À toi Mon Alina

Photographie de Firooz Zahedi - Sigourney Weaver-1980

Photographie de Firooz Zahedi – Sigourney Weaver-1980

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Il est temps de passer par le bistouri pour changer mon apparence de… garçon manqué. En fait, j’espère retrouver celle que j’aime qui m’impose ce sacrifice de visage au prix de ma faiblesse. Elle me veut comme une houri, une Eve, une Vénus… je redoute ses colères et j’appréhende ma vie sans elle.

C’est vrai je n’ai jamais eu de penchant pour la bistouquette et encore moins de quête pour la quéquette qui s’impose pour mes congénères et ces mots incongrus me laissent froide comme la piste d’atterrissage d’Oslo en hiver.

J’arrive devant la clinique et ma valise fait une sale tête comme moi. Je suis molle, de cette mollesse qui laisse échapper le renoncement, la porte vers la trahison, l’impalpable effacement de mon engagement par amour.

Je regarde ce grand bâtiment de soins, aux personnels de qualité, et aussi au coût de cette transformation en plusieurs étapes, aux crédits, à ma vie écorchée quand elle est absente, à ce moi qui n’est plus moi mais une autre pour une autre que l’amour devra me… transfigurer.

Je me retourne. Allez, une tape sur la fesse, un dernier verre au bistrot juste en face.

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Je suis seule et ma souffrance m’appartient… ma tendre Alina.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Comment je suis devenu un homme… invisible parmi tant d’autres.

(je ne connais pas l'auteur.e de cette oeuvre)

(je ne connais pas l’auteur.e de cette oeuvre)

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Je viens pour la première fois au bord de ce lac. Il est cinq heures. La Lune est haute. Quel calme.

Le lion qui est en moi est redevenu doux presque nonchalant. Mon regard scrute toutes les ombres qui se détachent et viennent vers moi lentement et j’en ressens les mouvements, des « trous d’air » d’avion. Étrange sensation d’un spectacle… ombrageux qui se déplace comme des marionnettes.

Elles m’entourent… complètement… sur plusieurs étages dont le sommet est l’éclairage de la Lune. Je suis comme dans un puits. Je suis fasciné et je m’assois à demi-fesse sur un rocher. Position d’alerte et d’inconfort. Les ombres ne me semblent pas menaçantes. Le ciel est leur ciel. Je suis un étranger. Une pelure d’humain sans doute.

— Que viens-tu faire ici, humain ? Une voix d’ombre, rustique en écho m’interpelle qui fait trembler mes esgourdes.
— J’ai un corps à faire disparaître au plus tôt et la jungle n’est pas à côté…
— Tu as l’humour végétal, c’est curieux pour un humain…
— Euh…
— Ne moelle pas ici… ne prends pas racine…
— Je pensais que vous pouviez m’aider… je viens de la part d’une amie… à vous…
— On n’a pas d’amie, l’humain… et qu’est-ce que tu donnes en échanges…
— Euh… rien… pourquoi ?
— Ce n’est pas dans nos conventions habituelles… un service en appel un autre. Vous appelez ça, : « le retour d’ascenseur ».
— En fait, je pensais que vous aviez un arrangement avec mon, enfin votre amie… et que je pouvais compter sur vous…
— Tu vas porter le corps sur le semblant de plage, face à toi, à cinquante mètres… dit la même voix.

Et d’un seul tenant toutes les ombres se dispersent.

Je sors du coffre de mon break le cadavre, le porte à l’épaule et lentement je me dirige vers cette plage. La Lune est magnifique. Il n’y a pas de tragique, de bonheur, seulement la survie. Et je suis en train de survivre. J’ai tué mon maître chanteur, tout simplement. Je dépose mon infortuné fardeau sur un sable dont je ne peux définir la couleur. J’ai comme un peu chaud même par ce frais matin et je passe ma manche sur ma bouche et accroche ma lèvre supérieure avec un bouton de manchette. Un peu de sang coule et une ombre s’approche et s’accroche à la mienne. Je ne peux résister à me débattre.

— Mais que faites-vous, dis-je à l’ombre
— Tu n’aurais pas dû faire couler du sang frais. Tu vas souffrir un seul moment et puis tu deviendras un autre homme…
— Mais je ne veux pas…
— Trop tard…

En effet, j’ai ressenti comme un mouvement de vague… à vomir… le reflux d’une mer. Je venais de perdre mon ombre et je suis à présent un homme… invisible… parmi tant d’autres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Il y a des matins comme ça

Vivien Leigh photographiée dans le rôle de Lady Macbeth par Angus McBean -1955

Vivien Leigh photographiée dans le rôle de Lady Macbeth par Angus McBean -1955

J’étais à moitié dénudée (maillot de bain une pièce, pour éviter les fantasmes), positionnée de tout mon
long, sur un côté, à lire une œuvre à l’eau de rose, quand, sur cette plage de coquillages ensoleillés, une
chose me piquait la fesse droite. Était-­ce un coquillage mal luné ? En fait, c’était un scorpion de belle taille.

Je crie, surprise. Il me parle :
– J’en pique pour vous, ma belle sirène.
– Je ne suis pas une sirène mais une touriste en vacances.
– Qu’importe, je suis le pourvoyeur de l’Amour !
– Ce n’est pas Cul-­Pidon ?
– Il l’était, le bougre, mais j’en ai fait mon affaire, diantre. Et le dernier instant de son trépas, fut un Chant du Cygne, très remarqué, diffusé en Dolby dans une salle de cinéma, pas très loin d’ici.
– Belle mentalité !
– Vous voudriez me piquer au vif ? Je ressens une aversion à mon encontre et j’en suis tout contrarié, me tromp …
A ce moment­-là, une épée genre Excalibur, jaillit de mon livre et tranche en deux, l’irrévérencieux.

Je pousse un cri. Elle me parle :
– Je suis de vous à moi, votre conscience rapprochée. Et je prends la responsabilité de cet acte.
– Que venez­-vous vous mêler de mes affaires ?
– Vos affaires sont aussi les miennes !
– Pouah ! Quelle odeur putride qu’il dégage l’animal.
– Normal, sa saison venimeuse est à son paroxysme.
– Bon, ce qui est fait est fait, mais je vous prie de retourner de là où vous venez !
– Oserais-­je vous tendre mon pommeau en signe de réconciliation ?
– Ne seriez-­vous pas plutôt ma mauvaise conscience ?
– Votre mauvaise conscience ne brille pas avec autant d’éclat que moi !
– Qui sait ?
Et d’un salto arrière, l’épée me pique fortement la fesse gauche.

Je crie. Je me réveille.
Dénudée à hauteur de la taille, les draps en vrac, et la lumière du jour possédée de vivre, je frotte ma fesse gauche et mon amant de la soirée, me dit.
– Deux petites claques sur les fesses, ça réveille, hein, mon amour ?
Et d’un bel élan, je lui balance une gifle.
– Tu n’es qu’un goujat ! Pars sur le champ !

La journée commence sous un présage assez étrange.

©Max-Louis MARCETTEAU