Je viens vous jardiner ma douce amie

Photographie maurorobi66 – Venice Carnival

Blog Émilie : récolte 21.05


— Vous êtes bien tendre mon ami, ce matin.
— Je viens vous jardiner ma douce amie.
— À mon plaisir d’avoir accepté au bal votre émeraude ?
— À votre rayon de lumière qui jaillit de vos yeux entre vos feuillages en ce lever désirable.
— Je ne suis pas un arbre, grand vaurien.
— J’attends de vous un renouveau de notre amour cendré.
— Le Phénix n’est pas à l’ordre du jour et votre espérance me fait sourire.
— Je suis encore cette graine qui germe d’un amour vrai en votre territoire.
— J’ai bien peur que vous deviez vous contenter de vous-même…
— Eh bien, voilà un soufflet qui me contrarie jusqu’à mon chapeau.
— Votre chapeau est aussi de la partie à danser avec votre caractère ?
— Vous sous-entendez que j’ai pris un coup de soleil ?
— J’entends parfois que vous avait à la place de votre cerveau de la mousse.
— Il faudrait me ménager… à l’occasion.
— Allez courir la gueuse pour vous distraire alors que moi je ne suis qu’une insatisfaite et une drôle de mine

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Ses yeux noirs et profonds comme deux puits en prolongement

Participation à Agenda Ironique d’Avril 2019


Rien n’est moins sûr que la certitude.

Un jour des épis de pereskia se présentent à une heure tardive à l’entrée de ma hutte d’hôtes au bord du fleuve. J’ai cru à quelques graines sans importance qui demandent asile pour la nuit toute fraîche de nos contrées. Je ne vais pas germer longtemps dans cette fameuse certitude qui taraude même les meilleurs. Elles s’installent comme des habituées et réclament audacieuses et en chœur un spectacle à casser la graine. Jean Fu serveur de bons vins, de mes employés fidèles et intéressé par la prime du quintal de blé de l’année, outré du ton et de la couleur des propos, s’oppose tout de go avec le jeu de ses yeux noirs et profonds comme deux puits en prolongement verticaux d’une telle demande qui n’est pas de belle facture.

Elles s’opposent, crient, s’excitent, glapissent, s’égosillent, tempêtent, meuglent, tonnent et enfin protestent fermement au rempart en seuil déposé comme un bouclier tenu courageusement par Fu qui tient haut sa position comme une graine de champion. Il n’est pas dit que son dernier mot prennent le chemin le plus court pour porter l’estocade à ces mégères qui s’étalent, de-ci de-là aux tables conquises telles des Amazones contre Priam. Et pourtant, à l’évidence, elles s’égrainent tant et si bien qu’il perd patience, affronte son désarroi et passe au travers d’un doute, d’un flottement, d’un embarras, d’une incertitude et flanche comme une flèche qui n’atteint pas sa cible.

Et, là, défiant l’impensable situation, l’abdication de Fu, je m’interpose et menace, j’exhorte à la raison et la dignité du lieu. Ici, on respecte la coutume et l’ordre. Ne vient pas en repos repas par des impositions, des exigences, des revendications. Les mauvaises graines, par ce coup, deviennent migraineuses, se figent comme dans une gélatine refroidie à fort tempérament. Et puis par un élément déclencheur dont je n’ai toujours pas compris l’once d’une logique graineuse, un grain de folie s’empare des épis comme un enchantement maléfique, dans un tohu-bohu, saccage ma hutte.

Alors, une graine de moutarde me monte au nez, je fais intervenir sur-le-champ les gardes : des fourmis tambocha, qui sont du genre à vous piquer de hannetons si vous prenez latitude d’un maître de céans alors que vous êtes désigné gueux par effet de caste, d’obligation, de résignation ou par convenance personnelle, voire par déplaisance d’attitude. L’épicentre fait onde de choc sur la totalité des épis qui s’éparpillent comme un coup de vent, balaie mon plancher, vers une direction dont la rosace conductrice sait m’éloigner de ces hôtes indésirables.

Rien n’est moins sûr que la certitude.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019