La vase politique aux paroles plantées

Photographie de Amerikali – Market day Londres

Blog : Éveil & Vous – Éditions (Challenge du 1er au 28 février)


D’un pas à un autre chaussée d’un effet écho la ville masquée de ses odeurs habituelles s’étiole lentement sur les rebords de la vase politique aux paroles plantées sur des lèvres gercées par les froides indécisions quand le quartier de la City fait tranquillement… son marché.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 12/12

Nicolas-François Gromort 12 1837

Nicolas-François Gromort 12 1837

 

Agenda Ironique Avril   (en 12 épisodes) – Pour la lecture des 12 épisodes déjà écrits le lien ICI

Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


12/12

Lucie, bien avant Jacquard

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Toi mon isolement mon désert d’amour dis-moi je t’aime dis-moi ma survivance ma douce faux à l’Ankou filigranée je te défie au bord de ma lignée détissée sur une trahison où j’ai posé mon désir fané sur une dalle de marbre veiné de ma tristesse et je brode mes malheurs à la vielle de mes larmes à mon océan d’amertume je rame sans fin comme pour résister encore et encore jusqu’au dernier moment sans rédemption abandonnée à mon sort sur le parvis des langues quolibets…

« Les hommes sont bizarres ; ils ne savent rien refuser à une femme
qui leur est étrangère, et celle qui mérite le plus leurs égards semble
toujours celle qui en obtient le moins. Mon saisissement, mes regards
suppliants, rien n’a put’arrêter, rien. Tu es parti ; je suis restée là,
debout, immobile ; je t’ai suivi des yeux donnant la main à cette femme.

Je l’ai vue monter en voiture. Puis toi, toi près d’elle ! Le bruit de la portière,
lorsqu’on l’a fermée, m’a presque renversée ; celui des roues, lorsque
l’on est parti, m’a fait pousser un long gémissement ; il me semblait
qu’elles emportaient ma vie, qu’elles broyaient mon cœur. Mes forces
diminuaient à mesure que le bruit s’affaiblissait ; et quand le dernier
murmure s’est perdu dans l’air, j’ai cru ne plus exister,
et je suis tombée mourante sur un siège. » (Constance de Salmlettre II)

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Et toi mon fils qui répudié mendiant sur le trottoir et vous mon époux défilé du logis désengagé à mon encontre je paie le prix de votre mésalliance et pourtant j’avais ce pouvoir de pardonner Dieu m’en est témoin et j’acte de mon nouveau chemin à la croix des calvaires vous me tiraillez le cœur et l’âme s’émeut de tenir prières sur les genoux des froids pavés de l’incertitude d’avoir une place au ciel moi honnête dévouée pieuse je m’endormirais l’enfer dans mes bras… moi l’innocente…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Écho de Nous

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Pour la première fois je pénètre un lieu sacré avec légèreté : une chapelle. Et quelle chapelle ! Entourée d’un bois bien boisé comme un vêtement de belle lady il ne manque que le cierge de bonnes mœurs pour raviver ce lieu dont le pèlerin a oublié jusqu’à l’Ondine de l’eau bénite.

Tu es là Mon A assise sur ce banc, robe fourreau à l’encolure triangle, coutures à la viennoise, manches courtes et bottines demi-haute noires à lacets, le tout en bas résilles genre impulsions.

Notre énième rencontre (rendez-vous fait dentiste ou coiffeur), nos sens à l’unisson, nos échanges entre tes lèvres horizontales et verticales je bande mes mots dans ta bouche et te phallus en tes profondeurs, et l’émotion déborde comme le lait sur le feu, nous sommes braises acteurs et spectateurs de notre devenir.

Je m’assoie prêt de toi. La vierge à ma gauche, saint maxime à ma droite, en face un vitrail, le christ en tenu de travail (sur la croix) et sainte marie-madeleine au parloir.

Main dans la main, nos iris entremêlés, nos souffles soumis, notre envie commune en litanie enchaînée, notre parfum d’amour allégorie de nos ébats improvisés… au possible. Pas de messe basse entre Nous. Nous sommes l’unité, la parfaite symbiose, le triangle équilatéral de l’Amour, je suis la racine qui brasse sa terre et tu es cette terre qui mouille toute la passion en ma racine de sève tu t’abreuves…

L’autel n’est pas loin. J’entends un clapotis. Nous nous retournons d’un seul… mouvement. Est-ce un voyeur ? Un oiseau indiscret ? Une eau qui suinte de l’au-delà entre les clés et le gothique de la structure ? Le tuffeau flétri de mauvais temps, de langueur hivernale, d’attentes moisissures… ?

Qu’importe, nous prenons acte et portons nos corps vers l’autel. J’enlève ma veste “solide à l’usage, le tissu composé de pure laine vierge de polyester et d’élasthanne”, et pose ce vêtement confort sur le marbre. Tu hésites. Tu préfères que je te retrousse sur le banc et me voilà à te lustrer

Le membre en attente de toi, il prie le bougre, il est turgescent à souhait, il se crampe et se campe et attend la trempe entrecuisse fiévreuse au bout de ma langue câline et besogneuse…

Nous sommes ce seul regard de Nous en ce moment allumé, synchrone aux remous, rythmes, aux manœuvres en tes reliefs tu me guides, je suis ton matelot tu es ma capitaine, tu fais l’arabesque et nous somme l’entrée de la jouissance que nous refoulons… flux et reflux, tu es belle Mon A…

Et nous entendons, un frémissement en écho en deux directions possible : la Vierge Marie et Saint Maxime…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Analement vôtre

Image Getty - Two woman in masculine fashions - 1955

Image Getty – Two woman in masculine fashions – 1955

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Je me suis entendu dire, il y a quelque temps de cela : « Analement vôtre ». Je dis : attention ! Un presque cri dans un couloir d’aéroport par cette formule, c’est très embarrassant, surtout quand la personne vous prend dans ses bras, vous embrasse sur les deux joues comme du bon pain.

Je dis : non ! Pas d’écho, sur ce sujet. Je ne suis pas coincé, je suis lucide et un peu pudique tout de même. Enfin ! Tous ces gens qui se sont retournés et ces esprits interrogateurs, voire goguenards et même envieux. Je dis non non !

Ce n’est pas parce que vous avez rendu service une fois, que la planète soit au… jus.

Bon, vous-voulez savoir ? Elle s’appelait Patrice, un trans qui m’avait bien allumé ce soir-là. J’avais très envie d’une relation… même buccale. Il m’avait offert un mojito et puis un autre et un autre. Je ne suis pas un marathonien des cocktails alcoolisés. Ce soir-là, je me suis laissé embarquer, et surtout tenter.

Elle avait un charme fou. Un quelque chose de romantique dans les yeux, de classique par la bouche et des joues à la gothique, bref un visage hérétique comme je les aime. Et le reste proportionné et esthétique.

Pas d’hypocrisie entre nous. J’ai un faible pour les trans. C’est comme ça et il n’y pas d’explication rationnelle. Et d’ailleurs en ce monde-ci il faut toujours tout expliquer, et détailler au bistouri voire au scalpel, pour analyser (j’aime bien ce mot), comprendre, étiqueter, voire cataloguer et pire stigmatiser. Eh bien, non !

Pas d’imposture entre Patrice et moi. C’était franco de jeu. Son regard déjà possédé de moi, elle me plaquait, me retournait, de dessapait vers le bas… j’étais prêt, nous l’étions. Nous l’avions toujours été.

En cette saison de tiédeur, à cet endroit de la ville, le square dit “Dés deux entrées” nous offrait un lieu où l’interdit est jouissif et le cimetière d’à côté voyeur en feux follets, emballait notre éréthisme.

Nous étions intimes dans l’intime. Nous étions seuls dans nos voix à l’unisson. C’était étrangement savoureux, un délice de l’anal au canal brassé électrifié. Nous étions à la fois rugueux et outrageux, fougueuses et cajoleuse…

Et voilà, dans un aéroport, Patrice m’embrasse, m’enroule de ses bras, aux regards d’un monde trop souvent épineux…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018