Esprit ?

Photographie_téléphone_skype_Esprit ?

Photographie_téléphone_skype_Esprit ?

Suite à une photographie du Blog Les faits plumes je me suis dit : si ce téléphone pouvait raconter un centième de ce qu’il a entendu… et retenu.
Je vais créer ainsi au fil du temps des histories courtes avec une seule contrainte : exclusivement des dialogues… téléphoniques. (merci Lili)
Si cela vous inspire … d’écrire sur ce genre de thème … « Plus on est de fous, plus on rit » …ou pas 🙂


— C’est moi !
— C’est qui ?
— Je t’attends !
— Normal !
— Comment normal ?
— Je suis morte !
— …
— Tu es toujours là ?
— Je t’entends … t’es pas morte, là !
— Si …
— C’est quoi ce délire ?
— Ne crie pas … suis morte mais pas sourde !
— J’arrive …
— Non, non … tu ne peux m’entendre que par ce téléphone exclusivement !
— Et pourquoi donc ?
— Parce que c’est le premier appel téléphonique de ta part pour notre premier rendez-vous au zoo … tu te rappelles ?
— Écoute-moi bien … je suis parti ce matin de la maison et j’ai eu aucun appel de ta … mort. Je vais raccrocher est appeler un médecin
— Mais je suis morte, te dis-je ! Tu ne comprends pas ?
— Non, je comprends pas … je suis … mais putain merde … à quoi tu joues ?
— Ce matin quand tu es parti, j’ai pris ma douche et puis je ne sais pas pourquoi, j’en suis sortie nue, j’ai ouvert la porte de la maison et me suis dirigée vers la plage et l’océan m’a noyé …
— Tu racontes n’importe quoi … t’as encore fumé ?
— Je suis morte … rappelle moi quand tu auras retrouvé tes esprits …
— Allo, allo, allo !!!

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Analement vôtre

Image Getty - Two woman in masculine fashions - 1955

Image Getty – Two woman in masculine fashions – 1955

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Je me suis entendu dire, il y a quelque temps de cela : « Analement vôtre ». Je dis : attention ! Un presque cri dans un couloir d’aéroport par cette formule, c’est très embarrassant, surtout quand la personne vous prend dans ses bras, vous embrasse sur les deux joues comme du bon pain.

Je dis : non ! Pas d’écho, sur ce sujet. Je ne suis pas coincé, je suis lucide et un peu pudique tout de même. Enfin ! Tous ces gens qui se sont retournés et ces esprits interrogateurs, voire goguenards et même envieux. Je dis non non !

Ce n’est pas parce que vous avez rendu service une fois, que la planète soit au… jus.

Bon, vous-voulez savoir ? Elle s’appelait Patrice, un trans qui m’avait bien allumé ce soir-là. J’avais très envie d’une relation… même buccale. Il m’avait offert un mojito et puis un autre et un autre. Je ne suis pas un marathonien des cocktails alcoolisés. Ce soir-là, je me suis laissé embarquer, et surtout tenter.

Elle avait un charme fou. Un quelque chose de romantique dans les yeux, de classique par la bouche et des joues à la gothique, bref un visage hérétique comme je les aime. Et le reste proportionné et esthétique.

Pas d’hypocrisie entre nous. J’ai un faible pour les trans. C’est comme ça et il n’y pas d’explication rationnelle. Et d’ailleurs en ce monde-ci il faut toujours tout expliquer, et détailler au bistouri voire au scalpel, pour analyser (j’aime bien ce mot), comprendre, étiqueter, voire cataloguer et pire stigmatiser. Eh bien, non !

Pas d’imposture entre Patrice et moi. C’était franco de jeu. Son regard déjà possédé de moi, elle me plaquait, me retournait, de dessapait vers le bas… j’étais prêt, nous l’étions. Nous l’avions toujours été.

En cette saison de tiédeur, à cet endroit de la ville, le square dit “Dés deux entrées” nous offrait un lieu où l’interdit est jouissif et le cimetière d’à côté voyeur en feux follets, emballait notre éréthisme.

Nous étions intimes dans l’intime. Nous étions seuls dans nos voix à l’unisson. C’était étrangement savoureux, un délice de l’anal au canal brassé électrifié. Nous étions à la fois rugueux et outrageux, fougueuses et cajoleuse…

Et voilà, dans un aéroport, Patrice m’embrasse, m’enroule de ses bras, aux regards d’un monde trop souvent épineux…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Esprit maléfique

Oeuvre de Cane Dojcilovic

Oeuvre de Cane Dojcilovic

Empalées à la flamme de l’au-delà,

Salamandres de nos nuits sciées,

Pendantes à la corde des gloria,

Respirent le secret des brasiers

Installés dans nos neurones plats

Tuméfiés des douleurs divulguées !

 

Mortel crucifié au lit fatigué des feux

Arrogants de ton angoisse, tes yeux

Lobotomisés, tu dévores ta lie

Epaisse à l’odeur fétide des cris

Ficelés par le boucher des mots

Infernaux qui t’imposent le cachot

Quotidien à sa pointe empoisonnée,

Usinent ton esprit et cisèlent l’épée,

Envieuse de louer son office au trépas !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Croire, oui et après ?

Oeuvre de Kenton Nelson

Oeuvre de Kenton Nelson

Le Temps est un poignard !

L’œil interprète son espace ,

Découpe sa nuit au phare

D’un mot et meurt d’angoisse !

Le Temps de croire est parti !

L’existence d’ici est de vivre

A la seconde, demain est pris

Dans le vertige de survivre !

Le Temps de respirer est révolu !

Il faut gloutonner l’oxyde carboné,

Civiliser sa consommation sangsue

Et mourir empalé par un cancer paumé !

Le Temps d’écrire ne sert à rien !

Tout est déjà écrit, nous reposons

Les opérations comme des gamins

Et nous croyons avancer dans nos prisons !

Le Temps de fermer ces lignes,

Mon esprit sera vide, mon destin

Recopié mille fois par le signe

De l’incertitude d’humain tragédien !

©Max-Louis MARCETTEAU