La table en chêne bien sapée

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L’Ange me regarde et le Cerbère me dépèce.

Tranquillement sur la table en chêne bien sapée, le spécialiste s’affaire conquérant.

Je ne suis qu’un Farfadet qui a été pris au piège d’un Gobelin qui a fait un marché avec un Korrigan.

Si j’avais été Dragon j’aurais eu leur peau de marchands.

Mon corps recèle une substance rare … à qui sait l’extraire au bon moment.

Et ce bon moment est … maintenant.

Ma chair est insensible, prise aux drogues diverses et accommodantes à tenir le fruit encore vivant un certain temps.

Et la Manticore est encagée rugissante à l’extrême de sa rage aux tremblements de son impuissance … elle sait sa peur du néant.

Je suis son poison extrait et qui badigeonné sur la pointe d’une flèche en os de saïga plantée dans sa poitrine l’étend entre les barreaux froids fléchis de son agonie épileptique jusqu’à sa dernière respiration dépolie couleur safran…

Une lueur bleu ciel s’envole parmi les feuillages qui s’écartent en cette nuitée déliée de cet assassinat pour une valeur de peau et possiblement d’un aphrodisiaque pour les légendaires lutins géants …

Pourtant, qui sait que je suis nécromancien à mes heures d’hiver ? Et avant de rejoindre les sous-bois d’ossuaires j’invoque par mon esprit dédié à Etemmu la formule à rétablir la Manticore dans sa force première, à sa densité amplifiée … maintenant.

Et la voilà qu’elle renaît, tel un Phénix, bouillonnante de vengeance devant les yeux effarés de l’impertinent.

L’Ange me regarde et le Cerbère meurt.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Mille omelettes et un poussin

Du blog : Mil et une => écriture conviviale : sujet 16 et origine


— Quelque mille omelettes et un poussin ! Qu’est-ce que cette forme ?
— Quelle forme, quelle forme ! Œuf de Dragon, Sir.
— Quelle découverte !
— Quelle œuvre, Votre Bonté.
— Quel âge ?
— Quelle importance Votre Grandeur.
— Quelle impertinence en ton propos !
— Quelle question Votre Gloire.
— Quelle cruciale question, oui.
— Quelle appréciation si ce n’est sept mois, sept jours, sept heures … Votre Sagesse.
— Quelle précision !
— Qu’elle permet de savoir exactement qu’il va naître maintenant, Votre Majesté.
— Quelle envergure ?
— Quelconque, Votre Pompeuse Personne.
— Quelconque ?
— Quelle étrange redondance, Votre Sublimité.
— Qu’elle est ta réponse ?
— Qu’elle sera à la hauteur de Votre Élévation.
— Quelle destinée ?
— Qu’elle aura de la profondeur, Votre Éminence.
— Quel lien de parenté avec moi ?
— Quelle interrogation ! … mais vous êtes le père, Votre Énormité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Un délire décompté

Oeuvre de Karl Edvard Diriks

Oeuvre de Karl Edvard Diriks

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Je m’appelle Salin de Guérande et j’écume les bars qui s’ouvrent encore à moi.

Je suis l’Estropié… et la gueule de bois six jours sur sept. Le septième jour c’est le repos de la… bouteille.

Il est lundi, trois heures du matin, les copains ne devraient plus tarder. Je suis allongé sur mon banc favori, sur la jetée accompagnée du seul lampadaire avec cet air triste en lumière comme un veuf qui s’est ouvert le cœur le jour de l’enterrement de sa moitié d’âme…

J’ai les écoutilles fermées et les esgourdes bien ouvertes. À quelques milles de là, les vagues très lointaines me parlent à tintinnabuler les nouvelles. Les premiers arrivants vont bientôt émerger, bordés par l’écume comme un linceul et briser ma solitude quelques instants. Ils me parleront de Trafalgar, je vais sourire.

Pourtant, il est écrit dans le fond de mon abyme que ce nouveau jour doit être différent comme un passage dont le destin en panne d’inspiration a écrit un scénario bien faisandé ou est-ce le delirium tremens qui avait son mot à dire ? Et pourtant je suis à mon jour d’abstinence.

J’entends un bruit, une onde brusque entre les vagues régulières qui s’agitent, des frissons de gouttelettes perdues dans l’axe du devenir. J’ouvre les yeux, me redresse, le lampadaire s’éteint… et a ce moment-là une partie de moi se refuse à admettre l’impossible ou possible réalité : un dragon à un demi-mille fonce vers ma direction. Pas un dragon de conte de fée. Non, non, non… un drakkar qui flambe de sa poupe… une vision surréaliste, un moment de pur délire et pourtant, je vois des ombres se jeter dans l’eau qui par endroit tourbillonnent comme affolées de ce tourment inhabituel…

Je me lève avec cette fureur inconnue de mes organes, de mon cerveau dépouillé du bon sens de la vie… ce ne sont pas mes copains les fantômes du Bucentaure, non… je reste pétrifié un instant quand ce ciel chamarré de quatre heures trente du matin ouvre à mes yeux étonnés un tourbillon brillant immense qui aspire ce drakkar sans un bruit.

Et puis tout redevient normalement calme, le lampadaire à griller sa tête d’ampoule et je me rassois le signe de croix à l’envers… demain, j’arrête la picole et me fais conteur d’histoires fantastiques…

— Tu te rends compte, on vient de repêcher le vieux Paul dans les filets du chalutier l’Escaubar… le pauvre après un énième délire, il a dû tomber à la baille…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Défilmer

Photo Willy van Rooy de Giampaolo Barbieri

Photo Willy van Rooy de Giampaolo Barbieri

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Toi ma Mexicaine aux bottes blanches de quatre lieues, aux cheveux blonds à la Marilyn, au caractère d’une Bonnie, j’attends que tu me délivres du fameux Dragon Jaffin. Je suis son prisonnier et me traite en imposteur, moi qui suis le Mage reconnu de toutes les terres émergées.

Il a osé, le traître, par ma confiance m’isoler avec son feu séducteur et me suis fait prendre à ce piège de… débutant.

Je rage devant son sourire quand il vient m’apporter ma pitance journalière en serviteur accoutré et m’impose les chaînes de lierre qui obéissent à sa seule voix.

Je ressens dans cette solitude d’autres cellules, et une particulière, un genre de… bordel… aux gémissements qui ne laisse aucun doute.

Tu dis ? Je t’entends pas très bien, il y a du parasitage… que je suis à l’épreuve ? Pourtant n’ai-je pas réussi mon renouvellement de Mage avec succès, l’année passée ? Réponds !

Tu es vraiment décidée à me mettre en ébullition, moi qui a été ton Maître, ta Voie, ta Fertile Perception, tu me laisses à ma propre angoisse dans ce cachot !

Maudite, trois fois ! Je rage doublement et… je ne suis qu’un naïf d’une vision nocturne : je perçois les contours mais non les âmes. Je vois la guerre et non les blessures, les morts… Je vois le sexe et non l’amour, les sentiments…

Je suis coupable de ne pas avoir su… t’aimer… Je sais pourquoi, je suis ici, aujourd’hui dans cette situation inconfortable…

Tu dis ? Je suis un monstre ? Comment un monstre ? Je tremble de rage dans cette prison qui n’est pas la mienne…

Tu dis ? Cette prison est ma prison ? Tu délires… je suis mutilé, humilié, offensé, rabaissé…

— Monsieur, monsieur… arrêtez de crier comme cela, vous êtes dans un cinéma.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018