Votre œil noir des dimanches sablonneux

Photographie de Oleg Kornilov – intitulé Woman is watering flowers in a garden

Blog Émilie : récolte 21.04


— Qui est-ce ?
— C’est un auteur.
— Pourquoi il ramasse des feuilles ?
— À broyer des mots aux feux des lignes, je l’ai amené par la douceur à l’engager comme jardinier.
— C’est un bon ouvrier ?
— Il ne cabosse pas mes plates-bandes… il est au moins bon à quelque chose.
— Ainsi vous le maîtrisez.
— Tout à fait. Il me doit deux manuscrits, le bougre !
— Il faut bien se payer.
— Eh oui, quand on considère qu’il n’a pas toute sa tête…
— Qu’est-ce à dire ?
— Il a voulu marchander avec une tablette de chocolat… son contrat.
— C’est curieux, en effet.
— Curieux ? Il avait retiré l’emballage… cela ne se fait pas… qu’est-ce que vous en pensez ?
— …
— Ne me regardez pas avec votre œil noir des dimanches sablonneux.
— Je vais paraître suranné, ou mal convenu… mais… vous semble-t-il être conscient de votre état ?
— Et vous-même ?
— Moi-même ?
— Oui, vous-même ?
— Je ne comprends pas…
— Vous prenez le risque de déguster
— De déguster ?
— Un câlin ?
— Euh… je suis un peu perdu dans vos propos…
— Vous voyez… vous semble-t-il être conscient de votre état ?
— J’avoue que j’ai un tantinet chaud en votre compagnie…
— Il faudrait vous prescrire quelques moments en compagnie du jardinier.
— Et pourquoi ?
— Pour vous aérer l’esprit, tout simplement… une pâtisserie ?
— Euh… avec plaisir
— Vous serez très bien parmi nous, je vous le dis, dans cet établissement… mental…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Temps sablé sur le territoire verdoyant et maternel

Veronica

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 21.20



J’écris pour faire sortir des mots qui ne sortent pas … à calmer l’indécence d’autres mots qui gigotent ligotés par la censure au soutien d’une morale qui s’empiffre du pire et conçoit sa douceur par son diktat car tout idéal est dictature.

Être héroïque quand moi-même je me suis bâillonné comme un patient entre quatre murs et une fenêtre qui me fait la gueule toutes les journées passées au gris délavé telle une radiographie géante déliant ses nuances et ses noirceurs comme un état délétère à venir …

Rien n’est moins nue que ma propre vérité qui me regarde l’air cool après avoir déchanté sur ma façon de la déposséder comme une châtaigne de sa bogue, accentuée d’une onomatopée du genre grrr

Toute méditation sur ce sujet est du temps sablé sur le territoire verdoyant et maternel de l’impossible concorde entre moi et mon écriture qui s’élance telle une furie et que je retiens tel le conducteur de char de ses chevaux nourris d’un bon foin d’imaginaire.

Moderari, moderatrix, moderatus… « restons calme et buvons frais » nous dit l’adage et un bon verre de whisky sans modérer la hauteur du verre et la descente du gosier en toute bonne foi à trinquer évite l’embrouille et mon écriture se moque bien de ce que je pense de son penchant pour l’encre ironique tant qu’elle a l’évasion et que je suis en éveil pour l’accompagner …

Nous sommes toujours bras dessus dessous pour le meilleur… et le pire …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Enfin une bonne nouvelle

Louise_Brooks

Louise_Brooks

 

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 7.20 (Hors délai)


Ma première pâtisserie du matin, c’est toi mon amour… pendant ta douche ou après… jamais avant… principe d’un commun accord et cet accord n’est pas en sucre et parfois tu me joues de ta voix d’orgue pour créer cet appétit de luxure à m’envoûter mais je tiens bon à ma propre rambarde pour ne pas céder à tes injonctions et ma faiblesse n’est pas la tienne au sel de tes lèvres gourmandes et de tentations du voluptueux au bestial je résiste à ta belle fraise et pourtant quand tu pratiques ton sortilège en dernier recours à haute teneur en sensualité celui-ci m’emporte à ton caprice tu me débauches sur des mots qui semble la création d’un Bacchus aux frémissements bouillonnants des dunes de ton corps chaud braise comme un trio genre Nirvana tu es une baïne…

Mais aujourd’hui, c’est dimanche, tu es partie pour une semaine dans les Landes pour te rafraîchir les idées dans ta famille, ainsi me voilà au repos à me préparer un cookie de belle envergure une douceur dont ton aversion est vomitive… je me retrouve enfin avec moi-même… enfin une bonne nouvelle…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Regards allongés de souvenirs fumés à l’âme

Lampe_petrole_la_divatte_Iotop_2019

Lampe_petrole_la_divatte_Iotop_2019

Des mots, une histoire : récolte 24


Il paraît que je suis : obsolète, comme un mot qui n’a plus de sens ma vie n’a de sens que la direction qui n’est plus la mienne mais celle des autres de la masse de la multitude qui de cette douceur de croire en rien si ce n’est à l’irrévérencieux à l’ironie à la moquerie aux tendances aux influenceurs à tous ces nouveaux paradigmes ces nouveaux dieux il me manque moi : une aventurière

Les railleurs me disent qu’elle ne se trouve pas « sous les sabots d’un cheval » mais je l’ai trouvée dans une brocante parmi des objets : obsolètes, qui l’entouraient avec des regards allongés de souvenirs fumés à l’âme mine de rien aux tenues usées mais nobles prêtent à recevoir les bons soins d’une nature aimable compatissante …

Elle était là à pimenter sa première heure à chiner quand une onde brève et intense nous a saisi comme une embardée en plein océan à nos effluves enlacés nous étions sous ce charme indéfinissable et ferrés à cœur pris sur le fait de tenir ce que nous cherchions depuis si longtemps que le temps lui-même de nos vies commençait à s’essouffler quand chacune de nos mains d’un élan aussi certain d’atteindre l’éclair d’une foudre qu’au moment ultime et inattendu … je déclarais forfait … elle avait été plus rapide que moi à enlever d’un coup sans éclat mais avec cette certitude qui fait les vraies occasions d’emporter … l’objet désiré …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Première fois

Oeuvre de Jeanne Mammen

Oeuvre de Jeanne Mammen

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je reste prudent devant le mot amour. J’en ai une peur bleue. De cette peur de l’inconnuE : la Femme. Je n’ose penser à ce moment qui aura le goût de l’inattendu… l’écrire n’est rien, le vivre… je le vois comme une angoisse, une possession de soi dont on n’est plus chez soi… mais chez l’autre tout étant un seul dans deux corps pour un seul acte grandissant comme une fleur tropicale…

Je n’attends pas ce jour, et pourtant, je le ressens, il est inscrit sur le mur gris de mon inconscience. Je frôle ce moment de désir intense et la répulsion de l’aborder. La rencontre fatale, l’appel du dépassement, l’excitation de la découverte…

Aurai-je la force… d’être pris au piège ? Je souhaite la trahison… que le premier pas… ! Dois-je accepter la douceur de l’instant proposé comme une possibilité à la fougue incontrôlée ?

Et puis, tout arrive, la Femme est là-devant moi comme une statue de la liberté, impressionnante et inaccessible, aux yeux pénétrants et… affectueux. Contraste inquiétant et surprenant.

Elle me prend la main et… la pose doucement à la base de son sein…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Vulnérable

Photo_Stefano_Niccolini

Photo_Stefano_Niccolini

Ce doigt se pose, là ! Endroit stratégique. Il appuie. Il pénètre.

Immobile, il reçoit une chaleur exquise. Il s’introduit, jusque là.

Applique une légère vibration, verticale. Il constate à ce traître

Emplacement qu’il est prisonnier de ces lèvres avides, oméga !

Elles serrent, lentement, à l’application d’entendre le cri panique

Du profiteur de l’aubaine de son ouverture tardive par ce manque

D’attention, qui résiste comme un poisson pris à l’hameçon chique

D’apparat et s’enivre à déguster une chair nouvelle dans sa calanque !

Cependant, une humidité inconnue s’étend sur sa paroi extensible.

Elle s’inonde malgré elle. Rien n’arrête l’exponentielle douceur violente

Qui grimpe sur toutes ses fibres agitées par un tourbillon irrésistible

Qu’elle ne sait pas nommer, qui chavire l’apparence de sa vie mourante !

Elle va sustenter ce membre jusqu’à plus soif, jusqu’au délire uvulaire !

Hélas ce doigt, par des tractions, des acrobaties, se retire soulagé !

Il est indemne ! Il n’avait pas supposé un seul instant qu’avec son air

De rien, son doigté pâmait une superbe et affolante ophiure, en vérité !

©Max-Louis MARCETTEAU