Son instrument était docile

Actrice Carole Lombard

Blog Émilie : récolte 21.10


« Elle a du chien, mais rien d’autre» disait-il, dans sa barbe buissonneuse genre pierre ponce, la pipe galbée ancrée sur le côté gauche, la lèvre inférieure en porte-à-faux.

Elle, Symphronie, jouait de la musique ou bien est-ce la musique qui se jouait d’elle ? Son instrument était docile, pliant sa volonté de prendre la première découverte en ré-mineur, ce qui semblait à l’écoute à Louis une dissonance généreuse et insupportable à la fois qui l’incommodait le jour de son repos et l’obligeait à camper volontairement chez Gladys, sa logeuse, une blonde qui ne savait repousser l’homme et repasser ses envies …

Aussi, Louis, après la vigoureuse activité charnelle pour sa gourmande, pouvait à loisir dormir dans la nature d’un lit qui était matelas d’apaisement tant le soleil de Gladys avait rayonné en lui comme une route joliment décorée de fleurs sauvages aux parfums enjôleurs.

Cependant, à ce moment plaisant et ardent, il devait rejoindre sa Symphronie en nomade averti qu’il devait répondre par sa présence de sédentaire mari pour sa liberté d’amant et ainsi tenir le feu amoureux que couvait un esprit forain dont le froid n’avait prise avec les années … d’habitudes.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sur la joue de la réconciliation

Photographie de Joachim Bergauer

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 18/31


… signature d’un baiser sur la joue de la réconciliation le feu intérieur telle une machinerie complexe reprenait vie dans les âmes et les corps qui se redressaient pour une nouvelle marche purgée de calvaires et ouverte pour Embrasser le monde d’un seul souffle…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le froid pince comme un crabe

Porte_beaune_Iotop_2018_01

Porte_beaune_Iotop_2018_01

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 08 au 12 mai 2019


Il est minuit. Je suis sorti de mon duvet. Le froid pince comme un crabe. Je ressens l’horreur de ma situation pour la première fois. Une envie de vomir tous mes joyeux souvenirs d’aimer sur la plage du bonheur qui n’avaient rien d’autres à faire qu’à me procurer une vie aux pages savoureuses…

Et puis, il a suffi d’une fraction de temps qui a buté sur la partition de ma destinée et me voilà culbuté dans le dehors, le feu de la peur et le miaulement d’un chat égaré qui se frotte à mes bottes de cuir griffées de trop de chaussées délavées, de lits de fortune, de cartons déformés et crasseux …

Je suis pris de ce vertige qui semble venir du fond de mes entrailles qui se révulsent comme un volcan trop longtemps contenu de sa lave de rage et de tourments, j’avale quand même un sirop d’air étouffé de ville qui vient de se réveiller sur les parvis de la misère, au froid des peaux qui recherchent le réconfort, un peu d’attention pour continuer à frôler un semblant de vraie vie …

Et puis, je commence à me faire un film d’espoir, je me souris à moi-même, je respire ma nouvelle condition de quelques semaines et vais rejoindre la rue de l’espérance. Ce soir, je ne vais pas jouer à la roulette russe. Non, non. Je ne vais pas prendre ce risque pour gagner un semblant d’argent, un semblant de survie, un semblant de rien. Je veux avoir ce réflexe de celui qui se noie. Ce soir, je vais me prostituer…

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Phare alors…

Oeuvre de Gustave Doré

Oeuvre de Gustave Doré

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Je vais me prendre une bonne bière genre une Cantillon Soleil de Minuit. Je suis tranquillement assis dans un fauteuil osier genre Emmanuelle sur mon balcon du quatrième étage en cette douce fin de soirée d’été. Je me sens bien, presque heureux comme un viking qui vient d’arriver à bon port sur une terre inconnue après une mer de forte densité à la houle bien prise.

Au loin, je perçois le filet feu tournoyant du Phare. Il me fascine comme souvent quand je m’installe à cet endroit. Et précisément aujourd’hui il y a une singularité, un appel dans le temps comme si un moment de vie s’était inscrit à la verticale de ce lieu et dont j’en ressens les événements de… braises.

De gorgée en gorgée ce soir ma bière a un goût différent. Étrange. Et plus étrange encore ce phénomène d’images qui défilent dans ma tête en même temps que le Phare hypnotise mon semblant de conscience.

Suis-je à la porte de la folie ? Moi, l’homme de raison, cartésien pure souche. Vais-je à cet instant déposer ma plénitude entre balcon et bière ? Devrais-je m’imposer l’évidence que je suis devant un phénomène… paranormal ?

Devant moi… un fiacre… suspendu dans les airs, là, comme ça et un… gentilhomme en descend et… vient vers moi… comme s’il me connaissait… À ce moment précis j’ai le viscéral qui ne fait qu’un tour et je vomis mon restant du dîner du soir et bière, un mélange détonnant…

— Et bien mon jeune ami, vous ne vous sentez pas bien, me dit le gentilhomme très courtoisement.
— Je ne suis pas vraiment dans mon assiette, voyez-vous.
— Je comprends, je suis passé par là, aussi.
— Vous pouvez me dire ce qui m’arrive.
— Mais vous venez de… mourir !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ça brûle maman

Blog popinsetcris contrainte écriture.


Je ne crains pas la forêt, sauf, il faut l’avouer, le bleu de la vaste étendue de futaie des Trois Cercles des Éperviers. Je vais toujours accompagner de mon… doudou. Je sais c’est bête, mais c’est mon talisman et on ne rigole pas. J’ai cinquante ans d’âge, l’air oxyde, le caractère placide, la volonté d’acide, mais j’ai mes faiblesses comme mon animal de compagnie, le Lipomel, un genre de croisement entre le corps d’un renard et d’une tête de bélier. Efficace à la chasse, audacieux devant la difficulté, obéissance de premier choix, ce n’est pas un genre Mario. Non, non, c’est du sérieux cet animal-là, mais il y a du tendre en lui, c’est aussi sa faiblesse.

Et il n’est pas comme nous tous, il n’a pas peur du feu et maman nous le dit et redit sous tous les tons, le feu ça brûle. Il y a aussi un autre feu qui incendie, et pour nous consoler, mes frères et sœurs, quand nous étions à cet âge des amourettes, elle nous promettait un superbe crayon fabriqué par le magicien de cette fameuse forêt de TCE (Trois Cercles des Éperviers) mais que jamais nous n’avons eu.

Et c’est bien en ce jour que je vais m’y aventurer, pour me le procurer, car il guérit les brûlures. Mais au moment de partir, maman m’apporte mon bonbon préféré : la frise de fraises confites. J’en raffole tellement que rien ne compte que ça. Je suis un fada de cette confiserie. Je suis carrément damné. Je remets, une nouvelle fois, à un autre jour ma recherche du crayon guérisseur des brûlures du… cœur.

Les mamans sont parfois étrangement possessives.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018