimiste, en sort une petite pince à épiler et extrait le précieux indice.

En tout état de cause, il ne trouvera rien d’autre après cette analyse de la victime et l’alentour, et autorise le commissaire à faire enlever la trépassée…

Premier indice probant avec ce diamant au carat suffisant mais est-il la clé de l’énigme ? Une diversion ? En fait, S.H. fulmine en silence, ce silence de la pensée tempête sous son crâne dégarni de la logique habituelle. Il rumine trop lentement et sa gastrique le ronge comme une lèpre intérieure. Il se rappelle ses quinze ans et cette jeune fille blonde qui lui avait dit oui entre deux mots à l’oreille. Et puis contre toute logique de jeune mâle, il avait dit… non. Cette peur qui ne s’apprend pas. Elle est viscérale. Elle est proie à dévorer par tranche. Elle est appât de désarroi collé en soi comme des yeux qui nous jugent nous crucifient et foudroient au premier repas d’aimer et l’amour qui hurle…

Il va rejoindre son 221, dénaturer l’ennui mains et poings liés, et son opium qui le pique de revenir, il s’écroule d’une masse dans son lit se laissant prendre dans les filets labyrinthes neuronaux de sa logique… arraisonnée… par la déraison de cette affaire des quatre blondes… vraies et fausses…

S.H. se réveille comme H.S. par l’inondation d’une sueur d’images qui lui collent à la peau et ses quelques larmes gravées au sel sur ses joues, déserts de bisous, qui éloignent la tendresse… à ce visage taillé à la serpe, poids d’une solitude signée à main levée sur le monde qui est un sale tableau…

Il se lève comme une heure malheureuse de recommencer son tour de garde. Et si toutes ces femmes avaient liens avec lui ? Comme un échec non plus amoureux mais un échec tout court de sa… vie ? Et si… On frappe à la porte.

(à suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Le conte authentique de la Galette des Rois. Chapitre 1/3

Oeuvre de Claude Monet - Les galettes -1882

Oeuvre de Claude Monet – Les galettes -1882

Blog de girlkissedbyfire : défi 52 Semaines 2018 (1ʳᵉ semaine : Galette des Rois)


Il était une fois un Roi pauvre. Pauvre de monnaies trébuchantes. Très pauvre. Tellement pauvre qu’il était habillé de feuillage, sa couronne était de gui et de lierre et que son aimable demeure était fabriquée de branchages et de lianes.

Sa Royale Majesté s’imposait a elle-même ce que ses sujets subissaient : une restriction alimentaire dont l’inanition faisait des ravages et un dénuement style saint François à en perdre l’assise tout en restant digne.

Le royaume de ce Roi, était aussi vaste que les proportions n’étaient pas mesurables, avec un taux de dépeuplement à faire pâlir les fortes concentrations de populations de mégapoles connues et à venir sur des territoires voisins.

Il faut ajouter à cela un désintérêt des touristes.

Sa Majesté était dépossédée de l’âme mercantile. Il était avant tout hédoniste voire épicurien. La décence lui interdisait d’explorer ses terres à des fins de contre faims à soutirer les biens de la chair de ses sous-sols. Le marché intérieur était très modeste et les marchés extérieurs peu rentables.

Mais on ne gère pas une royauté avec le porte-monnaie du premier mendiant venu. Il faut du coffre, de l’audace, et il ne suffit pas d’une autorité bienveillante mais d’une autorité d’économie efficace et d’investissements performants.

Le Roi s’y refusait ! Ici, le bât blessait. Et pourtant, il se sentait en péril éminent, en chute libre, emportant le peu de vivants encore autour de lui.

Ce jour-là, il pensait fortement sur son royal trône (une chaise brute de paille), qu’il devait à la question de son état, évaluée très justement, la déposer ouvertement et sauver le peu de son peuple et de ses serviteurs, entraînés dans sa chute inexorable.

En effet, pour ceux-ci, fallait-il beaucoup de courage, de santé pour quitter un maître bon et se voir peut-être refuser la première obole d’un esclavagiste en dehors de ce royaume.

Sa Majesté fit venir à sa chaise brute de paille, son éminence grise, un homme de corpulence chétive mais qui était né sous le signe du roseau. Il avait ainsi quelque accointance dans le milieu fermé de mages Roseaux-Réseaux dont il était une branche active en sous bassement.

— Mon cher ami, dit le Roi d’un ton frêle mais clair, IL nous faut sortir de l’ornière de cette misère. IL le demande. IL porte en vous espoir et guérison de ce mal. Ce monde-ci que nous vivons est trop insupportable par son errance. IL vous prie de faire le nécessaire pour le Royaume, pour le bien de tous. Que proposez-vous, avant que le drame ne soit irréversible ?
— Sa Majesté a été aiguillée à propos à mon égard. Je vais consulter. Et apporte réponse dans un délai bref.
— Allez, allez, faites au mieux si ce n’est de l’extraordinaire.

Ainsi l’éminence grise nommé LiDou, s’enhardit de cette décision de raison, à en manquer de s’écrouler tout raide sur le champ. Il reprit cependant ses esprits et partit d’un pas certain vers les marécages du Sud pour s’entretenir avec un personnage d’une envergure toute particulière.
(à suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018