Au bord de l’eau sur un reflet tout neuf

Photographie Martijn Akse

Blog Émilie : récolte 21.06


J’ai voulu l’accompagner. Elle a dit non. Ce non dans sa bouche raisonne en moi tous les mardis matin à 10h24, l’heure de la signature de l’acte de séparation définitive.

Divorcer n’est pas rien. C’est un tout qui ne laisse rien au hasard. A tout prendre, il ne faudrait rien promettre. Promettre c’est s’engager et s’engager s’est signer un accord … deux accords pour cloisonner le couple.

Aujourd’hui, je maîtrise ma vie… ce qu’il en reste. Ce reste est le fait de la division de nos entités ennuyeuses au milieu d’autres entités assommantes. Et pas un enfant pour solde de tout compte.

Il est mardi matin et je soigne mon oubli au bord de la rivière en compagnie d’une canne à pêche qui semble s’ennuyer au bout de la ligne comme moi au bout du compte.

La canalisation de mes sentiments est une fracture ouverte et j’ai placé une fausse barrière pour la soigner même si je fais semblant de mettre tout en œuvre pour la réparer.

Je souffre à distance. Et rien n’arrêtera cette souffrance. J’en prends soin à la nourrir. Ce lien entre elle et moi nous permet de tenir les longues heures de l’ennui qui nous soutiennent avec ferveur.

Rompre, n’est pas à l’ordre du jour. Jamais. Et me voilà à sourire au bord de l’eau sur un reflet tout neuf qui me fait partager ce moment d’union.

Et voilà que surgit un ornithorynque à la frontière de mon territoire de pêcheur. Et je lui crie :

— Tu vas filer ? hein ! … au trot ! …. animal fumeux… diabolique… tu ressembles bien à mon ex-femme

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sur un banc

mickey postier du ciel 1933 - the mail pilot - avec minnie et pat hibulaire

Mickey postier du ciel 1933 – the mail pilot – avec Minnie et Pat Hibulaire

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Sur un banc :

— Un soupir vaut mieux qu’un silence.
— …
— Tu ne crois pas ?
— …
— Enfin ! fait bon souvenir pour notre réconciliation !
— …
— T’es bornée … tout de même … allez, prends-moi la main !
— …
— Ou un baiser, là, sur ma joue ?
— …
— Tu fais l’enfant. C’est pénible …
— J’attends la nuit
— Des mots … enfin des mots … et pourquoi … la nuit ?
— Pour sentir le jasmin …
— Le jasmin ? Quel jasmin ?
— La larme de jasmin qui coulera de tes yeux pour le pardon et son parfum en sa signature nous réconciliera …
— Mais … mais je rêve … comment vais-je pleurer des pleurs de jasmin, moi …?
— Tu vois, tu ne fais pas d’effort …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Noir et blanc je suis de visu

Photographie de George Krause

Photographie de George Krause

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°24  le mot : noir et blanc


Noir et blanc je suis de visu
L’image de ma personnalité
Toute délavée et décousue
De bord à bord médiocrité

Prescrite depuis ce temps
D’enfance assombrie à vif
Par à-coups d’effet parents
Barbelés à l’acide affectif

J’ai péri plusieurs fois d’ici
A l’ailleurs de moi aux cris
De vivre mes larmes nuits
Blanches blotties à fond de lit

Refuge d’un instant réduit
Au quart d’une vie tuée
Par le puits sans fond bâti
Pour se noyer … amputé !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Le Pendu a Trois Pieds

Oeuvre de Albert Besnard

Oeuvre de Albert Besnard

Agenda ironique février 2018 : ledessousdesmots au thème : le conte


Il était une fois un Manoir dans la campagne du lieu dit Le Pendu a Trois Pieds. Ce Manoir avait une bien triste réputation… aujourd’hui disparu…

En effet, il a quelques décennies, lors de la quadragésime, tout le monde avait son petit panier de…provisions : poissons et bières. Une belle coutume de ce territoire du maître des lieux et maire : le comte de Le Jeune-La-Meule, partisan de la libéralisation des régisseurs et capitalisation des terres par les paysans. Bref, l’investissement du travail par la récompense de parcelles après quarante ans de labourage… à qui était encore en vie…

Mais voilà qu’en ce jour, une belle rousse apparue comme un incendie sans pyromane, aux atours avantageux et d’un bagou bien fait, défia la bonne compagnie aux yeux de campagnards vampires de possession et d’épouses à la brûlure d’une pensée de bûcher, entre le parvis de l’église et le café du village, après la fameuse messe.

On se demanda qu’elle était cette apparition étrange qui narguait ainsi le rustique villageois et la rustre villageoise, tous deux du teint du labourage et de la besogne toujours à gratter une terre difficile par des temps aussi discourtois que cette rousse présentement aguicheuse, provocante comme possédée par un sortilège.

Et voilà que le bedeau du village cria le mot : sorcière, et comme une traînée… de poudre le mot s’enflamma dans les esprits et s’échauffa pour certains d’un alcool de derrière les fagots.

A ce moment précis on n’aurait pas donné un seul tringueld de restant de vie dans l’heure qui suivit à la belle rousse, tant les villageois et villageoises s’étaient montés le bourrichon jusqu’au trognon, qui se réfugia dans les bras de Le Jeune-La-Meule…

Tout ce monde fondateur d’une terre humaine, allait poser la première main sacrilège sur une femme, certes différente, mais une femme autrement femme…quand ce bon le comte de Le Jeune-La-Meule pour calmer les esprits et surtout celui du curé qui avait brandit son crucifix de service pour la bonne cause, prit la parole à la cantonade :

— Allons, allons, du calme mes chers administrés. Cette personne est inoffensive. Vous devez la laisser aller, elle va repartir du village…
— D’où sort-elle cette catin ? cria la femme du bourrelier, bien faite et bien posée sur ses hanches.
— Je n’en sais pas plus que vous, mais vous devez rester calme. Sinon, j’ordonne aux gendarmes d’intervenir, sur cette hystérie collective…
— C’est elle l’hystérique, hurla une paysanne tenant sa chèvre à la corde.
— Personne ne ressortira gagnant s’il arrive malheur à cette femme, clama le maire.
— Qu’importe, elle est la servante de Simon, c’est grand malheur déjà qu’elle s’accroche ainsi à vous, cria le curé qui brandissait son crucifix comme une arme.

Le comte de Le Jeune-La-Meule et maire de ce beau village, tout en s’exprimant et tenu par la belle rousse avançait vers la porte de l’église, les villageois en rangs serrés contre-avançaient avec les aulx et l’huile de la sainte du village jalousement gardée en cas de péril… éminent…

— Réfugiez-vous dans le haut du clocher… toute de suite… ne perdez pas de temps, dit-il à la belle rousse.

La suite on la connaît. Les villageois assiégèrent l’église, le curé en… tête, de toute sa truculence. Les gendarmes n’avaient pas eu leur mot à dire, tous fils du territoire. La pauvre belle rousse ne résista que trois jours et se décida à sauter du clocher et s’écrasa sur le parvis. Les villageois trop peureux demandèrent au bedeau de ramasser le corps et fit acte de prévenance, mais le pire est qu’il abusa post mortem de cette femme dans sa masure. Une villageoise le surpris, alerta ses congénères qui par le fait peu coutumier ligotèrent le bedeau comme un saucisson retroussé jusqu’à cul nu et le pendirent pas bien haut à un châtaignier. Le fait de la strangulation l’érection se fit présente, d’où depuis le lieu dit Le Pendu a Trois Pieds… par extension.

Mais l’épreuve que ne devait pas surmonter le comte de Le Jeune-La-Meule, c’est que l’on apprit quelques semaines plus tard que cette belle rousse était sa fille illégitime. Ses gens et ses administrés lui sabotèrent au fil de l’année tous ses projets, une partie de ses récoltes, l’empoisonnement de ses bêtes…aussi, vaincu par cette révolte larvée, il dépérit dans la solitude la plus complète et mourut dans son siège face à la fenêtre qui donnait sur la tombe de son unique fille à une centaine de toises sur les hauteurs de l’un de ses champs.

Morale : ne laissez pas un enfant illégitime dans l’ombre car celle-ci tôt ou tard vous dévorera.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 5/5

Oeuvre de Gustave Vigeland

Oeuvre de Gustave Vigeland

Et moi, mes pieds se réchauffent. Je ne sais pourquoi, je souris. Suis-je devenu un monstre ? Un redresseur de torts ? Un justicier ? Ma réalité se modifie sensiblement. Cette flûte a un pouvoir bien étrange. Je vais enfin sortir de ce maudit marécage et avancer droit devant. C’est ma décision. Dis maman, tu en penses quoi ?

Après être devenu une pelure du temps, une averse sans pluie, une faim sans estomac, je revis et marche d’un pas soutenu. Je suis mon seul guide, ma seule boussole, ma propre confiance. Je suis presque… heureux. Comment prononcer ce mot sans ressentir comme un frisson de… honte. Moi, heureux, là, maintenant ? C’est l’impossible qui vient de se réaliser. Mais combien de temps cela va durer ?

Et le temps de pluie fait son office. Et je pense aussitôt à prendre dans ma poche le galet bleu et les mots du papillon me reviennent : “lis à la première ondée son appel”.

Au creux de ma paume, j’expose le galet à l’ondée. Ma voix n’est pas ma voix et pourtant j’entends les mots possédés de vie et me saisissent : “La première Lune cendrée et le chat-huant sur la branche du calvaire des Huit Puits, ton chemin tu retrouveras. »

Ainsi mon périple vers la liberté a une fin… une arrivée, un point d’ancrage, un port d’attache, un territoire bienvenu, sans doute. Et si je voulais me perdre ? Et si ma liberté à moi était différente de celles des autres ? Et si ma liberté était ici ? Ce territoire maison ? Ce territoire premier mot d’un espace de rêves ?

La pluie se passe de l’orage mais le soleil fait un clin d’œil arc-en-ciel. Je reprends ma route. Le galet bleu enserré dans ma main. Je veux devenir le magicien de ma vie.

Dis maman, tu m’aimes ? Dis maman es-tu fier de moi ?

Dis maman, pourquoi tu me frappes tous les matins à mon réveil ?

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 4/5

Je suis prostré, debout. Muet. Comment traverser ce marécage ? Et qui trouverais-je après l’avoir traversé ? Et si j’abandonnais, là ? Le retour est impossible. Mourir sur pieds. J’attends. J’attends. Les yeux fermés et le cœur ouvert à l’espoir. Mais il n’a pas ce nom. Je ne connais pas ce nom, je le ressens. Il est là, au fond de mon âme d’enfant.

Mes pieds trempés et mes larmes d’un œil à un autre me brûlent. Et je crie. Ce cri qui sort d’ici, ce cri d’enfant cruellement abandonné dans ce marécage et qui n’a aucune direction prendre. Dis maman, tu es où ?
Et ce bâton qui ne me sert à rien.

J’ouvre les yeux. Une troisième nuit. J’ai l’impression de ne rien ressentir. Ma peau est une herbe séchée. Ma bouche n’a plus sa source. Je suis statue. Je suis cette nuit à moi tout seul. Cette nuit muette et qui me broie le cœur. Cette nuit qui n’a rien de moi. Cette nuit des douleurs sourdes. Je n’attends pas ce quatrième jour. Je vais mourir. Je n’ai plus de force. Elles sont parties avec mon désespoir.

Ce jour arrive. Il n’est pas aussi beau que les précédents. La liberté d’un enfant n’est pas d’être seul. Je respire encore. Debout, mes pieds sont partiellement gelés. Mes yeux sont des lanternes presque éteintes, à peine ce souffle de vie et puis, j’aperçois dans un quart de ciel orangé défiguré, des ailes d’oiseau. Est-ce pour moi ? Ce premier voyage vers un ailleurs inconnu et que l’on espère fortement.

Cet oiseau de belle envergure se rapproche de moi, tournoie, s’exprime étrangement et se rapproche. Et j’aperçois, enserré dans ses pattes, un objet qu’il laisse tomber à mes pieds. Je me penche difficilement avec l’aide de mon bâton qui se courbe en même temps que moi. Je ramasse la chose, tout en bois et le bâton m’aide – enfin – à me redresser.

C’est une flûte galoubet. Elle est gravée de symboles. À son contact, ma main se réchauffe. Suis-je à l’orée d’un rêve ? J’ose porter à mes lèvres, sans faim de trois jours, le bec de l’instrument. Mon léger souffle et mes quelques doigts, par magie, interprètent un air, inconnu, à mes oreilles. Quand, je vois apparaître à quelques toises, à l’entrée de la clairière, face à moi, une ombre filiforme. Un homme de toge violette et d’une toque noire s’approche, rapidement, trop rapidement que déjà son regard est accroché au mien à quelques centimètres.

— Que me veux-tu gamin ? Grogne-t-il.
— J’ai… froid et… faim.
— Et c’est pour cela que tu me déranges, garnement ?
— C’est que… je suis bien en peine de me déplacer. J’ai les pieds… souder au sol…
— Qu’est-ce que tu me chantes ?
— Veux-tu m’aider ?
— Je suis un magicien. Le magicien des Quatre Houx sur ce territoire. Et que m’importe tes pieds soudés au sol. Je rentre d’où je viens, et ne m’interpelle pas une nouvelle fois, je n’ai que faire de toi.
— Mais…
— Indélicat crapoussin…
— Dis-moi l’enchanteur, si tu ne frayais pas avec l’alcool de prunes tu aurais la convivialité printanière et non hivernal.
— Qu’est-ce qui pousse entre tes oreilles le marmot ? Tu te crois où ? Au salon des jouets enfarinés d’oribus ?
— Ton aura se pourrit par chaque lettre que tu viens de prononcer. Bientôt, je devrais te prêter mon bâton pour que tu puisses rentrer dans ton logis
— Qui… es-tu… marmouset ?
— Vois tes mots, tu deviens viande carnée…

Le magicien, peau tannée, bouche édentée, devient comme un arbre foudroyé, planté dans la boue gelée.

( à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 3/5

Oeuvre de Dik Ket

Oeuvre de Dik Ket

— C’est toi l’arbre qui me parle ?
— Oui mon garçon.
— Tu m’as fait peur.
— Et à moi donc !
— Comment aurais-tu peur, tu n’es que végétal.
— Mais je suis vivant.
— Vivant et parlant. Je rêve.
— Rêve ou réalité, qu’importe, tu viens de franchir mon territoire.
— Territoire ? Qu’est-ce ?
— Une parcelle de terre, un espace privé, une onde éprise de vie pour moi et dont la terre que j’aime ne peut être foulé par un inconnu.
— Je ne suis pas un inconnu. Je suis celui qui est né sur cette terre.
— Pas celle-ci. J’en suis certain.
— Et pourtant, l’arbre, je suis ta sève.
— Tu me chantes un drôle de couplet, gamin.
— Je suis en vérité l’enchanteur de cette terre et d’un mot, je te transforme en bipède galopant dans la steppe.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, l’arbre se métamorphose en un genre de farceur qui me rit béatement au nez.

— Fichtre et mille rameaux d’automne, me voici dans un drôle de déguisement.
— Et moi, étonné de mon pouvoir. Je crois que j’ai été ensorcelé un instant et me voilà à tes côtés avec désarroi.
— Tu es celui qui devait accomplir ma renaissance et pour te remercier voici le bâton à la crosse recourbée et presque tranchante, pour te guider dans ce territoire.
— Merci à toi.

Il disparaît à ma droite et je prends à main gauche. Hasard du chemin, hasard des rencontres, je ressens en moi un changement. Je franchis des rivières, des ponts d’arbres, des entre falaises, le soir se prend à aimer le jour qui va s’étendre dans le drap les huit heures à venir.

Je vais par une deuxième nuit dormir en compagnie de l’étrange, de l’insolite, du saugrenu, et surtout de l’inattendu. À mon réveil dans le creux d’un arbre couché comme un cercueil, je ne retiens rien et la faim me tenaille comme une pince qui a la dent dure. Je n’ai pas suivi de stage de survie. Et je reste sur ma faim à défaut de m’empoisonner ou l’inverse. Je suis à jeun, je suis la fatigue, je suis ce tout d’enfant et ce rien de vie dans un monde mystérieux, ignoré, inaccessible.

Je reprends mon chemin qui n’est plus d’azur depuis longtemps et j’empreins des traces plus ou moins marquées qui m’amène sur un lopin marécageux. Je reste immobile. Enraciné par la peur. Mains jointes entre mon bâton, j’attends. Mais quoi attendre ? La non vie ? L’enfant que je suis commence à pleurer, et l’adulte qui sommeille en moi se prend à trembler. J’ouvre les yeux de l’angoisse et des rires ironiques de ma cervelle embrumée crispe mon ventre torturé par une faim qui n’a pas de nom.

(à suivre…)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 2/5

J’ouvre mon regard autrement si je veux survivre et j’obéis à ce papillon. Je prends le premier galet à mes pieds. Il est d’un bleu parme, d’une belle douceur, aussi large que ma main, et qui me fait penser à l’unité de temps correspondant au siècle. Le ciel m’observe. Il sourit aussi en bleu azur et les nuages mouchoirs pliés au loin ne bronchent pas. Ce n’est pas aujourd’hui que la pluie consentira à exaucer le vœu.

Qu’importe, je décide de suivre le chemin de l’Azur avec ses fleurs de trèfle, rose, à longues tiges, semées sur cette plaine qui s’ouvre comme par enchantement à mes premiers pas. Je me sens bien, léger, comme un nuage… blanc, non pas blanc, laiteux, mais pas enfariné. Je ne l’ai pas dit, mais pensé. De toute façon, que m’importe.

En fait, je flâne. Je prends ce temps devenu mien pour un … temps, que les secondes se gravent de ce bonheur éphémère de paradoxe. Le souvenir s’imprime comme une eau de roche sur les galets de mes pupilles. Rien ne m’arrête. Je me conte et me raconte ma propre vie. C’est mon tracé. C’est ma première naissance, celle que je n’aie pas eu. Celle qui m’attendait les bras tendus. Dis maman, t’es où ? Je cherche ton sourire. Je me suis perdu. Et pourtant ici, j’ai l’impression d’être en tes terres, maman.

Le dernier soleil prend son drap du soir. Je souris aux premières étoiles. J’ai froid. Oui, j’ai froid. Mais je me sens vivant. C’est étrange d’être vivant. Dis maman, c’est comme ça d’être vivant ? Où je suis mort ?

C’est ma première nuit dans le ventre de la nature. Seul et pourtant que de gazouillis, de rumeurs, de souffles, de murmures inconnus. Dis maman, c’est toi qui me parles ? J’écoute ton cœur, là ? Tu es vivante ?

Et puis, je m’endors entre deux oreillers de buissons ouatés, tellement doux, tellement incroyablement soyeux. Dis maman, c’est ta peau ?

Je me réveille. J’ai dormi ? Il faut croire. Je ne ressens aucune faim, aucune peur, aucune solitude. Je suis bien. Je suis au cœur de toi, maman. Enfin, je crois.

Je n’ai pas de direction précise. Je quitte la plaine et j’aborde des vallons boisés, et épineux. Une voix me fait sursauter.

(à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 1/5

Barbara, du blog lireditelle, a proposé à ses élèves (6ᵉ) d’écrire un conte avec la … Bnf (Voir ICI et ICI). J’ai donc, moi aussi, relevé le défi … dans une certaine mesure, et avec un retard certain.

 


Le soleil a tiré le rideau depuis longtemps. Je fais de même, bien après lui. La bougie à bout de souffle, s’éteint. Demain, je pars. Demain, j’ouvre un nouvel horizon. Demain sera différent. C’est dit. Demain, est au bout de mes doigts. Je respire déjà demain, le Grand Loup Garou ne viendra pas cette nuit me pincer le ventre. Non. Et à la première heure, je prends mon baluchon qui m’attend impatient, lui aussi de quitter cet endroit dont je suis l’esclave enfant. Le portefaix.

J’ai quelques larmes, là, sous ma couverture. Je suis l’enfant dépossédé de ses rêves. Je suis l’enfant trop grand, trop lucide, trop du trop de cette réalité qui me mord entre chair et cœur.

J’ai quelques larmes, là, sur mes joues. Je suis l’enfant entre désir de vivre encore et celui d’arrêter de respirer. Je suis l’enfant entre papa et maman, qui n’existe plus.

Mon sommeil n’est pas mon sommeil. Je me perds dans les méandres du clair-obscur.

Et déjà le temps du matin bonheur arrive. Le coq chante quand la nuit, enfin, déchante. Je me lève en des craquements furtifs, griffures sèches dans ce tableau gris de mon nouveau départ.

Je ne veux pas avoir ce dernier regard sur ce déjà passé envahissant. Je prends mon baluchon. Je me dirige vers la lucarne. Je voudrais m’envoler. Mais qui suis-je pour demander un tel vœu ? Je n’ai que mes petits bras, mes petites jambes et mon petit cœur qui devient de minutes en minute de plus en plus gros. J’ouvre cet hublot et enjambe la liberté. Je ne pense pas me noyer. Non, je suis dans ce moment d’inconscience consciente automatique. L’instinct de survie.

Le ciel impose ses premières couleurs orangées taffetas prismatique. Je descends lentement par le cordage improvisé d’une liane et pose pour la première fois le pied sur la chaussée de terre, empreinte de mes anciennes douleurs. Je souris. Le village est encore sous la couverture des rêves.

Je cours comme un ralenti qui ne dit pas son nom. Seul le silence de mon souffle s’oppose au silence presque offusqué de le déranger à cette heure matinale. Et je cours, cours, cours, cours de plus en plus … lentement. De la route de terre noire empierrée par endroit aux nids-de-poule égarés, le premier jour dépose ses lumières, sa fraîcheur, sa naissance, son avenir.

Je m’arrête au bord du ruisseau que je crois être des Trois Galets. J’ai chaud, trop chaud. Je ne suis pas habitué au grand air, à courir dans les champs et les bois. Non, je suis asservi aux tâches domestiques tous les jours, sans répit, sans récompense dans une royale demeure.

Agenouillé, je bois de son eau, de sa vie, de son sang entre mes mains recroquevillées possédées de gratter sol et ciel, enfin, la liberté, je la ressens. Et là, je tourne la tête d’un quart et mes yeux en coin : un papillon vient se poser sur mon épaule. Aussi étrange que cela puisse paraître, il pèse fortement. Ma chair se froisse, frissonne. Il a l’envergure d’un moineau.

Je me redresse, lentement, aussi lentement que la liberté me l’autorise : ce papillon. Et il me parle ! Le papillon me parle, dans le creux de mon oreille gauche, je l’entends. Sa voix est suave. Cette réalité m’enchante ou suis-je enchanté par l’eau de ce ruisseau ?

Prends le premier galet à tes pieds et lis à la première ondée son appel. Et ne prononce jamais le mot : blanc, jusqu’à ton arrivée à destination.

Me voilà à présent debout, et le voilà qui s’envole, l’air d’avoir tout dit, de s’être approprié une part de moi. Et je rage, intérieurement. La liberté ne m’est pas acquise. Non ! Je quitte une geôle pour une autre chaîne. Je rage et les larmes sombres noircissent mes mains, mon premier jour éveillé. Et puis, je respire l’amertume de mon premier Soleil, une simple ombre plus brillante que les autres.

(à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Comme un refus

Contes et lumière, une voix d’ombre se pose.

Ouvrage de la parole qui cimente et s’impose,

Mémoires des personnages surgissent figurés,

Métal de mots s’imprime aux visages cirés.

Enfant d’autrefois, tu portes en toi ce grandiose.

Une à une les années passent au fil du rasoir,

Nos vies séisment les légendes et grimoires.

Régenté par le monde consommable avide,

Entraîne dans son sillage l’éphémère au vide,

Facile et insatiable, le cortège de tristes héros,

Usés à la seconde qu’ils existent par l’info.

Souriez enfants d’hier, vous êtes les seuls lucides.

 

© Max-Louis MARCETTEAU

6 juin

Oeuvre de Victor Lyapkalo

Oeuvre de Victor Lyapkalo

 

Fête des mères. Aujourd’hui débarquement. Cent quatre-vingt mille hommes débarquent sur les côtes françaises. En ce premier jour : deux mille morts. Bonne fête des mères.

– – – – – – – – – –

Enfant de vingt ans, tu ne veux pas périr.

Mère, ton sang se répand à une naissance.

Enfant de vingt ans, de partout, tu tires.

Mère, ton bébé grandit avec patience.

Enfant de vingt ans, ta peur bleue est latente.

Mère, le sourire de ton garçon chéri te ravie.

Enfant de vingt ans, tu escalades une pente.

Mère, ton adolescent est un beau fruit.

Enfant de vingt ans, ton fusil est ton territoire.

Mère, tu es fière de ton fils, cet étudiant.

Enfant de vingt ans, ton corps se déchire.

Mère, ta vie vient d’éclater, tu pleures son sang !

©Max-Louis MARCETTEAU