Votre sérieux dans les orbites ne laisse pas de doute -Chapitre 2 sur 2

Mont_st_michel suite Iotop 2012

Mont_st_michel suite Iotop 2012

Le Marathon de la Nouvelle (merci à Sabrina de cette découverte)

Un Grand Merci à Lia pour la traduction ICI


(… suite)

— Vous m’avez fait peur … dit le spectre …
— Pareillement …
— M’enfin, cette musique … ce n’est pas vous ?
— Que nenni !
— D’ailleurs que faites-vous là ?
— Je dormais.
— Moi aussi.
— On a été réveillés …
— Ça se voit, non …
— Et si c’était le jugement dernier ?
— Impossible !
— Pourquoi ?
— J’aurai été le premier informé.
— Possible.
— Quoi qu’il en soit, je vous attendais sans vous attendre ou tout du moins j’attendais une venue …
— Et ?
— C’est vous l’élu.
— L’élu ?
— Oui.
— Qu’est-ce cette histoire à dormir debout ?
— J’explique. Il y a bien dix ans que je n’ai pas rencontré une âme terrestre…
— Et ?
— Je me demandais … si …
— Si ?
— Si … ma place vous intéresse ?
— Vous … plaisantez j’espère ?
— Regardez moi … j’ai un manque cruel de la vie humaine, je suis au bord de la dépression …
— Oui, effectivement votre sérieux dans les orbites ne laisse pas de doute.
— Donc ?
— Mais enfin … même si présentement j’ai froid, j’aime être vivant, moi, même avec un contrat CDD dont je ne connais pas la date de fin, paradoxalement.
— Avec moi, les décennies en siècles … une aubaine pareille ne se refuse pas.
— Possible, mais tout de même mort … et vous devez vous ennuyer ferme, non ?
— Mort ? Non, voyez-vous même … et les attractions sont diverses et mon territoire est assez vaste …
— Hum … j’y gagne quoi, en vérité ?
— Tout !
— Tout ? Vous êtes un marrant, vous !
— Allons, un peu de sens humain … entre nous …
— Bé, je ne veux pas vous contrarier, mais présentement, à vous regarder, je cherche l’humain …
— Et si … je vous forçais la main ?
— Une menace ?
— Avez vous le choix ?
— On a toujours le choix …
— A ce propos vous avez toujours cette maladie qui vous tracasse la vie …
— Comment ? Vous êtes ….
— C’est un don tout naturel pour nous les spectres des chapelles …
— Et alors ?
— Faisons un marché … vous prenez ma place … pour disons … un siècle … ou sinon je vous laisse mourir de peur sans rien en échange …
— Vous êtes un tordu.
— Vous n’aviez pas à pénétrer mon territoire sans autorisation …
— En un mot … je suis piégé.
— Le moustique sait-il qu’il est piégé par la toile d’araignée ?
— Euh …
— J’attends votre réponse.
— Pour le moustique ?
— Mais non, pour cet échange entre nous … tapons pour un siècle …
— Dix ans !
— Cinquante !
— Quinze maxi !
— Trente à prendre ou laisser.
— Vous êtes dur en affaire.
— Et encore, je suis bon prince, je vous ai laissé une part de marchandage …
— Vous êtes trop bon …

Ainsi j’ai laissé mon corps à un vendeur de spectre et certains diront que je me suis fait rouler par le premier suaire venu. En attendant, j’attends dans cette chapelle en ruine une possible rédemption et c’est à moi de jouer … cet air de musique …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Au coup du sort ou au coup de rien

Donald_MP_Numero_238_1999

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Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je voulais crier : place, place, place …

Et me suis accroupi sous ce réverbère … isolé … comme lui, mais lui est lumineux… il paraît presque intelligent, anime une ambiance… et, lui, au moins, il sert à quelque chose, même que les chiens pissettent sur son pied…

Mon exposé sur ce lampadaire est une diversion … un leurre … une échappatoire à m’éclairer par d’autres pensées …

J’ai le sang tout glacé tout d’un coup et la peau sûrement d’un violet pas catholique … j’ai faim, j’ai grand faim d’un repas de vie de vivre. Le fatal engouement à mourir est bien trop ancré dans mon esprit pour que je puisse m’en sortir … vivant.

Je ris de mon auto-dérision et puis j’essaye de pleurer de toutes les larmes de mon corps … qui n’a plus rien donner … c’est pathétique …

Je me relève. Je marche droit devant au coup de pot ou au coup du sort ou au coup de rien, je fais du pas à pas à défaut du porte-à-porte le trottoir d’ici est le même que celui de là-bas et mes joues se creusent avec les dents de la nuit et ce lampadaire qui me suit comme un fantôme éclairé de bonnes intentions … je rage de toutes mes dents et mes pieds qui se tordent sur les nids-de-poule des regards décroisés des passants et puis l’un a dégusté de mon poing dans le ventre comme mon ventre me fait mal à se faire la malle mais reste accroché à la texture de son moi, c’est-à-dire moi et je m’écroule sur le matelas de chair qui s’abat sur ce trottoir défiguré et le doute de ma mort me traverse comme un éclair …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018