L’homme objet…

Photographie de Tony Duran - Ricky Martin May 2018

Photographie de Tony Duran – Ricky Martin May 2018

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je prends le train pour la première fois. Tu es sur l’autre quai. Tu me regardes… fixement, presque avec indécence. Je suis ta honte et ton premier amour… vrai. Tu ne pleures pas l’écume de nos jours… et la musique de mes mots résonne là, en cet intérieur secret de femme… encore et encore…

Rome était notre première rencontre. L’illusion du lieu, le prestige d’aimer. Et voilà le violon des mots qui te flattent les fibrent amoureuses et je te ressens au frôlement de ma voix, chavirer sous la houle, mes filets à te prendre, te posséder comme un doux poison, une alchimie qui te transforme en une adolescente toi la femme d’une belle nature d’avoir enfanté, d’avoir tant aimé… comme le granuleux du macaron… il te manquait le… moelleux.

J’étais à la fois ce moelleux et cet indifférent à ton amour dévorant qui me croquait comme une pomme juteuse qui se renouvelait chaque jour à ton algorithme de désirs du délicat au brûlant tu m’avais enchaîné et ma pleine conscience jouissait de toi et je m’ouvrais à moi petit être de rien tu as fait de moi un homme d’une autre taille aux ramures plus solides…

Aujourd’hui, nous sommes sur le parallèle d’une fracture, d’un quai qui nous vomit et nous restitue dénaturé renforcé et dénudé de Nous… et puis qu’importe notre amour qui n’a été qu’une vague plus haute que les autres dans nos vies respectives… et je remarque que tu portes la même jupe que cette première fois… et je souris, te souris et je te vois sourire de ton sourire liqueur haut degré de féline prête à me dévorer… et soupçonne ton désir intense de me rejoindre et de jouer une nouvelle fois de mes atouts de mâle séducteur, charmeur, enchanteur… tu me veux voilier sur tes courbes orgasmiques… tu me veux apprivoisé à tes lignes de conduites diabolique femelle…

et je m’enfuis à toutes jambes… moi l’homme objet…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Un délire décompté

Oeuvre de Karl Edvard Diriks

Oeuvre de Karl Edvard Diriks

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Je m’appelle Salin de Guérande et j’écume les bars qui s’ouvrent encore à moi.

Je suis l’Estropié… et la gueule de bois six jours sur sept. Le septième jour c’est le repos de la… bouteille.

Il est lundi, trois heures du matin, les copains ne devraient plus tarder. Je suis allongé sur mon banc favori, sur la jetée accompagnée du seul lampadaire avec cet air triste en lumière comme un veuf qui s’est ouvert le cœur le jour de l’enterrement de sa moitié d’âme…

J’ai les écoutilles fermées et les esgourdes bien ouvertes. À quelques milles de là, les vagues très lointaines me parlent à tintinnabuler les nouvelles. Les premiers arrivants vont bientôt émerger, bordés par l’écume comme un linceul et briser ma solitude quelques instants. Ils me parleront de Trafalgar, je vais sourire.

Pourtant, il est écrit dans le fond de mon abyme que ce nouveau jour doit être différent comme un passage dont le destin en panne d’inspiration a écrit un scénario bien faisandé ou est-ce le delirium tremens qui avait son mot à dire ? Et pourtant je suis à mon jour d’abstinence.

J’entends un bruit, une onde brusque entre les vagues régulières qui s’agitent, des frissons de gouttelettes perdues dans l’axe du devenir. J’ouvre les yeux, me redresse, le lampadaire s’éteint… et a ce moment-là une partie de moi se refuse à admettre l’impossible ou possible réalité : un dragon à un demi-mille fonce vers ma direction. Pas un dragon de conte de fée. Non, non, non… un drakkar qui flambe de sa poupe… une vision surréaliste, un moment de pur délire et pourtant, je vois des ombres se jeter dans l’eau qui par endroit tourbillonnent comme affolées de ce tourment inhabituel…

Je me lève avec cette fureur inconnue de mes organes, de mon cerveau dépouillé du bon sens de la vie… ce ne sont pas mes copains les fantômes du Bucentaure, non… je reste pétrifié un instant quand ce ciel chamarré de quatre heures trente du matin ouvre à mes yeux étonnés un tourbillon brillant immense qui aspire ce drakkar sans un bruit.

Et puis tout redevient normalement calme, le lampadaire à griller sa tête d’ampoule et je me rassois le signe de croix à l’envers… demain, j’arrête la picole et me fais conteur d’histoires fantastiques…

— Tu te rends compte, on vient de repêcher le vieux Paul dans les filets du chalutier l’Escaubar… le pauvre après un énième délire, il a dû tomber à la baille…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

6ème mois avec Toi

Oeuvre_de_Irene Sheri

Oeuvre_de_Irene Sheri

Jaillit en moi l’écume de tes désirs hérétiques
Univers de mon pain quotidien aux Saturnales poétiques
Intangibles à notre Amour d’un bel embonpoint chronique
N‘en déplaise à notre entourage de tons caustiques !

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Ah ! Plume

 

Oeuvre de Rafal Olbinski

Oeuvre de Rafal Olbinski

Quand il ne reste que la plume,

D’une vie égarée et son écume,

Les mots consolent du fruit acide

De l’angoisse et des terres arides !

© Max-Louis MARCETTEAU

Ton corps dépressurisé

Oeuvre de Klaudiusz Abramski

Oeuvre de Klaudiusz Abramski

Ton corps dépressurisé par mon indifférence, éclate sur les parois de mon miroir. Ses bris me percent, pourtant, les racines du coeur. J’ouvre la boîte crânienne de mes cauchemars. Je cherche la clé de mon retour vers le seuil. Le seuil de la raison. Raison dépassée, comme une mort. Celle-ci relève ses manches. Je suis trop lourd de mes encrassements successifs. Les artères de mes fosses déglutissent un répugnant magma de folie.  Une écume nauséabonde dessine de son pinceau dégoulinant, les visages de morceaux de chairs fardées. Chairs clouées en toile de fond, grossissent à vue d’oeil et explosent sur le drap moribond, ancien jouisseur, délavé et tachés de nuits cyprinales et spermatique aux voyelles rebondissantes et gémissantes sous une lumière éjaculatrice et stérile, nous étions dans les bras d’un devenir sulfureux, qui tenait l’hameçon de la séparation, évidente et insupportable. Le jeu n’avait pas de chandelle ni de pioche, la porte a claqué, la rue a crié et le quai de gare multivisages était devenu trou noir … et, la Lune crise et l’océan me noie soulagé de ne plus subir mes hurlements de naufragé. Je suis mort, avant ton retour.

© Max-Louis MARCETTEAU