Werois aspirateur d’âmes

Rénovation_Sainte-Croix_Minneapolis_ Photo_George_Heinrich

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Des mots, une histoire : récolte 47 (Hors délai)


Il se nommait Tipi. Il avait un frère jumeau, Piti. Tous deux un jour d’adolescence, s’étaient perdus dans une forêt. Tous deux avaient reçu le prix de la peur, cette écorce qui vous pince à vie le fond des entrailles.

Pourtant, ils étaient revenus avec la sensation inavouable d’une révélation, d’une initiation.

Adultes, devenus musiciens, ils installèrent leur jeune école de musique à l’orée de cette forêt… visitée par des promeneurs du dimanche, des cueilleurs de champignons, des chasseurs de cerfs et sangliers, des amoureux de la nature … des amants délurés, des braconniers de belettes, des collectionneurs de papillons, des pique-niqueurs naturistes, des buveurs de liberté, des truffeurs de senteurs, des lépidoptéristes de couleurs, des peintres de l’effeuillage, des sylvothérapeurs égarés, des gymnases du Zhan zhuang,… jusqu’à turlupiner la forêt elle-même…

Le mot tranquille avait déserté son hamac et s’était enterré entre le blob et les mycorhizes…

Les frères avaient cette conscience du mal-être de la forêt… et considéraient qu’il était de leur devoir de la déposséder des mauvais fruits qui s’enracinaient au fil du temps par raison, ou pas, et qui s’appropriaient par excès sa Nature…

Il fallait limiter les assauts. Ils consultèrent aux quarts de Lune montante et descendante les nervures des feuillages…

Ainsi, des étranges phénomènes se déclarèrent comme une amabié genre de créature qui refoulait d’une haleine putride de bois morts, aux visages, les visiteurs indélicats, ou d’un werois aspirateur d’âmes pour les pourvoyeurs du souffle dominical… et pour tous les autres une bienveillance à l’heure de leur mort auprès d’un sycomore dédié…

Les mois s’embranchaient, la forêt reprenait son inspiration, et les frères musiciens animistes, déposèrent instruments et partitions pour s’installer à cœur du sylvestre et vivre pleines saisons des décennies avant de s’endormir à jamais … tous deux depuis le début… aveugles.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La vie est un réservoir d’eau de Vie qui facilement noie les imprudents.

Photographie de Edwin Bower Hesser - Kathryn Stanley comme la Reine de Salomé - 1926

Photographie de Edwin Bower Hesser – Kathryn Stanley comme la Reine de Salomé – 1926

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Paul était un rescapé du Navire Amour. Il en avait perdu pendant un moment la boussole, de cette folie d’Aimer à Vie, le temps d’une rencontre entre la Rue des Roses et le Boulevard des Imprudents.

Il était temps qu’il ramasse sa gaule et tout le restant de ses appâts. Ne pêche pas qui veut en eau trouble même avec une coupe de champagne pour séduire une belle ou un thon, il faut prendre des précautions car l’hameçon n’est pas toujours pour les autres …et l’on montre ainsi des qualités d’amour qui ne vaut la nourricière de notre enfance qui avait se penchant à vous faire téter pour le bien des deux …

Bref, Paul allait dormir sur ses deux oreilles avec cette facilité qu’il ne dormait que sur un côté à la fois, en chien de fusil, la cartouchière en bandoulière après la prière du soir avec cet effet serpillière qui absorbe tout et dont l’essorage est effectué dans les cieux avec ce rappel au moment le plus critique à enlacer la dernière inspiration avec un goût amer …

La vie est un réservoir d’eau de Vie qui facilement noie les imprudents. L’Amour oui, mais attention à ne dépasser la dose prescrite ….

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Il est minuit et une minute

Dessin animé - Betty Boop s Life Guard - 1934

Dessin animé – Betty Boop s Life Guard – 1934

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Amour, amour … le cri du cœur s’essouffle comme un cyclone qui rencontre une terre trop vaste pour être dominée. L’amour est une terre de vie. Île ou continent, qu’importe. Le temps ne compte pas. Il n’existe pas ou est neutralisé.

Celle ou celui qui gagne la coupe de l’amour est souvent naïf. Il se croit éternel. Il est feu follet, intense certes, mais il brûle la chair de l’âme. Il reste rarement des braises, souvent des cendres … Cet amour montre sa nature quand le couple formé se déforme sur la réalité de la vraie vie. L’amour n’est pas dans la vraie vie. C’est une évidence. C’est aussi une découverte pour les novices. Et rien ne sert de le prier, il nous mène en bateau, tout en étant notre nourricière

L’amour a plusieurs visages et est bien malin qui sait reconnaître le vrai. Ses blessures ne laissent jamais dormir et l’âge les défigure dans les profondeurs.

Je regarde l’heure. Il est minuit et une minute. Je suis seul. Mon Amour est partie depuis bien trop longtemps et pourtant j’attends chaque soir qu’elle se décide à m’enlacer … en vain… amour, amour …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Interconnexions…

— Dormir

— Dormir ?

— Rêver de toi.

— De moi ?

— Oui.

— Suis-je à ce point transparente ?

— Je te voudrais autrement.

— Autrement… différente ?

— Singulière.

— Une femme n’est-elle pas par essence singulière ?

— Elle est femme. La singularité n’est pas une appartenance à un genre, mais à l’individu.

— Ma vie n’est pas ma vie. Vie d’une autre moi-même en permanence ou presque. Je traverse des parcelles de réalité au gré des rencontres et puis à ces instants éphémères, je me retranche dans ce corps inconnu qui est mien, en apparence. Je me vide, puis, je suis dans une bulle, rien ne me touche. Je suis spectatrice ou voyeuse selon le bon vouloir de la nuance. Je reste de marbre, si ce n’est de glace. Pas de réchauffement climatique pour moi. Je me laisse emporter par le mouvement. Passagère involontaire, je subis ce ELLE, de sa navigation à vue, de son accostage sur le premier port venu. ELLE s’enracine et puis, ELLE coupe les principaux accès. ELLE meurt et nous reprenons la mer. Insaisissable par la pensée et pourtant ferrée à la première occasion, l’on croit LA posséder, ELLE glisse comme une anguille. Perméable à tout et imperméable à ce monde du vivant, ma vie est un filigrane sur une page d’un destin qui s’efforce de me faire vivre une route qui n’est pas mienne.

— Demain est un autre jour. Dans mon coin, j’ouvre les portes d’hier pour creuser les autres vies écrites sur du papier dont les ans ne prennent pas une ride. J’accuse SES années de m’avoir inhibé, ignoré, voire méprisé ! Dans ma coquille, je nacre des rancunes, mais qui suis-je pour porter atteinte à IL ? Alors, JE rêve, et IL passe ses heures entre le néant et le vide que certains ont essayé de combler. Peines perdues : IL formate à la première occasion venue. Je ne retiens rien. Mes cellules souvenirs sont vierges. J’apprends inlassablement à être. Celui qui vient d’ailleurs pour aller ici. Mais ailleurs et ici pour moi sont identiques. Tout passage à l’acte est un rêve. Je plonge dans le virtuel à chaque mouvement. Aucune blessure, aucun mot ne retiennent ce corps, cette âme, qui traversent les années comme une particule quantique. Échec à toute communication durable, seul l’instantané compte. Mémoire vive, toute procédure de marquage est sans effet. Je suis comme le sable, je prends la forme de l’instant et modifie mon apparence à l’empreinte suivante. Construction impossible.

— Je végète comme un oignon en terre depuis trop longtemps et rien ne viendra me sortir de cette argile, mon tombeau. Demain ne sera pas pour moi. Souris-moi Mon Amour, je me suis trompée de route.

— 

Tu dors ? 

©Max-Louis MARCETTEAU