Les années passent s’entassent et nous encrassent

Pied à pied Photo Iotop 2020

Aujourd’hui, il fait beau. Enfin une bonne nouvelle.

— Et toi, tu as une bonne nouvelle ?
— Oui !
— Et ?
— Je garde le secret.
— Pourquoi ?
— C’est beau un secret … le préserver du monde extérieur, ne le garder que pour soi c’est jouissif …
— Hum … on a besoin des bonnes nouvelles des autres, aussi.
— Pour se gorger d’indécence ? Le monde est une gigantesque sangsue de biens et de maux !!!
— N’accuse pas le monde de ses imperfections … tu es de ce monde …
— Tu disjonctes ou quoi ? C’est ta nuit astrale qui t’envahit ?
— Non ! Les ennemis de la bonne entente, de la joie de vivre, de l’espérance …
— Soit dit en passant, l’espoir est fait pour les pauvres…
— … de l’alliance, de la concorde, de la compréhension …
— Stop ! Gare à la connivence des adjectifs qualificatifs obséquieux à venir …
— En prononçant : gare, j’ai l’impression que l’on s’égare …
— Tout juste, et ne gardons pas en mémoire cette divergence.
— Allumons une bougie de paix ?
— Nous avons des discordances pas des dissonances.
— Nuance.
— Tout juste.
— Les années passent, s’entassent et nous encrassent, parfois.
— Oui, mais qu’importe, notre amitié n’est pas vacillante pour autant.
— Et … ce secret ?
— Je t’avoue, et tu le sais, l’amitié a son jardin secret …
— C’est une bonne nouvelle …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’éternité comme signataire …

Blog oulimots contrainte écriture


Une touffeur peu commune se dégage dans le castel enterré de moitié dans une terre rocailleuse importée d’un territoire aussi millénaire que la propriétaire du lieu que l’endroit aussi reculé qu’aucune âme n’est venue hanter, d’homme ou autre animal …

Des traits de lumière traversent des pièces dont les noms se sont perdus au fil des siècles, meublées d’un style mystérieux presque occulte et tapissées de récits d’un autre monde comme s’ils avaient été envisagés qu’ils possédassent l’éternité comme signataire …

Quand le frisson d’un mur de pierres en schiste comme une onde palpitante d’un ruisseau de plaine tinte le tissu de la peau doucereuse de la dormeuse millénaire …

Un spectre murmure : « … mémoire traîtresse et souvenirs bourreaux, le tranchant de l’un nous écorche vif l’autre nous transperce à cœur jusqu’au malaise … et pourtant nous tenons les chaînes dirigeons par les mors labourant les flancs par les éperons et nous résistons jusqu’à l’aube … la souffrance comme une aubaine et la douleur comme une malédiction …»

Et comme un enchantement inattendu, lunule de l’index droit de l’endormie se met à briller tandis que s’élève lentement le son d’un piano en allegro

Le temps du réveil et de la désillusion …

Le prince charmant est en retard …

— C’est navrant … qu’il soit maudit … en attendant, je vais faire le ménage…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Compréhension toute éberluée, le menton relevé

Marisa Mell smoking a cigarette disguised as a nun, circa 1963, nonne

Agenda Ironique Novembre 2020 : Laurence et Jean-Louis


Si on considère « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » cela sous-entend sans sonotone que « chacun chez soi et les moutons seront bien gardés » nous place devant des assertions qui portent sur le haut de l’Everest la raison en ces fameux mots : « dans la nature, tout à toujours une raison » selon Léonard (et pas Bernstein), ce qui permet d’approcher une certaine vérité qui a toujours dans son casier une très belle toile à la Jules Joseph Lefebvre de 1870.

Cependant, : « on passe une moitié de sa vie à attendre ceux qu’on aimera et l’autre moitié à quitter ceux qu’on aime » écrit le Père Hugo avec raison, et je vous vois hausser le sourcil gauche bien fourni à la Georges car vous cherchez avec désespoir le pourquoi du comment, tel le puits devant une eau qui s’évapore à son pied …

Eh oui, quel rapport ? Eh bien, s’il y a « un temps pour chaque chose » et « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » la citation du Père Hugo devient par effet caduque. Ce qui nous amène directement l’énoncé suivant : « En Normandie, poire de mouton, poire précoce bonne à manger ». Est-ce à dire que Hugo nous a pris pour des moutons depuis tant d’années ? Et, à la vérité toute décente et nue (voir Jules Joseph Lefebvre) le flambeau ne fait pas mine de prendre de la hauteur devant nos yeux et notre compréhension toute éberluée, le menton relevé, la raison vacillante mais non abattue, car n’oublions pas que le verbe aimer se conjugue au moins à deux et un divorce de l’être aimé.e devient par effet non avenu car l’attente a pris racine et feuillage jusqu’au ciel de l’espoir devenu lui-même un squelette méconnaissable…

La trahison est fière, devant nous, comme une statue à l’envergure antonyme de la Liberté, la larme bien salée de l’œil droit qui roule (ce n’est pas l’œil qui roule, suivez) comme un torrent de satisfaction car, il est écrit : « Il y a un moment pour tout, et un temps pour tout faire sous le ciel », en un mot : « tout vient à point à qui sait attendre »…

En cela, ne jurons pas outre mesure tel un fabuliste plagiaire trop connu qui : « jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus » au fond du tombeau sans ver luisant mais avec humour : « Bretzel liquide ! ».

Comme quoi, il y a bien : «  Un temps pour chaque chose ».

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Parcourir des arpents de prairie sur le dos d’une chèvre

Homme de pierre – peinture de Xue Jiye

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— Alors ? Aujourd’hui ?
— Pareil !
— Qu’hier ?
— Que tous les aujourd’hui !
— D’un aujourd’hui à un autre c’est le même, c’est çà ?
— Le même !
— Y a pas d’hier ?
— D’hier ? faut croire que non.
— Non, c’est vite dit ! Non ?
— Non, ce n’est pas vite dit !
— Tout de même, c’est fort !
— Laisse-moi Anna !
— Ce n’est pas grave.
— Oui !
— …
— …
— Dit
— Oui ?
— Je pensais : anaphores, là !
— Anna … fort ?
— Non ! Notre discussion ressemble à des a-na-pho-res.
— Ah ? En tout cas, rien à voir avec des alexandrins.
— C’est ça !
— Et si tu changeais de jour ?
— De jour ?
— Par exemple, si tu disais qu’un jour est un autre ?
— Comme par exemple ?
— Eh bien, si tu te dis : lundi est différent de mardi, mardi de mercredi … tu vois ?
— Je ne vois pas l’intérêt.
— Tu refuses d’avancer ? Tu rejettes ma requête ?
— C’est ça !
— Tu veux rester dans un aujourd’hui identique ?
— Dans mes pénates bien au chaud !
— Pourquoi ? franchement ?
— J’ai une prothèse de cerveau.
— Je sais ! Et ?
— Et ? J’essaye d’éviter les incohérences … je dois maîtriser…
— Comme par exemple … ?
— Devenir aphone.
— Ne faut-il pas « lâcher la bride« ?
— Je ne comprends pas la question.
— Dépossède-toi de tes connexions néfastes.
— Tu penses que je dois faire intervenir un vaudou ?
— Ne soit pas incohérent, là !
— Tu crois ?
— Comment te sens-tu à cet instant ?
— En apnée
— Normal.
— … et de parcourir des arpents de prairie sur le dos d’une chèvre dans un seul souffle ?
— Étrange !
— Tu sais …
— Oui ?
— C’est à en perdre la tête …
— Prise de tête, non ?
— Aussi … je me demande …
— Oui ?
— Aussi … je me demande …
— Euh … oui ?
— Aussi … je me demande …


— Professeur, professeur, votre énième condamné n’a plus sa tête … professeur Guillotin ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2020