A la verte prairie l’homme se sentait hygge et dépossédé

Photo de couverture du livre Hommes et Combats en Picardie de Jacques Beal

Photo de couverture du livre Hommes et Combats en Picardie de Jacques Beal

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°42 le mot : hygge


A la verte prairie l’homme se sentait hygge et dépossédé
A rouler sur la pente douce son corps meurtri dévêtu gris
Démobilisé de sentiments passionnels dévoré et obsédé
La lumière silencieuse de froid à ce soleil du matin apprenti

Comme chaque jour il mettait le pied à l’horizon intimidé
De vivre encore ce jour naissant sur la terre jeune choisie
Par le front commun d’une guerre de tranchées dévidées
De l’âme adulte dont l’extase à dentition juvénile cramoisie

Dessinait ce visage au fil du temps de l’orgie de chair évadée
De par son sang souffrait le cri muet de crânes crus engloutis
Par l’horreur en appétit de jour en jour de la mort dévergondée
L’homme aujourd’hui souriait à sa faim de fin … tout rougit …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 3/5

Oeuvre de Dik Ket

Oeuvre de Dik Ket

— C’est toi l’arbre qui me parle ?
— Oui mon garçon.
— Tu m’as fait peur.
— Et à moi donc !
— Comment aurais-tu peur, tu n’es que végétal.
— Mais je suis vivant.
— Vivant et parlant. Je rêve.
— Rêve ou réalité, qu’importe, tu viens de franchir mon territoire.
— Territoire ? Qu’est-ce ?
— Une parcelle de terre, un espace privé, une onde éprise de vie pour moi et dont la terre que j’aime ne peut être foulé par un inconnu.
— Je ne suis pas un inconnu. Je suis celui qui est né sur cette terre.
— Pas celle-ci. J’en suis certain.
— Et pourtant, l’arbre, je suis ta sève.
— Tu me chantes un drôle de couplet, gamin.
— Je suis en vérité l’enchanteur de cette terre et d’un mot, je te transforme en bipède galopant dans la steppe.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, l’arbre se métamorphose en un genre de farceur qui me rit béatement au nez.

— Fichtre et mille rameaux d’automne, me voici dans un drôle de déguisement.
— Et moi, étonné de mon pouvoir. Je crois que j’ai été ensorcelé un instant et me voilà à tes côtés avec désarroi.
— Tu es celui qui devait accomplir ma renaissance et pour te remercier voici le bâton à la crosse recourbée et presque tranchante, pour te guider dans ce territoire.
— Merci à toi.

Il disparaît à ma droite et je prends à main gauche. Hasard du chemin, hasard des rencontres, je ressens en moi un changement. Je franchis des rivières, des ponts d’arbres, des entre falaises, le soir se prend à aimer le jour qui va s’étendre dans le drap les huit heures à venir.

Je vais par une deuxième nuit dormir en compagnie de l’étrange, de l’insolite, du saugrenu, et surtout de l’inattendu. À mon réveil dans le creux d’un arbre couché comme un cercueil, je ne retiens rien et la faim me tenaille comme une pince qui a la dent dure. Je n’ai pas suivi de stage de survie. Et je reste sur ma faim à défaut de m’empoisonner ou l’inverse. Je suis à jeun, je suis la fatigue, je suis ce tout d’enfant et ce rien de vie dans un monde mystérieux, ignoré, inaccessible.

Je reprends mon chemin qui n’est plus d’azur depuis longtemps et j’empreins des traces plus ou moins marquées qui m’amène sur un lopin marécageux. Je reste immobile. Enraciné par la peur. Mains jointes entre mon bâton, j’attends. Mais quoi attendre ? La non vie ? L’enfant que je suis commence à pleurer, et l’adulte qui sommeille en moi se prend à trembler. J’ouvre les yeux de l’angoisse et des rires ironiques de ma cervelle embrumée crispe mon ventre torturé par une faim qui n’a pas de nom.

(à suivre…)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

L’hérétique

Oeuvre de Zarbeb - Site : http://www.beb.book.fr/

Oeuvre de Zarbeb – Site : http://www.beb.book.fr/

J’hétérodoxe mon existence feutrée

Au printemps d’une belle religieuse

Fortunée de prières, d’interdits tracés

Par une éducation trop prétentieuse !

 

Pris sur le fait comme un voleur,

Aux chaînes de dévotes bouillantes

D’une justice Romaine, les cœurs

Se donnent la joie et m’argumentent !

 

Jeté sur les pavés souillés à la nuit

Inconsciente, dénudée des étoiles,

J’agonise à sa fraîcheur et cuis

De souffrance au feu d’un scandale !

 

Mon sang se glue sur tes mains,

Crispées sur mon visage cassé

A la douleur dévoilée en ce matin

Aux heures attablées à me déguster !

 

A saoulé mon supplice de résistance,

Je succombe à la rudesse experte

De la question façonnée à l’indécence,

Je vais rejoindre, mon éternité offerte !

 

Je déserte ma vie et tu es là, animée

De tes larmes, tu décimes mon espoir

A te sentir diminuée, infirme, transfigurée,

Tu veux retenir ton homme pour ta gloire !

 

Je déserte ma vie, ma perte, c’est toi !

Tes yeux me cherchent dans les miens !

Je suis déjà parti, mon corps se déploie

Dans tes bras tremblants, moi le païen !

 

 

©Max-Louis MARCETTEAU