La cinquième corde de l’émotion

Photographie Iotop 2022

Agenda Ironique Juillet 2022 (avec un retard certain)


A l’UT nul n’est tenu à sa clé au par dessus le dos d’une ouverture maintenue à la baguette qui se durcit à l’envolée d’une partition possédée d’un corps d’archet au premier rang d’un violon prédicateur…

dempteur à tous les rangs assis à l’écoute des oreilles fœtales l’entremetteur a de la vibration quand les octaves non de prénoms s’élèvent à l’orée des pavillons suspendues aux lobes frontaux…

MInimalisent les intonations du silence enroulé sur la cinquième corde de l’émotion à l’éther pris à témoin des auditeurs enrôlés à l’unique portée de se grandir au diapason d’un trémolo piquant…

FAscinant tel un point d’orgue dessiné à l’accroche d’un destin à la fièvre de vivre une seule demi-seconde au multiple d’un tracé à l’intérieur d’une aire à la nue-propriété d’un air habillé et enjoué…

SOLstice d’été de l’humain à son assemblée respire le soupir à l’apnée se déguise à la pause missionnaire à la croche d’une paire de cymbales à la prise de mains que le gong s’idiophone d’amour…

LA reprise d’un temps lisse l’éclair à l’arc-en-ciel d’une réalité au corps du violon ondulé aux caresses dépliées le chœur s’amplifie crescendo aux percussions au langage d’un motif en une rhapsodie …

SImultanément la mesure s’élève au majeur qui s’impatiente et s’éprend en tsunami à se gorger d’un tout que les instruments eux-mêmes s’essoufflent dans un craquement … le requiem se réveille …

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

… et converge vers un seul fruit…

Photographie Iotop 2022

Agenda Ironique Avril 2022


«Les Fées sont d’exquises danseuses» quand l’heure du solstice se lève après le minuit derrière la dernière tonalité d’un son de cloche sur le parvis de l’église qui traîne toute la misère du monde devant l’origine du cierge saisi en main comme une aubaine s’il est bien allumé de bonnes intentions pour éclairer le Paradis de l’Enfer et ne croyez pas un traître mot de l’esprit du conteur païen à la gouaille qui sève à tour de branches le tronc de ses histoires portées à la hauteur du premier podium de la calembredaine les légendes du monde au toupet de transmettre que l’Enfer vient du feu de Dieu quand celui-ci déplace ses meubles un soir de la Pâques pour son nettoyage de printemps…

… et quand bien même on peut y faire contenir des vérités à ces légendes à toutes les panoplies des contes à l’heure du bois flambant dans l’âtre de la cheminée bien montée de ses jambages et de la crémaillère qui a du cran à tenir le chaudron émulsionné de tous les fruits de la Terre mère porteuse des aspirations d’une seule idée qui converge vers un seul fruit pas nommé mais décidé pour sa pomme à être coupable et pas un seul palimpseste ou un archéoptéryx pour y mettre son grain de sel pour infirmer ce concept à la ligne qui se propage d’un point à un autre des âges pour tenir comme fait accompli que la souffrance nous gouverne et semble rajeunir de jour en jour tel un fruit mûr au risque d’éclabousser nos vies prises aux corsets des habitudes qui tirent de drôles de mine sur le terreau de l’impermanence…

… ainsi l’effet danse à la vibration de la narration quand le compteur du temps se laisse porter aux déluges d’un conteur… délirant.

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 13/…

Photographie_Iotop 2022

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

L’ensemble des chapitres ICI


La question eut un impact inattendu. Toutes occupées qu’elles étaient à leurs joutes verbales, Dame Luciole et Pan d’Ore avaient oublié qu’elles n’étaient pas seules. Les mots du Prince Kremaloff générèrent un arc électrique qui fit grésiller l’ampoule de la Grande Perche, friser les barbes des deux nains, et hérisser les cheveux de Kremaloff. Dame Luciole avait eu le réflexe de mettre ses délicates ailes à l’abri, et s’en tirait avec quelques épis dans son brushing. Quant à Pan d’Ore…
Quant à Pan d’Ore, elle avait sursauté à s’en cogner la tête sur un tabouret dont on se demande encore ce qu’il faisait là, s’était ensuite recroquevillée et avait repris sa couleur d’or d’origine. Immobile, elle fut bientôt recouverte des milliers d’insectes qui la protégeaient avant l’ouverture de la trappe. Sur le point de sombrer dans une profonde léthargie, elle grinça dans une voix chevrotante : « C’est Heeeerrrrr maaaaann »
Puis le silence plomba l’ambiance et les ailes de Pan d’Ore en même temps. Tout alla si vite que le bec de gaz et les bouches en restèrent bée.
— « her man » a-t-elle dit ? s’interrogeait, perplexe, le Prince Russe à haute voix. « Pan d’Ore parle anglais ?! Mais le ‘man’ de qui ? Avez-vous une connexion avec cette affaire, Dame Luciole ? Êtes-vous d’une façon ou d’une autre fiancée ? Mariée ? Êtes-vous la concubine du complice de Pan d’Ore ? Allez, allez, dites-nous donc, dites-nous tout !!
— Que nenni Damier Russe ! Je ne suis point un pion sur l’échiquier de qui que ce soit, et je vous interdis de me parler sur ce ton, espèce de rustre !!
— Elle parlait peut-être de son homme à elle, tenta le Réverbère, embarrassé par ce nouveau rebondissement qui semblait faire encore durer la nuit et reculer le lever du jour et l’heure pour lui de se reposer. Il commençait à regretter sa vie d’avant. Dormir, éclairer, dormir, éclairer, c’était monotone, certes, mais confortable aussi. D’autant que la poigne de fer de Dame Luciole avait quelque peu refroidi ses ardeurs et ses sentiments à son égard. De toute façon, elle était trop petite. De quoi auraient-ils eu l’air cote à cote tous les deux ?
Têtes baissées, les nains restaient silencieux dans leur coin, pétrifiés, statufiés, sauf les mains qui se tordaient à loisir. Leur gêne était palpable.
— Eh bien, vous en pensez quoi, vous, les nains ?! Après tout, c’est vous qui nous avez embarqués dans cette galère dans laquelle on rame sans même savoir la possibilité d’une île !! A votre avis, c’est l’homme de qui, hein ? Le Prince russe, visiblement en manque de thé et de réconfort, vociférait fort comme le Capitaine Haddock.
— Euh… bah… enfin… euh… bredouilla l’aîné, Pan d’Ore parlait peut-être plutôt d’Hermann.

Toutes les oreilles de l’assemblée se dressèrent alors.
— Hermann qui ? Hermann Maier ? Hermann Hesse ? La tortue d’Hermann ? Mais enfin, allez-vous nous dire ??!!
Oui, il était vraiment énervé, le Prince Russe, une mousse blanche commençait à se former à la commissure de ses lèvres et ses joues étaient rouges comme un camion de pompier.

— Le Hermann de Pan d’Ore, c’est notre grand-oncle peut-être ?! C’est lui qui nous a mis sur la piste du trésor, c’est lui qui nous a bercé de cette histoire depuis notre plus tendre enfance. C’est pour lui que nous sommes partis en quête…
— Et il est où, à présent ?
— Eh bien, aux dernières nouvelles, il avait rejoint un sous-sol de la terre en s’élevant à un autre étage du monde.
— Je ne comprends rien à votre charabia ! Il est monté ou il est descendu ?
— Un peu des deux, peut-être, intervint la Grande Perche. Est-ce que votre grand-oncle Hermann est mort ?
— C’est ce qu’un voyageur nous a rapporté, oui, il y a quelques mois déjà…

(Texte Florence)

Le parloir du Temps

Photographie Céline 2022

Blog oulimots contrainte écriture


Le Diable ce matin-là, prenait son petit déjeuner et comptait sur le boulier de service le nombre d’arrivants tandis que Dieu en face de lui décomptait ceux qui n’avaient plus rien à faire à la Maison Paradis tout en grignotant une pomme…

L’ambiance était bon enfant. Quand un oiseau se posa sur l’épaule droite du Diable. Dieu leva les yeux, pointa son index en direction de l’oiseau et le Diable fit pivoter ses yeux de quatre-vingt-dix-huit degrés.

— Étonnant ! s’étonna Dieu, monothéiste pur et dur.
— En effet ! convenait le Diable, habillé ce jour-là en Arlequin.

La journée et les années passèrent ainsi : l’oiseau sur l’épaule du Diable.

Au moment du coucher (une fois par mille ans, pour les puristes théologiens), la lune accompagnait Dieu et Diable (il n’y a pas de tour de garde) à s’enfoncer délicieusement chacun de leur côté dans un lit moelleux : l’un au duvet des bienheureux et l’autre aux piquants des malhonnêtes, tandis que la nuit (en contre bas), elle, faisait son office au moment où le jour prenait son tour de veille. Ainsi à chacun sa mission et pas l’ombre d’une dispute, au silence comme gardien.

Ce jour-là, l’oiseau piailla pour la première fois, déboussolé que son perchoir ait une autre position, incongrue… qu’il s’essaya à déplacer.

— Ooooooooh ! dit le Diable, joignant le geste à la parole se débarrassant du volatil tournoyant autour de son auguste composante démoniaque et infernale, et se retournant dans le lit, dérangeant Dieu qui grommela en un juron et une bénédiction tout en s’exprimant :

— Alors ? Qu’es-ce ce raffut ? Je voudrais bien dormir en paix.

Et le parloir du Temps s’activa en alarme, premier devant le prie-Saint à la croix du martyr qui se réveilla, soupira, se leva, enfila sa robe de bure violette, chaussa ses caligæ et s’informa de l’incident au prêt de Dieu.

— Qu’est-ce, Dieu mon père à la trinité bien sonnée ?
— Met-moi… à distance ce volatile infernal… que je puisse hiberner en sainte tranquillité.
— D’où sort-il ?
— Je n’ai pas la genèse de cet… emplumé !
— Mon Dieu, vous exprimez là un mot déviant.
— D’Évian ? Je ne vois pas le rapport avec cette commune thermale !
— Ne soyez pas espiègle, Mon Dieu.
— Dites, ne jouez pas au directeur de conscience… allez, hop, il faut me virer cet oiseau là…

Et malencontreusement le doigt de Dieu désigna le Diable en même temps que l’oiseau passait sur la tangente du regard de celui-ci.

— C’est moi que tu veux chasser ? dit le Diable qui se voyait désigner comme indésirable.
— Mais non ! informa très justement Dieu, béatement.
— Comment non ?
— Bé non, ce n’est pas toi, mais l’oiseau.
— Il ne te plaît pas, l’oiseau ?
— Il me gêne pour m’endormir.
— Moi pas !
— Dis, tu vas t’y mettre aussi, hein ? J’ai déjà le saint martyr sur les bras…
— On dit ça, on dit ça…
— Comment, on dit ça ? Clarifie ta pensée !
— Non !
— Comment : non ?
— Ce n’est pas assez clair comme refus ?

Depuis la discussion s’éternise quand les exégètes considèrent ce moment-là comme l’oiseau de la discorde… et de ce temps, le monde … de bien et de mal ne savent plus à quels saints se vouer…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Du premier mot velours du matin

Photographie Iotop 2022

Agenda Ironique Mars 2022


L’attente sciée à un endroit renaît autre part comme une hydre sur le regard du temps qui se couvre d’un chaud sablier qui se retourne toutes les heures dans son lit de frémissements sableux d’un vague passé qu’une audace capée à l’héroïsme giflée par un zéphyr du verbe celui que le cœur a taillé à la serpe s’ancrée sur le mur indécent du souvenir.

Le frimas du réveil que l’incertitude épaule à la convenance à ne rien dire à l’oreille du premier mot velours du matin apporte pourtant l’annonce d’un renouveau le a s’éprend d’un h à sa garde s’interroge et fait l’étonné à se fendre de ce ah exclamatif en demi-ton comme une découverte pêchée au torrent d’un dictionnaire émoustillé onctueux d’onomatopées aux pages d’une peau abricot que se retient une première langue à goûter.

Au lever le seuil s’impatiente l’attente lui prend le bras les premiers pas s’allongent et le jour se farde aux yeux d’une fenêtre qui semble médusée de sarriettes qui dansent de bras en bras au vent siffleur soulèvent quelques corolles à l’envi.

Il est matin différent des autres matins… l’attente est distance…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Au transport de mulots musclés

Photographie Iotop 2022

Blog oulimots contrainte écriture


Un chat de belle prestance et de bons poils… entretenus, attendait … sur son banc titulaire le prochain passage d’un volatile ingénu comme une première neige qui ne sait pas encore qu’elle sera le jouet d’une boue de caniveau …

Le félin locataire d’un chinois naturalisé par défaut russe de tenir une cantine de travailleurs aux ordres d’un collectivisme de bon aloi de besogner jusqu’au dernier os valide sur la reproduction d’une seule rose… sombrait dans un rêve qui franchissait par curiosité le seuil d’un cauchemar anodin…

L’espace s’ouvrait, à qui savait l’interpréter, sur un immense champ unifié par une seule couleur verdoyante et en son centre, qui paraissait naviguer à vue, une énorme meule de foin dont l’extrémité clignotait tout de blanc, se déplaçait au transport de mulots musclés…

Dans son sommeil le matou frétillait ou convulsait des membres quand son museau menu et rose troussait ses babines blanches par l’action neuronal déphasée de l’incongruité de la situation qu’il se voyait à croquer quelques rongeurs qui riaient comme des damnés les incisives en sang et le chinois en garde poules…

Le chinois propriétaire du félin jardinait à quelques vues du banc. Il souriait des soubresauts de son greffier, un bon chasseur qu’il gardait par pur intérêt. Sa jeune femme, enceinte de quelques lunaisons, qui l’aidait d’une binette, ne souriait pas de l’agitation de ce grassouillet et profiteur serial killer. Elle pensait au mieux à le soustraire par une punition radicale que le mitonner avec de bonnes herbes pour le meilleur.

Le chinois mari connaissait l’aversion de sa tendre épouse, Tiān Shǐ, pour son quadrupède qui à cet instant animal et d’instinct de survie que la binette allait lui trancher possiblement sans certitude pourtant affirmée son fil de vie qu’il se réveilla pour agresser en un ressenti d’une légitime défense la bipède dans un sursaut que la demi-seconde elle-même fut surprise de la rapidité de la manœuvre que répondit dans l’immédiaté une main poignante et marrie qui lui rappela son rang de mammifère… dans la chaîne alimentaire….

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 9/…

Photographie Iotop_2022

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI et 8 ICI et 10 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


La Russe autorité avait entrepris de soulever la trappe à nouveau. La grouillance souterraine n’avait point faibli, c’était comme une ligne de métro ou deux, aux heures de pointe et en temps de grève. Réalisant qu’il avait presque cohabité et même protégé ce microcosme sombre et peut-être gluant, Sieur réverbère faillit tourner de l’œil et du bec de gaz.

— Mais qu’est-ce donc que cette affaire ? est-ce que quelqu’un peut m’éclairer ? demanda-t-il d’une voix blanche. Il ne diffusait plus à présent qu’une lueur blafarde.

Tous se penchèrent à nouveau sur le monde miniature. Une main caressant leur barbe, les deux nains bredouillaient des sons inintelligibles ponctués de « c’est pas ça qu’on attendait », ou de « Mais à quel moment la légende s’est-elle embourbée ? »

Le Prince russe écarquillait les yeux pour tenter d’apprivoiser l’obscurité jaillissant de cet univers différent. La luciole, quant à elle, ne semblait pas émue outre mesure et continuait à papillonner, ici et là, en toute légèreté.

— Regardez ! croassa Kremaloff. Regardez cette foule d’insectes rassemblés et collés les uns aux autres ! ça pullule et ça bouge comme la plèbe attroupée au moment des soldes, ça gigote et ça remue et ça parait immobile à la fois. On dirait une toison noire, un pelage plein de pattes ondulant sous l’effet d’un vent stagnant… ! Que diable se passe-t-il dans ce recoin lugubre ?!

Les nains s’étaient tus, le lampadaire avait des remontées acides, la luciole souriait. Et tous, tous, avaient les yeux fixés sur la masse sombre.

C’est alors que s’éleva un chant au-dessus des têtes, une mélopée émergeant d’un autre espace-temps, une mélodie pentatonique parfois aigue et parfois grave, accompagnée de stridulations et de soupirs légers. C’était Luciole qui chantait, les ailes habillées de couleurs précieuses et déployées selon le tempo, dévoilant ce faisant un peu plus de ce que sa nuisette dissimulait à peine. Le spectacle était plus que charmant.

A la surprise générale, tous les insectes agglutinés se dispersèrent en dansant-rampant, laissant ainsi voir le trésor qu’ils protégeaient vaillamment.

Alors on distingua la Lucane d’or.

Sous la multitude sexapodée dormait un insecte géant, au corps et aux pattes d’or massif et aux ailes couleur turquoise et Lapis Lazuli.

Déjà à moitié anesthésiés par les chants lucioliques, ceux du dessus de la terre restèrent interdits. Sauf bien sûr le Prince Russe qui ne s’interdisait jamais rien. Et Dame Luciole qui pris son envol, après avoir déposé un baiser sur un œil vitré de Sieur Réverbère. Celui-ci se mit à rougir et à crépiter. Luciole dansa avec frénésie avant de s’engouffrer dans la cavité fantastique, l’éclairant ainsi d’une lumière nouvelle….

(texte Florence)

Pour faire fleurir la tristesse

Photographie Iotop 2022

Blog oulimots contrainte écriture


Le pétale rose est morose sur son balcon au regard lointain défiant la forêt de toitures qui semblent une peinture indélicate trop grise pour que le ciel s’en offusque lui qui a de sa préférence le nuage cirrus…

L’Astrolabe, son voisin, installé sur la petite table verte bien en fer, est silencieux et semble trier ses souvenirs tel l’humain assis près de lui avec son kilo de lentilles à départager l’ivraie avec une loupe, son troisième œil…

Paul entend sa Tentacule, sa voisine de palier, jouer de l’Orgue qui semblait pleurer d’une larme à une autre pour faire fleurir la tristesse en cet après-midi qui semble s’étirer sur le bord du rien sur le bulbe d’étrave fendant le néant…

Exergue qui fumait sur le balcon, le compagnon de Tentacule (pas du balcon), dit à Paul :

— J’ai cerné le pourquoi de la question.
— Quelle question ?
— Les gens
— Quels gens ?
— Oui, les gens qui passent, là, en dessous, sur le trottoir du côté de l’ombre alors que le soleil sur l’autre trottoir personne ne s’y aventure…
— Ah ? Et ?
— Eh bien, c’est la volute de l’escargot géant planté comme une stèle sur le trottoir ensoleillé qui pose question, tout simplement !
— Ah ? et les gens ne semblent pas apprécier et ils changent de trottoir, c’est ça ?
— Oui…
— Dis-moi, tu prends toujours tes médicaments pour les hallucinations ?
— Oui, pourquoi ?
— Non,comme ça, pour causer, pour le pourquoi de la question qui… me posait question….

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Au rayon vert deuil

Photographie Iotop 2022

Agenda Ironique Février 2022


— Y a quelqu’un ?
— …
— Vous êtes là ?
— …
— Je sais que vous êtes là ! Ne faites pas la bête, hein ?
— Si je veux…
— Ah ! Vous boudez ?
— On n’a plus rien à se dire, vous savez…
— Pas moi ! J’ai plein de choses à vous dire !
— Parlez-en à votre cœur, lui, sera vous conseiller…
— Mon cœur est bien là où il se trouve.
— C’est pas lui qui vous empêche de dormir ? Avouez !
— …
— Ce n’est pas la peine de me réveiller pour ne plus vous entendre !
— Oui… c’est vrai… c’est lui qui m’empêche de dormir… ça vous va, cette confidence ?
— C’est bien ce que vous êtes venu chercher, non ?
— Je ne comprends pas ?
— Vous êtes à ma recherche par cet intérêt de vous confier à moi pour que l’autre, ce cœur, que vous soupçonnez d’ingratitude, entende. Ne niez pas !
— Vous êtes pénible.
— Alors, laissez-moi où je suis au lieu de m’asticoter et vous servir de moi pour votre intérêt tout personnel.
— Oooooh ! Il y va de votre intérêt aussi, hein ! Bon ! Alors, ne soyez pas si revêche et prenez votre part qui est aussi la mienne. Arrêtons de nous combattre et prenons acte que nous sommes dans le même bateau !
— Le même corps…
— Oui, oui… on va pas chipoter…
— Eh bien, je chipote, un corps ce n’est pas un bateau !
— Enfin, il est constitué de quatre-vingt-dix pour cent d’eau et le reste de la carcasse c’est en dur… donc, si nous extrapolons c’est bien une carcasse qui navigue sur l’eau, là !
— Extrapolez, extrapolez, mon bon, je ne vous écoute plus, je ferme les écoutilles !
— De toute façon…
— De toute façon ?
— Il est trop tard !
— …
— Il vient de mourir…

Ainsi, le soi et l’âme du soi s’envolent dans l’éther du soir au rayon vert deuil qui ferme à cet instant son rideau… et le linceul de service couvre un corps … sans cœur…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Du questionnement en granulat qui mijote

Photographie Iotop 2022

Blog oulimots contrainte écriture


— … et il y a du ciment de la vie, comme des copeaux de moqueries, qui vous pénètre dans l’âme assise devant l’âtre flambant neuve du questionnement en granulat qui mijote tranquillement !

Ce ciment malaxé dans la bétonnière du monde civilisé grandi par les lois qui développent le sens aigu de la morale bien mise, propre sur elle, qui se targue d’être à la hauteur de son dévouement pour le peuple à remettre sur le droit chemin pour le bien collectif tandis que l’individu pachyderme par essence de se reconnaître comme libre n’est qu’une tare qu’il faut éduquer pour son bien-être !

Un exsudat poignant qui valorise l’air insipide que je respire par défaut se vaporise autour de moi : la Liberté. Cette liberté, encore, de pouvoir dire avant que le macronphage prestidigitateur ne dépièce la totalité de l’espace nourrissant d’un libre ensemble et pas au travers d’un prisme déformant d’une réalité ou d’un tamis qui ne laisserait passer les uns, ici et les autres, là !

Point d’estrade pour clamer haut et fort crescendo le dire à l’humeur de la liberté d’expression…

— Bon ! Coupez !
— Mais, je n’ai pas terminé…
— Qu’importe, votre temps de parole est mesuré !
— Mais, je n’ai pas terminé…
— Il radote le candidat… comme il s’appelle déjà ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 7/…

Photographie ©Iotop

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


C’est lorsque la grande perche lumineuse fit un pas de côté que le Prince Kremaloff se réveilla. Et c’est lorsqu’il se réveilla qu’il se rendit compte qu’il s’était endormi.  

— Sacrebleu, comment ai-je pu m’endormir à pareil moment ?! J’ai assurément perdu la tête et le fil de tous les événements, c’est la raspoutitsa ! 

Il se souvint alors que la Luciole avait laissé choir quelques cristaux lumineux sur les couvre-chefs des nains, mais aussi quelques paillettes sur son propre carafon. Un rien fanfaron, il avait toujours aimé les paillettes, il avait donc accueilli celles-ci avec plaisir et entrain, quelques-unes dans les mains, le reste dans sa bouche grande ouverte. Il réalisait à ce moment qu’il s’agissait en fait de poudre de perlimpinpin, de celle qui vous méduse, vous assomme et vous endort. Il s’était fait berner comme un bleu et en était tout déconfit. 

Les nains avaient négocié le déplacement du lampadaire sans trop de difficulté car la Luciole s’en était mêlé et avait obtenu l’accord à grand renfort d’yeux doux et de promesse de futures étincelles à deux.  

Dans le carré libéré par la perche majestueuse, la terre ne demandait qu’à être retournée, retournée un peu plus car elle l’était déjà par tout ce changement. Pensez donc, elle venait d’être affranchie du joug de la fée électricité et pouvait à nouveau rêver  la torche du soleil.  

On remua la terre, un peu, beaucoup, sous l’œil goguenard de Sire Réverbère et le sourire malicieux de Dame Luciole, jusqu’à ce que le bruit des pelles change, s’assourdisse, et que l’on mette à jour une trappe. Au centre brillait un médaillon d’argent représentant un être fantastique et inquiétant dans la bouche duquel se trouvait l’anneau qui permettrait de soulever la trappe. Étonnamment, ou pas, des sons filtraient à travers les jointures, des sons comme de la musique, une musique comme une invitation. Alors les efforts des deux frères se combinèrent pour soulever la plaque de bois vermoulu. Ce qu’ils découvrirent sous cette plaque les laissa sans voix…  

(texte Florence) 

Un pommier toutes pommes dehors

Photographie Iotop2022

Agenda Ironique Janvier 2022


… « Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs » et se jeta à terre tout à coup sur le sol… une petite souris mécanique trottinait tranquillement sur le parquet, en direction d’un meuble au bon bois travaillé aux ciseaux avec finesse…

— Je ne suis pas une souris de laboratoire.
— Tu es trop intelligente, c’est ça ? dit-il en l’enfermant presque brutalement dans sa main trop sèche et dessinée d’un destin improbable.
— « Je m’attache très facilement » dit la petite souris mécanique.
— Moi aussi, affirme l’homme, viens par ici que j’observe ton mécanisme étrange.

A cet instant, l’homme qui venait de s’étendre sur le sol parqueté en damier usé jusqu’au cœur de la fibre poussiéreuse de souvenirs… disparu…

Il est lié à un arbre que la raison d’une circonstance a oublié et qu’annonce un dialogue où la forêt est le décor inattendu.

— Qu’est-ce que c’est que cette manigance ? s’étonne l’homme, qui se tortille tant bien que mal pour se dégager de sa contrainte.

La souris était à ses pieds, relevée sur ses pattes arrière et le regardait étrangement.

— Libère moi ! crie le bipède secoué par la peur comme un pommier toutes pommes dehors.

— Tu es le prisonnier de Maître Galet, le pourvoyeur des sortilèges, dit la souris blanche mécanisée qui se transforme en enchanteur.
— Je suis innocent, hurla le prisonnier contre son gré.
— Tu n’es rien qu’une parcelle de temps négligeable à ton cœur métronome, tu m’es précieux, comme un mets, petit homme, dit la voix rude du sorcier, crochetée par intermittence d’un souffle en demi mesure.
— Je cauchemarde…
— Tu n’es qu’un sicaire, une vie qui ne vaut pas, dit le geôlier qui ricane à l’oreille droite bourdonnante de l’homme.
— Tu fais justice toi-même, ensorceleur… cela ne te vaudras pas…
— Qu’importe, je suis de ta trempe et j’ai des commanditaires. Et puis, une mort comme la tienne ne fera jamais une céphéide aux yeux de l’éternité.
— Et si je devenais un ange ?
— Un ange ? Quel genre ? Démon sans aucun doute !
— Et se revancher, je peux ? Non ?
— Regarde-toi ? Hein ? Tu cherchais quoi chez ta victime, avec tes hôtes malfaisants ?
— T’occupe ! Et d’abord libère moi !
— Rien à faire ! Le Silence dans sa splendeur ouvre la voie du secret de l’homme qui ne s’attendait pas au revif de son état à le purger de son entendement en celui d’une rédemption inattendue par celui de victime.
— Qu’est-ce que tu racontes sorcier ? Tu délires !
— Tu cherchais quoi, chez ta victime ? Réponds, scélérat !

— Docteur, le voilà qui bouge… votre piqûre fait effet…
— C’est bon signe, enfin j’espère…
— C’est grave ?
— Une crise de piaraison déglotine parapliée sans aucun doute… et retirez lui son déguisement de souris…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 5/…

Photographie iotop 2019

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

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— C’est là, exactement là.
— Tu es sur ?
— Oui, absolument, c’est ce que me disent la carte, la boussole, le sextant et le fil à plomb réunis.
L’ombre immense qui avait surgi était en fait celles superposées de deux nains de bitume. La lumière est trompeuse qui allonge les êtres et diffuse des halos que l’on pourrait peut-être prendre pour des signes, signes du hasard ou symboles christiques…
— Alors, que va-t-on faire ?
— Toi, tu creuses, moi je réfléchis.
— Tu réfléchis à quoi ?
— Je réfléchis la lumière, bougre d’andouille, il faut bien que je t’éclaire !
— Et je creuse où ?
— Eh bien, là, sous le lampadaire.
— Oh là, qui va là ?!, gronda l’illuminé perché. Que vois-je ? Deux nains de jardin équipés de pioches et piolets ? Vous cherchez Blanche-Neige ? Eh bien sachez qu’il y a un bon moment qu’elle a décampé !
— Nains de jardin ? Vous vous méprenez. Il y a surement longtemps que vous n’avez vu un carré de pelouse pour ainsi divaguer. Nains des villes nous sommes, nés en zone urbaine de père en fils depuis au moins quatre générations. Regardez donc nos cravates !
— Qu’est-ce qui vous amène ici ? fulmina la perche flamboyante.

La luciole mâchouillait une brindille sortie d’on ne sait où, et observait la scène, amusée. Libre comme la lumière, elle s’était échappée de la gibecière et voletait ici et là pour mieux se réjouir du grand bazar qui s’annonçait.

Quant au Prince Russe, flairant l’embrouille, il se dit qu’il n’allait pas lanterner longtemps ici. Il voulait à tout prix éviter une rencontre avec les forces de l’ordre. Tant pis pour son breuvage divin et pour la divine bestiole, il lui faudrait trouver une prise à jus pour samovar ailleurs, et une autre attraction insectifère. Il s’apprêtait à tout remballer, quand les mots du plus petit des nains vinrent lui titiller les oreilles.
— On vient chercher notre trésor, vous êtes assis, ou plutôt planté, dessus…
Son frère ainé lui colla une taloche pour le faire taire, mais le mal était fait. Le trésor venait, en quelque sorte, de changer de futur propriétaire…

(texte Florence)

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 3/…

Oeuvre de jideair – Fusain, charcoal, petit format : Blog

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


C’est à moi qu’il parle le goujat ?! Quelle vulgarité ! Il se prend pour qui ? Il me prend pour quoi ? Imagine-t-il que je vais m’abaisser à lui parler d’égal à égal ? Que nenni, la condescendance s’impose. Le rustre ne parait bien mal éclairé, et je parie qu’au Siècle des Lumières, Voltaire n’aurait même pas voulu de son eau chaude pour mettre dans sa bouillotte les soirs d’hiver. 

— Qu’est-ce ? Qu’ouïe-je ? Que sens-je ? Quel est ce chien qui vient se soulager à mon pied ? Pouah, quelle odeur infecte !

— Eh oh, le lampadaire, je ne suis pas un chien, parle-moi autrement ! Je suis le Prince Erbeir Kremaloff, descendant de Tzar. Prince déchu, certes, déchu mais aussi déçu de l’accueil que ton pays réserve à la noblesse slave. Aucune déférence, aucune révérence, et me voilà réduit à brancher mon samovar électrique au pied d’un bec de gaz.  

— Bec de Gaz ?!!! Oh je sens que la moutarde me monte au nez, et vous êtes bien chanceux que je ne sois pas à gaz, malappris, mes émanations vous auraient couté cher ! Expliquez-moi comment vous pourriez brancher votre samovar électrique sur un bec de gaz, mÔssieur Kremauzeux ? Je suis électrique, moderne, stylé, classé, admiré, et UTILE moi ! Quant à vous, il semble que l’on vous ait coupé la lumière et que vous ayez de l’éclairage public des connaissances qui frôlent l’obscurantisme.

— Oh là, monsieur le lampion, ne vous énervez pas ! Il s’agit d’une simple méprise. Faisons la paix, voulez-vous ? Si vous le désirez, je m’en vais quérir un tuyau d’arrosage, j’en ferai une paille et vous pourrez gouter mon délicieux thé russe.

— Lampion, moi ?! Vous m’insultez !! Et vous croyez que je vais gouter à votre soupe au caillou ? Non mais, il rêve, Erbeir ! Hors de ma vue, galapiat, ou je vais me mettre à clignoter si fort que toute la rue en sera alertée !’ 

(texte Florence) 

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 1/…

Lampadaire_vision_Iotop_2021

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


Il semble que le jour soit sur le point de tirer sa révérence et moi je dois me mettre au taf. J’aime pas l’hiver, l’hiver il faut que je bosse davantage, je commence tôt et finis tard. Ces efforts ne sont nullement récompensés, pas plus de ménagement, pas de meilleur traitement et je n’ai jamais entendu parler d’un syndicat des réverbères. Je suis donc bien seul face à mes tracas.

Éclairer le monde et la nuit, ça n’est pas une sinécure. C’est affronter tous les temps, grelotter l’hiver et suffoquer l’été, sans que jamais personne ne songe à me protéger, d’un parapluie, d’un parasol, ou d’une couverture. C’est rester planter là, sans bouger, sans grande interaction avec les humains. A part, bien sûr, ces gluants aux mains poisseuses qui s’appuient parfois sur moi au cœur des nuits trop arrosées pour vomir leur excès d’alcool sur mon pied. Ou ces femmes peu vêtues qui m’utilisent pour mettre en lumière leurs atours et vendre à qui le veut ce qu’il leur reste de vertu. J’m’ennuie. Je suis seul ou mal entouré, et de ces humains je n’éclaire que les calvities ou la racine des cheveux, voire les poux. Moi râleur ? Non, réaliste.

Éclairer le monde ici, sur ce bout de trottoir, quel triste sort ! j’aurais préféré être un phare et souligner l’écume des vagues, guider les navires de tout poil tout en faisant la cour aux sirènes… Dans mes rêves les plus fous, je suis une étoile, et c’est sur l’univers entier que je scintille comme une petite loupiotte. Parfois même, je m’imagine soleil ! Soleil, ça a de la gueule, non ? Mais je m’emballe, je m’emballe, et le réveil est toujours brutal sur ce morceau de bitume… Mais qu’est-ce que je sens-là ? D’où vient cette chaleur qui m’empoigne ? c’est quoi cette odeur ?

(Texte Florence)

Se goinfrer jusqu’à la taille

Photographie de Magali Landry

Blog oulimots contrainte écriture


Place Napoléon, les pigeons picorent et les humains pérorent, premier coup de semonce, les miettes de pain et de paroles jonchent les pavés disjoints, faces polies vérolées, un homme attend assis sur un banc vert de fer, le cœur noué et le bas-ventre affamé.

— Alors, mon gros Chat, tu m’attends sagement ? annonce une femme élancée blonde d’ici à là.
— Non, je tue le Temps… grogne l’homme qui se lève telle une plante carnivore.
— Encore un innocent qui trinque.
— Ironie… le Temps n’est jamais innocent.
— Et toi, le Tartempion de l’amour romantique, tu crois pouvoir tuer le Temps et aimer ?
— Que cela t’importe, je t’aime avec mon égoïsme et te tuerais d’autant en sa compagnie.
— Holà ! Marchons, mon gros Lapin, tu vas détendre ton inspiration nuisible.
— Prenons table et mangeons à se goinfrer jusqu’à la taille.
— Prenons lit car ton appétit est bien à ce niveau là…
— Comme tu veux, mais garde tes excès.
— Tu es mon épée, je suis ton fourreau…
— Quelle rengaine !
— Jeu de mots ou envie de monter à la charge ?
— On prend ma voiture et direction une chambre d’hôtel…
— Tu feras de moi ton autel, mon gros Basilic.
— Gourmande assoiffée de toi…
— Non ! de toi, mon gros Grognon…
— L’hiatus se porte bien en ton domaine.
— Je porte bien en bouche, tu le sais mon gros Grizzly
— Tu portes tout en toi ce désir charnel et de débordements.
— Je suis ta fontaine de jouissance et te livre mon corps encore comestible.
— Viens ici ma Cigale que je te dévore…
— Oooooh, oui mon gros Criquet !

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les inconsommables contrefaits pourtant souriants

Photographie de Irina Dzhul

Agenda Ironique Décembre 2021


Il est minuit. Le charbonnier rentre chez lui tandis que le ramoneur à tintinnabuler en branlant du chef descend lentement d’un toit à la pente bien pentue au reflet d’une pleine Lune qui baille entre les nuages racoleurs et poursuiveurs tels des poissons rouges dans un bocal sans coins.

Il est minuit une. Une orange roule depuis quelques minutes sur les pavés centenaires de la rue des Trois Patates, échappée d’un filet à provisions usé de recruter les défigurés légumes, les rejetés fruits, les inconsommables contrefaits pourtant souriants de vitamines et de vies mais délaissés par leurs aspects rebutants.

Il est minuit deux. Un millier d’étincelles font la fête dans la rue des Quatre Fraises perpendiculaire à la rue des Trois Patates en compagnie d’une meuleuse toute guillerette de tourner plein régime au pied levé quand la main du rémouleur tient d’une main ferme et confiante une lame traversière de chair qui n’en mène pas large sur ses deux tranchants.

Il est minuit trois. Le charbonnier écrase l’orange et bouscule le ramoneur par croisement de chemin et de destin que la lame du remmouleur crie sans crier gare et ainsi relevant le bras de l’homme et par effet à écarquiller ses yeux d’un bleu acier qu’un introït impromptu s’annonce au point d’orgue de cette situation inattendue.

Il est minuit quatre. Le ramoneur tombe à jeûne depuis la veille qui elle-même ne sait pas dans quel temps elle évolue mais qui laisse percevoir le moyeu intra-véhiculaire de l’horloge du temps qu’elle n’est pas loin d’avoir raison sur son état aux rayons près d’une formule à la Pi qui semble être le centre de ce drame.

Il est minuit cinq. Les jeux sont faits, rien ne va plus. Le rémouleur ressent un danger qui n’est pas le sien et une peur que le Saint du Jour à cette heure de la nuit ne sait à quel Saint se vouer, s’enhardit et conçoit une modeste prière sur sa Bonne Étoile, qu’il poignarde proprement le charbonnier qui semblait déjà une ombre sous le réverbère de service.

Il est minuit six. Le Père Noël, en retard et malchanceux ce jour-là, s’empale sur un conifère décoré comme un sapin de Noël, se transforme en étoile sur la cime et laisse à loisir les habits au pied de l’arbre quand le rémouleur essuie sa lame sur le revers de sa manche sans regret, revêt le déguisement qu’à ce moment-là, la police nuiteuse (et pas en nuisette) embarque le ramoneur pour meurtre du charbonnier.

Il est minuit sept. Le faux Père Noël rentre chez lui, embrasse ses enfants et sa femme, le cœur léger. Ainsi est né l’esprit de Noël.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Douleur rapiécée de toutes parts

Photographie de Dmitry Arhar

Blog oulimots contrainte écriture


Bienveillance, peignoir serin et visage au fard avenant, fait face à la Douleur rapiécée de toutes parts, installée sur l’une des étagères des griefs, entend le premier mot de celle-ci :

— Alors ? dit Bienveillance
— Le Silence est en retard et la Mort a passé sa journée à bourlinguer et boire plus que de raison… c’est un monde…
— Dites …
— Quoi ?
— Vous entendez ?
— …
— Vous entendez ?
— Non, rien.
— Des clapotis
— Du Morse ?
— Vous y allez, vous…
— Les secrets parlent entre eux…
— Vous êtes à la Rêverie du dernier étage, là !
— Ce n’est pas mon rayon, vous êtes au courant, non ? Si mon compagnon de route Cauchemar se réveille, c’est pas du Morse que je vais prendre…
— Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
— J’en sais rien ! On attend.
— Il est comment son regard ?
— Entre deux eaux.
— Ça veut rien dire !
— Oooooh, un peu de bienveillance, hein !
— De toute façon à son niveau, le graphique est clair comme de l’eau de roche.
— Et vous me dites à l’instant, que ce que je dis, ne veux rien dire, et vous faites pareillement !
— SILENCE ! dit Silence.
— Ah! vous voilà, vous ! grogne Douleur.
— Eh bien, c’est pas trop tôt pour que nous fermions le ban ! dit Bienveillance.
— Nous voilà tous réunis, annonce solennellement Silence sans préambule, Nous Triptyque faisons attestation devant la Mort – quand elle aura l’aimable envie de se proposer au plus tôt – du décès, ici présent du bipède humanoïde déguisé …

Et la Bienveillance de rajouter :

— Les clapotis… le claquement de ses dents… au clown…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les fleurs s’évadent


Photographie © Iotop2021

Agenda Ironique Novembre 2021


« Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… » qui reste planté, là, comme un autocar qui attend les derniers ramassages de feuilles moribondes qui se traînent encore sur les trottoirs trop étroits, les rues goudronneuses d’ignorance à s’user d’immobilité, aux gouttières suffoquées des présences dévergondées de couleurs…

Novembre au 1er les fleurs s’évadent sérieusement en tête de cortège le Chrysanthème qui paye un lourd tribut ne sombre pas à la clé de voûte d’un Notre Père dont les cieux sont propices ce jour-là à jouer les descendants pluvieux sur une terre absorbée par le passage des souvenirs qui ne rongent plus les os…

Novembre au 11 les fleurs font gerbes à la commémoration et se taire est tranché par avance s’il ne manque pas le drap sur la peau des anciens qui rassemblés en une seule urne pour le souvenir que seules les femmes ont payé un lourd tribut de leurs enfants mari amant père engagés à mourir…

Novembre au 25 à Sainte Catherine rien ne prouve son existence que le folklore et l’exégète un puits sans fond à tenir son profit d’étudier les légendes déguisées en vérités sur des écritures apocryphes qui fleurissent comme les reliques pour le martyr qui paye un lourd tribut à se vendre à border une croyance de plus…

Novembre jamais en fête, jamais ne se mettra sur son… 31…  

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sabotée d’un bois de misère

Photographie de Patricio Dell Orto

Blog oulimots contrainte écriture


… la Géorgienne, a la poitrine généreuse qui ballotte à l’onde d’un trouble sous le corset à l’étoffe bleue, court, jupe troussée à pleines mains d’angoisse et sabotée d’un bois de misère…

Son souffle éreinté, la rue raide, le froid saillant, le Paris 16ème de ce temps-là n’existe pas…

La pleine Lune couronnée de son halo de martyre s’étiole au regard d’une pluie fine d’épines griffent tous les tissus de la Terre par la chorale de ses chants à la contrapuntique indéracinable qui se confond avec le corps entier blessé de l’intérieur de cette femme bliaut manches trop longues et ceinturée à sa belle taille d’objets hétéroclites…

Le sort en avait été jeté par une voix du fond de caveau qui n’avait pas froid aux orbites pour briser de quelques mots le delta du destin de sa servante quelques heures auparavant à l’intérieur du calvaire des Trois Pendus à l’ombre frileuse d’un candélabre à trois branches posé sur un guéridon trois pieds de bois torturés imperméables au temps…

Elle court au plus loin en contrebas du village…

Un dégorgement d’une eau pure brille singulièrement lugubrement au clair-obscur d’une Lune impassible défiant les tourments proférés à son encontre et les flip flop cric clac splash des sabots sont des petits cris sur ce fleuve que le fond parfois dégorge de corps innocents assassinés et font silhouettes que la peur elle-même en fait des sueurs froides …

Quand une princesse des ténèbres émerge sur un Olo…

Resplendissante par l’immortalité de son aura son apparition coupe net la course éperdue de la fugitive.

— Alors, coquine, on voulait vendre une relique de Lono ? annonce la princesse souriante.
— Comment nier l’évidence… je voulais échapper à mon esclavage…
— Tu es de cette lignée à qui rien ne sera épargné.
— Il est tard, épargnez moi vos sarcasmes… je suis fatiguée de lutter.
— Tu vas rejoindre mes eaux vives pour la peine.
— Votre jeu de menace ne m’atteint pas… je ne veux plus souffrir… plus jamais…

La servante perd pied et se noie sans résistance dans l’eau du fleuve millénaire aux cent mille naufrages et contes… et se réveille dans un fracassant instinct de survie …dans son bain…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021