Dernier repas

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A l’ultime, nous sommes tous, un jour ou l’autre, tenu et “les jeux sont faits, rien ne va plus,” et “le vin est tiré, il faut le boire”… n’ont pas d’échappatoire. Nous sommes sur le fil du rasoir et chaque blessure nous délie de la chair et d’os nous engrossons à nourrir grassement, à l’exemple, une vivace desmodium gyrans en terre exotique…

J’entends au loin le hautbois de ma dernière ligne… mais j’en ai rien à vibrer, j’avance à contre-courant comme déphasé à la ligne d’un destin déjà aiguillé à la va-vite, aux desseins à la sanguine marinée au nébuleux d’une bonne étoile qui s’essouffle comme un coureur de fond qui a usé sa volonté, limé son espoir, déshabillé ses dernières larmes sur le col de la souffrance tout là-haut à la gamme finale sans trophée…

J’ai le tantrique et les glanduleuses Skene insensibles et mon corps sur miroir déforme ma réalité d’être. Je ressemble à une pomme de terre filiforme déformée aux fibres d’un arbre trop souvent foudroyé. Je prends mes derniers médicaments poisons avec une autre bouchée de tagliatelles comme si je dévorais mes derniers liens…

Je m’allonge et attends le terminal d’un regard de Mort harmonique… qui sait ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ascenseur surprise

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J’attends depuis une demi-heure et j’ai une brûlure qui revient par intermittence de mon… estomac. Et rien à manger ou à boire. C’est de ma faute.

Je suis assis dans un large fauteuil au tissu imprimé d’arabesques, journal déplié pour mon pseudo-confort d’attente, dans un hôtel de luxe.

J’attends mon nouvel employeur. Et de cette attente, c’est triste, je n’ai d’autres pensées que ma femme dans les bras d’un autre homme et qui sûrement lui joue du violon à l’archet tendre sur ses cordes sensibles de femme à aimer pendant leurs gammes (leurs ébats pour les puristes).

J’attends, la rage, la peur, l’angoisse, le cœur méditerranéen, le scalpel, dans un étui, emprunté lors de ma ronde du sous-sol de l’hôpital, côté salle d’autopsie. Je suis agent de sécurité, intérimaire et garde du corps par contrat, car je suis aussi auto-entrepreneur.

J’ai déjà les stigmates d’un mariage raté au divorce houleux après que mon ex m’ait frappé avec ma cravache de mes cours équestres, là sur la joue gauche. Un marquage au fer rouge, un tatouage…

Ma femme actuelle (comme mon ex) à ce caractère bien trempé. Il est vrai, j’aime les femmes de tempérament.C’est mon défaut, j’en paie le prix pour la deuxième fois. Mais là, il n’est pas dit que je courbe l’échine. Je veux rester droit dans mes bottes.

Je ne veux pas être le complice de ma honte, de mon désarroi, de mon pénible complexe d’infériorité…

Mon portable émet un bip : nouveau message. Mon nouvel employeur me confirme qu’il arrive dans un instant. Et comme par une baguette magique, aussitôt, je me sens opérationnel, je me lève et me dirige vers l’ascenseur.

Et ma surprise est totale quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent :

— Je te présente mon nouveau garde du corps, dit-il à mon épouse qu’il tient par le bras qui vient de perdre connaissance.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018