Le hasard se lève

Aqua_Iotop_2020

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Agenda  Ironique de Janvier   (Hors délai)


… les étoiles clignotent dans le ciel ou est-ce mes yeux dupés par un effet de hasard ? En fait, qu’importe, par ce froid, le ciel n’est pas un témoin de ma fuite en avant vers l’obscur tracé à coups de crayons anthracite sur ma page de vie format à l’extension non reconnue…

Tout se tisse et se détisse, se tricote et se détricote… et si « Dieu ne joue pas aux dés », moi-même je n’y joue pas, comme quoi Dieu n’a pas l’apanage dans ce domaine… j’ai dégrossi mes projets au fil des années (alors que je connais quelqu’un qui a réalisé un très fameux projet : le monde en six jours… (selon les créationnistes lors de leur récréation matinale entre les jeux d’osselets et de l’oie) c’est quand même… un monde, quand on nous cause dans ce monde-ci : d’efficience, d’adaptation, d’expertises, de ressources… et qu’il faut une dizaine d’heures pour assembler une voiture lambda, je vais « rire sous cape », si je rajoute les mots d’un certain Samuel : « Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois », comme si on m’avait « couper l’herbe sous le pied » (et je ne suis pas unijambiste) à chaque échange avec moi-même comme si ma vie faisait entrechat, se moquait d’une grimace citronnée…

Tout cela est à dessein du destin festin et… puis oui baratin et toc tintin… la position du lotus sur l’oreiller d’un soleil matinal nu sur le devant la scène et « Dieu est peut-être éternel, mais pas autant que la connerie humaine » nous dit Pierre (et pas le Saint à l’œil angulaire) et je me tiens à la rampe de l’espoir et prépare tout de même le parachute avec matelas pour un atterrissage à la désespoir comme la vie sait nous concocter à l’endroit de nos revers.

… et il me semble entendre le jacquemart de service carillonner d’un clocher bâti comme un phare sur le promontoire d’une petite commune de bord de mer, un cyclope défiant en contrebas un village, avec ce retard tout à fait inhabituel telle une certaine société nationale des chemins de fer… quand, je détourne la tête, des ruelles s’animent aux arbres croqués à la Plantu et un feu détonne sur la crête de flèche du clocher comme si les flammes voulaient atteindre le haut plancher du ciel qui reculait au cri de cet incendie…

Je me tétanise entre le goulot et le gosier, l’eau débordant de bouche à menton à cou à chemise détrempant le tissu je m’incendie le corps à ce spectacle inattendu j’entends une sirène au chant particulier et son éclairage qui s’avance à l’allure d’un cheval au galop

Et puis le hasard se lève de sa chaise à bascule que ma vue s’estropie d’une hallucination à la venue des topinambaulx volants avec leurs sacoches d’eau de mer qui s’ouvrent dans des fracas à la Larsen et le brasier criant une fin vie déchirante…

J’agonise de cette souffrance que mes dents grincent ma descente aux enfers aux brûlures d’un sel de mer qui ronge la peau du dessus du dedans… je suis «le dindon de la farce » de cette mascarade de moi avec moi-même et ce clocher flouté qui s’avance vers moi…

Et la cloche de bronze tombe d’un coup… à mes pieds détrempés…

Je me réveille brusquement… je me lève de ma chaise lambda installée dans une salle d’attente inconnue aux regards de gens transparents… une nouvelle sonnerie de portable vient de tinter… « l’essentiel est invisible pour les yeux »*.

*: citation : livre « le petit prince » d’Antoine de Saint-Exupéry

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Chaque mois dans mon abyssal découvert

Laurel et Hardy

Laurel et Hardy

 

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 25 au 29 mars 2019


Cidsus (*) et Sidsous se croisent sur la route déserte de la « Frisée du dessus » du village de l’Épingle, en ce matin de campagne qui se lève, le premier bâillement du jour en pyjama d’automne, colorié d’un orangé soleil aux rayons hérissés de par un oreiller nuageux.

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Ta banque ?
— Elle fait plaisir … elle engraisse au taux d’usure qu’elle me ponctionne par double dîme chaque mois dans mon abyssal découvert …
— Étrange procédé.
— Tout a fait …. et c’est d’autant plus étrange que d’un négatif, ma tendre banque en ressorte un positif.
— C’est louche.
— Et pourtant, il n’y a pas de hasard.
— Elle connaît le verbe profiter à tous les temps.
— Et le verbe tondre, aussi.
— Et cueillir
— Cueillir ?
— Oui.
— Ah bon ?
— Et oui … les intérêts … elle les cueille comme des fruit mûrs …
Aujourdhui, te voilà bien poète.
— Mon banquier aussi …
— Non ?
— Comme quoi … tu sais quand le ver est dans le fruit …
— Ne me dis pas qu’il est mécène dans le « Printemps des Poètes du 9 au 25 mars sur le thème de la beauté. »
— Je ne le dis pas …
— Il me fait peur ton banquier …
— C’est une femme …
— Non ?
— Si …
— Avec elle, pas de lendemain qui chante …
— C’est ça.
— C’est une femme.
— Oui, une femme.
— C’est mercantile, une femme quand même …
— Elle aime le rose.
— Et les épines qui vont avec ?
— Oui, et puis elle a se sourire serein … presque acéré …
— Une vampire ?
— Faut bien vivre et ce n’est pas incompatible pour une banquière … la preuve.
— Moi, j’aimerais être un poisson.
— Étrange, toi qui n’aime pas l’eau.
— Peut-être qu’elle ne voulait pas être banquière ?
— Oui … elle a été peut-être phagocytée par une fausse certitude, qui sait ?
— La prolifération d’un virus banquier ?
— Possible … pour moi, tout cela c’est du latin … les chiffres, les comptes, débit, crédit.
— Il parait que chez le banquier le crédit est le débit et inversement …
— Ce sont de drôles de gens, ces gens là.
— De toute façon il y a de l’immédiateté dans le fait de consommer et de produire de l’addiction à dépenser.
— C’est un tort.
— Un tort, un tort … je ne sais pas faire qu’autrement à dépenser mon argent …
— … et celui que tu n’as pas.
— C’est de la pure provocation.
— C’est une certitude.
— J’ai cette envie de me pencher à la première margelle venue …
— Ce n’est pas un bon désir.
— Je suis un décadent.
— Non, tu es une incertitude
— Et je me dévore …. et carpe diem…

 

(*) Je remercie pour ce mot de CarnetParesseux

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Je réalise la dureté du hasard

Oeuvre de Georges Mathieu - Hasard du temps - 1987

Oeuvre de Georges Mathieu – Hasard du temps – 1987

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°16  le mot : au hasard


Je réalise la dureté du hasard
A la tenaille de mes ambitions
J’engraisse de chance au lard
Des jours heureux en sillons

Et pourtant, j’hésite, j’ironise
Ce bonheur et traite ma vie
En traites sourires et mise
Sur les crises en des crédits

Aux intérêts gonflés à jouir
Des hypothèques musclées
J’encaisse et gifle le plaisir
De mon mépris …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 3/5

Oeuvre de Dik Ket

Oeuvre de Dik Ket

— C’est toi l’arbre qui me parle ?
— Oui mon garçon.
— Tu m’as fait peur.
— Et à moi donc !
— Comment aurais-tu peur, tu n’es que végétal.
— Mais je suis vivant.
— Vivant et parlant. Je rêve.
— Rêve ou réalité, qu’importe, tu viens de franchir mon territoire.
— Territoire ? Qu’est-ce ?
— Une parcelle de terre, un espace privé, une onde éprise de vie pour moi et dont la terre que j’aime ne peut être foulé par un inconnu.
— Je ne suis pas un inconnu. Je suis celui qui est né sur cette terre.
— Pas celle-ci. J’en suis certain.
— Et pourtant, l’arbre, je suis ta sève.
— Tu me chantes un drôle de couplet, gamin.
— Je suis en vérité l’enchanteur de cette terre et d’un mot, je te transforme en bipède galopant dans la steppe.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, l’arbre se métamorphose en un genre de farceur qui me rit béatement au nez.

— Fichtre et mille rameaux d’automne, me voici dans un drôle de déguisement.
— Et moi, étonné de mon pouvoir. Je crois que j’ai été ensorcelé un instant et me voilà à tes côtés avec désarroi.
— Tu es celui qui devait accomplir ma renaissance et pour te remercier voici le bâton à la crosse recourbée et presque tranchante, pour te guider dans ce territoire.
— Merci à toi.

Il disparaît à ma droite et je prends à main gauche. Hasard du chemin, hasard des rencontres, je ressens en moi un changement. Je franchis des rivières, des ponts d’arbres, des entre falaises, le soir se prend à aimer le jour qui va s’étendre dans le drap les huit heures à venir.

Je vais par une deuxième nuit dormir en compagnie de l’étrange, de l’insolite, du saugrenu, et surtout de l’inattendu. À mon réveil dans le creux d’un arbre couché comme un cercueil, je ne retiens rien et la faim me tenaille comme une pince qui a la dent dure. Je n’ai pas suivi de stage de survie. Et je reste sur ma faim à défaut de m’empoisonner ou l’inverse. Je suis à jeun, je suis la fatigue, je suis ce tout d’enfant et ce rien de vie dans un monde mystérieux, ignoré, inaccessible.

Je reprends mon chemin qui n’est plus d’azur depuis longtemps et j’empreins des traces plus ou moins marquées qui m’amène sur un lopin marécageux. Je reste immobile. Enraciné par la peur. Mains jointes entre mon bâton, j’attends. Mais quoi attendre ? La non vie ? L’enfant que je suis commence à pleurer, et l’adulte qui sommeille en moi se prend à trembler. J’ouvre les yeux de l’angoisse et des rires ironiques de ma cervelle embrumée crispe mon ventre torturé par une faim qui n’a pas de nom.

(à suivre…)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017