L’éternité comme signataire …

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Une touffeur peu commune se dégage dans le castel enterré de moitié dans une terre rocailleuse importée d’un territoire aussi millénaire que la propriétaire du lieu que l’endroit aussi reculé qu’aucune âme n’est venue hanter, d’homme ou autre animal …

Des traits de lumière traversent des pièces dont les noms se sont perdus au fil des siècles, meublées d’un style mystérieux presque occulte et tapissées de récits d’un autre monde comme s’ils avaient été envisagés qu’ils possédassent l’éternité comme signataire …

Quand le frisson d’un mur de pierres en schiste comme une onde palpitante d’un ruisseau de plaine tinte le tissu de la peau doucereuse de la dormeuse millénaire …

Un spectre murmure : « … mémoire traîtresse et souvenirs bourreaux, le tranchant de l’un nous écorche vif l’autre nous transperce à cœur jusqu’au malaise … et pourtant nous tenons les chaînes dirigeons par les mors labourant les flancs par les éperons et nous résistons jusqu’à l’aube … la souffrance comme une aubaine et la douleur comme une malédiction …»

Et comme un enchantement inattendu, lunule de l’index droit de l’endormie se met à briller tandis que s’élève lentement le son d’un piano en allegro

Le temps du réveil et de la désillusion …

Le prince charmant est en retard …

— C’est navrant … qu’il soit maudit … en attendant, je vais faire le ménage…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Toxique…

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Il est tard. Je prends le dernier train. La gare ancrée en cœur de campagne éponge de sa masse le reste de la plaine. Et le regard cyclope rouge de son lampadaire unique à son entrée est surréaliste. Je gare… ma voiture et j’attends au chaud à l’intérieur, car la Société nationale des chemins de fer français n’a pas les moyens d’un chauffage dans la petite salle d’attente depuis longtemps déficitaire.

Il est vraiment tard. Je sors de ma voiture. Il fait bon. C’est un été agréable. C’est un été qui manque aux calendriers passés… Le train a des absences et mon portable ne capte plus rien même pas les étoiles.

Je commence à rager intérieurement et je marche de long en large du petit parking. Je me dépense en pensées incongrues quand je croise un… fauteuil genre strapontin de cinéma. Ce qui n’est pas dans mes habitudes. Je croise plus facilement des inconnus, des maisons, des voitures, des carrefours, des routes, mais un fauteuil…

Je reste perplexe. Il est en suspension… en lévitation… il passe devant moi et je regarde à l’alentour. A part un chat assis sur le rebord de la fenêtre du guichet, je suis seul. Seul humain.

— Votre train ne passera pas ce soir. Je peux vous ramener chez vous, si vous voulez, me dit le fauteuil.

J’ai une sueur froide et mal au crâne avec les yeux qui me piquent. Suis-je dans une réalité parallèle ? Vite un miroir pour me reconnaître dans ce monde-ci. Mais pas de miroir. Est-ce un tour de passe-passe d’un prestidigitateur égaré dans cette partie du territoire ? Est-ce le fait d’une fatigue de cette fin d’année ?

Et le fauteuil tourne autour de moi. Je crois que je vais tomber raide et personne pour me secourir de cette vision. J’ai le frisson de la peur qui me parcourt hilare presque indécent.

— Prenez place. Je vous invite.

Je m’installe… envoûté. Et de suite je prends conscience de ma naïveté et ressens ma position inconfortable, incommode, comme si j’étais devenu un bloc de glace mais sans avoir froid. Le muet de ma situation ne me permet de geindre, de protester… En fait, je suis prisonnier et pas un frisson de compassion de mon hôte qui s’est déplacé très en hauteur si bien que j’aperçois au loin les lumières d’une ville dont je ne sais le nom.

Il prend de la vitesse. Je m’accroche aux accoudoirs comme si j’avais des griffes. Rien ne va plus, les jeux sont faits. Lesquels d’ailleurs ? Ma vie est aux mains… euh… dans un fauteuil, non… je respire la pénombre du brouillard qui m’enveloppe tel un linceul de service, par habitude du client incrédule…

Et je me ressaisis comme un jobard qui vient de comprendre tout le ridicule de sa situation. Est-ce la vitesse du fauteuil ou celui de mon cœur qui diminue ? Qu’importe, devant moi un lampadaire, le destin me tend une perche… verticale… mon salut, un lampadaire illuminé et le fauteuil crie à la perdition, s’évapore…

Et me voilà dans la posture inconfortable en haut d’un lampadaire qui… joue du piston ou est-ce les vibrations de ses nerfs d’acier au choc ressenti de mon atterrissage… ?

— Il a mangé un sandwich avarié… un pur poison… Il est mort dans la nuit… le pauvre… seul dans sa voiture.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018