Ce n’est pas du pavé de bœuf

Participation à Agenda Ironique de Mars de l’An 2019 (Vous avez jusqu’au 27 mars 2019)


Ici, la nuit n’a pas son mot à dire. Non, non. Ils sont tous aux garde-à-vous, lumineux cyclopes. Leur immobilité sonne un air d’éternité. Un tunnel, sur ce pont, dans la nuit fendue de part en part, forme rempart, dans un silence …

Le pavé de premier rang à droite est, aussi, silencieux. Et puis, un cliquetis étrange peu coutumier des environs… un cliquetis qui s’amplifie comme une souffrance qui s’offre les grands boulevards du chagrin, du sinistre, du lugubre … du malheur. Cependant ce cliquetis nuance sa partition, il devient comme ce goutte à goutte de robinet au joint usé, il perle…

— Mais il perle où, ce cliquetis ? dit le pavé du premier rang à droite, en se soulevant de quelques centimètres et se repositionnant aussitôt.
— Je ne sais pas, répond le pavé du premier rang à sa droite, qui pareillement à son congénère se soulève de quelques centimètres …
— Moi, je sais ! annonce le lampadaire à gauche, à droite en troisième position.
— Tu sais quelque chose, toi ? rigolent les deux pavés, en se soulevant …
— Vous êtes impertinents. Je ne dirais plus rien ! s’ébroue le lampadaire vexé.
— Allons, ne fait pas ta mijaurée, ma grande, lui dit le lampadaire à sa gauche.
— « On », me considère comme un lumineux bon à rien, alors que je sais moi d’où vient ce cliquetis.
— Bon, alors, dit voir, impose une voix, celle de maître pavé qui a connu 1789.
— Non !
— Tu vois, il recommence à bouder comme la dernière fois, dit le pavé du deuxième rang à droite du pavé de gauche.
— Non, c’est non !
— Bon … on peut négocier ? dit le pavé du premier rang à droite.
— Négocier quoi ?
— Je ne sais pas moi, un séjour d’une semaine à Chesterfield, en plein centre-ville, ça risque d’être chouette, non ? dit le pavé à gauche de la droite du sixième rang en partant du troisième pavé tagué.
— Et pourquoi pas sur l’Île de Pâques, hein ? Non, non … s’il faut négocier … eh bien je veux un nouveau visage … en leds … bleus …
— C’est les plus chers ! s’affole maître pavé qui a connu des mains sanguinaires de 1789.
— Bon … je ne veux pas vous contrarier, mais il m’énerve ce cliquetis … j’ai l’émétique aux bords des arêtes… ! énonce fort, le pavé du quatrième rang à partir du centre.
— Et un tour du monde sur le bateau Atlantique … ? dit un ancien pavé de la Commune.
— J’ai le vertige … dit le lampadaire à la voix divagante.
— Le vertige ? et le mal de mer, il compte pour du beurre ? dit le pavé de la huitième rangé à gauche en partant du milieu.
— Non. Mais tu t’imagines déjà à six mètres de haut ? Bon, eh bien suppose que je sois fixé sur un socle de ce bateau … qui navigue … et bien, j’ai le vertige moi, monsieur Du Pavé … et ne vous en déplaise.
— Bon, alors … va pour les leds bleus … dit résigné le pavé du troisième rang de la gauche de la gauche.
— De toute façon, je ne vais pas de suite vous dire d’où provient le cliquetis … non, non … il faudra me poser des questions …
— Jouer aux devinettes … c’est ça ? questionne, le pavé du dixième rang au centre droite … un peu décaler de l’angle gauche.
— Exactement !
— Eh bé, on n’est pas couché ! rétorque le pavé intérimaire, bien propre.
— Qu’importe, j’ai tout mon temps moi ! dit le lampadaire qui campe sur sa position par défaut, qu’il ne peut s’extraire de sa condition.
— Il m’énerve ce lampadaire, il m’énerve … dit le pavé du premier rang à droite.
— On se calme, dit le pavé de 1968.
— Alors, ce cliquetis est-ce qu’il perle sur la première rambarde à ta gauche ? dit le pavé ébréché à gauche du deuxième clou du passage piéton.
— Non.
— Est-ce qu’il est d’ici ? dit le pavé intérimaire, bien propre.
— Euh … je ne sais pas.
— Il ne sait pas ! Elle est bien bonne ! dit le pavé revenu de convalescence après un heurt avec … (lui-même ne sait plus).
— Et oui, je ne sais pas ! De toute façon cela n’a aucune importance.
— Comment ? Aucune importance ? Dis-moi, tu veux me tâter tête d’ampoule ? Et ce n’est pas du pavé de bœuf, dit le pavé en droite ligne et perpendiculaire au lampadaire, juste au-dessous de lui.
— Me menacer… il ferait beau voir (et pas Simone) … c’est bien … la première fois… dit le lampadaire en émotion neuf Beaufort, qui d’un élan de confusion interne se grille d’un coup.
— Messieurs ! messieurs les pavés ! Il va s’en dire que cet incident est regrettable, très regrettable, s’électrise en clignotements irréguliers le lampadaire en tête de colonne en partant du coin gauche à … droite.
— Nous, on veut savoir d’où il vient ce cliquetis et puis c’est tout ! dit un pavé romain en vacances.
— Vrai, nous on n’est pas là pour « Jeter un pavé dans la mare » dit un pavé excédé, exilé de la rue Colbert de Tours, et tous les pavés de rires par des battements à faire trembler le pont et les socles des lampadaires qui commencent à blanchir dangereusement signe d’une éventuelle syncope collective.
— Messieurs ! messieurs ! je vous en prie … messieurs les pavés! reprenez-vous ! reprenez-vous, dit le lampadaire deuxième du nom après le lampadaire en tête de colonne…
— …
— Merci messieurs d’avoir repris vos esprits et je vais vous dire de suite d’où vient ce cliquetis qui perle fortement et vous irrite … c’est une bouteille d’eau de belle nature … une eau des montagnes de beau caractère … qui vient de suicider par starification… sous l’arche droite du pont … ne me demandez pas comment elle est arrivée là … et le pourquoi de son geste … même s’il est pour nous évocateur d’un abandon de pureté, d’honnêteté, d’authenticité … mais je souhaite dire, en chœur, avec mes congénères ces quelques mots, de recueillement, en litanie : « Les réverbères dorment allongés dans l’espace » (*)… avec vous, car nous sommes différents mais nous sommes depuis la nuit des temps sur la même voie …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

(*) : Edmond Jabès – « le milieu d’ombre » – 1955.

Tout infini est immature comme l’humain

Journal_Donald_Duck_Fevrier_1990

Journal_Donald_Duck_Fevrier_1990


… à l’infini comme un échange perpétuel et modifié à tout instant qui semble stable comme une oscillation qui varie insensiblement et pourtant qui s’oppose à elle-même par effet de franchir sa propre survit pour exister …à l’infini …

En fait, l’infini est porté exclusivement par le seul fait de le prononcer. Cette « force de gravité » s’immortalise par son propre nom et porte ainsi une définition, des légendes et surtout les mystères de sa propre consistance … car la spéculation est dans son domaine. En effet, n’ayant aucune conscience matérielle, cet infini reste à se décrire et par voie de conséquence par la simple idée de son existence probable par les mathématiques, la philosophie et par autres sciences … alors que le commun des mortels, sait, lui, que l’infini est une parabole et son infini, à lui, n’est qu’une portion visible de son existence comme un horizon qui n’a pas de fin… devant ses yeux émerveillés … comme un champ perdu dans le cosmos …

Et de fait, nul besoin de poser l’infini comme élément du vivant. Aussi est-il souhaitable de définir l’infini comme élément mesurable qui est pourtant par définition … immensurable ? Car ce qui est mesurable permet une « vision », une conceptualisation, une représentation et même si les mathématiques apportent des réponses, par voie de conséquence, elles sont subjectives.

Tout infini est immature comme l’humain, c’est la force de l’infini « d’être » conçu ainsi. Il est né par le façonnage d’esprits, qui après avoir résolus le segment de droite, se posèrent cette question : qu’en est-il de cette droite infinie quand le cercle est ouvert ? En effet, un cercle, par exemple, est une succession de points, qui a un moment ou un autres, se rejoignent. Le fait, qu’un esprit, dirons-nous curieux a « ouvert » le cercle (comme d’autres « ouvrent la cage aux oiseaux »), celui-ci a pris, non pas « la tangente » mais la première sortie en ligne droite, la plus courte (sic). Alors, certains diront, oui mais … une droite ça n’existe pas car dans ce monde d’invention créative et récréative tout est courbe. Ainsi les plus malins ont de suite formulé avec audace et de fait, l’espace étant courbe, l’infini devait avoir … une fin … quelque part …

De fait, la boucle étant bouclée, l’infini, est, en conclusion une entité finie … ceci tranché, je vais m’en couper une tranche … de temps.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019